Fiche 6 Abraham

Fiche 06

20 et 21 Abraham dans le Sud ; Abimélek

Zoom : 21, 2-17 Sara et Agar ; Isaac et Ismaël. Et Dieu ?

 

La section précédente (ch.18-19) avait Sodome comme lieu commun. Les personnages d’Abraham et de Lot y sont caractérisés par leur hospitalité et la visite que Dieu (ou son envoyé) leur fait. L’entretien avec Abraham confirmait le renouveau annoncé avec une prochaine naissance. Le commentaire de la fiche 5 insistait sur la double lecture qu’il nous faut faire pour ce texte concernant l’avenir d’Israël, pas seulement l’avenir personnel d’Abraham. Bien sûr il faut accepter qu’il y ait eu une ou plusieurs réécritures des récits sur Abraham, en particulier au moment où Israël a été décimé par Nabuchodonosor. Israël a survécu à la défaite et ne disparait pas, à la différence de la plupart des civilisations. Une explication en est donnée par sa fidélité à l’alliance avec le Seigneur. L’intercession d’Abraham au ch.18 manifestait une évolution de l’idée de Dieu : celui avec qui l’on parle et même qu’on se permet d’inviter à pardonner, eu égard aux quelques justes de la ville. Lot et sa famille seront sauvés parce que “le Seigneur a eu pitié de lui” 19,16.

Quand Abraham a reçu l’annonce d’une naissance, il ne semble pas en avoir fait part à Sara. C’est parce qu’elle écoute aux portes qu’elle apprend la nouvelle et en sourit (18, 10-12). On peut donc légitimement s’interroger sur le type de relation entre Abraham et Sara. L’un est maître, l’autre, Sara, est toujours seconde. L’histoire avec Abimélek confirmera qu’Abraham n’a pas encore changé ses (mauvaises) habitudes de décider pour Sara dans le sens qui lui convient.

 

Lecture d’ensemble.

Abimélek, ch.20. Alors qu’on s’attendrait au récit de la réalisation de la promesse avec la naissance d’un fils à Abraham, le chapitre 20 nous embarque ailleurs, avec Abimélek et Sara, sœur-épouse. La première impression est que ce texte ressemble à un doublon avec le ch.12 où Saraï était déjà présentée à Pharaon comme sœur d’Abraham et que, grâce à Dieu, le problème a été résolu. Cependant, dans le récit, Abimélek prend une place plus importante que Pharaon dans le récit du ch. 12. Le Seigneur aussi y est davantage présent, dès le v.3 où il vient en songe à la rencontre d’Abimélek. Sous forme de mise en garde sévère (la mort), le Seigneur montre à Abimélek la mauvaise pente où il s’engage. Abimélek ne nie pas sa responsabilité mais il se défend… “C’est Abraham qui a dit : c’est ma sœur !”. Ce qui revient à dire qu’Abraham n’est pas très honnête ni juste. Abimélek se refuse à garder la mainmise sur Sara et la renvoie auprès d‘Abraham qui est présenté comme prophète. Son geste de non-convoitise renvoie Abraham à avoir une relation de non-possession et de non-convoitise envers Sara. Certains exégètes font remarquer la proximité des deux mots : “Rends à cet homme sa femme”, mots renvoient à ‘ish-isha’, mots hébreux pour désigner homme-femme au ch.2 de la Genèse, c’est-à-dire au couple, et non à un rapport de subordination entre lui et elle.

 

Ce ch. 20 peut être reçu comme une relecture élaborée du ch.12 avec Pharaon : Abraham ne peut plus se considérer comme propriétaire de Sara et de son destin. Noter au v.4 la phrase : “Feras-tu mourir un païen quand il est innocent ?”, qui reprend l’intercession d’Abraham. Enfin, la finale de l’épisode avec Abimélek évoque la guérison des femmes stériles du clan d’Abimélek. C’est une manière de signifier la bénédiction dont Abraham est porteur pour toutes les nations étrangères. Après la naissance d’Isaac, le récit se continue avec l’alliance et le serment de bonne entente passés entre Abraham et Abimélek (21, 22-33). Les relations avec l’étranger que représente Abimélek sont pacifiées

 

Zoom. 21, 2-17 ; Sara et Agar ; Isaac et Ismaël. Et Dieu ?

Quelques versets, 2 à 8, pour évoquer la naissance, la circoncision et le nom donné à l’enfant. Il y a un jeu de mot hébraïque entre Isaac et le rire de Sara : Isaac signifie : “Dieu rit, sourit, ou encore : Dieu est bienveillant”. Aux v. 9-17, l’histoire se poursuit avec le rejet d’Ismaël et d’Agar l’Egyptienne par Sara. Dieu demeure avec eux et intervient. Ce paragraphe est encore un doublon avec le premier renvoi d’Agar au chapitre 16. L’adjectif “Egyptienne” accolé au nom d’Agar, comme au ch. 12, éveille la réflexion au sujet de l’héritage en cas de mariage entre un Juif et une étrangère.

Au ch.16, le statut d’Agar a changé : de servante et d’étrangère, elle est devenue membre à part entière de la famille par le fils qu’elle donna à Abraham, faisant de Saraï un second rôle : “Sa maîtresse ne compta plus à ses yeux”. Au ch.21 le motif du renvoi est autre : c’est une question d’héritage. Le doublon apporte ici une précision qui s’est développée à partir de l’Exil. En effet, tout mariage avec un étranger est mal vu et même interdit ; l’héritage (la terre) risquait de passer entre des mains étrangères et la possession de la terre aurait échappé au peuple juif. L’authenticité de la religion est aussi mise à l’épreuve au temps de l’Exil : l’identité et la conscience d’être un peuple séparé risque de ne plus être protégées.

 

V. 9-17. Pour aiguiser notre effort d’observation, reprenons chacun des personnages : que fait Dieu ? Que font Abraham, Sara, Agar ? Dieu n’oblige pas Abraham à choisir entre Isaac et Ismaël, mais il lui annonce une semblable descendance. Le récit présente ensuite Dieu qui accompagne Agar au désert, protégeant Agar et Ismaël.

Le récit se termine avec l’évocation du mariage d’Ismaël avec une femme d’Egypte. Ce détail n’est pas dû au hasard, après que Dieu a donné une bénédiction identique à Ismaël et à Isaac, v.18 : “De lui, je ferai une grande nation”. Ch.16 et 21 expriment nettement le rejet qu’une femme étrangère devienne la femme de l’ancêtre le plus vénéré. Si les mariages entre un Juif et une étrangère étaient admis avant l’Exil, l’interdiction s’est progressivement imposée à cette époque. Les deux chapitres évoquent Abraham tel qu’il pouvait être pensé au 6ème siècle avant J-C, et non tel qu’on l’aurait imaginé vers -1750.

Au chapitre 22, on verra qu’Isaac aussi est menacé par la mort sur le bûcher. Au ch. 21 comme au ch.22, c’est Dieu qui sauve de la mort Ismaël comme Isaac, eux et leur descendance. Au-delà du destin personnel d’Isaac et d’Ismaël, c’est le rapport à la descendance de l’un et de l’autre qui est sous-entendu : Ismaël est la figure symbolique des nations étrangères, Isaac, la figure symbolique des Juifs de race pure. Or tous deux sont sous la protection de Dieu, appelés à fructifier et à devenir de grandes nations. Au cours de l’histoire, qu’adviendra-t-il des relations entre ces deux descendances ? On ne peut résumer ces relations à “Juifs et Arabes”, même si cela semble pertinent ; on retiendra plutôt Israël et les autres nations. A l’époque de la rédaction, on ne pouvait accepter le mariage avec quelqu’un d’un clan étranger. On le verra pour Isaac au chapitre 24.

 

Universalisme. Nous avons déjà abordé la question “particularisme et universalisme” dans la fiche 4. La présentation qui est faite d’Ismaël et d’Agar “vue du côté de Dieu” fait comprendre que le regard de Dieu n’est pas le nôtre, et vouloir s’enfermer dans la religion stricte de la circoncision amène à exclure les autres. Ne fait-on pas un absolu là où le livre de la Genèse donne place à l’un et à l’autre ? Ismaël et Isaac reçoivent tous deux la bénédiction divine et sont présentés avec leur descendance. Dieu prend la défense d’Agar et de son enfant, au ch. 16 comme au ch.21. Dieu se manifeste ainsi comme le Dieu de tous les hommes. Il donne un destin analogue aux deux fils d’Abraham. La logique de Dieu n’est pas celle des hommes. Elle s’oppose aux calculs humains pour demeurer un peuple “saint” (c’est-à-dire séparé) parmi les nations. Le développement d’une pureté légaliste s’amplifiera jusqu’au 1er siècle. Dans la généalogie de Jésus, Matthieu intègre quatre femmes non légitimes. En faisant sauver par Dieu lui-même aussi bien Ismaël qu’Isaac, les rédacteurs invitaient leurs contemporains à ne pas caricaturer le rejet au nom de l’élection.

 

La question n’est pas solutionnée, ni dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau. On verra au livre d’Isaïe l’annonce du rassemblement des nations sur la montagne du Seigneur, Is 25, 6 ou, plus clairement Is 56-60, image reprise par Apocalypse 21. Saint Paul développera le sens de l’universalisme avec l’affirmation : “Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous, vous ne faites qu’un en Christ.” Ga 3,28. Vatican II introduit la mission de l’Eglise comme mission “pour tout le genre humain”. (Le chant, ci-après, est une invitation à chausser de bonnes lunettes pour aller à la rencontre de l’autre, différent).

 

Pour aller plus loin. L’expression “Cet homme est un prophète !” 20, 7 oblige à mieux définir ce qu’on entend par prophète. Le prophète, ce n’est pas d’abord l’annonceur de choses à venir, ni même le transmetteur d’une parole divine, ou l’auteur de quelques livres bibliques. Le prophète est d’abord celui que Dieu a choisi pour parler en son nom et intercéder pour les autres. Ce fut le cas pour Abraham  à propos de Sodome.

 

La fin du ch. 21, Alliance Abimélek et Abraham.

La naissance d’Isaac puis la séparation d’avec Agar et Ismaël ont coupé le récit concernant les rapports entre Abraham et Abimélek. Les v. 22-33 constituent la suite de leurs rapports, avec la constitution d’une alliance. Abraham bénéficie du puits creusé à Béer-shéva.

 

Philistins. Les populations appelées Philistins ou gens de la mer ont été chassées d’Egypte vers -1200. Elles se sont installées au sud-ouest de la Palestine. Les livres des Juges et de Samuel évoquent leur présence et les tensions entre Israël et Philistins aux origines de la monarchie, aux XII-Xème siècles, pas avant. Le mot Palestine a été créé par les Romains à partir du mot Philistin, lors de la deuxième révolte juive (132-135) pour qu’on ne parle plus de Galilée ni de Judée ni de Juifs. C’est à cette époque que le nom de Jérusalem est remplacé par Aelia Capitolina.

 

Prier la Parole

Texte: Guy Keller/Paul Marc. Musique : Guy Keller

 

Si t'as pas d'bons yeux, tu n'verras rien d'tout ça,

Si t'as pas d'bons yeux, si t'as pas d'bons yeux,

Si t'as pas d'bons yeux, tu n'verras rien d'tout ça, si t'as pas d'bons yeux

 

1. Ces gens qui se respectent comme ils sont, d'où qu'ils viennent,

Ces gens qui se respectent et refusent la haine,

Composent une harmonie de mille différences.

 

2 Ces gens qui multiplient tant de liens fraternels,

Qui mettent dans leurs vies des p’tits bouts de soleil

Habillent des matins où mille joies s’éveillent

 

3. Ces gens qui se partagent tant de joies, de galères,

Et donnent du courage  à tous ceux qui espèrent,

Relèvent leurs cités de mille renaissances.

 

4. Ces gens qui se rencontrent,  et pour mieux se connaître,

Ces gens qui se rencontrent et s'invitent à leurs fêtes,

Reprennent les refrains de mille chansons fières.

 

5. Ces gens qui s'organisent,  qui se parlent et s'écoutent,

Ces gens qui s'organisent et surmontent leurs doutes,

Font résonner les rues de mille mots rebelles.

 

6. Ces gens qui se démènent, qui débattent et proposent,

Ces gens qui se démènent pour faire bouger les choses

Eclairent l'avenir de mille vies nouvelles.

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 90 visites