Ministères, prêtres et laïcs

Réflexion pour l'avenir et la responsabilité en Eglise

 

Prêtres et laïcs dans le ministère de l’Eglise.

 

 

Amettes, septembre 2006 Prêtres et laïcs pour tirer la mission  
Amettes, septembre 2006
Amettes, septembre 2006
La question des ministères se pose de nouveau actuellement et, spontanément, c’est parce qu’il manque de prêtres… pour les célébrations. Lorsque le concile Vatican II a abordé cette question, avant même la crise des vocations, les enjeux étaient de deux ordres : d’une part le souci de l’annonce de l’évangile à tous, d’autre part favoriser la vie et la croissance  des communautés ecclésiales.

 

Par annonce de l’évangile, il faut entendre le souci de réconcilier en Christ une humanité déchirée. Par communautés ecclésiales, il faut entendre des communautés qui répondent à la triple charge du Christ, souvent résumées par vivre-croire-célébrer (ou encore Parole vécue, Parole annoncée, Parole célébrée). Par les temps qui courent, en particulier pour le ministère presbytéral, et parfois pour le ministère diaconal,  il semble que l’on ne retienne que le troisième terme : célébrer. Les communautés chrétiennes sont par vocation appelées à rendre compte de leur foi, à servir l’humanité souffrante, à faire de toute vie une offrande agréable à Dieu

 

Evolutions de la société qui concernent l’Eglise

On peut comprendre le rétrécissement du regard envers les ministères à cause des évolutions de société, des attentes des gens, des nouveaux rapports au religieux… Quelques évolutions caractéristiques :

Hier la religion était le ciment de la société et le fondement du vivre ensemble. Villes et surtout villages s’étaient développés autour du clocher et du curé. Or les hommes d’aujourd’hui n’attendent pas de l’Eglise qu’elle (soit) leur guide ni qu’elle collabore à l’unité de la commune ou de la nation. Le temps de Constantin ou de Clovis, de saint Louis ou de l’édit de Nantes sont bien révolus, même si d’aucuns rêvent encore d’une Restauration pré-républicaine. Chaque individu veut assumer personnellement ses choix et se constituer ses propres groupes d’appartenance.

 

La société s’est globalisée et les rapports à l’espace et au temps se sont modifiés. Nous ne sommes plus à l’appartenance à la communauté de village autour du clocher et de M. le curé. Le temps dominical n’est plus structuré autour de la grand’messe de 11h. Le prêtre ne  gère plus ni le temps ni l’espace de ses ouailles. Les valeurs auxquelles tout le monde (ou presque) adhérait ne sont plus partagées au quotidien par la plupart des concitoyens. Quel est aujourd’hui l’engagement pris par ceux qui reçoivent le sacrement du baptême ou du mariage ? En dehors de la sacralisation du moment présent, il n’y a nulle envie de sacraliser toute la vie de baptisé, d’époux, d’épouse. Peut-on parler d’identité chrétienne quand la vie chrétienne se résume à passer par l’église trois jours de son existence : pour le baptême, le mariage, les funérailles. Il y a dissociation entre le geste posé et la quotidienneté de l’existence. Même l’Eglise parle davantage de temps forts que de présence hebdomadaire à la messe. Cela ne signifie pourtant pas une moindre fidélité à la Caritas, dont Benoit XVI a fait le sujet de sa première encyclique. Cette fidélité s’exprime autrement. Ce n’est pas une crise d’autorité de l’institution, comme certains l’affirment. Ces évolutions témoignent plutôt d’un mûrissement de l’autonomie du sujet. Beaucoup de pasteurs témoignent en effet d’un nouvel élan de recherche pour comprendre la dimension croyante de l’existence humaine. La nouvelle génération en recherche trouvera-t-elle des témoins et des prêtres proches d’eux et de leurs questions ? Le rapport à l’Eglise, au prêtre n’est plus le même, et ce n’est pas le retour au pratiques du passé qui fera avancer la question. Des attentes nouvelles se manifestent. L’Eglise, laïcs et prêtres, saura-t-elle les discerner et les accompagner dans la confession de foi, la pratique liturgique et le service de l’humanité ?

 

Une réflexion théologique depuis longtemps engagée

Quelque chose de nouveau est apparu dans les années soixante que l’on pourrait appeler « conscience d’Eglise et autonomie du sujet croyant ». C’est le fruit d’une longue maturation théologique, un siècle durant, de Vatican I (1870) à Vatican II (1962-1965). C’est à Vatican II qui sera développé et reconnu le sens de l’Eglise, une Eglise composée de l’ensemble des baptisés (laïcs et ministres ordonnés). Dans le même élan, c’est le sens de la mission de l’Eglise qui est précisé, mission à laquelle tous collaborent, clercs et laïcs, d’abord au nom de leur baptême. Certains se souviennent peut-être encore du document de la conférence des évêques de France : « tous responsable dans l’Eglise ?», Lourdes 1983.  Certains prêtres feignent de l’ignorer, voulant tout reprendre en main. Pourtant la position de notre évêque est claire quand il confie à des équipes composées de laïcs autour d’un prêtre la charge pastorale des paroisses*.

 

 

Les repères théologiques existent, encore faut-il accepter d’aller à leur recherche. Le modèle proposé, si l’on peut oser le mot modèle, est la Vie trinitaire : les trois ensemble, Père, Fils et Esprit, en parfaite communion, et qui se soucient de l’au-delà d’eux-mêmes. Les communautés ecclésiales vivent-elles tout à la fois la communion et l’au-delà d’elles-mêmes ? Le premier document conciliaire sur l’Eglise, Lumen Gentium, le dit à sa manière dès le paragraphe 9 : « le Christ appelle la foule des hommes de parmi les Juifs et de parmi les Gentils, pour former un tout selon la chair mais dans l'Esprit et devenir le nouveau peuple de Dieu ». Pour les théologiens cela signifie que nous ne sommes pas seulement des individus les uns à côté des autres, mais un seul corps et un seul peuple.

Le mot peuple est sociologiquement marqué, et il agace, hélas, bien des oreilles. Sans doute faudrait-il relire l’exhortation apostolique « les laïcs fidèles du Christ » où Jean-Paul II, de vénérée mémoire, affirme que les fidèles laïcs appartiennent au Peuple, et que leur mission est de travailler à la vigne du Seigneur. Cette vigne, précise encore le pape, c’est le monde entier (cf. Mt 13, 38), qui doit être transformé selon le dessein de Dieu, en vue de l'avènement définitif du Royaume de Dieu. (Introduction). Faut-il préciser que ce peuple de Dieu, c’est l’ensemble des baptisés, prêtres et laïcs ? Dans l’esprit des évêques du Concile, le « ensemble » prévaut sur le « chaque individu », et il est heureux que le dimanche, que la sanctification du dimanche soit de nouveau perçus comme le temps de l’assemblée convoquée par le Christ ressuscité (Dies Domini). Heureuses initiatives en ce sens que les « dimanche : Parole en fête » !

 

Tous associé à la mission commune

Aussi, avant de vouloir définir ce qui revient au prêtre ou au laïc, il est utile que les communautés chrétiennes se réapproprient ce qu’est la mission de l’Eglise dans et pour le monde. Faire l’impasse sur ce fondement pour remédier au mal-être et aux absences des prêtres serait bâtir sur le sable. Les prochaines formations pour les EAP rappelleront les éléments de la mission, le pour-quoi de l’Eglise. Ensuite le comment peut être abordé. Devant l’urgence, nous voulons des solutions. Le titre de cet article est une invitation à réfléchir à l’activité des prêtres et des laïcs dans un même mouvement. De fait, chacun peut remplir sa journée et sa conscience de bonnes œuvres, mais cela suffit-il à honorer la mission qui est confiée à l’Eglise par le Seigneur lui-même : « Allez par le monde entier, proclamez l’évangile à toutes les créatures », Marc 16,16. 

 

 

Les ministères ordonnés, le ministère presbytéral en particulier, ont une responsabilité de faire exister des communautés ecclésiales. Pour que ces communautés soient vraiment d’Eglise, les prêtres et les évêques veilleront 

  • à ce que tous puissent découvrir et vivre de la parole de Dieu.
  • à ce que tous puissent faire l’apprentissage de la prière
  • à ce que tous ses membres prennent soin  les uns des autres et de ceux qui n’en font pas partie.

Est-ce bien cela qui est demandé ? Nous sommes loin d’une réflexion où l’on répartirait les tâches, en confiant aux uns la célébration, aux autres l’animation, aux troisièmes le souci de l’homme.

 

Le contexte de crise a été relevé lors du dernier conseil du presbyterium, en février dernier. Aucune solution n’a été trouvée, mais on ne peut réorienter la mission des prêtres en faisant fi de ce pour quoi ils ont été appelés et ordonnés par l’Eglise. Vouloir en faire prioritairement des ministres du culte, les laisser célébrer 4 ou 5 mariages le samedi n’est certainement pas respecter les ministres ordonnés, ni favoriser une démarche appelante en vue du ministère presbytéral. Les évêques y ont réfléchi en huis clos début février, les prêtres commencent à parler à voix haute,  reste pour tous à discerner des chemins possibles où le ministère ordonné et l’ensemble des baptisés puisse vivre et honorer toutes les dimensions de la mission confiée.  

Emile Hennart

 

 

* voir la lettre de mission des EAP promulguée par Mgr Jaeger le 18 avril 2002.

On peut lire l'évolution des baptêmes et ordinations depuis 10 ans

 


 

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317 pretres diocésains (en vert) et

36 prêtres prêtés par d'autre diocèse.

En décembre 2002, on comptait 424 prêtres (212 et 212) ;

 en février 2004, on en comptait 394 (201 et 193) ;

en octobre 2005, on en comptait 370 (206 et 164).

Source J-C Vieillard 

 

 

 

 

 

 

  

 

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En décembre 2002, le nombre de prêtres de plus de 75 ans et de moins de 75 ans était le même : 212. Depuis le nombre de prêtres aînés est resté stable, autour de 210, tandis que le nombre de prêtres plus jeunes a considérablement décru.

Source J-C Vieillard 

 

 

 

 

 

 

 

2006 2006   

 

La crête des 70-75 ans d'il y a 10 ans (144) se retrouve presque à l'identique aujourd'hui dans les plus de 80 ans (141). Cela correspond au boom des années 1945-1950. Mais dans 5 ans, ils seront moins de 67.

Source J-C Vieillard 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3862 visites