Jean-Claude Guillebaud

Intervention, colloque Mission Ouvrièreespérance

Colloque dis-moi ton espérance à Lille et Roubaix

Dis-moi ! quelle est ton espérance ?
Dis-moi ton espérance. Colloque Dis-moi ton espérance. Colloque   La vie est remplie de germes d’espérance sans que nous nous en apercevions toujours.  La démarche dis moi ton espérance lancée il y a un an par la Mission ouvrière fut d’observer la levée de ces germes.  Une espérance basée sur une expérience humaine forte au sein d’une expérience commune. La décision d’organiser  un colloque et de poursuivre la réflexion semblait évidente pour les nombreux participants de l’action ouvrière sur un tel sujet.
L’ ouverture d’un colloque « dis-moi ton espérance » avec  Jean-Claude Guillebaud* a permis d’entrer dans une réflexion stimulante sur ce qui fait l’espérance, en écho  aux milliers de questionnaires remontés l’an dernier de toutes les zones pastorales du diocèse .
Rencontrer d’autres, décider de devenir acteur, s’inscrire dans une histoire, accueillir l’Evangile comme Bonne-Nouvelle, tels sont les grandes lignes ou les grands défis que les rassemblements dis-moi ton espérance de novembre 2007 ont provoqués dans le diocèse de Lille pour les chrétiens en monde ouvrier. Il fallait y donner une suite…  à la demande de beaucoup de participants, l’idée d’un colloque sur l’espérance du 23 au 25 octobre fut une belle occasion de revenir sur ce sujet pour en recueillir des fruits.
Tout d’abord avec Jean-Claude Guillebaud  en guise d’ouverture. Avec la force de convictions qui le caractérise bien… ancien journaliste dans Sud-Ouest et  le Nouvel observateur , puis au quotidien Le Monde et aujourd’hui chroniqueur à La Vie,  Jean-Claude Guillebaud , comme aime le rappeler Mgr Ulrich, est « un Grand reporter, analyste, essayiste, journaliste et écrivain, mais aussi voyageur … son itinéraire a fait de lui un homme en recherche personnelle dans une espérance à transmettre. »

Dites-moi, quelle est votre espérance  ?

Vivre le chemin de l’espérance, pour Jean-Claude Guillebaud ,  c’est à la fois faire une analyse de ce que l’on perçoit, mais aussi être « un témoin sur un chemin … »  comme il l’exprime  dans son livre intitulé « comment je suis redevenu chrétien ». L’espérance se vit dans un état d’esprit précise t-il : se sentir joyeux tout en ne confondant pas l’espérance et l’optimisme, même si les deux vont ensemble… comme il aime le rappeler. L’optimisme  est une façon d’être, tandis que l’espérance est un choix, un parti-pris qui a des conséquences dans la vie personnelle mais aussi sociale et politique. Ce fut l’objet de son intervention en reprenant cette idée de St augustin : « L’espérance a fait deux très bons enfants qui ont pour noms : le courage et la colère. »
La colère fait partie de l’espérance raconte Jean-Claude Guillebaud qui  a passé 20 ans de sa vie comme grand reporter  dans les catastrophes du monde en vivant au milieu de ses tourments  ! Comment rester optimiste en ayant traversé tant de tragédies ?  Au cours de toutes ses rencontres, Jean-Claude Guillebaud témoigne de ces milliers de gens debout qu’il a croisés,  remplis d’espérance sans se résigner  malgré toutes leurs tragédies ! D’où la colère devant les discours dominants de la résignation ou de la fatalité.
Et de nous dire que paradoxalement en France nous vivons parfois « l’assédie », cette perte du goût de l’espérance parce que nous sommes des « français grognons » insiste-t-il. Etre sans espérance, c’est trahir des gens qui vivent la misère ailleurs et qui restent debout,  ajoute  t-il encore.  Au regard de ces déplacements dans le monde, JC  Guillebaud s’ interdit de désespérer  d’autant que - comme chrétien - notre foi  est porteuse  d’une bonne nouvelle ; celle de ne pas être triste : « Soyez Heureux ! » nous dit  St Paul.
D’autres arguments fusent contre la désespérance tout en étant réaliste  au sein d’un monde difficile qui sait compter cependant sur des solidarités humaines, « nous vivons un grand basculement du monde et les individus ne sont pas  « les jouets du destin » car ils sont co-responsables du monde qui vient  nous partage encore notre invité en évitant de tomber dans ce discours de la résignation  du : « on ne peut pas faire autrement »  et d’ajouter :  « Paradoxalement dans une crise incertaine avec des travailleurs pauvres, combien de fois ai-je écrit pourquoi cette France là n’a pas explosé ? parce que des milliers et milliers de personnes vivent la solidarité, je les appelle « les sentinelles du désastre ». Ces personnes qui oeuvrent au quotidien pour permettre à d’autres de rester debout. Car la France est faite de gens « debout » capable de don, d’espérance et de mouvement. »
Et de citer Goethe  pour terminer « le pessimiste se condamne à être spectateur du monde »… avec cette idée qu’il y a toujours une dimension stratégique dans l’espérance car s’engager est un chemin pour refuser la fatalité ou  la démobilisation. C’est sur ces valeurs de gratuité, du don et de l’échange que son intervention s’est conclue en réponse aux questions de la salle.
 
                                                                                        Philippe Cattez et Jean-Claude Guillebaud*
 
*journaliste, Jean-Claude Guillebaud est l’auteur de livres publiés aux Editions du Seuil. Le commencement d’un monde (2008),comment je suis redevenu chrétien (2007) et encore la force de conviction : à quoi pouvons-nous croire ? (2005). Son témoignage s’appuie sur son expérience de grand reporter, il a d’ailleurs reçu le Prix Albert Londres en 1972
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