Dimanche de la santé dans le diocèse

Donne moi ta parole.

Lens : Marie-Jeanne ancienne animatrice du SEM Lens : Marie-Jeanne ancienne animatrice du SEM   « Donne-moi ta parole » tel était le thème du dimanche de la santé en lien avec les mots de Pierre dans l’Evangile : « Sur ta parole, je vais jeter les filets ». Le 10 février, ce dimanche a été célébré dans la majorité des communautés du diocèse et aussi à un moment favorable dans les EHPAD et maisons de retraites.
Le livret diffusé à 1700 exemplaires dans chaque doyenné  par les délégués de pastorale santé propose des articles de réflexion, des témoignages et une trame pour les célébrations. Ces dernières ont souvent été émaillées des témoignages de personnes malades, handicapées, de parents, de professionnels, de messages des enfants de la catéchèse.
Les nombreuses intentions recueillies auprès des personnes visitées, à l’hôpital, en maison de retraite ou dans le voisinage proche ont été présentées en offrande et portées dans la prière de ce dimanche ou le seront au long de l’année.
Les participants aux célébrations et les bénévoles ont offert une ou plusieurs des 32 000 images proposées dans le diocèse, les dessins des enfants ont été transmis aux personnes en maison de retraite ou isolées de notre quartier : autant de signes d’humanité au nom du Christ qui nous rassemble.
Des professionnels se sont rassemblés pour réfléchir sur le thème de la parole dans la profession. La Pastorale des Personnes Handicapées organise une journée de réflexion avec les parents d’enfant ayant un handicap sur le thème : « la parole qui fait vivre ».
 Ces gestes d’amitié, cette parole, sont partagés au long de l’année avec les malades, les personnes âgées, isolées par les équipes d’aumônerie en hôpital ou en maison de retraite, par le Service Evangélique des Malades, entre professionnels du monde de la santé, dans les rencontres de la pastorale des personnes handicapées.
L’appel nous est adressé aujourd’hui, A nous d’avancer au large et de jeter les filets !
 
Témoignages
Nous ne pouvons faire un inventaire exhaustif de tous ces témoignages exprimés dans le diocèse, ils expriment notre souci d’établir une relation avec les personnes fragilisées, avec ceux qui s’expriment peu ou pas.
 
Les professionnels sont attentifs à leur manière d’établir la relation : 
Un médecin alcoologue :
 «  La première rencontre avec le malade alcoolique est essentielle car le rôle du soignant est d’établir un lien, une alliance thérapeutique permettant l’accompagnement. Il faut laisser la parole se libérer, il faut écouter, être empathique (comprendre la souffrance, aller au cœur de la souffrance). La confiance doit être gagnée.
Au sein du groupe de parole, la parole circule, se libère, c’est une parole non alcoolisée. Les témoignages des uns et des autres résonnent avec leur propre histoire. Le patient se sent compris, pas jugé, accepté tel qu’il est. »
 
Une enseignante auprès d’enfants sourds :
 « Quand on dit « donne-moi ta parole » et que je pense à mes jeunes élèves sourds, la première chose qui me vient à l’esprit c’est le regard. Quel que soit le mode de communication que nous utilisons, tout passe par le regard.
Petit à petit l’enfant va s’intéresser à la bouche de son interlocuteur, comprendre qu’en regardant sa bouche il va comprendre de petits messages ; bien sûr le mime, l’expression de notre visage, les gestes de la langue des signes seront autant d’indices pour comprendre la situation. 
 
Les bénévoles relatent leur expérience :
Certains ont saisi l’occasion pour « donner la parole aux résidents d’un EHPAD qui ont bien voulu participer à partir de quelques questions : Comment avez-vous réagi quand on vous a dit que vous alliez rentrer en maison de retraite, et comment le vivez-vous ? Comment occupez-vous vos journées ?  »
S’ils constatent qu’: « Il n’est pas toujours facile de communiquer avec une personne qui a du mal à dire sa différence, à parler de sa souffrance, de sa révolte, de sa solitude, de son mal être, de sa fatigue, de son quotidien...Ni facile de trouver le mot juste, de dire qu'on est là, présent, impuissant mais présent... »
Ils nous lancent cet appel : « Venez nous rejoindre, vous ne serez pas déçus »
« Maintenant que la vie reprend son rythme, c’est à mon tour de me mettre à l’écoute des autres. »
 
Des personnes malades ou fragilisées ont retrouvé réconfort auprès de leur famille, d’amis
« J’ai eu un cancer, deux en vérité ! Cette maladie a été le révélateur de la puissance de vie qu’il y avait en moi et autour de moi ! Cette puissance de vie s’est manifestée par la tendresse des regards de mes proches, la douceur des gestes des soignants, la chaleur des sourires des amies et l’intensité des mots échangés. Pouvoir parler, se dire, crier sa souffrance … Comme c’est important ! Que c’est bon de sentir le soutien des proches qui vous disent « tu n’es pas seule, on va se battre avec toi, ensemble nous gagnerons » 
ou dans des lieux de partage tel que Amitié Espérance (pour dépressifs) :
 
« Je me suis reconnu à travers les gens qui venaient aux réunions. C’est un temps de partage où l’on peut parler de ce qui nous tient à cœur, où je peux m’exprimer en toute franchise et ainsi garder la flamme de l’Espérance allumée. »
 
Une maman dont deux enfants sont atteints d’une surdité partielle nous communique son émerveillement et nous invite à être attentifs : 
 
« Ma fille a pu être appareillée…quand elle a porté pour la première fois son appareil auditif, je sors avec elle et, tout à coup, elle s’arrête. Elle lève la tête en pointant du doigt et dit : « écoute ! C’est quoi maman ? ». C’était les oiseaux qui chantaient dans les arbres ; elle ne les avait jamais entendus. L’émotion que j’ai ressentie ce jour-là n’a jamais quitté ma mémoire : ce qui était ordinaire pour beaucoup de personnes prenait pour elle et moi une dimension extraordinaire ».
« Il est très difficile pour les personnes malentendantes ou sourdes de participer, de discuter, de garder l’attention au milieu d’un groupe, par exemple, au milieu d’un repas quand on est très nombreux : les personnes sourdes sont très vite isolées car la discussion leur échappe. C’est à nous qui entendons de faire un effort, je dis bien faire un effort car cela demande beaucoup d’énergie, de patience pour parler et communiquer avec une personne sourde »
 
Quand la parole n’est plus possible, le moyen de communication peut passer par d’autres sens : le toucher, le regard…
 
Une psychomotricienne :
« Je me mets à l’écoute non seulement des mots mais surtout du corps, pour traduire ce que ressent la personne en fin de vie et privée de mots pour le dire. Tout cela passe bien évidemment par la parole verbale mais aussi par le langage du corps, c’est-à-dire par le toucher, le massage, la musique, les odeurs, les mouvements qui rassurent, donnent un bien-être, donnent une existence à cette personne qui se prépare à la mort. »
 
Un membre d’équipe d’aumônerie hospitalière :
 « Je rends visite à Jeanine, elle ne parle pas mais me répond par un signe de tête et par son regard très doux. Après une semaine d’absence, son état s’est aggravé, je me suis approchée et lui ai caressé la joue comme j’avais l’habitude de le faire en lui disant bonjour et là, ses magnifiques yeux se sont ouverts. Le lendemain, j’étais avertie que Jeanine était retournée près du Père.»

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 1192 visites