FAQ 13-14 Cène, passion et résurrection

Réponse à quelques questions sur les derniers ch. de Matthieu (26-27-28)

Matthieu ch. 26 à 28

La dernière séquence (Cène, passion, résurrection) commence par le récit du parfum versé sur la tête de Jésus à Béthanie. Ensuite, le repas pascal, puis l'arrestation au Mont des Oliviers, les accusations du grand prêtre, puis chez Pilate, puis la crucifixion. Le ch. 28 commence par préciser le moment : Matthieu ne parle pas du soleil levant, mais, selon la tradition juive, au tout début du jouor nouveau, c'est-à-dire le soir tombé. 

Cette fiche 13/14 répond à quelques-unes des questions posées en Maison d'Evangile pour la lecture de Matthieu, ch 26 à 28. Il est utile d'avoir d'abord lu d'abord ces chapitres 26- 28 ainsi que les fiches d'accompagnement à la lecture: fiche 13 et fiche 14
 

 

Pourquoi le parfum sur la tête?

Retenons la construction des récits, en Marc, Luc (ch 7) ou Matthieu : il y a un fait (parfum versé) qui sert de point de départ à une longue réflexion. Matthieu situe cet épisode juste au début de la séquence Cène/Passion/Réurrection. L'important réside dans la réflexion qui suiit le geste de la femme.  Les 4 évangiles se souviennent de parfum versé au cours d’un repas. Qui est cette femme: Matthieu n’en dit rien. On a voulu rapprocher cette femme de l’histoire de la pécheresse qui vient chez Simon le pharisien, ou encore de Marie de Magdala, mais on n’en sait rien.

 

Si Matthieu n’en dit rien, c’est que l’essentiel, pour lui, n’est pas là mais dans la suite, dans la réflexion proposée (ne pas laisser le cadavre d’un pauvre sans soins est un geste de charité… or Jésus va prendre cette place du pauvre humilié et rejeté de tous. Après coup, après la mort de Jésus, ce geste prendra toute sa signification. Sur la signification du geste du parfum sur la tête, il n’est pas connu dans la tradition juive (est-ce le rite d’accueil d’un invité, est-ce le mime d’un sacre de roi, on ne sait pas. Retenons que c’est un geste de reconnaissance par une femme de l’intérêt porté à Jésus, intérêt porté à ce Jésus, ce dont les apôtres ou les témoins de la scène ne se soucient pas.. Les disciples y voient un gâchis, Jésus donne un sens en rapport avec le rite d’embaumement pour les défunts. (En Matthieu 28, les femmes n’apporteront pas d’aromates, comme si, désormais, tout se passe ailleurs, sans aucun rapport avec la mort, sans regard en arrière, mais avant, avec ce qui va arriver, c’est-à-dire : l’envoi en mission : mission des femmes d’abord, puis mission des apôtres. On trouve aussi une seconde réflexion, un enseignement en rapport avec les pauvres… “des pauvres, vous en aurez toujours, et quand vous voudrez… !!!”

 

La femme aux parfums n’est pas nommée.

 Un certain nombre de personnages des évangiles ne sont pas nommés : les deux démoniaques, l’aveugle rencontré au ch. 8, le centurion, le paralysé descendu par le toit, la belle-mère de Pierre. Il y a beaucoup d’anonymes dans l’Evangile (Une plaquette des Cahiers Evangiles, n° 160, porte le titre “Les anonymes de l’Evangile”. On a toujours cherché à donner un nom à cette femme, mais rien ne permet de l’identifier. (Certaines traditions ont voulu faire un rapprochement avec Marie de Magdala, d’autres avec la femme pécheresse chez Simon (Luc 7,36-38) Cela a donné libre cours à bien des commentaires, or Matthieu ne dire rien : une femme…

Pour Matthieu l’important est ailleurs, dans la signification du geste posé, et, plus encore, les interprétations qu’en donne Jésus sur la place du pauvre et sur l’embaumement. Comme par hasard, début ch. 28, les femmes au tombeau ne viennent pas embaumer, selon Matthieu, mais rendre visite au tombeau. C’est une manière de dire qu’à partir du moment de la résurrection, on ne reprend plus les gestes d’avant : ainsi Matthieu évite le mot sabbat, de même l’embaumement : tout cela est du passé. Désormais c’est devant, en avant que cela se passe : allez dire aux disciples qu’il vous précède en Galilée. Et les derniers mots de l’évangile c’est un envoi aux extrémités de la terre.

 

 

A la mort du Christ, la terre tremble, le rideau du Temple se déchire ?

Faut-il prendre les descriptions au premier degré ?


Non, on ne peut pas prendre cela au premier degré. Il faut prendre tous les éléments ensemble. L’évangéliste présente ensemble cinq éléments pour signifier qu’un monde nouveau se met en place à partir du moment où Jésus a achevé sa vie. Pour les Juifs… on était enfin tranquille !. Pour les disciples, ils vont découvrir que l’accès à Dieu est désormais possible (voile déchiré = accès au saint des saints, le culte ancien n’a plus sa raison d’être). La mort est vaincue (des saints ressuscitent ; des tombeaux s’ouvrent ; La terre tremble et les rochers se fendent fait penser aux représentations des prophètes annonçant le Jour du Jugement dernier (Amos 8,3 ; Isaïe 26, 19, Ezéchiel 37, 12 ; Daniel 12, 2). Que s’est-il réellement passé… nul ne sait, mais les apôtres veulent dire que la mort de Jésus signifie l’ouverture vers Dieu et en même temps le Jour du Jugement, non pas selon la description du Dies Irae, mais celui de la rencontre avec Dieu créateur.

 

Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné?

Dans les formations, à propos de la seule parole de Jésus rapportée par Matthieu, j’ai invité à aller lire le psaume 22 en entier, car un juif qui annonce le début d’un psaume pense aussi à la continuité du psaume. Ainsi Jésus. Il y a là un chemin de prière, de la desespérance à la prière et à l'espérance. Ce psaume (comme quelques autres dits “Prière du juste persécuté”) commence par l’exposé de la souffrance et de l’humiliation (v.1 à 19): Le matin j'appelle point de réponse, la nuit point de répit pour moi... ceux qui me voient me bafouent hochent la tete...et moi, ver de terre, non pas homme..., ils ont partagé mon vêtement... Le psaume   continue par la prière de supplication (v. 20-22) Toi, Seigneur, ne sois pas loin de moi, viens à mon aide... Le psaume  se termine par la confiance et la certitude d’être exaucé et délivré (23-32): j'annoncerai ton nom à toutes les nations; les pauvres mangeront et seront délivrés. Ainsi la prière de Jésus prend tout son sens quand on lit l'ensemble du psaume. Ce n’est pas seulement une prière désespérée.

Pour Matthieu c'est aussi une manière de rappeler que le Messie présenté par l'Ancien Testament n'est pas toujours le Messie de gloire et de puissance que certains attendaient. Il est aussi le juste persécuté, humilié, pourtant c'est lui qui portait notre péché!

 

Pourquoi tant de références à l'AT dans les derniers récits. (ch. 26-27)


Il faut d’abord remarquer que, dans ces chapitres, Matthieu fait moins référence à Moïse, et davantage à Isaïe ou aux psaumes. Il faudrait relire en entier le psaume 22 (psaume du juste persécuté) pour découvrir que Matthieu utilise ce psaume comme modèle. Il faut se mettre à la place des premiers chrétiens, penser à leur désarroi après la mort de Jésus. Nous croyons qu’il fut facile, pour eux, de dire que Jésus est l’envoyé de Dieu, alors qu’ils viennent de vivre sa triste et horrible fin, après qu’il ait été condamné par les autorités religieuses suprêmes en Israël… ce n’était donc pas lui, le Messie !!! Les premiers chrétiens vont apprendre à relire les Ecritures et repérer que l’envoyé de Dieu, le serviteur de Dieu est parfois (souvent) persécuté, condamné, exécuté… ce n’est pas pour cela qu’il n’est pas l’envoyé de Dieu.

 

Matthieu et sa communauté ont aussi cherché des “comparaisons bibliques” à propos de la condamnation et de la mort de Jésus. En faisant ces recherches ils découvrent que Jésus fait partie de ces justes humiliés et persécuté dont parlent les Ecritures, mais on a été habitué à parler de fils de David comme roi de gloire, d’envoyé avec puissance et pouvoir… Or Jésus-Messie n’est pas sur ce modèle. De même que les premiers chrétiens d’hier utilisaient les Ecritures pour soutenir leur foi, de même aujourd’hui, nous pouvons utiliser ces mêmes écritures pour soutenir notre foi (par ex. le Ps. 22 ou 69 ou 88 quand nous sommes dans la désespérance. Ou les chants du serviteur en Isaïe 42 à 51

 

Choqués qu'un des apôtres ait une épée !

Les disciples sont des pèlerins pour la Pâque, comme des milliers de Juifs venus du monde entier. Il est probable que nombre de voyageurs et pèlerins portent sur eux une arme pour se défendre (ne pas imaginer une épée de 60 cm !!; [pensez à l’homme tombé aux mains des brigands sur la route de Jérusalem à Jéricho.]. Selon la tradition il s’est passé quelque chose au moment de l’arrestation. Mais Jésus manifeste son désaccord sur l’utilisation de la violence à cet endroit. L'incident donne à Matthieu l'occasion d'une catéchèse (v. 52-54). Cohérent avec l'esprit du Sermon sur la montagne, Jésus refuse de se défendre par la violence; de même l'Église s'abstiendra-t-elle d'user de la force contre ses adversaires. Bien des mouvements non violents s'inspireront de ce message fondé sur la conviction que Dieu condamne tout homicide (cf. Gn 9,5-6) et que quiconque tire l'épée connaîtra le glaive symbolique du jugement divin (y. 52). Au temps de Jésus, la communauté juive de Qumrân comptait sur l'appui de l'armée des anges quand viendrait la guerre ultime contre les suppôts du Mal. Combien plus le Fils de l'homme, juge de l'univers, pourrait-II demander au Père l'assistance d'une douzaine de légions célestes. Mais tel n'est pas le plan de Dieu selon les Ecritures, et l'Église devra en tirer les conséquences.

 

Fallait-il passer par la trahison pour en arriver à la Rédemption ?

 N’oublions pas que notre réflexion et la réflexion théologique sur la rédemption sont postérieures aux évènements. Cela a pu se passer ainsi. La décision de faire disparaitre Jésus est murement réfléchie et depuis longtemps (relire 9, 32-34, où les camps sont bien définis : les pour, les contre). Ensuite les interminables discussions aux ch. 11 et 12 et les ch. 22-23. La trahison de Judas est davantage de l’ordre des moyens… c’était une aubaine, pour les autorités, de pouvoir compter sur lui… Il semble que Judas a regretté son geste, mais il était trop tard, car les autorités avaient désormais les cartes en main. On peut aussi se demander -(mais ce n’est pas écrit dans l’évangile)- si Matthieu ne pense pas aux chrétiens persécutés et dénoncés (cf. 10, 21-22 puis 24,9-10) C’est peut-être une invitation pour qu’ils découvrent qu’ils ne sont pas au-dessus de leur maître.

 

Pourquoi les grands-prêtres ont-ils eu besoin de Judas?

Arrestation jardn des oliviers Arrestation jardn des oliviers  

Il est normal de s’interroger, et la réponse n’est pas difficile. Il faut se mettre en tête le contexte d’une ville de pèlerinage, à la pleine période du grand pèlerinage de Pâques. Il y avait des dizaines de milliers de Juifs venu de Galilée et de tout le monde (de Babylonie, comme du Moyen-Orient et même de Rome. Les autorités voulaient arrêter Jésus mais sans que cela se sache, donc de nuit… Or, comme beaucoup de Juifs pèlerins, le soir venu Jésus repartait au campement. Ceux qui escalier entre Oliveirs et maison de Caïphe escalier entre Oliveirs et maison de Caïphe  n'avaient pas où loger à Jérusdalem allaient dans l’espace dit "Jardin des Oliviers", colline immense boisée d’oliviers, à l’Est de la vallée du Cédron, juste en face du Temple.

  Jésus se méfiait à Jérusalem, car il sentait bien qu’on lui cherchait des ennuis (cf. les questions pièges sur la résurrection, l’impôt à César et même son autorité, etc…) Il fallait donc aux autorités juives quelqu’un qui connaisse le lieu de repli, le lieu précis, au milieu Maquette à Jérusalem. Le Temple, parvis des païens, parvis des juifs, ,(non visible: le saint des saints). Temple de Jérusalem  
Maquette à Jérusalem. Le Temple, parvis des païens, parvis des juifs, ,(non visible: le saint des saints).
Maquette à Jérusalem. Le Temple, parvis des païens, parvis des juifs, ,(non visible: le saint des saints).
des foules endormies. Judas connaissait le lieu du campement de Jésus. C’est lui qui vient à la tête du groupe “au service du grand prêtre”.

Les autorités ne sont pas allées elles-mêmes chercher Jésus, mais les gens de leur service d’ordre; ce ne sont pas des familiers de Jésus et ils agissent selon les ordres, les renseignements fournis. Judas est leur agent de renseignement…

 

Que son sang retombe sur nous… Que c'est dur à entendre!

 

Saint Pierre in Gallicante; palais de Caïphe Jésus aux liens  
Saint Pierre in Gallicante; palais de Caïphe
Saint Pierre in Gallicante; palais de Caïphe
Mt 27, 25  Exclamation qui trouve ses racines dans l’AT : 2 Samuel, 1, 13-16 ; 3,29 ; Jérémie 51,35 ; expression que l’on retrouve d’une manière assez proche en Luc 23, 28 : "pleurez plutôt sur vous et vos enfants". L’expression est à situer dans un contexte judiciaire, contexte de tribunal qui laisse entendre que l’on s’est engagé “corps et âme” dans une décision prise, en vue de la soutenir. Si Matthieu reprend cette phrase c’est d’abord pour signifier que les accusateurs, Juifs,  s’engagent corps et âme (que son sang retombe sur nous) dans la condamnation de Jésus qui s’est dit messie, fils de Dieu. L’expression peut sembler sanglante pour nous… sauf que nous oublions l’expression française “mettre sa main au feu si…” ou “je donne ma main à couper si…” Voilà pour la première explication.


En Samuel il est aussi question de quelqu’un qui s’est vanté d’avoir tué l’envoyé de Dieu… Il faut donc rapprocher la parole d’hier avec celle d’aujourd’hui : des gens ont exigé la mort de “l’oint”, et ont fait promesse que cela se réalisera même si on doit leur passer dessus. Bien sûr nous, nous faisons référence à la malédiction de la destruction de Jérusalem en 70… Si Matthieu a pu y penser, dans les années 80, les témoins du procès n’ont pas pu y penser.


L’objectif de Matthieu, dans sa rédaction finale est de faire porter sur le peuple juif la responsabilité de la condamnation et de l’exécution de Jésus, au point même d’atténuer la responsabilité de Pilate. Dans ce moment de la décision, selon Matthieu, les pharisiens ne sont pas présents, manière de laisser entendre qu’ils n’ont pas (pas tous) participé à la décision, mais aussi manière de dédouaner un peu les pharisiens, dont un certain nombre ont fait partie, par la suite, des communautés chrétiennes d’origine juive. Pour résumer : nous nous arrêtons sur l’aspect sanglant de l’expression, alors qu’elle est une des manières habituelles pour signifier son engagement total dans une décision. Ne dit-on pas encore : “jurer sur la tête des ses parents (ou de ses enfants)” sans se rendre compte qu’on met en jeu leur vie, avec ce genre d’expression.
 

 

Pourquoi la mort et la résurrection de Jésus à la fête de Pâques ?

C’est une donnée des quatre évangiles : mort et résurrection sont liées à Pâques : Il y a eu discussion entre exégètes dans les années 50-70, pour savoir si c’était un repas pascal ou non. Mais la mort du Christ, la veille du grand sabbat n’est pas remise en cause. Pourquoi : une première réponse est de dire cela s’est effectivement passé comme çà. La seconde explication est le fait que Jésus vient à Jérusalem, avec ses disciples et nombre de pèlerins, pour la grande fête liturgique de la Pâque. C’est donc un pèlerinage à l’occasion de la Pâque juive.

 

Bonne occasion pour les autorités religieuses de se saisir de lui, car on commence à trop parler de lui. Or, la célébration de la Pâque juive suppose que l’on reprenne le rituel qui commémore la libération des hébreux en Egypte. Il semble bien que le Christ ait accompli ce geste. Les premiers chrétiens par la suite, associeront la signification de la première Pâque, en Egypte, avec le passage de Jésus, de la mort à la vie, lors des célébrations pascales. Ce que nous lisons « au premier degré » comme une succession événementielle est aussi le fruit d’une recomposition littéraire et spirituelle, par les premières communautés, à cause des pratiques fort anciennes qui commémoraient le Christ dans sa passion, sa mort et sa résurrection. La Pâque chrétienne célèbre la résurrection de Jésus "nouvelle alliance" qui eut lieu au premier jour de la semaine après le 14 nisan, c’est-à-dire le dimanche. La nouvelle Pâque s’exprime dans la résurrection, pas seulement la mort. Matthieu s’arrange même pour ne pas nommer le sabbat quand il situe le passage de la mort à la vie (27,62), et que désormais, tout se passe "après". La traduction littérale du début ch.28 devrait être : "Tard, le soir du sabbat", sachant que le jour est calculé du soir au soir et non du matin au matin. Le sabbat de l'ancienne alliance n'est plus le jour principal, pour les chrétiens, mais le premier jour de la semaine. 

 

La place des femmes dans les Evangiles ?

l’Eglise, au fil des siècles a eu tendance à minimiser la place des femmes. Les Evangiles affirment qu’elles ont suivi et servi Jésus depuis la Galilée. Suivre est un verbe consacré qui décrit l’attitude du disciple. Les femmes font partie du groupe des disciples autour de Jésus En Israël il n’est pas bon qu’un rabbi (comme Jésus) ait dans son entourage des femmes, or Luc 8 le signale sans complexe. En Jean 4, Jésus parle à une femme de Samarie (ce qui les disciples ne comprennent pas. Jésus laisse s’approcher une femme au cours d’un repas (Luc 7). Les femmes sont restées jusqu’au bout au pied de la Croix. Elles sont les premières à devenir messagères de la résurrection. Que le pape François ait lavé les pieds d’une femme mère célibataire dont on ne voulait pas baptiser le fils, étonne, de même qu’il ait lavé les pieds d’une femme musulmane emprisonnée cela a étonné les journalistes et bien des chrétiens… Il y a donc bien des choses à faire évoluer dans les mentalités, et pas seulement les mentalités chrétiennes !

 

Le feu pour le diable et ses anges

Sur l’enfer, notre’ imagination réutilise l’imagerie du moyen-âge et de la renaissance où l’on a ajouté force de détail au sujet des démons et de l’enfer. A lire la condamnation des non-élus on comprend qu’ils sont envoyés au feu préparé pour le diable et ses anges… C’est-à-dire que le diable et ses anges sont aussi dans la rôtissoire. Nulle part il n’est question d’anges noirs qui précipite dans le chaudron les damnés. Les images que nous avons en tête proviennent des tympans des cathédrales, pas des évangiles. La description des cathédrales est reprise de celles des évangiles apocryphes ou de la légende dorée… ne nous laissons pas abuser ! Il faudrait relire “Nous irons tous au paradis” de Daniel Marguerat et Marie Balmary. La même réflexion s’applique à l’expression des “pleurs et grincements de dents”, que nous associons toujours avec l’enfer. Or la première fois où Matthieu en parle, c’est dans le récit du centurion dont Jésus admire la foi et à propos de qui il affirme : “ je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents." Pleurs et grincements de dents” exprime la rage des fils d’Israël de ne pas être à la première place. (Matthieu 8, 10-12)

Voir aussi la fiche "L'enfer, les paraboles"

 

L’ange : quel ange ? L'ange du Seigneur

 

Lever de soleil près de la Mer Morte Lever de soleil près de la Mer Morte   Luc ou Marc ne parlent pas d’anges ! Matthieu écrit “l’ange du Seigneur”, ce n’est pas un ange quelconque ! En relisant les évangiles et plus encore l’ancien Testament, les Ecritures parlent de l’ange du Seigneur à des moments bien précis: pour l’annonce à Joseph, (Mt 1, 20) ;à Abraham (sacrifice d'Isaac en Genèse 22, 11-15)  ; pour la première apparition à Moïse (Exode 3, 2-6). Cela rattache le récit de la résurrection aux grandes manifestations de Dieu dans l’histoire du salut. En Marc, c’est un homme, en Luc deux. Ici les termes pour l’apparition de l’ange du Seigneur invitent àpenser au langage des apocalypses.

Matthieu veut ainsi souligner que l’évènement inaugure un monde nouveau.

En même temps les détails obligent à penser aux récits de vocations ou théophanies :

  • Apparition céleste, tremblement,
  • réaction d’effroi [effroi transféré sur les gardes et non sur les femmes] ;
  • formule “ne craignez pas”,
  • mission, signe de confirmation “venez voir l’endroit” et
  • signe de la pierre scellée déplacée par l’ange ;
  • enfin la réalisation de la mission

Tombeau période Hérode - pélé Tombeau période Hérode - pélé   (Voir récit d'annonciation en Matthieu 1, en Luc 1, ou Vocation d’Isaïe, ch.6, 1-13, ou Jg 6, 11-24 ; Jr 1, 4-10 etc.). Il faut prendre  tous les éléments ensembleet découvrir le schéma, plutôt que de vouloir les interpréter séparément !!!

Il est très rare de voir un ange travailler. Souvent il annonce, parle ; ici, il déplace la pierre et s’assoit dessus (quand quelqu’un nous parle et qu’on dit “je m’assied dessus“. Il pose un signe (comme pour Zacharie ou Marie il y avait un signe) Il signifie qu'il ne faut plus accorder d'importance à ce qui enferme la mort: la pierre n'est plus rien.

Matthieu ne cherche pas à donner la preuve formelle de la résurrection, physiquement parlant, mais il utilise quantité de symboles pour dire sa conviction, à savoir la manifestation de Dieu et de Jésus ressuscité. Il faudrait relire l’épisode des disciples d’Emmaüs pour comprendre qu’il y a eu un travail de relecture qui passe par l’utilisation des symboles. “Heureux ceux qui croient sans avoir vu est-il dit à Thomas… mais ce n’est pas le même évangéliste.
 

La finale de Matthieu est tournée vers l’envoi en mission, dès les premières lignes. Tout est tourné vers elle… ; il faut ajouter “et moi, je suis avec vous, tous les jours (même les mauvais jours) jusqu’à la fin des temps”. Invitation à la confiance.

 

Y avait-il des saints avant la rérurrection ?

Le mot saint a pris une nouvelle signification à partir du temps de l’Eglise des martyrs. Pour l’Ancien Testament, Dieu seul est saint. Avec Jésus-Christ tous sont appelés à la sainteté (terme rappelé au concile Vatican II, dans Lumen Gentium) : Jésus se sanctifie pour que tous les hommes soient sanctifiés et puissent rayonner de la vie de Dieu en eux… Par le baptême nous sommes sanctifiés grâce à l’Esprit qui nous est donné. Autrefois, au temps des épîtres, les chrétiens étaient appelés les saints ou les élus. (relire les destinataires de plusieurs épîtres de Paul).

 

Résurrection de Jésus et autres résurrection.

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On parle de plusieurs résurrection : Lazare, le fils de la veuve de Naïm, et aussi dans l’Ancien Testament. En fait, il faudrait parler de réanimation du corps… L’affirmation que Jésus est ressuscité ( a été ressuscité par Dieu) n’est pas du même ordre. En parcourant l’évangile, nous constatons qu’il y a une rupture dans le temps, une discontinuité. Jésus est mis au tombeau… des personnes le voient ressuscité (et non ressusciter). Cette affirmation est l’acte de croyants dont la conviction est que Dieu ne peut pas laisser ans la mort ceux qui ont mis leur foi (leur confiance) en lui… Au temps de Jésus certains courants Juifs croyaient en la Résurrection, d’autre non. Les disciples font partie de ce group. Après la mort de Jésus ils affirment leur conviction au sujet de Jésus d’abord, puis pour ceux qui ont suivie le Christ (relire la fin de la lettre aux Thessaloniciens).
Barabbas. “Jésus” est un prénom commun en Israël, il signifie “Yahvé (Dieu) sauve”. Jésus de Nazareth est Jésus fils de Joseph. Barabbas signifie “Fils du père”.

 

Le reniement de Pierre

 

Matthieu met en parallèle l’annonce de la trahison de Judas et du reniement de Pierre, puis, nouveau parallèle entre la réalisation de la trahison et réalisation du reniement. Il semble que ce parallèle est voulu pour faire l’éducation des chrétiens sur l’attitude à avoir, aussi grand soit notre situation de pécheur. Judas n’a pas cru qu’il pourrait être pardonné (péché contre l’Esprit), la résurrection a sa “facture propre”, chacun des évangélistess insistant sur l’un ou l’autre aspect. Notre fâcheuse habitude de tout mettre en un seul évangile en faisant la synthèse des quatre récits différents, est une regrettable manière où l’on oublie l’originalité de chaque récit, ce sur quoi chacun a voulu insister. Marc conclut, en 16, 8 : les femmes s’enfuirent et ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. Point final, mais les premiers chrétiens ont ajouté un résumé des trois autres récits car cela leur semblait trop dur… les v. 9-16 ne sont pas de Marc. Pour Luc, cela se termine u mont des oliviers, le soir de Pâques… Seul Matthieu parle des gardes du tombeau tandis que Pierre exprime une attitude de repentance 26, 75. C’est l’évangéliste Jean (ou plutôt celui qui a rédigé la finale Jean 21) qui exprime le pardon de Jésus et le choix de Pierre pour paître le troupeau (expression qui a été remplacée au cours des siècles par chef de l’Eglise, pontife suprême ou vicaire du Christ sur terre… ce qui n’est pas l’état d’esprit dans lequel les Douze, dont Pierre ont été choisis, selon les Evangiles.

 

Dans ce texte on ne parle pas de Thomas.

 Chaque récit d’après etc. Gardons la logique de chaque écrivain. Matthieu ne parle pas d’embaumement, parce que cela n’a plus de sens de regarder en arrière. Désormais c’est devant, en Galilée sur la montagne (Galilée des nations païennes et montagne qui renvoie au discours enseignement de Jésus (Mt 5-7). J’aime bien certains eurent des doutes… comme je l’écrit dans les formations : cela laisse entendre que croire n’est pas automatique même pour ceux qui ont vu (pensez à Thomas selon Jean 20, 24-28).

Cela peut aussi signifier que la foi reste une démarche personnelle qui demande du temps. Si l’on se souvient qu’au ch. 26, 56 ils se sont enfuis… on peut supposer que maintenant encore, il leur faut un “certain temps” pour effectuer le chemin d’une foi qui conduit à la joie sans mélange. Dans tous les autres récits traditionnels d’apparition du ressuscité il est signalé un doute. Le doute parcourt les évangiles. Jésus ne dit-il pas à Pierre, en 14, 31 : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté. Pour eux, comme pour nous, la foi reste un risque, un risque qui mène pourtant à l’agir missionnaire. C’est dans la mission que l’on signifie avoir vaincu le doute.

 

Rendez-vous en Galilée, sur la montagne

Au bord du Lac Au bord du Lac   De Luc ou de Jean nous retenons que cela se termine au mont des Oliviers, à Jérusalem (Cependant Jean 21 donne à penser qu'il y a eu retour au bord du lac!). Matthieu renvoie en Galilée. Il y a là une volonté de renvoyer au début de l'Evangile, lors du premier enseignement de Jésus, mais aussi en Galilée appelée carrefour des nations païennes. La mission c'est pour le monde entier (et non réservée aux brebis perdues d'Israël en Mt 10).

 

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