Fiche 3 La samaritaine

Laissant sa cruche, elle courut au village

Section 3. Jean chapitre 4


La Samaritiane Saint Jean Maison d'Evangile  
La Samaritiane
La Samaritiane
 La Samaritaine

Il est conseillé de lire d'abord le texte de l'Evangile, ch.4 de Jean avant de lire cette fiche. Lecture d'image ci-dessous : Jésus, une femme de Samarie, un village, des disciples. Le puits, lieu de rencontre et de bouleversement.

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Section précédente


Après le prologue, la rencontre des premiers disciples et les noces à Cana, Jean avait présenté la rencontre de Nicodème avec Jésus, de nuit, à Jérusalem (section 2). Le dialogue n’a pas débouché sur un acte de foi de la part de Nicodème. Ensuite, sans doute à cause de la mauvaise réputation que Jésus s’était attirée, il a quitté Jérusalem pour les bords du Jourdain. Des gens viennent écouter Jean-Baptiste et se faire baptiser par lui ; Jésus aussi a pu baptiser. Ce peuple qui accourt fait probablement partie de ces gens qui se savent pécheurs et rejetés par les autorités juives, de Jérusalem en particulier. Loin du Temple, ils apprécient ces prédicateurs. La prédication de Jean-Baptiste était plutôt rugueuse, au dire des autres Evangiles. Ici rien n’est dit ses exigences éthiques. Il se présente en témoin d’un autre qui doit venir… Il n’est ni Elie, ni le Messie. L’itinéraire de Jésus vers la Galilée passe par la Samarie.

 

Lecture d’ensemble.


La couverture du livret présente la rencontre au bord d’un puits : une femme debout, devant Jésus assis qui demande de l’eau. Au loin, le village et quelques habitants qui, bientôt, seront appelés par la femme. On peut aussi deviner deux apôtres. Dans le récit, ils n’ont pas le beau rôle ! Cependant, l’échange entre eux et Jésus, malgré quelques quiproquos, oriente vers la moisson à venir et la nourriture à partager. C’était sans doute encore trop compliqué pour eux, ils ne comprennent pas grand-chose à l’épisode. Quand Jésus parlera de son corps donné en nourriture, comprendront-ils ? Déjà, ils ne comprennent pas que Jésus, leur rabbi, tienne conversation avec une femme qui, plus est, est une Samaritaine !

 

Bien souvent nous ne lisons que la première partie du récit, oubliant l’aller-retour de la femme entre le puits et les habitants du village, avec le souci de leur faire rencontrer Jésus… sans complexe. Les habitants demandent à Jésus de venir “demeurer” chez eux. Le récit comporte un certain nombre de titres qui sont donnés à Jésus, “Prophète, Seigneur, Messie, Christ, Rabbi”, jusqu’à l’affirmation qu’il est vraiment le Sauveur du monde. La fin du récit nous emmène à Cana en Galilée, où Jésus guérit le fils d’un officier royal. Certains détails font penser au centurion des autres Evangiles.

 

Rencontre avec la femme de Samarie Jésus en samarie  
Rencontre avec la femme de Samarie
Rencontre avec la femme de Samarie
Jean signale que c’est le deuxième signe accompli par Jésus. Un signe qui invite à dépasser la lecture ordinaire pour développer un sens interprétatif afin de discerner qui est Jésus : Jésus accomplit les œuvres de Dieu pour nous. Dans l’Ancien Testament, (Deutéronome 6, 22), les signes étaient les traces de l’intervention de Dieu dans l’histoire des hommes. Dans les Actes des Apôtres, Luc comme Jean au v.48, parle de signes et prodiges (Actes 2, 22) : invitation à reconnaître en Jésus “Dieu au milieu de nous”.

 

Les étapes du récit.
Entre les premières lignes qui parlent de Jésus harassé au bord d’un puits, et les dernières lignes “le Sauveur du monde”, il y a un très long cheminement. A partir des personnages, voici les étapes :
• Jésus et la Samaritaine. 1-26.
• Jésus et les disciples. 27-38.
• Jésus et les Samaritains. 39-42.
• L’officier royal à Cana. 43-54.


Jésus et la Samaritaine dialoguent (1ère étape).
Jésus est demandeur d’un don ; la femme exprime son étonnement. De cette improbable rencontre va naître un peuple nouveau qui reçoit Jésus. N’en restons pas au dialogue interpersonnel toi/moi ; n’en faisons pas une analyse psychologisante du rapport homme/femme. De riche qu’il était, Jésus s’est fait pauvre. Par le dialogue, il se révèle peu à peu comme Messie.


Il y a progression dans le dialogue : d’abord rappel de la distance entre Jésus et la Samaritaine, deux cultures sans relations. Puis l’eau, les maris, le lieu de la prière, l’attente du Messie et la révélation : “Je le suis”. Alors la femme ne reste pas auprès de Jésus, elle court porter la nouvelle. Elle est la première d’une population qui, en saint Jean, va accueillir “le Sauveur du monde” (v. 45). Outre la révélation sur l’identité de Jésus/Messie, plusieurs “vérités” sur “la religion” vont apparaître. D’abord la distinction entre Juifs et non Juifs est dépassée. Ensuite, le lieu pour prier Dieu n’est plus à Jérusalem ou sur le mont Garizim, mais dans le cœur de chacun : l’espace religieux est d’abord intériorité. Cela sera souvent redit au long de l’Evangile : Dieu vient demeurer chez nous, en nous (14, 23 ; 15, 4-10). Beaucoup de lecteurs en maison d’Evangile, proches ou lointains de l’Eglise, ont pu vivre cette proximité de la rencontre du fond du cœur : “Il m’a parlé !”

 

“L’heure vient”. Le mot “heure” revêtira un sens particulier tout au long de l’Evangile. Il fait allusion à l’heure de la glorification et de la révélation du Fils de l’homme sur la croix. A Cana, en 2, 4, ce n’était pas encore l’heure. Ici, elle vient.

 

“Je suis”. Le dialogue se termine avec le questionnement sur le Messie et la réponse de Jésus : “Je le suis, moi qui te parle”. L’expression ‘Je suis’, reprend le nom que Dieu avait révélé à Moïse au buisson ardent (Exode 3, 14). Plusieurs fois, Jean met sur la bouche de Jésus cette affirmation qui l’égale à Dieu et qui choque les Juifs. La seconde partie de l’identité sera énoncée par les Samaritains en fin du récit : “il est le Sauveur du monde”. Ce récit de “Jésus en Samarie” nous aide à mesurer le chemin qui donne accès à la foi.

 

La symbolique de l’eau… Il semble que le puits donnait accès à une source en profondeur, et pourtant à une eau qui coule. A partir de l’eau physique au fond du puits, Jésus évoque le don de Dieu, don de la vie… Plusieurs psaumes évoquent l’eau vive : “Mon âme a soif du Dieu vivant” ou “Vers les eaux du repos il me fait reposer”. Ezéchiel 47 annonce l’eau qui sort du Temple et irrigue toute la terre. Le puits évoque aussi, pour les Juifs, la Loi qui donne vie. C’est l’origine du malentendu entre Jésus et la Samaritaine, entre la dimension physique et la dimension symbolique de l’eau.

 

Zoom 4, 28-42. Jésus, les apôtres et les Samaritains.


Pour le zoom, nous avons choisi la seconde partie du récit, moins connue, mais tout aussi importante. La Samaritaine laisse sa cruche et Jésus ! Ce qu’elle a découvert, il lui faut aller l’annoncer. Sans le savoir, elle devient ainsi modèle d’apôtre, avant que les autres ne soient officiellement envoyés. Elle ne garde pas pour elle ce qu’elle a compris de Jésus. (Nous pourrions nous interroger sur notre empressement aujourd’hui à communiquer ce que nous avons compris de Jésus.)

 

Pendant cet aller-retour, un dialogue se développe entre Jésus et ses disciples. 1.) Ce dialogue commence par une réflexion d’étonnement, mais qui ne s’extériorise pas. Ils ont ramené des provisions pour Jésus, 2.) mais il a une autre nourriture, “faire la volonté de celui qui m’a envoyé” (expression qu’on retrouvera en Jean 6, 38). Même malentendu qu’avec l’eau du puits.

3.)L’image du moissonneur et de la moisson évoque, depuis le temps des prophètes, le temps de la récolte, à la fin des temps. Les apôtres sont-ils des semeurs ou des moissonneurs ? Pour Jésus, les Samaritains qui viennent vers lui, c’est la moisson pour laquelle il est venu. Il n’est pas inutile de rappeler ici que la Samarie a accueilli le message des premiers apôtres plus facilement et rapidement que les Juifs de Judée (relire Actes ch. 8, 1-4, 14).

 

La dernière réflexion, “Ce n’est plus à cause de tes dires…”. Certains pourraient voir un coup de griffe antiféministe dans l’affirmation des Samaritains envers la femme. Non, l’expression signifie que l’adhésion des Samaritains à Jésus n’est pas le fruit d’un ouï-dire, mais d’une expérience personnelle. Ils l’ont rencontré et, désormais, ils se portent garants de l’authenticité de ce qu’ils ont découvert de Jésus… C’est donc un élément de plus en vue du procès qui se prépare : les Samaritains sont garants des affirmations qui Sauveur du monde, dont la femme leur avait révélé l’existence.

 

Les quiproquos sur l’eau, sur la nourriture. On peut découvrir une construction parallèle entre la scène avec la Samaritaine et celle avec les apôtres : l’étonnement, puis les quiproquos sur l’eau et la nourriture sont occasions d’un discours explicatif de Jésus. Il faut passer du physique au symbolique. En sous-entendu, il est question de resourcement pour l’éternité et de faire la volonté du Père. Arrivent des Samaritains, présentés comme la moisson qui se prépare au temps de Jésus… et au temps de saint Jean.

 

Pour aller plus loin.
 

Sichem samaritaine Eglise orthodoxe Sichem samaritaine Eglise orthodoxe   Le puits de Sychar –ou Sichem- est profond (15m). La tradition fait remonter son existence au temps de Jacob. Le puits est un lieu de rencontre. L’Ancien Testament évoque Isaac, Jacob et Moïse qui ont trouvé une épouse au bord d’un puits. Jésus et la Samaritaine, c’est peut-être l’annonce des épousailles de Dieu avec son peuple, comme à Cana.


Il est plutôt rare qu’une femme vienne chercher de l’eau en plein midi, en pleine chaleur, en pleine lumière (Nicodème était venu de nuit !). Etonnant que la Samaritaine oublie sa cruche ! Ou bien, elle n’en avait plus besoin, ou bien elle avait quelque chose d’important et d’urgent à communiquer. Et nous ?

Les relations Juifs/Samaritains.


Depuis le retour d’Exil (- 530), les Juifs (en particulier Judéens) considèrent les Samaritains comme ne respectant pas les traditions de leur Bible. Ce sont des étrangers. Ils ne se fréquentent pas pour éviter d’être considérés comme impurs. Dans les années 40-50, lors des premiers conflits entre chrétiens et juifs à Jérusalem, les chrétiens se réfugieront, pour partie, en Samarie qui leur fait bon accueil (cf. Actes 8,5). Cela peut expliquer l’origine d’un Evangile de saint Jean aussi sympathique pour les Samaritains.

Retour à Cana. Guérison.


A Cana, Jésus retrouve des Galiléens qui furent, comme lui, pèlerins à Jérusalem. Eux ne semblent pas choqués de l’attitude de Jésus au Temple (vendeurs chassés, ch.2), à la différence des Judéens. L’échange de paroles entre Jésus et l’officier est bref. Jésus guérit par sa parole, en l’absence de tout geste. L’officier fait confiance. La parole qui guérit invite à se souvenir du prologue : la Parole a habité parmi nous. Jean n’ajoute aucun commentaire, excepté “Tel fut le second signe”. Jésus ressemble à un prophète itinérant et guérisseur.

 

Fonctionnaire ou centurion ? Si nous sommes étonnés des ressemblances et différences entre les quatre Evangiles, peut-être faut-il accepter que, à partir d’un même fait d’origine, chaque évangéliste ait pu rédiger un récit particulier, en fonction de la communauté à qui il écrivait. Jean présente ici, successivement, Nicodème, la Samaritaine, le fonctionnaire royal… dont la rencontre avec Jésus va changer la vie.

 

Prier et méditer la Parole


“Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive,
Pour se creuser des citernes, citernes lézardées
Qui ne tiennent pas l’eau ! Jérémie 2, 13

Question : Vers quelles eaux nous tournons-nous pour y boire ?
Eaux artificielles et empoisonnées, ou eaux vives ?

Message final du synode des évêques à Rome, octobre 2012.
Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie, près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais un discernement est nécessaire afin d’éviter des eaux polluées. Il est urgent de bien orienter la recherche pour ne pas devenir la proie de désillusions destructrices.

Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car seul son Esprit est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle. Seul Jésus est capable de lire jusqu’aux tréfonds de notre cœur et de nous dévoiler notre propre vérité: «Il m’a dit tout ce que j’ai fait», confesse la Samaritaine à ses concitoyens.

Cette annonce, à laquelle se joint la question qui ouvre à la foi: «Ne serait-il pas le Messie?», montre comment celui qui a reçu la vie nouvelle dans la rencontre avec Jésus ne peut manquer de devenir à son tour porteur de vérité et d’espérance pour les autres. La pécheresse convertie devient messagère du salut et conduit à Jésus tout son village. De l’accueil du témoignage, les gens passeront à l’expérience personnelle de la rencontre: «Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde».

Faites parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Evangile Maison diocésaine BP 1016 – 62008 Arras cedex
ou à hennart-eh@orange.fr
Dossier des évangiles : http://arras.catholique.fr/jean
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 6057 visites