La saga d'Abraham - Introduction

Abraham Abraham  
Les fils d'Abraham, Bourges
Les fils d'Abraham, Bourges
La saga d’Abraham. Genèse 12 à 25

Au moment d’aborder la lecture des récits sur Abraham, il nous faut se souvenir que l’histoire du peuple de Dieu commence avec Moïse et la sortie d’Egypte. Ce peuple est aussi appelé peuple de l’Alliance, à cause de l’Alliance scellée au Sinaï. Ce moment de l’Alliance est présenté aux ch. 19 à 24 de l’Exode.

 

Parler de “Saga d'Abraham” pourra nous éviter d'en faire une lecture historicisante de ces récits des chapitres 12 à 25 de la Genèse. Celui qui a écrit ces récits ne visait pas à raconter en forme journalistique ce qui s'est passé. Il charchait plutôt à faire découvrir comment pouvait se nouer une histoire relationnelle ent Dieu (Yahvé) et ceux qui acceptent de se mettre en route. Bien plus tard, la figure de Moïse donnera davantage de consistance dans la relation entre Le Seigneur et un peuple sorti d'Egypte.

 

Nous connaissons tel ou tel épisode concernant Abraham comme : l’appel et la promesse, la naissance d’Ismaël, l’annonce de la naissance d’Isaac, le sacrifice d’Isaac appelé aussi ligature, la prière devant Sodome, etc. Fidèles aux habitudes des maisons d’Evangile, nous lirons le récit que nous donne la Bible, de la première à la dernière ligne. Nous lirons même, en fin du chapitre 11, la généalogie qui relie Abraham aux récits précédents, récits des origines. Le rédacteur a voulu relier Abraham à ceux qui le précèdent, une manière de ne pas oublier qu’Adam et Eve, Noé, la tour de Babel, tout cela fait partie de la “préhistoire” d’Abraham, pour que, dès le début, nous puissions faire résonner en nous le refrain : “Et Dieu vit que cela était bon, et même très bon” (Genèse 1, 4 à 31). Dès le ch.1, en 22 et 28, Dieu donne sa bénédiction à l’humanité qui se constitue : “Dieu les bénit”. A chaque étape on peut découvrir quel type de relation se tisse entre Dieu et l’humain.

 

Ainsi le regard de Dieu envers sa création est empli de bonté et de bénédictions ; cette bénédiction est accordée à Abraham, signifiée dès la première rencontre (12, 2). Bénédiction à Abraham, ainsi qu’à tous les clans de la terre. Abraham n’avait rien fait pour mériter cette bénédiction, ni Isaac, ni Ismaël qui fut béni lui aussi (Gn 17,20) : Ismaël eut aussi douze enfants comme descendance. Saint Paul se souviendra de l’attention de Dieu envers toute l’humanité : “Dieu nous a béni de toute bénédiction spirituelle en Christ… avant la fondation du monde”, (Ephésiens 1,3). Les spécialistes qui voudraient faire une comparaison avec les mythologies païennes pourront constater que la relation de Dieu avec l’humanité selon la Bible est toute différente de la présentation qui en est faite dans les autres religions ou mythologies (par exemple Tiamat, ou l’Enuma elish), où les dieux ne s’intéressent pas aux humains, sauf pour s’en servir. L’épopée de Gilgamesh représente une volonté des hommes de prendre le pouvoir des dieux. Les récits bibliques des origines se distinguent clairement d’autres récits des mythologies mésopotamiennes, en ce qu’ils affirment un lien, une relation positive entre Dieu et l’humain. Avec Noé, au ch. 9, apparait le mot alliance. Or ce terme d’alliance sera repris par Jésus et l’Eglise au cœur de la Cène.

 

Nous voudrions avoir une réponse aux nombreuses questions que nous nous posons à juste titre, en particulier sur l’historicité des évènements rapportés, et pourtant, il faut commencer par écouter celui, ou plutôt ceux qui nous ont légué ces histoires entre Harran et Sichem en passant par l’Egypte. Quel fil conducteur traverse les Ecritures, dont la rédaction  s’est étalée sur cinq siècles au moins. C’est un patchwork, une accumulation de pièces détachées qui ont été cousues l’une après l’autre pour former une ensemble, une construction où s’élabore une relation entre Dieu (Yahvé) et les hommes. Le titre du livret : la “saga d’Abraham” invite à parcourir ces chapitres comme le lieu où Dieu tisse lentement une relation avec Abraham, une relation au point qu’Isaïe fait dire à Dieu : “Abraham mon ami !” Is 41, 8. Nous sommes les héritiers d’Abraham et de la relation d’amitié avec Dieu (Yahvé). Tout au long de ces pages, nous pourrons découvrir qu’il s’agit d’entrevoir la relation que Dieu noue, peu à peu, avec Abraham qui répond. D’emblée, ce que nous appelons vocation ou appel, commence par une rupture, un nouveau commencement : “Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai…”. Nous devinons la réponse d’Abraham, puisqu’il partit. Ce n’est pas une parole, ce sont des gestes, des attitudes, par exemple le fait qu’il élève un autel pour Dieu en chaque lieu traversé. L’attitude d’Abraham est le signe d’une confiance en celui qui l’a appelé, au point que Saint Paul se souviendra cet acte de confiance, acte de foi. “Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice. Galates 3, 6-16

 

Ch 12-25 : Une lecture narrative, de notre part, veut donner de l’importance au projet d’un rédacteur (qu’il soit individu ou plutôt, pour la Genèse collectif). Ce rédacteur construit non pas une biographie, mais un récit pour faire sens. Si nous mettons en premier les questions d’historicité, nous risquons d’oublier le sens que le rédacteur veut donner au récit. Le fait de devoir lire les notices des engendrements, aux noms imprononçables pour nous, manifeste la volonté des auteurs de raccrocher le présent d’Israël, destinataire des Ecritures, avec ce passé lointain : Moïse, Abraham, les patriarches jusqu’au premier des humains selon la Bible et les récits de création. Il y a une continuité, de l’origine jusqu’à nous, de la première bénédiction à notre propre bénédiction : “Sa bonté s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent” Luc 1,50.

 

Parcourir la saga d’Abraham, c’est lire une succession d’épisodes qui n’ont pas automatiquement les liens selon notre logique du XXIème siècle. Mais après chaque épisode, nous pouvons nous demander quel visage de Dieu nous est manifesté, quelle relation s’établit entre Dieu et Abraham et sa descendance. L’itinéraire d’Abraham en Canaan puis en Egypte, la prière de marchandage pour Sodome et Gomorrhe, le sacrifice d’Isaac etc. ll nous faut dépasser le questionnement en termes d’historicité pour rechercher la signification à laquelle le rédacteur nous entraine. La saga d’Abraham : un chemin qui exprime une rencontre avec Dieu.

Abbé Emile Hennart

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 53 visites