Apocalypse fiche 7

Apocalypse ch. 16-19. La chute de la Bête

 

On arrive ici, aux ch.14 à 19, au dénouement du drame, ou plutôt au jugement de la Bête. Voici en effet le temps du jugement, en présence de l’agneau debout, c’est-à-dire vivant. Ce n’est plus l’agneau immolé (cf. ch 14 et 15). Voici la destruction de la grande prostituée (appelée Babylone, surnom donné à Rome). Il faut cependant attendre le ch.19 pour voir exprimé le châtiment de la bête, et le début du ch. 20 pour le châtiment de Satan dans l’étang de feu. Ensuite seulement on pourra lire le récit de l’apothéose finale (ch.21-22) qui célèbrera la victoire avec les noces de l’agneau, la vision d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle ainsi que la Jérusalem céleste. La plupart des commentateurs ne s’arrête pas à étudier en détail ces chapitres 16-19. C’est le temps d’une description apocalyptique des pleurs sur la vie du monde. Dans ces chapitres on trouve la justification de la condamnation : “Parce que chez toi on a retrouvé le sang des prophètes, des saints et de tous ceux qui ont été immolés sur la terre (18,24)”. Commencent alors les alléluias et les cris de fête en l’honneur de Dieu (ch.19). “La bête fut capturée et jetée dans l’étang de feu, avec tous ceux qui avaient reçu la marque de la bête (cf. le chiffre 666).

 

Au ch.15 interviennent les sept anges, avec les sept coupes qu’ils répandent pour exprimer la colère de Dieu qui se répand contre les ennemis des chrétiens. Les motifs du jugement et de la condamnation sont clairement exprimés. Ceci est arrivé sur ceux qui ont refusé de se convertir et sont devenus des persécuteurs. Coupe contre la terre, coupe contre la mer, contre les eaux douces, la 4ème coupe concerne le soleil ; la cinquième entraine l’obscurcissement de l’univers. La sixième coupe concerne l’asséchement de l’Euphrate, en un lieu nommé Harmaguedon (voir ci-dessous : lieu de destructions des armées ennemies.).

 

 Le ch. 17 évoque le jugement de la prostituée. Il faut y lire, comme dans l’Ancien Testament la disqualification de la nation idolâtre. Pour les lecteurs de l’Apocalypse, il faut y lire la Rome impériale (Rome aux sept collines) ainsi que les rois-royaumes dominés par Rome (les 10 cornes ou rois). On notera que le pouvoir de la Bête est précaire et mène à la perdition (fin du ch.18).

 

La description de la déchéance est très travaillée. Cela supposerait de notre part d’être exercé à cette littérature et d’avoir un œil de lynx. L’auteur décrit en trois tableaux le châtiment (18, 9 à 19), c’est-à-dire les rois, les marchands, les marins. Les rois pleurent une alliée puissante, les marchands se lamentent sur la fin de leur commerce lucratif ; enfin le dernier groupe représentant marins et voyageurs, mais aussi la noria des esclaves troisième groupe qui semble plus démonstratif. Trois autres groupes sont ensuite invités à se réjouir (v.20) : les saints, ceux qui exercent un charisme prophétique et ceux qui accomplissent un ministère apostolique.

 

Désormais, à partir du ch 19, ce sont les paroles des saints qui vont retentir en alléluia, gloire à Dieu, car voici les noces de l’agneau. Alors on écrira le livre de vie. C’est le temps des noces de l’agneau, le règne de mille ans, la présentation des cieux nouveaux, de la Jérusalem nouvelle. Les chrétiens, autour de l’an mille, ont voulu y avoir l’annonce de la fin du monde, le règne de mille ans. (On a retrouvé ce type de panique dans certains groupes peu avant l’an 2.000). Pour les noces de l’agneau, l’Apocalypse prend son inspiration chez les prophètes, comme Isaïe ou Osée qui parlaient de Yahvé comme l’époux d’Israël (Isaïe 54, 1-8 ou Osée 2, 16-18. Matthieu en 22 évoque clairement le festin de noces… L’inspiration de l’Apocalypse est une méditation de toute l’Ecriture.

L’Apocalypse va bientôt se terminer en apothéose. Ceci mérite quelques explications. En effet, c’est une erreur de croire que l’Apocalypse a été créée pour annoncer un avenir catastrophique, comme si c’était une prophétie noire à déchiffrer. Le livre a d’abord été écrit pour aider les premiers chrétiens à vivre dans une époque difficile. Il ne cherche pas non plus à se projeter vers la fin du millénaire ou la fin de l’humanité. Le rédacteur de l’apocalypse s’inspire des attentes déjà rédigées dans les apocalypses traditionnelles de l’Ancien Testament, à propos de la fin du monde, telle que des prophètes ont pu l’écrire en leur temps, à partir des guerres famines ou tremblements de terre qu’ils ont peut-être eu à supporter.

 

Ils ont pu imaginer des évènements cosmiques, comme chute des étoiles, soleil qui brille la nuit et la lune le jour pour évoquer les perturbations de l’univers. Il y a aussi dans les évangiles de telles représentations. Par exemple Marc ch.13 ou Matthieu 24. Avant eux, Esaïe, Michée, Daniel ou les livres des Maccabées ont écrit des récits d’horreur et de destruction. Pourtant c’est un autre monde que vont dépeindre les trois derniers chapitres. Il y a donc un nécessaire travail d’interprétation. S’arrêter à quelques éléments de destruction, c’est oublier les derniers chapitres, avec la Jérusalem nouvelle, le ciel nouveau. “Il essuiera toute larme… Ce jour-là il n’y aura plus de larmes, ni de deuil (Ap. 21,4). L’Apocalypse est rédigée comme un drame qui progresse vers sa solution. Sur la victoire de Yahvé et la destruction des ennemis, on pourrait relire le tout petit livre de Nahoum, où Dieu apparait comme juge souverain du monde entier et de Ninive, l’adversaire dont Dieu est vainqueur.

 

Les septénaires

Le chiffre sept revient 54 fois dans l’Apocalypse (87 pour tout le NT). Sept exprime une totalité, l’absolu d’un évènement. Il rappelle les 7 jours de la création comme perfection. On retrouve le chiffre avec les 7 lettres aux 7 églises de l’Apocalypse (la totalité des églises), les 7 sceaux, les 7 esprits, les 7 anges. C’est aussi le chandelier à 7 branches. Sept comme les sept planètes connues dans l’astronomie ancienne, qui donneront leur nom aux sept jours de la semaine (excepté le dimanche en français). Il est davantage employé en positif qu’en négatif où il exprime cependant la totalité des malheurs et signifie la totale destruction des ennemis. Le chiffre 7 évoque enfin la toute-puissance et la perfection des œuvres de Dieu. Il est construit comme addition de 3 et 4, 3 représente le monde divin et quatre, le monde habité. L’usage du chiffre 7 est fréquent dans la Bible mais aussi  ailleurs dans la littérature universelle.

 

L’Apocalypse nous invite à croire qu’il existe un avenir possible pour tous ceux qui ont mis leur foi en Christ. Ce sera développé dans les derniers chapitres qui annoncent un ciel nouveau et non un deuxième ciel, (écrit André Paul, p121-122). Il y aura un seul esprit, et non plusieurs.

 

Le langage de ces chapitres est plutôt du style exotique, apocalyptique. Il n’est pas à lire mot-à-mot : il ne s’adresse pas à nous aujourd’hui, mais aux chrétiens de ces églises désignées aux premiers chapitres. C’est un langage codé où Babylone désigne Rome, c’est-à-dire la grande prostituée, c’est-à-dire tous ceux qui rejettent les croyants en Jésus-Christ. “Il a suffi d’une heure pour que cette grande cité soit détruite”.

 

Harmaguedon

La littérature de ces chapitres vient signifier aux croyants la destruction de leurs ennemis. L’Apocalypse utilise tous les symboles puisés au fond de l’imagination, se réfère aux textes de la littérature juive et païenne pour faire comprendre aux croyants qu’ils seront délivrés par Dieu. Ainsi l’évocation de Megiddo (Harmaguedon) en 16,16 suffit à évoquer toutes les destructions successives et totales de la forteresse de l’Ancien Testament. Harmaguedon (16,16) est le nom par lequel saint Jean se réfère à l’histoire de la colline de Megiddo, ville forteresse vingt fois détruite et vingt fois reconstruite, entre -1600 et -500. La ville est située à quelques dizaines de kms du mont Carmel, proche de Nazareth, sur la “route de la mer”, itinéraire entre le Nord et le Sud, entre l’Assyrie et l’Egypte, les grandes puissances d’alors.

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 376 visites