Apocalypse fiche 8

 

Un monde nouveau. Apocalypse ch. 20-22

Au moment d’aborder les derniers chapitres de l’Apocalypse, il faut se rappeler ce que sont devenus les 144.000 élus et la foule immense que nul ne pouvait dénombrer : c’était au ch.12. La suite, les chapitres 13 à 19 expose le délabrement progressif de la bête, du dragon et de tous ceux qui sont à leur service. C’est parce qu’on a mal lu les châtiments de ces opposants qu’on a interprété l’Apocalypse comme accumulation de malheurs concernant les disciples du Christ.

 

Certes, il fallait beaucoup d’imagination au rédacteur pour décrire tous les évènements annoncés. Mais aujourd’hui encore, les écrivains modernes savent inventer bien des histoires dans nos livres religieux et vies de saints, ainsi que dans les BD “apocalyptiques”, destinées aux jeunes et aux moins jeunes. Bref, dans la deuxième partie de l’Apocalypse, les élus se retrouvent auprès de Dieu, et voient le spectacle de la destruction progressive des ennemis de l’agneau, précipités au fond de l’abîme, subissant les pires tourments. Le ch.19 précise que les vainqueurs chantent des Alléluias tandis que se développent une liturgie et des actions de grâces. Voici les noces de l’agneau avec son épouse. Jusqu’alors, dans la Bible, l’époux, c’est Yahvé. (Isaïe 54, 1-8 : “Ton créateur est ton époux.” ; ou, dans Osée 2, 16-18 : “au désert, je te séduirai”.) Désormais, on peut identifier le Christ comme l’époux du nouveau peuple de Dieu. Voici la victoire du Messie et la défaite de la bête et de ses serviteurs, les rois. Les oiseaux appelés contre ces rois évoquent Ezéchiel, où des oiseaux reçoivent en pâture les serviteurs de Gog, roi de Magog (Ez. 39, 17-20). (Gog et Magog sont des noms énigmatiques).

 

Le chapitre 20 commence avec la mise en place d’une nouvelle notation de temps : le dragon est enfermé pour mille ans. Diverses interprétations sont données. La plus probable est à mettre en rapport ces mille ans avec le retour du Christ. Dans le psaume 90, “Mille ans sont comme un jour” pour Dieu. Le royaume de mille ans signifierait le retour du Christ et donc, pour les croyants qui ont passé l’épreuve, l’accès au temps du paradis. C’est encore une manière de dire que le temps de l’action de Satan est très limité. Ceux qui ont souffert pour le Christ reviennent à la vie avec le Christ. Ils participent à la résurrection du Christ. Le millénarisme est une manière de compter un milliers d’années, alors qu’il fallait l’entendre au sens d’une éternité. La Jérusalem qui descend au milieu de son peuple est à comprendre comme le signe de la présence au milieu de son peuple. Ce peuple, ce sont les chrétiens dispersés et mal considérés au milieu d’un peuple hostile, ces chrétiens qui peuvent aussi douter de la présence de Dieu au milieu d’eux.

 

Aura lieu alors un dernier combat entre les coalitions de Satan et les vainqueurs avec Jésus. Les ennemis de Dieu seront précipités dans l’étang de feu et de soufre. Ainsi en est-il des tourments dont souffriront les ennemis du Messie. L’expression ‘étant de feu’ est parfois associée à géhenne. La géhenne est une petite vallée, au flanc sud de Jérusalem où l’on brulait tous les déchets de la ville, un feu perpétuel de purification. Telle sera la seconde mort des impies. L’image du livre de vie où sont inscrites les œuvres des justes se trouve déjà dans l’Exode quand Moïse demande à Dieu d’ôter du livre toute trace des péchés commis par les Hébreux au désert. En Daniel ch.12 se trouve le texte le plus long évoquant la résurrection. Nul doute que l’Apocalypse s’en inspire. Il ne reste dès lors rien de ce qui est hostilité à Dieu.

 

Fin de l’histoire ou histoire sans fin.

Désormais l’au-delà sans fin peut être présenté : ce sont les ch. 21 et 22. Plutôt que « fin de l’histoire » il faudrait parler « d’histoire sans fin » avec Dieu et son messie. Il est délicat de parler de la fin du monde, selon l’interprétation parfois faite du livre de l’Apocalypse. C’est un monde nouveau, sans fin, avec Dieu, qui est décrit. Ce qui a disparu, c’est le monde hostile à Dieu, le monde de Satan et de la Bête ; ils sont plongés dans l’étang de feu et de soufre, synonyme de lieu de purification et de destruction de toute impureté. Tous ceux qui ont souffert et ont disparu à cause de la bête retrouvent vie (il faut ici penser aux destinataires du livre). Cette fin de l’Apocalypse est une parole à l’intention de ceux qui ont souffert l’humiliation et la persécution au cours du premier siècle du christianisme. Ils retrouvent vie, ils ont leur place dans le cortège avec l’Agneau : voici la demeure de Dieu avec les hommes (21,3). Pour eux, il n’y a pas de deuxième mort.

Apocalypse 21 Apocalypse 21  

 

 

 

 

 

Ch 21 et 22 : voici 3 sections pour ces deux chapitres : Voici, je fais l’univers nouveau

* 21, 1-8 : La Jérusalem nouvelle qui descend d’auprès de Dieu

*21, 9-27 La Jérusalem qui brille comme les pierres précieuses, cité où resplendit la gloire de Dieu.

*22, 1-5 Le fleuve d’eau vive. (Cf. Ezéchiel 47 et l’eau qui sort du Temple). L’eau évoque aussi la Genèse (2,10) : absence de ténèbres et surabondance de vie.   NB On peut comparer, en parallèle, le ch 17 les ch. 21-22 : ce qui advient à Babylone et ce qui advient à la Jérusalem nouvelle. Par exemple, la femme vêtue de pourpre en 17,4, et l’épouse parée pour son époux en 21,2 ; ou encore demeure des démons en 18,2 et demeure de Dieu avec les hommes en21,3. Ou encore Babylone étincelante d’or et de pierres précieuses 18,16 et Jérusalem qui brille de la gloire de Dieu 21,11. Ce peut être un exercice où l’on divise en deux la maison d’évangile, une partie lirait le ch.17 tandis que l’autre lit le ch. 21, à la recherche de correspondances ou oppositions entre Babylone et Jérusalem. Ce dont parle l’Apocalypse, c’est bien l’avènement d’une humanité nouvelle en communion avec Dieu : “Je serai son Dieu et lui sera mon fils (21,7)”.

 

Il est intéressant de mettre en parallèle la description de la Jérusalem nouvelle (21, 9-27) avec la situation précaire et chaotique des chrétiens dans les villes païennes. Le livre s’adresse aux chrétiens des villes d’Asie Mineure qui subissent brimades et persécutions de la part du monde païen, et en particulier des autorités romaines. Comment ont-ils pu recevoir ces perspectives ? Lorsqu’il a rédigé les derniers textes de l’Apocalypse, le rédacteur ne savait pas qu’ils seraient placés à la fin de la Bible, Ancien et Nouveau Testament. Dans la description de ce monde nouveau, des noces de l’agneau puis de la Jérusalem nouvelle, on remarquera qu’il n’y a plus de Temple, qu’il n’y a plus besoin de luminaire. Plus de Temple, c’est-à-dire plus de rituel, puisqu’on est en présence directe avec Dieu ; plus de luminaire, puisque c’est Dieu qui éclaire toute la cité. Cela nous invite à relativiser l’importance des pratiques rituelles d’aujourd’hui : elles disparaitront quand nous serons en présence de Dieu et en communion avec Lui.

 

La finale de l’Apocalypse offre de vivre avec Dieu pour toujours. Cette cité, c’est le lieu du rassemblement de toutes les nations. En 21, 24 : “toutes les nations marcheront à sa lumière”. Est-ce que cela fait aussi partie de notre espérance aujourd’hui ? Non parce que nous l’aurions mérité, mais parce qu’il vient chez nous. Enfin, voici une ville où les portes sont toujours ouvertes, qu’est-ce à dire ? Cette cité nouvelle qui vient du ciel, donc de Dieu, est ouverte à tous. Cela met hors course les tendances à vivre en sectes. Cela nous invite à l’ouverture et à l’espérance : le Seigneur vient.

 

Conclusion

Il fallait des images pour nous aider à comprendre la perspective de Jean et l’Apocalypse en comporte beaucoup. C’est à la fois la représentation de la vie difficile des premiers chrétiens et en même temps l’annonce du monde de demain. Le but de l’Apocalypse est de nous amener à la contemplation directe avec Dieu, au-delà des images indispensables à notre méditation. Il nous faut dépasser ces images pour retenir la certitude de foi que Dieu marche à nos côtés. C’est Lui qui vient vers nous. Les noces éternelles de Dieu avec son peuple sont annoncées. Dieu est l’époux qui aime passionnément son peuple, l’Eglise, et cela, sans conditions. Le mot hébreu qui conclut le livre : maranatha peut être compris comme un appel : “Viens Seigneur” et comme une certitude : “Le Seigneur vient”.

 

Au moment de conclure cette lecture de l’Apocalypse, il faut penser au travail de relecture de toute la Bible qui a inspiré le rédacteur de l’Apocalypse. Le livret pour les maisons d’Evangile ne signale pas les références comme cela se fait dans les grosses bibles. Le commentaire y a fait quelquefois allusion. C’est parce qu’il méditait l’Ecriture que l’auteur de l’Apocalypse a pu garder vivante sa foi et encourager les chrétiens de son temps à garder leur fidélité au Dieu de la Bible et à Jésus-Christ, le messie annoncé et espéré. Puissions-nous entretenir cette certitude que l’Eglise continue à inspirer des hommes et des femmes d’aujourd’hui pour garder la parole : “Voici, je viens bientôt”22,7.

 

Pour prier avec l’Apocalypse

 

      Dieu va venir.

 

1 - Aube nouvelle, dans notre nuit,
Pour sauver son peuple Dieu va venir.
Joie pour les pauvres, fête aujourd´hui !
Il faut préparer la route au Seigneur.
Il faut préparer la route au Seigneur.

2 - Bonne Nouvelle, cris et chansons,
Pour sauver son peuple, Dieu va venir.
Voix qui s´élève dans nos déserts.
Il faut préparer la route au Seigneur.
Il faut préparer la route au Seigneur.

3 - Terre nouvelle, monde nouveau,
Pour sauver son peuple, Dieu va venir.
Paix sur la terre, ciel parmi nous.
Il faut préparer la route au Seigneur.
Il faut préparer la route au Seigneur.

E. 130 Michel Scouarnec, Jo Akepsimas,
 

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 320 visites