Passeurs d'espérance

Thème de la journée de la santé

 

 

 Dimanche de la santé Dimanche de la santé  

 

Le père Maxime Leroy, ancien directeur du Cipac et formateur pour le diaconat des diocèses de Lille, Arras et Cambrai livre une réflexion sur l’accompagnement des malades… Et si les passeurs d’espérance c’était les malades eux-mêmes ?

 

 

D'où et vers où s'agit-il de passer? "De l'ombre à la lumière" comme le suggère le thème du dimanche de la santé « Que ta lumière éclaire ma nuit » ? "Faire le choix de l'Espérance c'est être au milieu du gué" nous dit Guy Coq qui précise qu'espérer est toujours un choix. Un choix aussi risqué que le choix de celui qui décide de traverser un torrent: il connaît la rive qu'il a quittée, il ignore tout ce qui l'attend. Comment prendre un tel risque, faire un tel choix?

 

Une autre logique du bonheur

 

Le livret proposé par la pastorale de la santé présente huit témoignages. Huit paroles fortes, percutantes. De ces témoignages, le père Leroy fait ressortir quatre aspérités communes, comme autant de défis que relèvent les témoins.

 

Première aspérité : le choc devant le mal, le choc d'apprendre la présence, l'omniprésence du mal qui vient frapper ma vie. Une bombe dans ma vie, dit Janine. Révoltée,je lui disais: pourquoi moi et pas ma sœur? précise X qui perd la vue à neuf ans. Évoquer le mot "lumière" dans la nuit de ceux qui vont partir... a quelque chose d'inconvenant. La mort est intolérable, imprononçable. (Françoise)

 

La seconde aspérité est une première réponse : faire face. Le mal est inacceptable. Il doit être combattu. Encaisser? Accepter? Non, mais apprendre à vivre avec et essayer de dominer mon handicap, dit Marie-Paule qui met tout en œuvre pour retravailler... mais pour un temps seulement. Vivre avec? Comment cela est-il possible? Chacune des personnes interrogées, d'une manière ou d'une autre, nous dit qu'elle est amenée à regarder en face l'inéluctable. Dans l'attente, le doute, la panique et les blocages... dans le sentiment d'abandon et parfois d'exclusion, souvent à bout de nerfs: tenir debout!

 

Ensuite, la volonté de chercher du sens à tout prix! Commence un long travail de recherche pour sortir du sentiment d'être inutile, pour sortir de la situation d'exclusion où le mal nous a placés. Janine parle du désert dans lequel elle se trouve: la fatigue qui me pousse à refuser ce que j'aimais faire, pire, ce à quoi je me suis engagée.. . Et voilà que ce désert peut ouvrir l'espace de nouveaux désirs: vivre intensément tout ce qui se présente: les rencontres mais aussi la solitude, les temps de bien-être, les temps de joie. Insensiblement les uns et les autres passent des redoutables "pourquoi" qui ne livrent aucune réponse, à la question du "comment". Inventer de nouvelles façons d'être, de donner quand même du sens à mon existence, précise-t-elle.

 

Quatrième aspérité : Aimer et être aimé tel que l’on est. Pour Marie-Paule, c'est la joie de pouvoir continuer de vivre avec ses proches, la chance d'être entourée de tendresse, et pour Blandine, la maman d'Olivia, consentir de vivre avec elle, telle qu'elle est. Au cœur de tout ce qui obscurcit ce que nous croyons être une existence normale, voici qu'une relation toute nouvelle révèle la lueur du très profond comme l'exprime si bien Françoise, dans la tendresse d'une main donnée et reçue. .. Présence tout!! Simple, souvent muette nous sommes plongés au cœur du même mystère. Nous voilà entraînés dans une nouvelle logique du bonheur où l'humilité, la faiblesse, la pauvreté nous obligent à aimer gratuitement et sans limite. Elle nous amène à toucher le plus profond de nous, cet essentiel de toute vie: aimer et être aimé tel que je suis.

 

Ceux qui marchent avec lui...

 

Ces quatre aspérités nous révèlent quelque chose de l'expérience de l'extrême à laquelle chacun des huit témoins est confronté. Au cœur de cette expérience-là, à la croisée de ces quatre défis, il arrive que surgisse une relation bouleversante, inédite et chaque fois unique avec le Dieu, qui en Jésus-Christ est devenu homme.

 

Quand "Dieu ne guérit pas" et qu'il se tait... Certaines des personnes veulent continuer de vivre avec lui en confiance. Ma tristesse n'arrange personne, nous dit Denys, elle rend la vie plus lourde autour de moi. Donne -moi un visage de joie,pas de tricheur béat. Je veux la Joie. Fais la couler dans mes veines d'homme. Et Janine, au creux de son désert: Je tends les mains, les mains vides vers le Seigneur, mon corps est tendu vers lui... pour inventer de nouvelles façons d'être.

 

Nous découvrons dans l'Evangile de Marc que les véritables disciples sont ceux qui ne se contentent pas de suivre Jésus mais ceux qui, assumant leur propre vie à bras le corps, "soulevant leur propre croix"(Marc 8,34) marchent avec lui, l'accompagnent. Ceux qui se contentent de "marcher derrière" seront vite dispersés, le moment crucial venu. C'est le cas des disciples patentés. L'Evangile de Marc nous trace, en revanche, le portrait d'un nouveau type de disciples: Bartimée, avec sa rage de voir clair; l'audacieuse Cananéenne qui pousse Jésus à sortir des frontières; le centurion - un païen - qui reconnaît, dans l'abandon du crucifié, le vrai visage du Fils de Dieu; les trois femmes silencieuses, debout au pied de la croix avec leur manteau de tendresse; les trois mêmes, le surlendemain, tremblantes de peur mais osant pénétrer l'obscurité du tombeau... et d'autres encore.

 

Les traits surprenants des véritables disciples, ne les retrouvons-nous pas sur les visages des personnes qui nous ont livré leur huit paroles?

 

Mais ne reconnaissons-nous pas aussi dans leur silence, leur parole ou leur attitude, l'attitude même du Fils, que le centurion a si justement reconnue? Où es-tu, Seigneur? Que fais-tu? Pourquoi restes-tu sourd à mon appel? Pourtant, je sais que tu es là, c'est cela mon espérance...

 

Michel, "avec ceux qui vivent dans l'ombre de la mort", en vient à se demander, chaque fois qu'il quitte un ami dont il a accompagné le dernier chemin: "A-t-il vu les bontés de. Dieu sur la terre des vivants?" (psaume 26)

 

Une espérance qui ne triche pas...

 

Plongés ainsi dans cette autre logique du bonheur, à la lecture des huit témoignages, une conviction s'est enracinée en nous : qui sont les passeurs d'espérance, sinon celles et ceux que la maladie ou le handicap a frappés. Eux seuls peuvent nous dire quelque chose d'une espérance qui ne triche pas. Car ils nous renvoient, comme l'exprime Françoise, à ce plus profond de nous qui est l’essentiel de toute vie... Et sans lequel aucune action humaine qu'elle soit sanitaire, politique ou pastorale ne pourrait avoir de sens.

Passeurs d'espérance nous le devenons aussi les uns pour les autres - personnes malades, familles, soignants, accompagnants... lorsque nous sommes "plongés au cœur du même mystère."

 

Maxime Leroy

 


On peut se procurer le livret proposé par la pastorale de la santé auprès de Hubert Renard, 6, rue de l’hospice 62300 Lens au prix de 2,50 euros

Cette année pour le diocèse, le dimanche de la santé et l’animation ‘Dimanche Parole en fête » ont préparé ensemble l’animation des célébrations. L’évangile proposé par la liturgie présente la première prédication de Jésus, l’appel des 4 premiers disciples et résume le ministère de Jésus en une phrase : il enseignait dans les synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute infirmité et toute maladie dans le peuple.

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2943 visites