FAQ-4-Evangile de Luc

Sur le chemin, vers Jérusalem.Luc 9,51à 13, 21

 

 En cours de rédaction

 

Introduction aux chapitres 9,51 et suivants

au fond de l'oued Avdat  
au fond de l'oued
au fond de l'oued

Dans le déroulement de l’Evangile selon Luc, à partir de 9, 51, Jésus prend le chemin vers Jérusalem avec ses disciples. L’aboutissement de ce chemin, sera la rencontre avec Zachée, à Jéricho. Là sera révélé qui est Jésus et pourquoi il est venu. Ensuite ce sera l’entrée à Jérusalem, l’enseignement dans le Temple puis le livret de la Passion-Résurrection.

 

Chemin vers Jérusalem, ce n’est pas seulement un itinéraire géographique, qui durerait 10 chapitres c’est aussi un chemin spirituel, un cheminement que Luc propose, un cheminement dans la foi, comme le font aujourd’hui des catéchumènes avant leur baptême, ou des séminaristes qui se préparent à leur mission. Sur ce chemin, Luc situe de manière plus précise l'enseignement, l'éducation de ceux qui ont répondu à l'appel "suis-moi".

 

Peut-être nous faut-il apprendre à distinguer les paroles adressées à tous, et les paroles à destination des disciples-envoyés en vue de parfaire leur éducation. Au cours de ce cheminement il y aura des exigences, des conditions pour être disciples, et Luc les présente dès le début du chemin. En plusieurs occasions sera évoqué le comportement à l’égard des richesses, mais aussi la révélation de ce qu’est le visage de Dieu Père, miséricordieux proche des malades, des pécheurs et des exclus. Voilà rapidement tracé le "chemin physique et spirituel" sur lequel évoluent les disciples au cours des dix chapitres, jusqu’en 19, 28, où il est précisé, que "Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem".

 

Pourquoi des gens n’accueillent-ils pas Jésus. (9,51-56)


La réponse se trouve dans le texte lui-même. Nous sommes en territoire samaritain et les rapports entre samaritains et juifs sont assez tendus. De Nazareth vers Jérusalem il existait deux routes principales. L’une, directe, passait par les collines sur le territoire des samaritains. L’autre route suivait le cours du Jourdain et l’on arrivait à Jéricho, dernière oasis avant la montée rude (1.400 mètres de dénivellé) vers Jérusalem. Les samaritains font sentir leur différences, mais on peut aussi s’étonner de l’excès de zèle des “bons apôtres”

 

Les conditions posées par Jésus nous semblent exorbitantes ! (9, 57-62)


On ne s’étonnera pas que, au début du chemin, le Christ commence par préciser “ses conditions” pour ceux qu’il appelle à devenir disciples et apôtres. Trois phrases ont rebuté plus d’un lecteur en maison d’Evangile :

 

  • Le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête ;
  • Laisse les morts enterrer leurs morts
  • Quiconque met la main à la charrue…

Le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête Le récit commence avec l’affirmation un peu présomptueuse d’un disciples : “je te suivrai partout où tu iras”. Rien n’empêche de penser à la parole de Pierre le Jeudi Saint (22,33) : “Je suis prêt à aller avec toi en prison et même à la mort !”. Devant cet excès de générosité, le Christ rappelle tout bêtement qu’il n’a même pas où reposer la tête…, c’est-à-dire qu’il mène une vie spartiate ! Sommes-nous prêts aujourd’hui à le suivre dans la précarité d’un style de vie qui n’est pas celui du monde ?


Laisse les morts enterrer leurs morts. Cette expression, passée dans le langage populaire apparait choquante. Essayons de mimer la scène en quatre actes, indissolublement liés entre eux : 1/ Suis-moi ! 2/ laisse-moi enterrer mon père ! 3/ laisse les morts enterrer leurs morts. 4/mais toit, va annoncer le royaume de Dieu. Ce n’est pas un manque de respect du aux morts, c’est, pour les disciples, savoir mettre par ordre d’importance les choses que nous avons à faire. Au risque de choquer l’un ou l’autre : combien nombreuses sont les familles qui font enterrer leurs morts à l’Eglise, mais sont-elles aussi nombreuses avoir le souci d’annoncer le Règne de Dieu dans le quotidien de leur existence. Il n’est pas inutile que le Christ rappelle aux disciples, qui commencent leur formation, que l’urgent c’est l’annonce de l’Evangile… et pour nous ?


La main à la charrue. La troisième expression coule de source : “je voudrais bien, mais j’aimerai aussi d’abord faire...” Au moment où l’on fait le pas décisif de suivre Jésus, si en même temps on est encore tiraillé par toutes les autres sollicitations, Jésus interroge son vis-à-vis sur l’aspect décisif ou non de son engagement. Peut-on le lui reprocher ? Sur l’urgence d’aller partout annoncer, Jésus le dit lui-même un peu plus loin, aux foules qui veulent le retenir : “aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu… (4,43)”

 

Que ce soit hier, que ce soit aujourd'hui, nous savons bien que suivre Jésus est difficile, mais les exigences sont-elles hors de portée, n'est-ce pas avant tou une obligation de choisir entre différents modes de vie et choisir est peut-être plus difficile aujourd'hui qu'hier

 

Pourquoi refuser de passer de maison en maison? Secouer la poussière des sandales ?


(Ch 10, v.1-11). Imaginez un camp-mission avec des jeunes ; imaginez un « exercice » sur le terrain pour de futurs prêtres… l'animateur donnera des consignes. Ainsi en est-il pour Jésus. Première consigne, avant le départ : “Cette mission n’est pas de tout repos, et ne vous encombrez pas !”. Deuxième consigne “annoncez d’abord la Paix à cette maison. Consignes complémentaires : ne perdez pas votre temps en allant de maison en maison. (C'est sans doute sympathique mais il y a urgence. Choisissez des moyens plus efficaces). On peut penser à Paul en mission. Il va s’arranger pour aller dans les synagogues, là où les gens se rassemblent ; où bien il choisit de rencontrer les autorités (à Chypre par exemple). C'est une évangélisation de masse, et non un par un. On peut toujours, aujourd’hui, faire du porte-à-porte, mais n’y a-t-il pas d’autres moyens “de masse” à privilégier ? Benoit XVI le rappelait à l’occasion des journées mondiales des moyens de communication sociale 2010 et 2009.


Secouer la poussière des sandales. Il peut arriver que le disciple soit tellement mal reçu qu’il ne veuille garder aucun souvenir de ce village, même pas sa poussière, même pas les crottes de chien dirions-nous aujourd’hui ! Geste symbolique (peut-être pas trés catholique), qui exprime bien, non la condamnation ou le rejet, mais qu'il n'y a rien à tirer après le dialogue entre prédicateurs et gens du village. 

 

Pourquoi y a-t-il tant de mauvais esprits dans ce texte ?


Un partie de la réponse se trouve dans la connaissance des civilisations anciennes, qui parfois nous fait défaut. L'homme est ainsi fait qu'il a toujours besoin de trouver une explication à l'inexplicable. Ainsi en est-il des explications que les hommes d’hier (et d’aujourd’hui) essaient de donner face au mal, maladies, déviations mentales que l’on ne s’explique pas: il faut trouver un responsable. Dans les civilisations païennes et même juive, on s’imaginait une foule d’êtres intermédiaires entre les dieux et les hommes, des êtres malins, malfaisants, parfois bienfaisants (pensez à la mythologie gréco-romaine, Eole dieu du vent, Athéna dieu de la paix, Mars, dieu de la guerre, Mercure, Zeus etc.). Telle maladie venait de tel esprit malin, tel autre maladie de tel autre esprit malin. Il y avait ainsi foule d’esprits du mal. De Marie de Magdala elle avait sept esprits du mal C’était l’explication de leur temps, devant l’incompréhensible. Si Dieu veut le bien pourquoi le mal ? C’est pas Dieu, répondaient-ils, c’est l’esprit du mal ! (Pour aller plus loin, lire résumé conférence de Luc Blaquart sur le problème du Mal). Il faut réserver la présence du démon, ou diable, ou Satan, ou belzéboul à celui qui vient semer une division entre l'être humain et Dieu. I faut donc distinguer Satan des esprits mauvais. Ce derniers d'attaquent au corps. Satan s'attaque à la relation entre Dieu et son ami fidèle.
 

Une grande part de l’activité de Jésus était de délivrer du mal, des maladies (penser au discours à Nazareth (Lc 4,18) : “consacré pour proclamer la libération aux captifs, aux aveugles le retour à la vue”. C’est repris par Jésus pour les disciples de Jean (7,22-23) : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Voir aussi FAQ-3. Jésus a bénéficié de dons exceptionnels qu’il mettait au profit des personnes qu’il rencontrait. Ceci supposerait de développer une réflexion sur le sens des miracles.

 

Satan, les exorcismes. La maison bien rangée et les 7 démons.


Si c’est pire, la situation après avoir essayé de se battre comme le mal que cela en devient désespérante!. 11, 24-26 c’est ici une mise en garde de Jésus et non d’une affirmation catégorique. L’image employée par Jésus est parlante aujourd’hui encore. Au début du carême, qui d’entre nous n’a envisagé de bonnes résolutions qu’il va tenir…. Mais huit jours plus tard ? On a l'impression d'avoir fait effort pour rien!

 

Autre comparaison : il nous arrive de parler d’addiction, à propos de malades qui essaient de s’en sortir face à l’alcool ou la drogue, ou les paris. Après plusieurs tentatives infructueuses, le malade se sent comme pris au piège par plus fort que lui. Il lui faut être entouré par plusieurs amis pour pouvoir s’en sortir. Ce n’est qu’une comparaison, mais elle peut aider à comprendre ce dont Jésus voulait parler. Bien sûr aujourd’hui on ne parlera pas de “possession par des démons” comme autrefois, car notre connaissance des cause de maladie est beaucoup plus développée; pourtant il arrive encore de parler d'être possédé par un vice.

 

La présence du Mal reste bien réelle, aujourd’hui comme hier, quand on se sent dépassé et incapable de comprendre. La réponse classique : on est sujet de forces supérieures… Le Christ est venu apporter une espérance et une libération, non pas dans l’au-delà, mais dans l'aujourd’hui. "Béni soit le Seigneur, dieu d’Israël, il a visité et libéré son peuple" déclare Zacharie 1, 68. Autre affirmation de Luc : “Aujourd’hui vous est né un sauveur" (2,11). "Aujourd’hui cette parole de libération s’accomplit" (4,21). "Aujourd’hui nous avons vu des choses magnifiques" (5, 26). "Aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi" 19, 5) "Aujourd’hui le salut est entré en cette maison" (19,9). "Aujourd’hui ave moi tu seras en paradis" (23, 43). L’insistance sur l’aujourd’hui de Dieu est une caractéristique du message de Luc.


Sur les exorcismes : quand nous dialoguons avec un exorciste sur ce qu’il est et ce qu’il fait, il insiste sur un dialogue de confiance qui aide la personne à discerner où est le vrai mal et à découvrir qu’elle n’est pas abandonnée de tous et de tout. Croire que Dieu l’aime, là où elle est n’est pas chose simple, et pourtant, c’est à partir d’une confiance retrouvée, qu’un avenir peut enfin s’ouvrir. Ce n’est pas pour rien que l’une des premières discussions à propos de guérison par Jésus porte sur le pardon accordé (Luc 5, 17-28 ; ou Marc 2, 1-12) : “tes péchés sont pardonnés !”.

 

Que viennent faire Jonas et la reine de Saba ou Sodome ?


L’annonce de la Bonne Nouvelle aux païens est un des fils conducteurs de l’œuvre de Luc, (avec celui du salut) : que la Bonne nouvelle soit annoncée aux païens était déjà affirmé par le vieillard Syméon (2,29-32). A Nazareth, la contestation contre Jésus commence quand il parle de la préférence de Dieu pour des païens (la veuve de Sarepta et le syrien Naaman).


Reprenons les quelques versets de Luc, 11, 29-32). Ils surviennent au moment où des pharisiens viennent contester la parole de Jésus en réclamant des signes, (récit précédent, 11,16, sur Belzébul). La foule se presse autour de Jésus, pour avoir des miracles (des signes) Or Jésus refuse de se laisser piéger par cette apparente exubérance qui n’est pas, pour lui significative de foi… Donc il réplique en rappelant d’abord Jonas( ci-dessous) ; il continue en rappelant qu’au temps de Salomon, une reine étrangère païenne avait été gagnée à la foi en Yahvé (1 Rois, 10, 1-10). C’est une manière pour Jésus se signifier que des païens semblent davantage prêts à accueillir la Parole de Yahvé que les juifs autour de Jésus. (Penser au centurion : “jamais je n’ai trouvé une telle foi en Israël ! (7,1-10). Au chapitre 10, 13, Jésus avait déjà dit des choses semblables à propos de Sodome.

 

Comme si ces deux exemples ne suffisaient pas, Jésus affirme que les gens de Sodome et Gomorrhe, dont la mauvaise réputation n’est plus à faire, passeront avant eux, les fils d’Israël. Voilà une accumulation qui situe les conflits entre Jésus, les pharisiens et d’autres gens. Bientôt (11, 37-54) Jésus accusera les pharisiens d’être comme des tombes, c’est-à-dire des lieux de mort et non de vie. Or leur mission est d’enseigner la Loi qui donne vie, et non leurs lois qui donnent la mort (l’exclusion des petites gens. Jésus met les points sur les « i ». Peut-on le lui reprocher ? Il serait intéressant, pour qui a un peu de temps, de relire l’Evangile en ne retenant que les lieux où s’expriment un conflit, une opposition de certains à l’égard de Jésus. Ainsi aux sections 7 et 8, à Jérusalem on voit nettement un trio de personnages, où Jésus et la foule, sont d’un côté, tandis que les opposants sont de l’autre (grands prêtres, chefs du peuple, scribes et pharisiens).

 

Le livre de Jonas et son interprétation

 

 jonas-refus de répondre à la mission jonas-refus de répondre à la mission   Le livre de Jonas est un conte religieux qui participe à l’évolution de “oser annoncer Yahvé aux païens”. En effet, la mission d’un prophète, au second siècle avant Jésus, était comprise comme mission de parler au nom de Dieu pour le peuple d’Israël (le peuple élu), pas aux autres. Il faudra du temps pour qu’Israël s’ouvre à l’universalisme. Or, la proposition faite au prophète Jonas, au début du livre, est de prêcher aux païens de Ninive, ce qu’il refuse, d’où sa fuite à l’opposé de la route de Ninive, ceci en opposition au projet de Dieu ! Bien malgré lui, Jonas se retrouve prêchant aux païens dans Ninive … A la vue des nombreuses conversions, Dieu pardonne, tandis que Jonas, au lieu de se réjouir, se met en colère contre ce Dieu qui accorde son pardon à des païens. Les derniers dialogues du livre,jonas-accepte la mission d'aller chez des païens jonas-accepte la mission d'aller chez des païens   précisent l’inintelligence de Jonas et cela s’explique aisément : Jonas, de retour de mission s’abrite du soleil de midi sous un arbre. Voici qu’une bestiole pique cet arbre qui se dessèche. Jonas se plaint auprès de Dieu que le figuier ne lui donne plus d’ombre. Et Dieu lui rétorque : “tu te fais autant de souci pour cet arbre qui ne t’a rien couté, et moi je ne devrais pas me faire de soucis pour cette ville de 120.000 habitants qui ne savaient pas distinguer le bien du mal ???”

 

Si vous relisez maintenant l’ensemble du récit de Luc, vous verrez que Jésus fait allusion à une reine païenne et à d’autres païens qui précéderont les fils d’Israël dans le Royaume de Dieu, les fils d’Israël qui refusent d’entendre les appels de Jésus (et des premières communautés chrétiennes par la suite).

 

Quel intérêt pour aujourd’hui ?
Quand on voit les difficultés d’ouverture d’esprit au temps de Jésus, cf. la syro-phénicienne chez Marc, puis plusieurs fois en Luc où il insiste sur la foi des païens, ensuite chez les premiers chrétiens avec les réactions hostiles du peuple élu à l’ouverture aux païens par Paul: le choix d'aller aux païens en Actes 13, 46-48 ou 28,28; ou le conflit débattu à Jérusalem (Actes 15), on mesure combien le message de ce « petit » prophète Jonas a eu du mal à passer auprès des chrétiens d'hier.


Lorsque, aujourd’hui en Eglise, on découvre comment de nombreux blocages ont empêché la mise en œuvre des promesses du concile Vatican II (les mémoires de Hans Küng par exemple, les études de Gilles Routhier, ou de Bernard Sebouë sur la réception du concile, etc.), lorsqu’aujourd’hui on assiste dans l’Eglise à un repli identitaire, un abandon quasi généralisé du dialogue avec la société contemporaine, une quasi absence de Parole positive auprès de ceux qui ne viennent pas dans nos lieux à nous, on peut se demander si, comme Jonas hier, les chargés de la mission de l’Eglise aujourd’hui auraient oublié la leçon faite à Jonas.
 

Fort heureusement, il existe de nombreux signes qui témoignent de l'accueil de la Parole de Jésus là où les chrétiens ne l'attendait pas. Réjouissons-nous!

 

 

Les Galiléens, la tour de Siloé et le salut? 13, 1-5.


 On vient rapporter à Jésus ce que nous appellons dans nos journaux deux faits divers horribles. Pilate à étouffé dans le sang un début de rébellion. Pier encore, il a mélangé le sang des juifs avec le sang des animaux, ce qui est la pire des profanation d’un défunt, pour un juif. Autre fait, des gens sont morts dans lécrouelment d’une tour. Etaient-ils pécheurs à ce point qu’ils aient été ainsi puni ?

 

Vous remarquerez que Jésus ne répond pas à la quesion, de même qu’en Saint jean au sujet de l’aveugle de naissance, il ne pond pas à la question qui a péché : lui ou ses parents ? La réponse donnée en saint Jean (Jn, 9, 1-41) : c’est pour que se manifeste la miséricorde de Dieu. De fait la guérison délivre l’aveugle du mal dont il est atteint. Ici, Luc laisse entendre un appel de Jésus : appel à se convertir. On peut toujours débattre, discuter au sujet de... Or ce que Jésus attend de nous, c’est du concret, un changment dans notre manière de vivre : mener une vie droite et réveler par nos actes l’amour de Dieu… Jusques à quand Dieu aura-t-il la patience d’attendre ? C’est l’histoire du figuier ! (13, 6-9)

 

Marthe et Marie. Que reproche-t-on à Marthe?


Voilà une bien étrange histoire qui laisse bien du monde perplexe. Notre réflexe d’occidental c’est de dire c’est l’un ou l’autre : le service de la parole ou le service de la table… Et donc Jésus aurait choisi l’une contre l’autre…. Est-ce bien sûr.


Tout d’abord Luc a plusieurs reprise utilise une technique des écrivains latins qui consiste à raconter une double histoire de personnes, dans le but de valoriser l’une par l’autre, (et non de les opposer comme si c’était le bien le mal). Ainsi Zacharie et Marie, ou Jean et Jésus, ou Pilate et Pierre etc. Voici donc deux personnes, Marthe et Marie. Le récit vient juste après la question du plus grand commandement auquel il a été répondu aimer Dieu et aimer son prochain… (avec la parabole du bon samaritain comme illustration). Marie est aux pieds de Jésus à l’écouter, Marthe est à la cuisine et désespère d’être aidée. Qui a raison ? Les deux, mais Marie est à la bonne place. Mais Jésus ne dit pas que Marthe a mal choisi.

 

 Pour m’expliquer, voici deux précisions, l’une est au ch. suivant 11, 27-28 : « une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : "Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés !" Mais il dit : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique!" Les deux : entendre la Parole, la mettre en pratique. On trouvera ce même dilemme dans les Actes, quand les Douze sont confrontés au service des tables (de l’aumônje), qui risque de leur prendre trop de temps au détriment de la Paroel. Ils inviteront la communauté à trouver une solution (l’institution des sept) pour qu’ils spuissent honorer l’enseignement de la Parole, et que le service des pauvres soit aussi respecté. Qui a raison : Marthe ou Marie ? Les deux !
Mais il y a une hiérarchie dans les choses à faire, et bien souvent, l’urgent l’emporte sur tout le reste.

 

Invitation à lire en complément : Jésus et les femmes dans les évangiles

 

Comment comprendre “ne nous soumets pas à la tentation” ? 11, 1-4
 

La question était ainsi posée : La parole du Notre Père : « ne nous soumets pas à la tentation » est ambigüe. Dans ma jeunesse, j’ai appris : « ne nous laisse pas succomber à la tentation » formulation que j’ai retrouvée dans mon missel vieux de 75ans, et qui simplement appelle à l’aide.
Réponse : Vous avez raison d’insister sur cette difficulté, car les traductions ne sont pas aisées. Celle que vous citez laisse entendre que Dieu nous soumet à la tentation, ce qui n’est pas juste. Plus juste est l’appel « ne nous laisse pas entrer en tentation » (et non “ne nous fais pas sucomber”, mais “ne nous laisse pas entrer en tentation” ou “fais que nous n’entrions pas en tentation” .


J’ai trouvé un jour une explication prenant en compte les difficultés de transferer de l’araméen au français (en passant par le grec et le latin), au sujet du Notre Père en Matthieu 6, 13. Le sens des formules de verbes araméens est quasi intraduisible. Voici un condensé de l’explication (acceptez le début un peu compliqué !) : Toute forme causative d'un verbe araméen ('af'el) ou hébreu (hif'il) peut avoir un sens factitif, ou un sens implicitement permissif, tolératif. Cependant, les traducteurs grecs ne rendent que le sens factitif, [l’acte de faire, et non le fait de tolérer] comme dans le cas de Mt 6, 13, littéralement traduit dans la Vulgate: «Et ne nos inducas» (ne nous introduis pas en…). D'où l'ambiguïté de penser à un Dieu tentateur, et l'existence d'anciennes corrections liturgiques. Les spécialistes de l'araméen admettent généralement ici le sens permissif, ce qui élimine la difficulté. D'où la traduction littérale: «Ne nous laisse pas entrer en tentation» (cf. Mt 26, 41 et parallèles). Le «mauvais» de certaines traductions de 6,13 est justement de mot “le tentateur”.

 

Le tentateur (ou diviseur, ou Satan) est celui que la Christ affronte dans les tentations (Luc 4, 1-13), le Satan que l’on retrouvera au début du récit de la Passion (Luc 22,3). Vous pouvez aussi lire l’explication sur Port saint Nicolas : http://www.portstnicolas.org/dans-la-traduction-actuelle-du.html

Ceux qui tuent le corps ; le pouvoir de jeter dans la géhenne ? 12, 4-5

 

A quoi Jésus fait allusion en parlant de craindre la Géhenne?

 

Le début du ch. 12 est à lire d’un seul élan, de 1 à 12, jusqu’à l’affirmation du don de l’Esprit Saint. Il est certain que Luc a retravaillé les paroles originelles de Jésus. Jésus a été persécuté et en tire des éléments : méfiez-vous du levain des pharisiens… rien n’est caché qui ne doive être un jour révélé. (Pensez à la description faite en 20,20 : “des espions tapis dans les coins pour prendre Jésus en faute” etc. La Géhenne est une manière de parler de l'enfer, du lieu de la damnation.

 

Quand Luc écrit dans les années 80, bien des persécutions ont eu lieu soit de la part des juifs (cf. Saul, avant comme après sa conversion), soit de la part des romains (par exemple Néron, mais il n’est pas le seul). Luc a connaissance de ces faits de persécutions, et quand il écrit, il cherche à rassurer, à donner confiance aux chrétiens à qui il s’adresse. Il y est question de renier Jésus (cf. les lapsi de la primitive église), ou des comparutions devant le grand Conseil (Sanhédrin comme Pierre en Actes 4) ou dans les synagogues. Leur question a pu être : "faut-il passer sa vie à avoir peur de ne pas trouver les mots justes ?" La réponse de Luc : “Ne vous inquiétez pas de savoir comment vous défendre et que dire, car le saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faut dire”.

 

Le blasphème contre l’Esprit saint
 

Au ch. 12, 10, une distinction est faite entre dire du mal de Jésus (qui, peut être pardonné) et blasphémer contre l’Esprit (qui ne peut être pardonné). Dans la situation de persécution qui fut celle des premiers chrétiens, certains ont pu renier le Christ (dire du mal de…). Ensuite, certains d’entre eux se sont repenti, tandis que d’autres ont estimé que Dieu ne pouvait leur pardonner d’avoir renié le Christ. Le péché contre l’Esprit, le blasphème c’est de douter que Dieu (son Esprit) puisse nous pardonner, nous guérir. L’histoire de Pierre qui renie, avant que le coq chante trois fois, (Luc 22,56-62) et le Christ qui le relèvera, c’est aussi une invitation à ne pas douter du pardon de Dieu à notre égard, même après l’avoir renié. Certains en doutent. Contre ce doute, Dieu lui-même ne peut rien faire.

 

Je ne suis pas venu apporter la paix, mais plutôt la division…(Ch. 12, 51)


Pourquoi Jésus dit : "Je ne suis pas venu mettre la paix dans le monde, mais plutôt la division !" ?
Nous sommes ici encore dans l’enseignement aux disciples, sur le chemin (voir introduction ci-dessus), et Jésus ne cache pas les difficultés qui risquent d’atteindre les disciples et les premiers chrétiens.

 

On peut penser que à la conversion à Jésus d'un membre d'une famille. Il peut y avoir blocage, entre père et mère, entre parents et enfants, selon que l’un suit et l’autre non, la voie que Jésus propose. Même la famille de Jésus est venu le rechercher car elle supposait qu’il avait un grain de folie (Marc 3, 20-35). Il y aura donc  des tensions au sein même des familles, selon qu’on croit ou non. Jésus ne veut pas la guerre ou la division, mais il sait que cela arrivera, et les premiers disciples en ont fait très vite l’expérience.

 

Le feu de l’Esprit d’amour (49), ça ne passera pas partout; il y aura division 2 contre trois, trois contre deux, v.52-53. On arrive ici à la fin de la section d’enseignement sur le chemin, et il est normal qu'il y ait aussi des mises en garde. De même que Jésus avait annoncé dès le début que le chemin n’est pas de toute facilité (ch. 9 et 10)  de même il affirme que suivre ce chemin entraine des risques et des oppositions. Jésus aura prévenu. Peut-être l’enseignement ecclésiastique a-t-il minimisé l’aspect conflictuel inhérent au fait de suivre le Christ ?


En effet, les v. 49 et 50 ont pu être interprétés comme la venue du feu de l’Esprit, sans doute. Mais le baptême dont parle le Christ est à mettre en rapport avec la coupe de souffrance évoquée à Gethsémani. En langage moderne, on pourrait parler de “baptême du feu”, qui est le temps de l’épreuve qu’il faut savoir traverser. Mais l’expression comme telle était inconnue du temps du Christ... Les conflits “à cause du nom de Jésus”, eux, étaient bien réels. "Heureux quand on dira tout sorte de mal contre vous à cause de moi… (cf.les béatitudes, 6,20-26)
 

 

 

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