VI. Lire saint Paul avec Adrienne von Speyr

 

 

LA VIE ET L’ŒUVRE D’ADRIENNE VON SPEYR (1902-1967)

Aperçus divers

 

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Communauté Saint-Jean :

Balthasar&Speyr

VI

 

Lire saint Paul avec Adrienne von Speyr

 

Plan

1. Mission de saint Paul

2. Lire saint Paul avec AvS

3. Visages de saint Paul dans l’œuvre d’AvS

 

 

 

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1. La mission de saint Paul (1985)

 

(Le texte ci-dessous était destiné à servir d'introduction à quelques extraits du commentaire d'Adrienne von Speyr sur l'Épître aux Éphésiens. Le texte d'Adrienne a bien été publié dans la revue Communio X,1 [janvier-février 1985], p. 114-121, mais avec une autre présentation. N'est retenu ici que ce qui est inédit).

 

Au début de 1984, trois livres se trouvaient à notre disposition en France pour nous faire connaître avec quelque détail les apparitions de la Vierge Marie à Medjugorje, en Yougoslavie1 (Svetozar Kraljevic, Les apparitions de Medjugorje. Récits. Témoignages, Paris, 1984 - Louis Rupcic et René Laurentin, La Vierge apparaît-elle à Medjugorje? Un message urgent donné au monde dans un pays marxiste, Paris, 1984 - Lucy Rooney et Père Paricy, s.j., Marie, reine de la paix. La Vierge apparaît-elle en Yougoslavie?, Paris). L’Église manifeste bien sûr sa réserve habituelle en ce qui concerne l'authenticité de ces apparitions. L'une des voyantes, lors de sa première conversation avec le curé de la paroisse, le Père Jozo (qui passa par la suite un an et demi en prison), s'en étonnait d'ailleurs : "Les seuls qui ne nous croient pas sont les prêtres et la police". On comprend la réflexion désappointée de la fille. Quant à la police, l'étonnant aurait été qu'elle y eût cru (à moins de conversion, ce qui ne doit pas s'exclure a priori); pour les prêtres, au tout début des événements, il était de la plus élémentaire prudence d'examiner si les événements venaient vraiment de Dieu, donc de contester, de contredire, d'être incrédule ou de jouer l'incrédule. Tout Lourdes doit avoir son Peyramale.

A l'époque des premières apparitions, en juin 1981, les six voyants avaient entre dix et dix-sept ans. Les apparitions quotidiennes de la Vierge continuaient au début de 1984, leur total approchant le millier. Cette simple (et énorme) avalanche d'apparitions, ainsi que la familiarité de la Vierge avec les voyants, pose problème à l'observateur. L'insolite ne l'autorise pas pour autant à récuser l'authenticité des apparitions, tant de signes plaidant au contraire en leur faveur.

Ce déploiement du ciel presque à l'infini fait penser à l'expérience et à la vie d'Adrienne von Speyr. A elle aussi, le monde d'en haut s'est révélé avec une fréquence et une familiarité que les prudents ont jugées peut-être un temps excessives. Pour Adrienne von Speyr aussi, un tout petit coin du voile s'est levé, le ciel s'est ouvert à elle avec une surabondance étonnante. A Medjugorje, la Vierge fait désormais partie de la vie de tous les jours; Adrienne von Speyr s'est trouvée, elle aussi, d'innombrables fois comme de plain-pied avec le monde d'en haut. Il semble qu'il faille la considérer comme l'une des plus grandes voyantes de l'histoire, mais ce fut une voyante cachée. Ceux qui la fréquentaient n'ont eu connaissance qu'après sa mort des rencontres mystiques dont son existence quotidienne était pleine.

Une communion existe entre les voyants de tous les âges, des prophètes de l'Ancien Testament à ceux du Nouveau, de Pierre à Jeanne d'Arc, de Paul à Bernadette, du voyant de l'Apocalypse à ceux du XXe siècle, même si l'on doit reconnaître à l'expérience du temps de la Révélation une valeur normative pour la foi. En toute conversation, le psychologue est attentif à ce qui n'est pas exprimé; sa formation l'a sensibilisé au non-dit et il est capable, dans une certaine mesure, de l'articuler. Dans la Parole de Dieu de l'Ancien ou du Nouveau Testament, le mystique est attentif à l'au-delà des mots et il est capable, dans une certaine mesure, d'articuler le non-dit. Il sait, mieux que le chrétien moyen, qu'en toute Parole de Dieu il y a de l'infini. Le récit d'une apparition du Christ ressuscité aura vraisemblablement pour un voyant une autre résonance que pour le chrétien ordinaire, bien que celui-ci soit capable d'en comprendre quelque chose et que le Seigneur puisse lui faire reconnaître aussi sa présence, de même que tout homme a certaines notions de psychologie même s'il n'a pas reçu de formation spécifique.

Pour Adrienne von Speyr, à son charisme de voyante s'est ajouté celui d'enseignement, dont témoignent les quelque soixante volumes de ses œuvres. Elle est capable de réfléchir sur ce qui lui est arrivé, de situer son expérience dans la trame de l'histoire. Elle a traduit dans le langage sobrement objectif d'une théologie méditative les plus hautes expériences que Dieu lui a donné de faire. C'est une théologie de voyante, élaborée par quelqu'un à qui furent données un jour des vues "directes" sur le monde de l'au-delà. Les pages du commentaire d'Adrienne von Speyr sur l'Épître aux Éphésiens de saint Paul, consacrées à la place de l'apôtre dans l'œuvre du salut, projettent une certaine lumière sur la situation et le cheminement de tous les voyants. C'est pourquoi il n'est peut-être pas inutile de les lire en marge des apparitions de la Vierge.

                                                                                                                                                 Patrick Catry


 

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2. Lire saint Paul avec Adrienne von Speyr


 

Adrienne von Speyr a commenté un certain nombre de textes de saint Paul.

En 2008, existent en traduction française : Première Épître de saint Paul aux Corinthiens (2 tomes), Épitre aux Éphésiens. Au service de la foi (Méditations sur l’Épître aux Philippiens).

Les commentaires de Romains 8 et de l’Épître aux Colossiens  n’ont pas encore été traduits.

A l’occasion de l’année saint Paul (28 juin 2008 – 29 juin 2009), le site de l’Abbaye se propose de donner des échantillons des commentaires d’Adrienne sur les écrits de saint Paul. Ces échantillons ont parfois été traduits directement sur l’original, ils ne s’astreignent pas toujours à une reproduction littérale. Qui veut en savoir plus pourra toujours se référer au texte édité lui-même.

 

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1. Le mystère

En me lisant, vous pouvez vous faire une idée de l’intelligence que j’ai du mystère du Christ (Ep 3, 4).

Dans l’Église, les hommes ont besoin d’appuis pour tenir bon; l’un de ces appuis, ce sont les révélations que Dieu accorde à ses élus. Paul sait qu’une grande part de son zèle, de son engagement, de sa persévérance dans la souffrance, il le doit à ses révélations. Par rapport à lui, la communauté est sur ce point défavorisée; elle doit recevoir indirectement de lui ce qu’il a reçu de Dieu directement et de première main. Elle doit donc être convaincue de l’authenticité et de la grandeur de ces révélations. La communauté doit savoir qu’il a pénétré beaucoup plus profondément qu’elle dans le mystère.

 

2. Le chemin

Je ne me flatte pas d’avoir déjà saisi; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut dans le Christ Jésus (Ph 3, 13-14).

Maintenant le Fils de Dieu s’est placé devant l’homme de sorte que celui-ci, même s’il tourne le dos à Dieu, est obligé d’aller vers lui. Le Fils de Dieu s’est mis à l’autre bout du chemin. Et ainsi le pécheur, même s’il ne le sait pas et ne le veut pas, peut aller à Dieu. Mystère du Fils. Non seulement il s’est fait homme, mais en plus il s’est mis sur le chemin de l’homme. Son incarnation ne veut pas dire qu’il erre quelque part sans but parmi les hommes mais que, conscient du but à atteindre, il s’est placé face à l’homme et face à chaque homme de sorte que, dans tous les cas, il est au bout du chemin. Il a utilisé sa qualité d’ubiquité divine dans l’incarnation pour être partout où mène un chemin humain. En demeurant parmi nous, il l’a fait à tel point que même ceux qui ne veulent pas, même ceux qui pensent s’être inconditionnellement éloignés et définitivement détournés, le rencontreront sur leur voie, c’est sûr, parce que justement il a choisi pour position l’endroit inattendu, renié, refusé.

 

3. Adam

Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel (1 Co 15, 47).

Le premier homme a dit non à Dieu, et tous les hommes après lui en ont fait plus ou moins autant. L’oeuvre du Fils, c’est d’apprendre aux hommes à dire oui à Dieu.

Et, sur la croix, le second Adam a chargé sur lui tout le poids de la terre et de tout le terrestre pour ramener au Père avec les hommes tout le monde des hommes.

 

4. Coopération

Ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous (Ep 3, 13).

Partager la croix du Seigneur pour les autres : Paul est le premier peut-être qui connaisse cette forme de coopération. Et il semble ne pas avoir conscience qu’il pourrait avoir des imitateurs sur ce point.

 

5. La volonté du Seigneur

Car je ne veux pas vous voir juste en passant : j’espère bien rester quelque temps chez vous, si le Seigneur le permet (1 Co 16, 7).

Dans son ministère et dans ses plans, Paul a des désirs (ici, de rester quelque temps à Corinthe), mais il les soumet au Seigneur. Il y a des choses que Paul voit d’avance, d’autres qui demeurent voilées : elle sont cachées dans la volonté du Seigneur. Cette incertitude que Paul aussi connaît en tant qu’apôtre est quelque chose de fécond que le Seigneur lui accorde.

Ce n’est pas parce qu’on travaille pour Dieu qu’on possède une certitude pour l’avenir, ou qu’on entreprend une oeuvre dont on sait exactement l’issue. Mais ce serait mal de s’abandonner à cette incertitude au point de renoncer à faire des plans et à tout remettre à l’instant présent.

 

6. Les soucis

C’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, … tout a été créé par lui et pour lui (Col 1, 16).

Nous n’avons plus besoin de nous faire de souci, de nous plaindre du non-sens de l’existence, de perdre courage. De chaque chose et de chaque relation, nous pouvons supposer : elle a été créée pour lui, le Fils; tout possède en lui sa vérité… Rien n’existe qui aurait son sens en dehors du Fils.

 

7. Les marionnettes

Votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 3).

Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu : cela veut dire que moins encore que le Fils nous connaissons notre heure. Demain et tout notre avenir nous sont cachés parce qu’ils se trouvent  inclus dans le secret du Fils. Nous ne sommes pas des marionnettes aux mains d’un étranger. Nous sommes des vivants qui vivons de la vie du Seigneur, capables avec lui d’accomplir la volonté du Père.

Si la vie du Fils lui-même, qui était pleinement soumis à la volonté du Père, est demeurée cachée en Dieu, nous n’aurons pas la prétention de vouloir tout connaître de la nôtre. Rendre grâce seulement parce que notre vie a un sens dans le Christ qui est assis à la droite du Père.

 

8. L’homme

Et ne murmurez pas comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent par l’Exterminateur (1 Co 10, 13).

L’homme n’est pas une créature abandonnée par Dieu dans l’existence, mais celui avec qui Dieu a contracté une alliance scellée définitivement en son Fils.

 

9. Le chemin

Que chacun continue de vivre dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l’a trouvé l’appel de Dieu (1 Co 7, 17).

L’appel de Dieu apprend à chacun le chemin que le Seigneur a tracé pour lui… C’est un chemin qui conduit vers Dieu avec le Seigneur… Tous les chemins conduisent à Dieu, mais il en existe autant qu’il y a d’hommes. Et chacun doit parcourir son chemin, aller de l’avant sur la route qui lui est indiquée. Rien ne peut le dispenser de ce devoir…

Aucun ne peut se disculper en disant que pour lui ce chemin ne commencera que plus tard. Tous doivent marcher, immédiatement et constamment, avec le Fils vers le Père.

 

10. Des traces d’éternité

Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits (1 Co 2, 12).

De même que l’Esprit procède continuellement de Dieu et jamais ne cesse d’en procéder, jamais non plus il n’a fini de prendre possession de l’homme. L’Esprit veut que l’homme se laisse toujours plus complètement diriger par lui. L’homme ne peut pas dire : « J’ai l’Esprit », mais tout au plus : « L’Esprit m’a touché, j’essaie de croire ». Parce que l’Esprit est éternel, ce qu’il a touché en l’homme porte des traces d’éternité.

 

11. Emploi du temps

C’est bien ainsi que je cours, moi, non à l’aventure; c’est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide (1 Co 9, 26).

Si le chrétien se trouve tout entier au service du Seigneur, il doit lui rendre compte aussi de tout l’emploi de son temps et de sa puissance de travail. L’important, pour le Seigneur, n’est pas qu’on ait fait quelque chose, mais qu’on ait accompli sa volonté.

 

12. Le don de Dieu

Pour ce qui est des dons spirituels, je ne veux pas vous voir dans l’ignorance (1 Co 12, 1).

L’obéissance de la foi consiste à vouloir recevoir le don de Dieu comme Dieu veut nous le donner.

 

13. Les conditions de Dieu

Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens (1 Co 1, 22-23).

On ne peut jamais exiger de Dieu qu’il se révèle à nous de la manière qui nous plaît. On ne peut pas lui poser de conditions sur la manière dont il devrait se révéler à nous. C’est nous qui devons accepter les conditions de Dieu.

 

14. Le meilleur

Et voici ma prière : que votre charité, croissant toujours de plus en plus, s’épanche en cette vraie science et ce tact affiné qui vous donneront de discerner le meilleur et de vous rendre purs et sans reproche pour le Jour du Christ (Ph 1, 10).

Nul ne peut prétendre avoir pleinement atteint la connaissance de Dieu, et nul ne pourra jamais prétendre avoir égalé la pureté du Christ. Mais il sait que Dieu le rend capable de toujours choisir le meilleur.

 

15. L’appel

Que chacun demeure dans l’état où l’a trouvé l’appel de Dieu (1 Co 7, 20).

Dieu ne parle à aucun homme de la même manière qu’à un autre. Chacun est unique. Et chacun doit remercier Dieu de l’avoir créé tel qu’il est, de l’avoir conduit sur tel chemin particulier qui est son chemin à lui, de s’être adressé à lui de telle et telle manière. Chacun doit aimer être celui qu’il est depuis qu’il s’est tourné vers Dieu résolument.

 

16. La croix

Et puisque j’en suis aux observations, je n’ai pas à vous louer de ce que vos réunions vous font du mal et non du bien (1 Co 11, 17).

Les hommes ne cessent d’oublier combien tout dans l’Eglise doit se tenir sans cesse sous la croix et que c’est de là que tout doit se comprendre et se faire.

Mais la croix n’est pas quelque chose de sombre, elle est la grâce de la rédemption par le sacrifice d’amour du Seigneur. C’est par la pensée de la rédemption réalisée sur la croix que doivent être portées toutes les institutions de l’Eglise.

 

17. Les secrets du Seigneur

Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous docteurs? Tous font-ils des miracles? Tous ont-ils le don de guérir? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils? (1 Co 12, 29-30).

On ne pourra jamais scruter les ultimes secrets du Seigneur, mais ce qui nous a été révélé est si riche qu’on n’en fera jamais le tour.

 

18. Une révélation à Paul

Vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous, m’accordant par révélation la connaissance du Mystère tel que je viens de l’exposer en peu de mots (Ep 3, 2-3).

Paul a donc eu connaissance de ce mystère d’une manière qui lui était réservée personnellement : par révélation. Il ne décrit pas la manière dont les choses se sont passées, il lui suffit de dire qu’il y a eu révélation, il garde pour lui tout ce qu’elle a de propre…

Il ne décrit pas la révélation qu’il a reçue, ce qui permettrait à la communauté de vérifier, de porter un jugement sur le caractère de cette révélation ou de la comparer à d’autres révélations. Il doit lui suffire de savoir que Paul est en relation avec Dieu et que Dieu lui communique des lumières…

Et Paul ne se contente pas de répéter des choses connues, il apporte du nouveau qui d’ailleurs n’est pas en contradiction avec ces choses connues…

Il a reçu de Dieu cette révélation et il la transmet de la manière qui lui semble adéquate sans rapporter les circonstances dans lesquelles Dieu lui a parlé, sans préciser ce qui a pu lui être dit sur la manière de transmettre cette révélation, sans distinguer ce qui le concernait, lui seul et sa mission, et ce qui doit être annoncé à tous.

 

19. L’expérience de l’amour

La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas (1 Co 13, 4).

Sans l’expérience de l’amour, nous n’aurions aucune possibilité de pressentir quelque chose de la vie de Dieu. Dieu est amour. Mais il n’est pas un amour fermé en lui-même, inaccessible, mais un amour qui se répand, qui est si inventif qu’il crée des milliers de manières de voir et d’accéder à lui  pour être vu, compris, assimilé. L’apôtre en énumère quelques-unes.

 

20. La faiblesse et la force

On sème de l’ignominie, il ressuscite de la gloire; on sème de la faiblesse,  il ressuscite de la force (1 Co 15, 43).

Le Christ : cloué sur la croix, sans espace, sans temps, sans liberté, accompagné seulement de la pensée qui a fait toute sa vie : porter le péché du monde. Il n’est plus capable du moindre geste de défense, il ne lui est plus possible que de laisser faire ce que le Père veut et ce que les hommes veulent. Le Christ est mort dans la faiblesse pour ressusciter dans la force de Dieu.

 

21. Les frères

Saluez chacun des saints dans le Christ Jésus. Les frères qui sont avec moi vous saluent (Ph 4, 21).

Par la foi, le croyant est plongé dans l’atmosphère de Dieu, entouré par elle, pénétré par elle; de la sorte chaque croyant est saint pour l’autre. Saint parce qu’il reçoit la grâce de Dieu et vit en elle… Dieu ne souligne pas les distances, au contraire… Le Seigneur est ce qui est commun à tous les croyants. Et tout salut qu’un croyant envoie à un autre ressemble à une prière, c’est-à-dire qu’il a des conséquences dans le Seigneur parce qu’il provient du Seigneur.

 

22. L’éternité

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

En se faisant homme, le Fils a rempli toute l’espérance de l’ancienne Alliance. Il vint pour être le signe que Dieu peut vivre parmi nous, comme nous, nous pourrons vivre avec lui dans l’éternité.

 

23. La Trinité

Grâces soient à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 15, 57)!

Dieu sait que, pour les hommes, il n’est pas toujours facile d’avoir les trois personnes également vivantes devant les yeux.

 

24. La connaissance de Dieu

Prêcher l’Evangile n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile (1 Co 9, 16)!

La foi n’est pas quelque chose de statique mais quelque chose où doit grandir la connaissance de Dieu.

 

25. Sécurité

Que celui qui se flatte d’être debout prenne garde de tomber (1 Co 10, 12).

La sécurité de notre activité réside en Dieu. Nous ne pouvons pas nous porter garants de nous-mêmes. Nous sommes pécheurs et les occasions de chutes son nombreuses… Un chrétien ne peut tenir bon qu’en Dieu, qu’en ce que Dieu lui donne, dans la grâce. Mais même celui qui est tenu par la grâce demeure créature et peut tomber. Cette pensée ne rend pas le croyant faible, mais fort… C’est la prière, la possibilité que le monde de Dieu s’empare tellement de nous que nous vivions plus en lui qu’en nous-mêmes…

Prendre garde à ne pas tomber ne consiste pas à éviter anxieusement le moindre souffle de la tentation et la moindre petite poussière de faute, c’est bien plutôt la décision généreuse de se précipiter la tête la première dans la prière.

 

26. Des outils valables

Quelqu’un était-il circoncis lors de son appel? qu’il ne se fasse pas de prépuce. L’appel l’a-t-il trouvé incirconcis? qu’il ne se fasse pas circoncire (1 Co 7, 18).

Dieu accepte les chrétiens tels qu’ils sont, il se contente de ce qu’ils apportent et, malgré tout, il fait d’eux des outils valables.

 

27. Eucharistie

Dès qu’on est à table en effet, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

L’Eglise est une compagnie du Seigneur. Il ne veut pas une Eglise d’isolés. Il fait célébrer son repas par une communauté. Il a choisi, pour se donner, la forme du don de l’eucharistie qui, en tant que nourriture, correspond à nos besoins physiques et, dans la mesure où l’homme vit en compagnie, il mange volontiers en compagnie.

 

28. La joie

Enfin, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur (Ph 3, 1).

La joie que Paul réclame ici, c’est la joie qu’il connaît; pas seulement la joie d’avoir la foi, mais la joie due à la présence du Seigneur, une joie tout à fait concrète que le Seigneur offre à tous ceux qui savent qu’il est présent.

 

29. L’Esprit souffle où il veut

En retour mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus (Ph 4, 19).

L’Esprit est le médiateur de l’amour trinitaire. L’Esprit souffle où il veut, c’est-à-dire où le Père et le Fils le veulent avec lui. Le Père, c’est le Créateur qui a fait le monde. Le Fils, c’est le Sauveur qui s’est fait homme et est mort sur la croix.

 

30. L’amour

L’amour ne fanfaronne pas, ne s’enfle pas d’orgueil (1 Co 13, 4).

Il est tellement la possession de Dieu qu’il n’a pas besoin de se soucier, de revenir sur lui-même, d’attirer l’attention sur lui.

 

31. Le Père

Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes (1 Co 15, 19).

Mission du Fils : durant toute son existence en ce monde, il n’a voulu qu’une chose : sauver le monde et le ramener au Père. Dans sa contemplation et son action, dans sa prédication et sa souffrance, il n’a fait que renvoyer au Père comme à celui qu’on ne peut rencontrer que dans la vie éternelle. C’est ainsi qu’il était la porte.

 

32. Travailler dans le Seigneur

Ainsi donc, mes frères bien-aimés, montrez-vous fermes, inébranlables, toujours en progrès dans l’oeuvre du Seigneur, sachant que votre labeur n’est pas vain dans le Seigneur (1 Co 15, 58).

Le mot « en vain » ne peut pas venir sur des lèvres chrétiennes parce que tout participe à la mission du Seigneur, est fécond… Le mot « en vain » n’a pas de place dans l’enseignement du Seigneur… Nous ne pouvons pas être sélectifs dans notre travail, nous devons suivre l’appel du Seigneur, le suivre là où il veut nous appeler et nous mettre là où il a besoin de nous. Et le travail peut être de peu d’apparence, il participe à toute l’oeuvre du Fils, qui est faite avec le Père et l’Esprit Saint par un amour éternel qui a son efficacité absolue, victorieuse.

 

33. Se donner de la peine

A votre tour, rangez-vous sous de tels hommes, et sous quiconque travaille et peine avec eux (1 Co  16, 16).

Celui qui se donne de la peine dans l’Église puise sa force dans la peine que le Seigneur un jour s’est donnée.

 

35. Le couple

La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme (1 Co 7, 4).

Mariage : chacun des deux époux devrait reconnaître en l’autre quelque chose qui désire Dieu, chacun devrait supposer dans l’autre un désir spirituel qui ne provient d’aucun des deux partenaires mais de Dieu, et concrètement de la volonté de Dieu qui dispose de leurs relations conjugales.

 

36. Le diable

les fautes et les péchés dans lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son oeuvre en ceux qui résistent (Ep 2, 1-2).

Des saints ont été sensibles, jusqu’en en être mal à l’aise, à la puanteur du diable, du péché.

 

37. Le temple de Dieu

Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous (1 Co 3, 17).

Le temple est saint parce qu’il appartient à Dieu… Dieu transmet à la maison ses qualités.  Il adapte la maison à son être. Si nous savons que nous sommes le temple de Dieu, alors nous savons aussi qu’il nous donne de sa sainteté.

Il l’exige de nous parce qu’il nous la donne… Il est impossible de rencontrer Dieu dans un lieu qui ne soit pas saint… Personne ne peut dire de soi : mon lieu est saint. Ou bien : je peux rendre saint ce lieu. Mais chacun doit savoir que Dieu veut demeurer dans un lieu saint.

 

38. Eucharistie

ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ… (Ep 1, 10).

Eucharistie : le Fils s’introduit en nous. Capable de cela, il est aussi capable du mouvement inverse : nous faire pénétrer en lui par l’eucharistie.

 

39. Les mystères de Dieu

Comme il est écrit, nous annonçons « ce que l’oeil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au coeur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9).

Nous sommes loin de connaître tous les mystères de Dieu. Il y a des choses que Dieu nous prépare mais qui ne nous sont pas accessibles maintenant parce qu’il veut exiger de nous la foi et il veut révéler son mystère à notre foi.

Ce n’est qu’en nous donnant à lui que nous apprendrons les projets qu’il a pour nous, ce qu’il a l’intention de nous donner. Mais dans la foi nous comprenons que ce mystère de Dieu est un mystère d’amour : amour de Dieu pour l’homme et amour divin du Fils pour le Père, mystère que par amour pour le Père et pour nous il révèle sur la croix.

 

40. La nuit

Puisse-t-il illuminer les yeux de votre coeur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints (Ep 1, 18).

Qu’il existe une nuit intérieure, Paul n’y pense pas pour ses fidèles. S’il pouvait la prévoir, il dirait que c’est lui, l’apôtre, qui devrait l’assumer. Que la nuit de l’âme puisse être ce qu’il y a de plus fécond dans une vie chrétienne, que ce serait appauvrir une vie que de lui retirer la nuit, Paul n’a pas encore eu l’occasion d’y penser.

 

41. La rencontre du Ressuscité

Ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart d’entre eux vivent encore et quelques-uns sont morts (1 Co 15,6).

La vie et la mort du croyant sont marquées par la rencontre du Ressuscité. Et les cinq cents frères qui ont vu le Christ après Pierre et les douze ont tout autant que Pierre et les douze à s’engager de leur mieux selon leurs capacités. Les chrétiens l’oublient facilement.

 

42. La parole du croyant

Que votre langage soit toujours aimable, plein d’à-propos, avec l’art de répondre à chacun comme il faut (Col 4, 6).

La parole est une partie essentielle de la mission de Paul; la même chose vaut pour tous les chrétiens. La parole leur est confiée comme un devoir. Ils ne peuvent pas représenter une Eglise du silence et d’ignorance, ils doivent pouvoir parler. Et une parole qui s’appuie sur la Parole qui est le Seigneur, qui est pleine de sa grâce et de son amabilité, une parole qui est agréable à entendre et qui fait apparaître la foi non comme la conduite solitaire d’un individu mais comme le lien avec la parole de Dieu.

La parole du croyant appartient au Seigneur qui est la Parole; elle est un don qui vient du Seigneur; le croyant ne s’est aucunement emparé d’une parole dont il pourrait disposer selon son bon plaisir, à laquelle il pourrait imprimer le cachet de sa personnalité. Il reçoit la parole en même temps que la grâce, dans l’acte du don que Dieu lui fait.

 

43. Marie

Que les femmes se taisent dans les assemblées (1 Co 14, 34).

Les femmes doivent se taire dans les assemblées. Ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas de révélations et qu’elles sont incapables de prophétiser, que l’Esprit les visite moins. Cependant elles doivent se taire comme Marie s’est toujours tue dans l’Église. Et personne, en voyant Marie, ne voudra dire qu’elle occupe dans l’Église une place de second rang.

 

44. Communion des saints

Et toi, de ton côté, Syzyge, vrai « compagnon », je te demande de leur venir en aide : car elles m’ont assisté dans la lutte pour l’Évangile, en même temps que Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont inscrits au livre de vie (Ph 4, 3).

l’authentique communion des saints, dans laquelle l’un porte le fardeau de l’autre, se sent responsable des péchés qu’il n’a pas commis, expie lui aussi… La communauté porte la marque de la sainteté tout comme celle du péché.

 

45. Le Christ

Ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres (Ep 1, 10).

L’unique caractéristique absolue des choses est maintenant qu’elles sont dans le Christ. La distance entre le ciel et la terre est devenue secondaire.

 

46. La mort

Ne nous livrons pas à la fornication, comme le firent certains d’entre eux; et il en tomba vingt-trois mille en un jour (1 Co 10, 8).

Par la mort du Christ sur la croix, la mort a reçu pour les croyants un nouveau visage.

 

47. Le fondement

Nul ne peut poser d’autre fondement que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus Christ (1 Co 3, 11).

Paul a des certitudes. Il est donné à la Parole et elle a transformé son existence. Et en se donnant à elle, il reçoit de la Parole la manière dont il a à se donner dans le sens de la Parole. Il ne voit pas l’ensemble du dessein de Dieu. Il ne sait pas le projet de Dieu sur chaque croyant de Corinthe. Il ne sait pas si la parole qu’il leur porte contient le germe de missions qui continueront la sienne et la dépasseront à maints égards, ou si elles seront tellement différentes de la sienne qu’elles ne présenteront aucun accord visible avec la sienne. Mais il sait une chose avec certitude, c’est qu’il doit mettre Jésus Christ comme fondement.

 

48. Exproprié

Je ne cesse de rendre grâces à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus (1 Co 1, 4).

Le prêtre est un exproprié. Il reçoit et il distribue. Même là où il reçoit en tant qu’individu il ne lui est pas permis de détourner son attention de l’utilisation de ses dons pour les distribuer. Car c’est un exproprié. Paul ne connaît pas dans sa prière et dans son action de grâce une sphère qui serait exclusivement privée; quand il prie, il est tout autant en service que lorsqu’il prêche.

 

49. Mûrir

Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ (Ph 3, 20).

Le Seigneur qui nous rachète voudrait que nous comprenions que ce monde présent est juste là pour nous rendre mûrs pour son monde à lui… Nous savons que le ciel ne nous oublie pas, qu’il s’occupe de nous, que le Fils, après son retour au Père, vit en se préparant sans cesse à nous accueillir… Maintenant, tout ce qui fiat notre vie participe à son cheminement (d’autrefois) qui venait du Père et allait vers le Père.

 

50. L’amour

La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas (1 Co 13, 4).

L’amour est aimable (en Dieu, en l’homme). L’amour ne calcule pas avant de se donner, il n’aime pas pour des motifs préexistants et indépendants de lui. Il est pur jusqu’au fond de lui-même et il est toujours le même. En tant que tel, il assume celui vers qui il se tourne, il l’abrite en lui et lui ménage une place. Ainsi l’homme et le monde sont à l’abri en Dieu. Et l’homme expérimente cette bonté pour qu’il assume aussi l’homme, pour que sa patience avec l’homme soit réellement aussi celle de l’amour. Pour que le temps qu’il lui consacre soit un temps de sécurité dans lequel le prochain se retrouve lui-même et, par la force de la bonté qui lui est manifestée, il recommence à vivre.

 

51. Être touché par la Parole de Dieu

Qu’ai-je à faire de juger ceux du dehors? N’est-ce pas ceux du dedans que vous jugez, vous (1 Co 5, 12)?

Tant que le monde subsiste, il y a deux sortes d’hommes : ceux que touche la Parole de Dieu et ceux que n’atteint pas la Parole de Dieu. Plus il y a dans les coeurs d’espace pour le Christ, plus s’élargit la distance entre la lumière et les ténèbres.

 

52. Une vie plus haute

Le corps n’est pas pour la fornication; il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps (1 Co 6, 13).

A nous, les hommes, Dieu promet une vie plus haute, divine. Il nous l’a promise pour l’éternité. Cette vie supérieure n’aura plus besoin du fondement de l’ordre naturel qui est le nôtre aujourd’hui. L’échafaudage de la nature, le lien de l’homme à un corps rempli de besoins est une préparation à la surnature, un exercice préparatoire à la surnature. L’homme terrestre demeure un chercheur de Dieu et il s’exerce ainsi à trouver, il s’exerce à la proximité et à la vision.

 

53. Dieu se révèle

C’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit; l’Esprit en effet scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

Dieu révèle. Il se révèle lui-même et tout ce qui se trouve en lui et près de lui : la vie éternelle, le Fils, le ciel. L’acte de révélation de Dieu est intimement lié à sa création : il a créé les hommes afin qu’ils reçoivent une révélation.

 

54. Prophètes

Il en est que Dieu a établis dans l’Eglise, premièrement comme apôtres, deuxièmement comme prophètes (1 Co 12, 28).

Les prophètes du Nouveau Testament ont un accès particulier à la vérité divine et ils savent comment présenter dans le temps tout ce qu’il y a d’intemporel dans l’éternité, parfois aussi ils savent annoncer à l’avance des événements parce qu’ils ont eu part à la vision éternelle de Dieu et non en raison de leur propre intuition ou de leur propre induction. Ils sont comme un récipient que le Seigneur remplit et ils doivent transmettre ce qu’ils ont reçu selon les indications de Dieu.

 

55. Jugement dernier

Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de prononcer sur des riens (1 Co 6, 2)?

Le Fils a jugé le monde sur la croix en lui donnant sa justice et son amour débordants qui ne retenaient rien pour lui, mais en se jetant tout entier sur le plateau de la balance… Sur la croix, le Fils fut jugé à notre place.

Au dernier jour il sera notre juge. Ce jugement du Christ ne doit pas cesser de mettre de l’ordre dans la vie du chrétien par la confession et toutes ses formes quotidiennes : l’exhortation fraternelle, l’examen de conscience, l’accusation de soi volontaire. Par là on s’ouvre à l’amour. Le jugement dernier aura le caractère d’une confession…

Le Père a donné la totale absolution au monde sur la croix. Et à la fin du monde elle sera dévoilée en son essence. Croix, confession et jugement sont intimement liés même si jusqu’à la fin on ne peut percer totalement leur unité.

 

56. La bonne place

afin que leurs cœurs en soient stimulés et qu’étroitement rapprochés dans l’amour, ils parviennent au plein épanouissement de l’intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu (Col 2, 2).

Ne pas revendiquer d’autre place que celle qui nous a été départie par l’amour.

 

57. Le chemin de Damas

Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ a été immolée (1 Co 5, 7).

Quand Paul est renversé sur le chemin de Damas, c’est un événement mystique aux conséquences incalculables. C’est la plus haute mystique parce que non seulement il a rencontré le Seigneur de manière immédiate, mais parce que la volonté de Dieu s’est emparée de la sienne, l’a marquée pour tout l’avenir et parce que tout ce que Paul sera et fera par la suite découle de cet événement.

Mais c’était en même temps le simple commencement de sa vie de foi parce que la foi vivante est obéissance à la vérité et à la volonté de Dieu.

 

58. Les besoins des hommes

En retour, mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, avec magnificence, dans le Christ Jésus (Ph 4, 19).

Dieu le Créateur connaît les besoins des hommes et, lors de la création, les a pris en compte et s’en est occupé… Et le Fils est venu dans le monde pécheur et il a fait connaissance à sa manière des besoins des hommes. Aucun de ces besoins n’est étranger à Dieu. Et Dieu veut les apaiser, veut s’en inquiéter, veut donner aux hommes ce dont ils ont besoin. Mais il veut leur donner à sa manière : dans la plénitude du ciel, dans la plénitude de la foi, de la magnificence de son amour.

 

59. Le temps qui passe

Cela leur arrivait pour servir d’exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps (1 Co 10, 11).

De chaque heure qui passe, les chrétiens peuvent faire une heure de Dieu; s’ils le font, ils vivent plus dans l’éternité que dans le temps. Le temps n’est plus alors un système clos; la frontière qui le sépare de l’éternité peut être franchie au milieu du temps d’ici-bas.

 

60. La mine de sacrifiés

Vous avez été bel et bien achetés. Glorifiez donc Dieu dans votre corps (1 Co 6, 20).

Les chrétiens sont des gens dont le but de la vie est de glorifier Dieu Trinité dans leur corps, et cela non avec une mine de sacrifiés mais avec la mine de gens qui sont remplis de reconnaissance.

 

61. L’homme spirituel

L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne (1 Co 2, 15).

A l’homme spirituel le Père donne la grâce d’être chez lui dans le monde de Dieu. Par l’Esprit, il est continuellement en contact avec l’Esprit de Dieu. Il reste en contact avec l’Esprit de Dieu afin de rester en contact avec le Père. C’est l’Esprit qui compte pour lui, et il reconnaît lui-même la justification de son existence dans un service que lui montre l’Esprit et qu’il accomplit spirituellement dans l’Esprit. L’Esprit le transforme en homme spirituel.

 

62. La sagesse de Dieu

Et nous en parlons non pas en un langage enseigné par l’humaine sagesse, mais en un langage enseigné par l’Esprit, exprimant en termes d’esprit des réalités d’esprit (1 Co 2, 13).

La volonté de Dieu est de montrer toujours davantage de sa sagesse au croyant.

 

63. Le terrible dans la mort du Christ

Ne nous livrons pas à la fornication, comme le firent certains d’entre eux; et il en tomba vingt-trois mille en un seul jour (1 Co 10, 8).

Le terrible dans la mort du Christ, c’est l’abandon du Père. Il ne sent plus la relation au Père, par laquelle il est le Fils. Son être éternel lui est voilé et retiré… Pour lui, c’est le début de sa descente aux enfers, qui est la descente de la rédemption et ne fait qu’un avec la croix; et la descente aux enfers est à son tour le prélude de la résurrection du royaume des morts, qu’il regagne pour la vie éternelle par sa descente.

 

64. Témérité

Et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la parole (Ph 1, 14).

Annoncer la Parole avec la témérité de ceux qui ont à leur disposition la force de Dieu.

 

65. Un chemin vers Dieu

Aspirez aux dons supérieurs (1 Co 12, 31a).

Les dons que le Seigneur a faits à l’Eglise et qui portent la marque de l’Esprit Saint ne veulent pas organiser une corporation terrestre, statique, mais ils veulent faire de l’Eglise un chemin vers Dieu qu’emprunteront ceux qui aspirent à lui et qui forment en même temps la communauté ecclésiale.

 

66. L’Ancien Testament

Et maintenant, frères, supposons que je vienne chez vous et vous parle en langues, en quoi vous serai-je utile, si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni science, ni prophétie, ni enseignement (1 Co 14,6)?

Tout l’Ancien Testament est comme un parler en langues qui ne reçoit son sens que lorsque le Fils devient pour nous le prophète parfait qui nous donne à la fois la révélation du Père et sa connaissance.

 

67. Les fenêtres

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

Les dons de l’Esprit, comme aussi la foi et l’espérance, sont des ouvertures, des fenêtres de la maison de Dieu, par lesquelles quelque chose de l’amour éternel, de sa lumière, de sa chaleur, pénètre dans notre temps… Les chemins de l’homme sont multiples, et les êtres humains sont multiples : mais tous sont capables de comprendre quelque chose du sens de l’amour de Dieu.

 

68. Être rempli de l’Esprit

Cherchez dans l’Esprit votre plénitude (Ep 5, 18).

Etre rempli de l’Esprit signifie toujours renoncer à ses propres projets… pour être amené par l’Esprit à obéir à Dieu Trinité, Père, Fils et Esprit.

 

69. Les secrets de Dieu

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Si l’Esprit assume la fonction de nous révéler le Père, nous devons aller à sa rencontre en rendant notre esprit libre pour accueillir son message, tout comme Marie s’est libérée d’elle-même, de ses jugements et de ses préférences, des barrières imposées à l’homme en général et à la femme en particulier, pour aider l’Esprit à réaliser le possible qu’il lui montrait… La tâche de notre esprit dans la foi, c’est d’accueillir l’Esprit de Dieu au fur et à mesure de sa révélation… Personne ne peut dire d’avance jusqu’où l’Esprit peut aller avec un homme.

 

70. Tout tremblant

Je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant (1 Co 2, 3).

Paul doit dire cela aux Corinthiens afin que, au cas où ils auraient à assumer un ministère et ressentaient de la crainte, ils sachent qu’il n’en a pas été autrement pour l’apôtre.

 

71. La semence

Ce que tu sèmes ne reprend vie s’il ne meurt (1 Co 15, 36).

Celui qui sème voudrait bien que sa semence ne passe pas par la mort pour resurgir vivante. L’homme qui sème est obligé de s’abandonner à une espérance en ce qu’il ne maîtrise pas; il ne pense pas volontiers à son obéissance qui doit être comme une mort devant Dieu, il ne pense pas non plus volontiers à la mort du Christ, par laquelle seule se produit la résurrection. Et la vie éternelle, c’est pour la créature l’autorisation de vivre en Dieu par la résurrection qui demeure une grâce de Dieu.

 

72. La prédication de l’Évangile

Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin d’en gagner le plus grand nombre (1 Co 9, 19).

Paul met les hommes en relation avec Dieu à travers la prédication de l’Evangile.

 

73. Obéir à un plus grand

Le Christ est-il divisé? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés (1 Co 1, 13)?

Jamais les sacrements ne doivent conduire à l’homme qui les administre, mais toujours au Seigneur qui les accomplit en vérité, dans la réalité de Dieu, par un homme à son service. On voit là qu’il est la tête et nous les membres. Que, dans notre action quotidienne, nous ne faisons qu’obéir à un plus grand, au Dieu unique qui nous conduit, nous indique ce qui est à faire, nous donne aussi la grâce de l’accomplir, mais qui demeure celui qui agit vraiment, celui qui est vraiment.

 

74. Faire plaisir

Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui (1 Co 10, 24).

Le Fils a vécu chacun des instants de sa vie dans sa mission pour faire plaisir au Père et nous faire plaisir à nous-mêmes. A aucun instant de sa vie, le Fils n’a cherché son intérêt. Le Fils réalise totalement l’exigence de saint Paul… De toute éternité, au ciel, le Fils a connu d’expérience que le Père et l’Esprit ne cherchent pas leur intérêt… Absolu désintéressement du Père, du Fils et de l’Esprit dans la création et la rédemption.

 

75. Chaque personne

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit scrute tout jusqu’aux profondeurs de Dieu, mais il possède aussi une connaissance exacte de l’homme. Il connaît Dieu si bien qu’il trouve en Dieu une réponse totale non seulement à la question générale de l’humanité, mais aussi à chaque question particulière de chaque personne, ce qui rend évident que l’Esprit possède aussi une connaissance exacte de chaque personne.

 

76. La vraie communion

Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés (1 Co 11, 31).

Quand nous recevons le corps du Seigneur, nous lui accordons un nouveau droit de disposer de notre apostolat et de notre vie… Par la vraie communion, nous avons une plus grande participation aux choses que nous ne contrôlons pas nous-mêmes et dont nous ne disposons pas. Ce qui appartient au Seigneur prend de plus en plus de poids… Nous ne savons pas la forme que prendra la nouvelle grâce, quelle forme d’exigence elle peut prendre.

 

77. La sagesse de Dieu

Nous en parlons non pas en un langage enseigné par l’humaine sagesse, mais en un langage enseigné par l’Esprit (1 Co 2, 13).

Les mots de l’Esprit demeurent en nous sans écho si nous sommes prisonniers de la sagesse humaine. La sagesse de l’Esprit influe sur les envoyés de telle sorte qu’ils deviennent de plus en plus conscients de leur mission et qu’ils ne disent plus leur parole d’eux-mêmes, mais de l’Esprit qui agit en eux. Par le ministère de l’Esprit, ils sont introduits au ministère de la Parole, ils deviennent porteurs de la Parole. Leurs paroles sont maintenant adaptées à la sagesse de Dieu, elles en émanent, elles la portent…

Celui qui a reçu l’Esprit pourra distinguer dans ce qu’il entend ce qui provient de la sagesse humaine et ce qui provient de la sagesse divine.

La mission de Paul est de comprendre et d’annoncer; il ne doit rien garder pour lui, mais recevoir de telle sorte que ce qu’il a reçu reçoive la forme de ce qui est annonçable.

 

78. Le chagrin

Aussi je m’empresse de vous le renvoyer, afin que sa vue vous remette en joie (Ph 2, 28).

La nouvelle du Seigneur est une bonne nouvelle même si elle implique la croix. Et sa mort signifie pour tous vie nouvelle et éternelle. Et puisque, chrétiennement, la mort signifie la vie, le chagrin peut bien aussi signifier la joie.

 

79. La détente

Ne devenez pas idolâtres comme certains d’entre eux, dont il est écrit : "Le peuple s’assit pour manger et boire, puis ils se levèrent pour s’amuser" (1 Co 10, 7).

Les sacrements de Jésus Christ n’ont pas été institués pour faciliter la vie terrestre; et ce n’est pas pour se procurer des avantages qu’on est membre de l’Eglise. Quand le Fils ici-bas jouit des dons du Père et qu’il reçoit tout ce que le Père lui donne, c’est pour mieux accomplir sa volonté, dans un amour qui a des incidences sans fin pour le Père et pour les hommes.

Tout repas et toute détente du Fils sont pour lui une part de son service et de sa gratitude, sont accompagnés de sa prière et ont des incidences, en ce sens qu’il prend soin de son corps pour être à nouveau prêt à rencontrer Dieu.

 

80. L’envoyé

Il faut qu’au nom du Seigneur Jésus nous nous assemblions, vous et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus, et que cet individu soit livré à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur (1 Co 5, 4-5).

En tant qu’envoyé, l’apôtre n’est jamais seul, il n’est jamais séparé de celui qui l’envoie et laissé à lui-même. Aussi longtemps que vit une mission, le Seigneur est lié à son disciple de manière si vivante que celui-ci peut parler et agir au nom du Seigneur, l’appeler dans la prière avec la certitude de recevoir une réponse. S’il appelle, Dieu répond. Paul fait ici usage de ce droit de l’envoyé.

 

81. Toucher nos limites

L’Esprit vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons que demander pour prier comme il faut (Ro 8, 26).

Comprendre que nous ne pouvons prier comme il faut que poussés par l’Esprit, que nous ne pouvons souffrir autrement qu’en souffrant avec le Fils. Partout où nous touchons nos limites et notre insuffisance, nous remettre au Fils et à l’Esprit qui les transformeront en leurs demandes qui sont écoutées et reçues par le Père.

 

82. Dieu se laisse approcher

"Tout m’est permis", mais tout n’est pas profitable (1 Co 6, 12).

Dans ce « tout m’est permis » apparaît clairement combien Dieu se laisse approcher par l’homme qui le sert.

 

83. Enchaîné au Seigneur Jésus

Moi, Paul, prisonnier du Christ Jésus à cause vous, païens (Ep 3, 1).

"Moi, Paul, prisonnier du Christ Jésus" : celui qui se donne totalement au Seigneur vit avec lui comme s’il était enchaîné par lui. Vivre dans la volonté du Seigneur exige un abandon de tous les instants. C’est pourquoi il est naturel que Paul se considère comme prisonnier du Christ par sa mission. (Mais l’enchaînement est comme réciproque). Bien sûr le Seigneur est libre de faire ce qu’il veut. Mais si Paul est enchaîné au Seigneur, s’il ne le lâche plus, le Seigneur finit par paraître enchaîné également à Paul. Si Paul se trouve réellement entre les murs d’une prison au moment où il écrit, le Seigneur la partage aussi avec lui.

 

84. Le charismatique

Ton action de grâces, certes, est excellente, mais l’autre n’en est pas édifié (1 Co 14, 17).

Le charismatique, celui qui parle en langues, appartient à l’Eglise et celle-ci a le droit d’en attendre du fruit. Son apostolat commence dans sa prière la plus solitaire et non seulement quand il est revenu à une parole intelligible par tous. Même quand il est dans l’Esprit il appartient à l’Église et à ses frères.

 

85. Relation à Dieu

Vous avez été bel et bien achetés! Ne vous rendez pas esclaves des hommes (1 Co 7, 23).

La rédemption signifie le rétablissement de la relation à Dieu, quelque chose qui se rapproche très fort de la création, mais qui provient maintenant de la croix. De même que personne ne peut s’opposer à l’acte créateur du Père, personne ne peut s’opposer au fait que le Fils l’a racheté sur la croix. Personne ne peut contempler la croix et douter que le Seigneur ait souffert aussi pour lui.

 

86. On ne peut pas mettre Dieu dans l’embarras

Ce dont nous parlons, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que dès avant les siècles Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2, 7).

Dieu a pris soin de nous avant que nous soyons. Et par conséquent, étant ce que nous sommes, nous ne pouvons pas mettre Dieu dans l’embarras : ni Lui, ni sa sagesse… Rien de ce qui se passe dans le monde ne peut l’étonner ni le désarçonner.

 

87. Prier pour ceux qui ne veulent pas prier

C’est pour l’œuvre du Christ qu’Epaphrodite a failli mourir, ayant risqué sa vie pour vous suppléer dans le service que vous ne pouviez me rendre (Ph 2, 30).

On peut prier pour ceux qui ne veulent pas prier, offrir pour ceux qui ne veulent pas offrir. C’est l’essence de la substitution telle qu’on la connaît dans la répartition et le remplacement naturel dans le travail; mais le chrétien qui dit travail dit prière, le chrétien qui dit expiation dit toute forme d’offrande et de dévouement.

 

88. Pas chacun pour soi

Par là vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Chaque croyant doit avoir part à la vie du Seigneur, pas seulement séparément, chacun pour soi, mais pour mettre à la disposition de tous la fécondité de son combat chrétien.

 

89. Remercier Dieu pour tout

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père (Col 3, 17).

On n’a pas le droit de remercier pour certaines choses dans notre vie et pas pour d’autres… L’action de grâce provient de l’amour. Elle nous rend si proches de Dieu que nous recevons alors de lui un nouvel amour qui rend possible notre vie chrétienne.

 

90. L’Ancien Testament, chemin vers le Fils

Cela leur arrivait pour servir d’exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps (1 Co 10, 11).

Le temps de l’ancienne Alliance est toujours actuel. L’Ancien Testament est pour les chrétiens un miroir dans lequel ils doivent regarder. Les juifs sont leurs frères dans l’alliance avec le Seigneur; le temps qui les sépare est finalement court. Et Dieu, dans son alliance, est toujours Dieu; même s’il y a beaucoup de chemins pour arriver à lui, son être ne change pas. La révélation parfaite de cet être sera le Fils, c’est justement pour cela que toutes les voies anciennes sont tournées vers lui et portent sa trace. Si bien qu’on peut emprunter ces voies pour marcher vers lui.

 

91. L’Esprit Saint

Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu (1 Co 6, 19)?

L’Esprit Saint opère l’existence eucharistique du corps du Christ dans l’Eglise comme au début il a opéré l’incarnation dans le sein de Marie qui, en tant que Mère virginale, devient le modèle et le sein de l’Église, à qui le Fils se donne d’une manière nuptiale dans le mystère eucharistique.

 

92. La mission du chrétien

"Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas" (Col 2,21).

Le chrétien comprend sa mission dans le monde comme une fonction de la mission du Fils.

 

93. La poussée de l’Esprit

Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Ro 8, 14).

L’Esprit pousse; il pousse si fortement que celui qui est poussé lui est livré dans la foi de sorte qu’à partir de ce moment il ne peut plus être poussé par quelqu’un d’autre. De l’Esprit, il apprend à oublier toujours plus ce qui lui est personnel et à vivre dans le divin. Il se tient comme un disciple, comme un mercenaire, au service de l’Esprit.

L’Esprit souffle où il veut, et celui qui est poussé par l’Esprit doit laisser à l’Esprit la possibilité de le faire souffler avec lui où le veut l’Esprit. Il ne comprend pas lui-même le plan et l’action de l’Esprit. Il ne peut que laisser faire. Toute nouvelle animation de l’Esprit est éclatement d’une nouvelle vie, mais garanti par la vie elle-même qui est l’Esprit…

L’Esprit pousse et souffle et accomplit tout ce qui s’appelle vie dans le croyant et il n’y a ni éloignement de Dieu ni action de l’homme qui ne soit pas inclus dans ce souffle. Même quand s’accroissent les difficultés et que sa présence est moins perceptible, Dieu demeure proche… Dieu reste présent et reconnaissable en tout effort. Le fait d’être fils du Père fonde la poussée de l’Esprit… Solitude, doute, lassitude, fatigue, impuissance et souffrance : tout est inclus dans la poussée de l’Esprit : signes et marques que tout est en ordre sur le chemin.

 

94. La grâce

Je sais me priver comme je sais être à l’aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l’abondance comme au dénuement (Ph 4, 12).

La grâce du Seigneur demeure grâce là aussi où elle impose épreuve et privation.

 

95. L’accompagnateur du Fils

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit accompagne le Fils en toutes ses expériences divino-humaines et le révèle. Il parle en toute parole qu’exprime le Fils, il opère en tout miracle du Fils. Il est tellement l’accompagnateur du Fils, y compris sur la croix, que celui-ci le rend explicitement entre les mains du Père pour expérimenter le plus total délaissement dans la mort.

 

96. La bonne manière

Ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Nous demandons aux saints de soutenir nos requêtes auprès de Dieu parce que nous avons confiance qu’ils savent mieux que nous la bonne manière de présenter à Dieu notre prière.

 

97. Désirer le don de prophétie

Recherchez la charité; aspirez aussi aux dons spirituels, surtout celui de prophétie (1 Co 14, 1).

Aspirer aux dons de l’Esprit surtout à celui de prophétie, c’est être enfants de l’Esprit, lui être ouvert, obéissant, disponible, perméable, transparent dans toute sa vie et tout son être. Ils doivent passer leur vie terrestre de telle manière qu’elle ne les empêche pas d’acquérir une intelligence des choses du ciel selon que Dieu veut la leur communiquer. Cette obéissance de toute la vie est le présupposé essentiel du don de prophétie et c’est pourquoi il est à rechercher avec ardeur. Désirer le don de prophétie, c’est tendre à une attitude de pur service, à un renoncement fondamental à soi-même et à toute installation.

 

98. Participation à l’échange trinitaire

Les Églises d’Asie vous saluent… Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser (1 Co 16, 19-20).

Par l’Ascension, le Fils est retourné en Dieu et il demeure cependant avec le monde – avec chaque personne comme avec l’Église – dans un échange stimulant qui a pour but la participation de tous à l’échange trinitaire.

 

99. Les soucis

Tout a été créé par Lui et pour Lui (Col 1, 16).

Nous n’avons plus besoin de nous faire de souci, de nous plaindre du non-sens de l’existence, de perdre courage : de chaque chose et de chaque relation nous pouvons supposer qu’elle a été créée pour lui, le Fils. Tout possède en lui sa vérité… Rien n’existe qui aurait son sens en dehors du Fils.

 

100. La nuit

Puisse-t-il illuminer les yeux de votre coeur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints (Ep 1, 18).

La nuit intérieure, saint Paul n’y songe pas pour les croyants. S’il pouvait la prévoir, il dirait que c’est lui, l’apôtre, qui devrait assumer cette nuit. Que la nuit de l’âme puisse être ce qu’il y a de plus fécond dans une vie chrétienne, que ce serait appauvrir une vie que de lui retirer la nuit, Paul n’a pas encore eu l’occasion d’y penser.

 

101. Le meneur mystérieux

Ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu (1 Co 3, 7).

L’existence et l’action de l’Esprit de Dieu demeurent toujours un secret. Dieu révèle ce que ses serviteurs doivent comprendre pour accomplir leur service mais, même quand il se dévoile, Dieu demeure le meneur mystérieux qui fait croître mystérieusement ce que ses ouvriers ont planté et arrosé. L’apôtre sait quelque chose de toute parole qu’il annonce. Il n’agit pas comme un aveugle et sans rien comprendre. Ce qu’il a à faire, l’Esprit le lui montre, il en fait l’expérience dans l’Esprit. Mais son intelligence n’est en rien à la hauteur de l’infini du mystère de Dieu.

 

102. Tenter Dieu

Ne tentez pas le Seigneur, comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent victimes des serpents (1 Co 10, 9).

Tenter le Seigneur, c’est quand les croyants veulent aller leur propre chemin et cherchent à amener le Seigneur à vouloir autre chose que ce qu’il veut… Le Fils, qui était Dieu, a vécu parmi nous et nous savons comment il a prié; lui qui était Dieu n’a pas voulu faire sa volonté mais uniquement celle du Père. Pour nous qui avons un tel modèle sous les yeux, il devrait nous être plus facile de ne pas tenter Dieu.

 

103. Le Jour du Seigneur

Il faut qu’au nom du Seigneur Jésus nous nous assemblions, vous et mon esprit, avec la puissance de notre Seigneur Jésus, et que cet individu soit livré à Satan pour la perte de sa chair, afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur (1 Co 5, 4-5).

Le salut s’opère au plus tard au jugement dernier, mais il peut avoir lieu déjà avant, un jour qui devient alors pour l’intéressé le Jour du Seigneur. Car le Seigneur est libre de choisir son Jour quand il le veut et comme il le veut.

 

104. Une communion concrète

Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur (1 Co 1, 9).

Les apôtres ont vécu avec le Seigneur; il faut toujours revenir à cette communion éminemment concrète qui se poursuit dans le vie de foi. Même la perspective de son retour au Père ne peut pas l’affaiblir. Saint Paul tient absolument à ce que l’image du Seigneur qui était sur terre soit gardée vivante dans l’Eglise.

 

105. Une ouverture

Pour moi, certes, la vie c’est le Christ et mourir représente un gain (Ph 1, 21).

L’infini de Dieu Trinité est mis à la disposition de la vie finie de l’homme… Et quand la mort survient dans cette vie chrétienne, elle est un gain parce qu’elle ne signifie plus un terme mais un accès, une ouverture, une porte, parce qu’elle dévoile l’inespéré, jusque-là caché, comme quelque chose de visible, qui comble.

 

106. La récompense

Quelle est donc ma récompense? C’est, dans ma prédication, d’offrir gratuitement l’Evangile, en renonçant au droit que me confère l’Évangile (1 Co 9, 18).

Le Christ a souffert jusqu’à la mort sans voir le fruit de sa Passion, et même sans sentir la présence du Père, se croyant à tort abandonné du Père, dans une solitude qui n’a plus rien d’un échange, d’une réponse, d’une participation.

 

107. La faim de Dieu

Nos pères ont tous mangés le même aliment spirituel (1 Co 10, 3).

Au regard de Dieu, il n’y a qu’une seule alliance avec l’humanité, à différents stades : l’alliance en marche vers le Christ, l’alliance à partir du Christ. Avant le Christ et après le Christ, il s’agit essentiellement de la même chose : du besoin, de la faim, du désir qu’a l’homme de Dieu, dans la foi en lui, dans l’action de grâce du fait qu’il s’est penché sur l’humanité pour une alliance éternelle.

 

108. La source

Je puis tout en Celui qui me rend fort (Phil 4, 13).

Paul est au bord d’une source inépuisable qui est à sa disposition, à laquelle il peut sans cesse puiser pour rencontrer ce que le Seigneur lui envoie.

 

109. Le travail de Dieu

Nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu (1 Co 3, 9).

L’oeuvre de transformation que l’Esprit a à opérer dans les hommes est aussi prodigieuse que l’oeuvre de création du Père et l’oeuvre de rédemption du Fils. Le travail terrestre du Fils n’était pas pour Dieu une exception, un bref intermède dans son repos éternel. Il fut pour nous les hommes l’apparition incompréhensible de l’éternelle activité de Dieu, il s’insère dans son travail éternel. Dieu aura encore beaucoup de travail jusqu’à ce que tous les hommes soient devenus croyants et que tous les croyants soient devenus des hommes spirituels.

 

110. Rapprocher les siens de Dieu

Je lui rends ce témoignage (à Epaphras) qu’il prend beaucoup de peine pour vous, ainsi que pour ceux de Laodicée et pour ceux de Hiérapolis (Col 4, 13).

Celui qui prie a le pouvoir de rapprocher les siens de Dieu, de recommander pour la vie éternelle ceux qui lui sont confiés même déjà durant leur vie présente de sorte que quelque chose de cette vie terrestre s’introduit dans la vie éternelle, est mis sous une protection divine… Ceux qui sont concernés par cette prière n’ont pas besoin de le savoir pour le moment, mais le fruit de cette prière quand même sera là.

 

111. Renoncement

Je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour en profiter à mon tour (1 Co 9, 15).

Tout renoncement chrétien est un renoncement pour un bien plus grand. On ne nie pas le terrestre, ni la sexualité, ni la nourriture, ni la boisson, ni ce que Dieu permet selon un juste usage. Mais l’amour du Christ est le bien suprême et celui qui aime est reconnaissant quand il a quelque chose à offrir. On reconnaît la véritable ascèse au fait que les droits des autres ne sont pas réduits et qu’on ne leur envie pas l’usage qu’ils en font. Il se peut que Dieu ne leur demande pas les mêmes renoncements.

 

112. La mission

Prêcher l’Evangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile (1 Co 9, 16)!

Il se peut que quelqu’un voie à peu près sa mission mais non comment la remplir. Les moyens et les voies se trouvent encore cachés dans la foi pour le moment, et il doit grandir dans la foi pour que les chemins de sa mission deviennent clairs.

 

113. Comprendre la croix

Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? A plus forte raison les affaires de cette vie (1 Co 6, 3)!

Nous ne comprendrons jamais vraiment ici-bas ce que le Fils de Dieu a accompli sur la croix.

 

114. Les trésors

Que nul ne se glorifie dans les hommes; car tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 21-23).

Dans leur sagesse terrestre, les Corinthiens organisaient d’une manière ou d’une autre leur vie temporellement limitée; mais elle se heurtait à la mort, cette mort qui était tout à la fois la frontière de leur vie, de leur puissance et de leur sagesse.

Dans la foi, ils possèdent la vie et la mort. Ils peuvent vivre et mourir dans la même foi. Et la mort n’est plus l’interruption de leur existence, mais la recréation de leur vie en Dieu. Elle est le don de Dieu au même titre que la vie terrestre…

Et l’éternité aussi, comme temps de Dieu, appartient au croyant… C’est la lumière de la foi qui répandra la vérité de Dieu sur toute chose… Les choses d’ici-bas, Dieu vit et habite en elles pour les donner aux hommes comme signe de sa présence… Dans son éternité, Dieu possède toutes ces choses (y compris les choses à venir  : celles auxquelles il a déjà pensé ou auxquelles il n’a jamais pensé)… Les croyants ne sont pas exclus de ces trésors. Dieu a fait tomber les barrières de leur finitude et il compte sur les croyants pour qu’ils deviennent co-possesseurs de ses biens éternels. Tout est à vous.

 

115. Dieu peut parler

Il est écrit dans la Loi : "C’est par des hommes d’une autre langue et par les lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et même alors ils ne m’écouteront pas, dit le Seigneur" (1 Co 14, 21).

Dieu peut parler dans l’Eglise par un priant en une « langue » qui n’est pas comprise par l’Eglise de son temps, une « langue » qu’elle ne veut pas recevoir et qu’elle n’est pas non plus sans doute en mesure de recevoir.

 

116. Le temps du deuil

Il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures (1 Co 15, 4).

Résurrection du Christ après trois jours dans la mort : le temps des larmes n’est pas sauté. Ceux qui l’aiment doivent expérimenter combien sérieuse et totale est cette mort. Et le temps du deuil est, sans qu’ils le sachent, déjà préparation de leur âme pour la joie de la résurrection… La grâce de la rédemption dont Dieu le Père fait don au monde en ressuscitant le Fils ne peut être pour le monde que le miracle parfait que personne ne pouvait attendre.

 

117. Le don de la vie

Enfants et donc héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui (Ro 8, 17).

L’héritage promis aux enfants de Dieu est d’abord caché en Dieu. Mais, par l’Esprit, il est communiqué à ceux qui possèdent la foi, non pour les bercer dans une fausse sécurité qui les dispenserait de tout effort, mais pour qu’ils saisissent la grandeur de leur foi et du don de la vie. Participer à tout ce qui est au Fils conduit naturellement plus loin : à ce que nous soyons aussi glorifiés avec lui.

 

118. Un mouvement irrévocable

Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance (1 Co 6, 14).

Quand le Père ressuscite le Fils, il a pour objectif de nous ressusciter aussi. Le sens de l’existence humaine doit finalement être entièrement considéré à partir de la résurrection… A travers la résurrection, les limites de notre existence tombent… En nous appuyant sur la liberté que Dieu nous a donnée, nous pouvons nous adonner à l’illusion de disposer de toute l’existence de notre être… Dans l’Ancien Testament, il n’était pas certain que Dieu utiliserait sa puissance pour aller rechercher l’homme qui sombrait dans l’impuissance de la mort. C’est seulement le Fils venu du Père qui, en ressuscitant, a déclenché un mouvement irrévocable de retour vers le Père, un mouvement qui nous condamne directement à la résurrection.

 

119. Recevoir une clarté

Vous pouvez tous prophétiser à tour de rôle, afin que tous soient instruits et tous encouragés (1 Co 14, 31).

Paul voit en chacun de ceux qui viennent à la liturgie quelqu’un qui possède un droit à être fortifié dans son âme, un droit à emporter chez lui quelque chose qui concerne ce qui l’occupe, quelque chose qui l’aide, qui lui procure clarté sur des questions qui concernent Dieu.

 

120. La Mère de Dieu

Si la femme a été tirée de l’homme, l’homme à son tour naît par la femme, et tout vient de Dieu (1 Co 11, 12).

Marie a mis au monde le Fils de l’homme au nom de toutes les femmes. Elle a porté le Fils dans son corps, mais son corps était consentant par la foi. Et quand le Fils devint homme par elle, ce fut autant par sa foi que par son corps. Son corps et son âme : elle met tout au service. Le Fils s’abaisse à devenir un homme comme tous les autres et à vivre comme tous dans le sein de sa mère; mais en s’abaissant il l’élève à être la Mère de Dieu.

 

121. Apporter sa quote-part

Si c’est dans des vues humaines que j’ai livré combat contre des bêtes à Ephèse, que m’en revient-il? Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons (1 Co 15, 32).

Dieu donne au monde la grâce de la vie éternelle comme fruit de la mort et de la résurrection de son Fils. Et cependant les hommes doivent apporter leur quote-part qui est reprise par le Seigneur et gérée par lui comme il l’entend.

 

122. Pauvreté fondamentale

Aussi ne manquez-vous d’aucun don de la grâce, dans l’attente où vous êtes de la Révélation de notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 7).

Tant que le Seigneur n’est pas venu (de sa seconde venue, glorieuse), nous vivons dans un état de pauvreté fondamentale, mais celle-ci porte déjà en elle des signes de la plénitude débordante qui vient… Nous, qui n’avons pas encore vu Dieu, nous vivons de lui parce que lui nous voit, et dans l’espérance de le voir un jour comme il nous voit.

 

123. Élever le niveau

Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée (1 Co 14, 4).

Le prophète est l’un de ceux qui ont la mission d’élever le niveau de l’Eglise, non par sa propre force, mais par la force de la prophétie.

 

124. La faiblesse et la force

Le membres du corps que nous tenons pour les plus faibles sont nécessaires (1 Co 12, 22).

Le Fils est descendu jusqu’à l’extrême faiblesse de la croix pour libérer le monde de la faiblesse du péché… Extrême faiblesse du Fils dans laquelle il s’est senti abandonné par le Père et séparé du ciel. Il n’existe aucune oeuvre qui, dans sa force, soit comparable à l’oeuvre de sa faiblesse sur la croix… Dans l’Eglise aussi, il plaît au Seigneur de voir dans ses membres les plus faibles des membres nécessaires.

 

125. Les dimensions de la vie éternelle

Alors aussi ceux qui sont morts dans le Christ ont péri (1 Co 15, 18).

Mourir dans le Christ, c’est s’abandonner à lui pour qu’il nous juge avec tout ce que nous lui apporteront de notre vie pour qu’il l’ouvre à la démesure des dimensions de la vie éternelle. Renoncer à toutes ses lois personnelles et à toutes les lois de la terre pour se livrer définitivement à la loi de Dieu.

 

126. Ce qu’il y a de plus sacré

Quand l’un d’entre vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes, et non devant les saints (1 Co 6, 1)?

Le Fils est, pour le Père, ce qu’il y a de plus sacré à ses yeux, au point qu’il lui confie la rédemption du monde.

 

127. Le tout de Dieu

Car imparfaite est notre science, imparfaite aussi notre prophétie (1 Co 13, 9).

Dieu ne peut pas, pour le moment, déployer devant nous l’ensemble de ses plans, ni découvrir la totale intelligence de son être et du nôtre, ni toutes les relations entre le ciel et la terre. Il tient tout cela en réserve. A cause de notre péché, nous ne pourrions pas faire le tour de sa totalité. Même à ceux que Dieu choisit spécialement pour prophétiser et posséder la connaissance, il ne peut pas livrer le tout parce que, même quand il révèle des vérités de son ciel, les hommes, tant qu’ils sont ici-bas, ne peuvent pas encore vivre pleinement dans le ciel.

 

128. Eucharistie

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ (1 Co 10, 16)?

Dans la coupe de bénédiction, nous sommes les invités du Fils par l’intermédiaire du prêtre qui bénit.  Dans cette bénédiction, la communion est sans cesse renouvelée afin que la vie temporelle des croyants se nourrisse constamment de manière vivante de la vie éternelle. C’est la communion au sang versé sur la croix, mais elle est donc aussi communion avec toute la vie du Fils qu’il a reçue et vécue entièrement dans la mission reçue du Père; communion avec cette mission elle-même, telle qu’elle est au ciel, et donc aussi communion avec la décision de Dieu Trinité. Et ce, sous une forme visible, liturgique,que l’homme utilise pour pouvoir entrer dans la communion invisible.

 

129. Des paroles de miséricorde

Quand donc cet être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole de l’Ecriture : « La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15, 54).

Toutes les paroles du Père (= l’Ancien Testament), que souvent nous comprenons comme des paroles de menace, le Fils devient homme parmi nous pour les accomplir de telle sorte que nous puissions les comprendre comme des paroles de miséricorde.

 

130. La grâce

Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

On ne peut pas dire que l’Esprit continue ce que le Fils a commencé… Il n’existe pas de grâce qui ne provienne conjointement du Père, du Fils et de l’Esprit.

 

131. Le prophète dans l’Église

Celui qui prophétise au contraire parle aux hommes; il édifie, exhorte, console (1 Co 14, 3).

Ce que l’Esprit communique à celui qui prophétise est destiné à ses frères… Dieu confie à celui qui prophétise des choses mystérieuses dont il sait qu’elles ne doivent pas rester cachées plus longtemps. Mais sa tâche consiste à transposer dans la langue et les concepts des hommes ce qui lui est montré de la vie céleste, pour le rendre accessible à la terre… Il peut vivre des choses très précises qui doivent également être dites de façon précise. Mais il vit surtout ce qui est difficile à traduire, quelque chose de la sollicitude de Dieu pour les hommes, de son désir de manifester aux hommes sa présence afin qu’à nouveau ils s’en réjouissent. Les prophéties sont toujours destinées à l’Eglise universelle et ont pour but d’aplanir le chemin des croyants vers Dieu, de leur mettre en main quelque chose de vérifiable qui les comble d’une certitude nouvelle… C’est ainsi que la parole du prophète apporte un réconfort parce que Dieu leur montre que l’éternité est toujours soucieuse de se pencher sur le temps et qu’elle est toujours prête à le pénétrer… Le prophète est choisi pour montrer dans le monde de nouveaux aspects de l’être divin éternel.

 

132. Devenir homme quand on est Dieu

Il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes (Ph 2, 7).

D’un côté, il y a la condition divine dans ce qu’elle a de sublime et d’invisible, que le Fils ne possède et ne vit cependant pas replié sur lui-même, mais comme étant le monde du Père et de l’Esprit dans l’éternité; de l’autre côté, il y a la condition humaine, avec la distance créée par le Père, la bassesse qui a causé le péché, l’inanité due au refus de connaître Dieu.

Et le Fils se dépouille de la plénitude de Dieu et entre dans le néant de l’homme; il ne change pas seulement de lieu, de temps, mais de forme aussi. Il devient semblable à un homme. Il se montre parmi nous comme l’un de nous; il ne veut pas se distinguer de nous. Il ne se transforme pas en surhomme, en un être qui dès l’abord sort tellement de l’ordinaire que les autres sont forcés de le placer très haut, de sentir la distance qui les sépare de lui, de lever les yeux vers lui. Il ne se ménage pas de facilités, il ne descend pas pour un instant seulement, pour aussitôt après quitter l’inanité du monde et se retirer dans le ciel, il vient pour la durée de toute une vie, dans la pauvreté et le secret, et même dans un dénuement tel que personne ne pourrait regarder son sort avec envie, personne ne pourrait souhaiter prendre ce chemin de vie. C’est la vie d’un pauvre parmi les pauvres et les riches. La vie d’un simple au sein d’un monde compliqué…

 

133. Les saints

A l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints… (1 Co 1, 2).

Aucun saint ne sait qu’il est saint.

 

134. La descente en enfer

"Il est monté", qu’est-ce à dire, sinon qu’il est aussi descendu, dans les régions inférieures de la terre (Ep 4, 9).

En s’incarnant, le Seigneur n’a pas seulement pris sur lui le fardeau des péchés qui ont été commis durant le temps de sa vie terrestre, il a assumé le fardeau de tous les péchés. C’est pourquoi son incarnation était aussi nécessairement lié au fait qu’il s’est rendu dans le lieu où tous les péchés du monde, passés et futurs, sont rassemblés, au fait qu’il est descendu dans les régions inférieures de la terre, où la présence de Dieu Trinité est non seulement niée, mais comme rendue impossible… C’est là qu’il assuma les derniers fardeaux, ce qui devait rendre enfin possible son retour vers le Père, comme si sa montée dépendait de sa descente, comme s’il lui avait été impossible de retourner au ciel avant d’être descendu en enfer. En expliquant que la descente était la condition nécessaire de la montée, Paul montre que le Seigneur n’a cessé d’avoir pour but cette descente en enfer, qu’il a passé toute sa vie dans la perspective et avec la prescience de cette descente. Et chaque fois qu’il pensait au Père et à son retour auprès de lui, il voyait que cette réunion ne se réaliserait que par la descente en enfer. Car ce n’est qu’ainsi qu’il pourrait donner à l’oeuvre de la rédemption sa totale expansion.

 

135. La voie d’accès à Dieu

Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu (Ep 2, 8).

Personne n’a la possibilité d’aller à Dieu que si Dieu la lui donne… Pour reconnaître en vérité les dons de Dieu, il faut les posséder, c’est-à-dire avoir la grâce et la foi… Dieu a l’habitude de commencer toujours par y mettre du sien là où il propose d’agir… Réduits à nos propres moyens, nous ne serions jamais sauvés, c’est-à-dire que jamais nous ne trouverions l’authentique voie d’accès à Dieu. En nous faisant le don de la foi, Dieu crée entre lui et nous cette voie d’accès… Il est clair que celui qui n’a pas la foi et ne l’a pas goûtée ne peut savoir ce qu’elle est… pas plus qu’on ne peut connaître la saveur d’un fruit qu’on n’a jamais goûté.

 

136. Ce qui est bon pour l’homme

Ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est (1 Co 1, 28).

Depuis toujours Dieu a choisi ce qui est bon pour l’homme, ce qui lui convient, ce qui le lie à lui, alors que l’homme n’a cessé de choisir ce qui est contraire à Dieu. Toute l’ancienne Alliance peut être considérée sous ce signe. Pour finir, Dieu choisit une fois pour toutes ce que les hommes ne choisissent pas : la croix. La croix est purement et simplement le choix de Dieu… Par la croix, Dieu choisit ce qui dans le monde est sans naissance, le dénuement, le mépris, la raillerie, la déréliction. Finalement, et au milieu de tout cela, il choisit la mort… A l’avenir, tout ce qui aura une valeur la recevra dans la lumière de ce choix de Dieu : la croix. Et donc aussi la joie puisque Dieu nous enlève le plus amer de la souffrance…

 

137. Être dans la main de Dieu

Telle est l’attente de mon ardent espoir : rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance et, cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive, soit que je meure (Ep 1, 20).

Si Paul attend toutes choses du Seigneur, il sait donc aussi qu’il recevra toutes choses en réponse, que sa croissance dans le Christ se déroule selon un plan défini par Dieu, qui ne laisse aucune place à la déception ou à la contrevérité. Il est tellement instrument qu’il est sûr d’être dans la main de Dieu; comme lui-même ne décide plus rien, rien de mal ne peut lui arriver quand Dieu décide;  rien ne pourra lui faire honte puisqu’il ne s’appartient plus, mais qu’il est chose de Dieu. Il se sait inclus dans la providence de Dieu, dans l’Esprit Saint, dans le plan du Christ obéissant au Père, il sait qu’en tous points sa mission a été voulue par Dieu si bien que, quoi qu’il arrive, la mission… non seulement sera sauvée, mais qu’elle ne peut être en aucune façon troublée ou contrecarrée. Il a sur ce point une totale certitude qui s’explique uniquement par la mission.

 

138. Faire plaisir à Dieu

Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu (1 Co 10, 31).

Chaque fois que nous voulons sérieusement faire plaisir à Dieu, nous sommes capables de le faire. Et Dieu ne fait pas seulement que recevoir cette joie, il en a besoin dans sa vie trinitaire en tant qu’il crée, rachète et accomplit. Si Dieu s’était contenté de sa joie céleste, il n’aurait pas créé le monde et le Fils n’aurait pas eu besoin de s’incarner. En se faisant homme, le Fils a montré ce qu’un homme pouvait faire pour Dieu. Et, en montant au ciel, il nous a de nouveau prouvé combien Dieu était proche de l’homme.

 

139. Le seul souci du Fils

Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu (Ph  2, 6).

La condition divine que le Fils a dans le ciel, il ne veut pas la posséder jalousement, comme une chose qui lui appartient, qui lui échoit, qu’il exploite pour lui-même. Il est le Fils et il reniera jamais sa qualité de Fils… Il est de toute éternité auprès du Père et l’Esprit, qui est l’amour, souffle entre eux, et toute séparation, tout affaiblissement, tout changement sont impensables. Et cependant ce n’est pas au fait qu’il est Dieu que le Fils attache de la valeur. Plus importante que pour lui est l’obéissance au Père, le triple accord de l’amour entre Père, Fils et Esprit… Une obéissance qui est si forte qu’elle ne fait valoir les intérêts propres que s’ils peuvent aussi contenir les intérêts du Père et de l’Esprit… Le seul souci du Fils sera de donner une expression à son amour sous toutes les formes de l’obéissance. Mais il voit le contraire de cette obéissance dans la désobéissance des hommes. Et il choisit cet acte des hommes qui se détournent du Père comme point de départ d’une nouvelle forme de son obéissance d’amour, en offrant au Père de devenir obéissant jusqu’à la mort sur la croix… Il ne considère pas sa condition divine comme une proie sur laquelle il devrait se reposer, à laquelle il devrait se cramponner, mais comme quelque chose qu’il peut délaisser pour manifester son amour toujours plus grand du Père.

 

140. L’eucharistie transforme quelque chose en nous

Afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu (1 Co 1, 29).

Par l’incarnation du Fils, la chair a reçu une nouvelle dignité… Lorsque le Fils fait don de sa chair dans l’eucharistie, il déverse également en nous ce qui constitue l’essentiel de sa nature charnelle face au Père. C’est pourquoi aucune chair ne peut plus se glorifier devant Dieu. De même que quelque chose change dans la chair d’une vierge lorsqu’elle est fécondée par un homme, puisque l’ensemble de son être n’est plus vierge et qu’elle ne peut plus se glorifier de sa chair mais de celle de l’homme, de la même manière l’eucharistie transforme quelque chose en nous, de telle sorte que nous ne pouvons plus nous glorifier que dans le Fils du Père et non plus en nous-mêmes… Il ne viendrait pas à l’esprit d’une femme mariée et d’une vierge de se glorifier de leur corps. Toutes deux savent qu’il appartient à l’homme et à Dieu.

 

141. Dieu fait un autre choix

Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force (1 Co 1, 27).

Ce qui est confondant, c’est que Dieu fait un autre choix que celui que les sages auraient fait nécessairement. C’est aussi le fait qu’il leur montre à quel point le choix qu’ils ont fait est futile pour lui, à quel point leur jugement le touche peu… Mais il confond surtout les puissants afin que, subitement, ceux-ci ne voient plus ce qui correspond à leur puissance, puisque Dieu ne s’est pas servi d’eux, mais du faible, de l’impuissant.

 

142. La grâce du Seigneur Jésus

La grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit (Ph 4, 23).

La grâce est ce que chaque homme qui prie peut sans cesse faire descendre en suppliant… Tout homme qui prie expérimente la grâce de la Parole du Seigneur qui lui est adressée. C’est une grâce que le Fils se soit incarné, c’est une grâce qu’il soit devenu pour nous Parole du Père, c’est une grâce qu’il se soit révélé dans l’Evangile, c’est une grâce qu’il ait institué l’Eglise, c’est une grâce qu’il ait racheté tout homme. La grâce est la forme de son amour pour les hommes… Venant du Père et allant au Père, le Fils donne sa grâce au monde. Il fait tout par amour pour le Père et en même temps par amour pour le monde… La grâce du Seigneur, c’est qu’il ne se détourne jamais du monde mais que, dans un amour éternel, il répond à toute prière et guide chaque coeur, il remplit toute foi, il éveille tout amour, il justifie toute espérance. Et… cette grâce infinie du Seigneur doit être avec l’esprit des croyants, habiter leur esprit, l’animer, le combler, les mettre en contact constant avec l’Esprit Saint du Père et du Fils et de l’Esprit…

 

143. Apprendre à penser à la manière de Dieu

Pourquoi ne pas souffrir plutôt l’injustice? Pourquoi ne pas vous laisser plutôt dépouiller? Mais non, c’est vous qui pratiquez l’injustice et dépouillez les autres; et ce sont des frères (1 Co 6, 7-8).

Celui qui n’est pas disposé à endurer passivement une injustice par amour pour le Seigneur, ira presque nécessairement et insensiblement jusqu’à commettre à son tour l’injustice. Car celui qui veut absolument faire valoir son droit ne sera jamais en mesure de remettre entièrement son opinion au Seigneur… Celui qui n’est pas disposé à renoncer à quelque chose qui lui revient, conservera certainement aussi des choses qui ne lui reviennent pas… L’amour de Dieu ne peut agir là où l’homme se préoccupe de lui-même et de ses prétendus droits… Le Fils, en tant qu’homme, nous apprend à penser à la manière de Dieu et de l’Esprit…

 

144. Souffrir

C’est par sa faveur qu’il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui (Ph 1, 29).

La grâce est la forme sous laquelle Dieu donne son amour aux hommes pour les attirer à lui… La vie trinitaire de Dieu dans les cieux serait restée repliée sur elle-même si Dieu n’avait pas créé le monde. Mais en péchant, l’homme a prouvé qu’il peut se fermer à Dieu et rejeter son amour… Alors Dieu inventa la grâce : la preuve de son affection pour la créature, jaillissant à jamais de la source éternelle, infinie, de son amour… Le Fils a racheté le monde par sa souffrance… Maintenant il est permis aux croyants de souffrir sous toutes les formes que Dieu donne… Il est donc bon que l’homme souffre, mais il n’est pas bon pour lui de souffrir replié sur lui-même, d’une manière inventée par lui. Il doit souffrir d’une manière totalement contenue dans la manière de souffrir du Seigneur… Le Fils aime tellement les hommes qu’il les fait entrer sans cesse dans la circulation de son amour qui passe par sa souffrance…

 

145. Le chrétien n’a pas le droit de soupirer

Que la paix du Christ règne dans vos coeurs… Enfin vivez dans l’action de grâces (Col 3, 15)!

La paix unit un membre à l’autre… La paix se trouve en toute vertu, en tout élan vers la vertu, en toute prière, en toute décision de vie; même là où le coeur doit être inquiet, même là où il hésite, où les difficultés s’accumulent, la paix est cependant toujours la marque de l’authenticité. Car elle vient du Seigneur et elle est sa paix qui est au-dessus de toute autre paix. Elle n’a rien à faire avec la tiédeur… car elle caractérise avant tout l’attitude du Fils vis-à-vis du Père,  du Fils qui part de la paix du Père pour accomplir sa mission, qui va sur le chemin de la croix dans la paix avec le Père, qui meurt dans la paix avec lui, qui  ressuscite dans la paix… Et c’est  exactement cette paix qui doit vivre dans le coeur des croyants…Le Seigneur est venu pour nous apporter sa paix… La paix est quelque chose d’essentiel, elle doit régner. Elle a une place suréminente… Et quand le chrétien regarde sa mission dans sa relation naturelle avec les affaires du monde, il n’a pas le droit de soupirer, ni de comparer sa faiblesse à la démesure du fardeau de sa tâche… Il doit être dans l’action de grâces, comme l’est un chrétien après avoir communié, quand il a reçu le corps du Seigneur.

 

146. Recevoir la foi comme une semence de Dieu

Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine; vous êtes encore dans vos péchés (1 Co 15, 17).

La foi, on peut la comparer à la conception de la Mère de Dieu qui a reçu en elle la semence de Dieu par l’Esprit Saint : cette semence vit et veut vivre de Marie. Et la Mère doit se consacrer physiquement et spirituellement à la vie qui se développe en elle. Elle se met à sa disposition telle qu’elle est, sans réserve. D’une manière semblable, nous devons recevoir la foi et la laisser agir en nous comme une vraie semence de Dieu, lui ouvrir tout l’espace qu’elle veut occuper.

 

147. Un coin du voile

Le mystère tel que je viens de l’exposer en peu de mots (Ep 3, 3).

Il aurait donc pu écrire plus longuement. Mais cette fois encore, il ne livre pas la raison pour laquelle il ne l’a pas fait. Il ne lève un coin du voile que pour tenir l’autre d’autant plus hermétiquement baissé. Mais le peu qu’il offre est important et la communauté doit s’en aviser : ce qu’elle apprend de lui, ce n’est pas son avis personnel, mais une révélation. Ce n’est cependant qu’une esquisse du tout qui est certainement plus grand que ce qu’elle en apprend. Elle ne peut pourtant pas se procurer ailleurs le complément justement parce que c’est une révélation.

 

148. Aimer celui qui n’est pas juste

La charité ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité (1 Co 13, 6).

Plus l’amour est fort, plus affirmé sera son sens de ce qui n’est pas  juste. Le plus grand amour peut certes aimer davantage celui qui est injuste, mais pas ce qui le rend injuste.

 

149. Le Fils choisit lui-même le chemin de la croix

Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix (Ph 2, 8)!

Il s’abaisse, il change sa condition divine pour la condition d’esclave, mais il le fait de lui-même, il choisit lui-même ce chemin, il décide, prend la résolution, ne se fait pas pousser. Lui qui est Dieu a, face au Père, la certitude que son amour pour le Père est assez grand pour supporter même cela : … l’échange du ciel parfait contre le monde pécheur… Il échange sa liberté divine contre la sujétion humaine, sa vie dans la béatitude contre la mort sur la croix… Aussi vraie est sa vie dans le ciel, aussi vraie… est sa mort sur une croix. Et toute cette vérité a été décidée dans l’obéissance au Père qui le laisse s’abaisser… Le Père répond à l’obéissance du Fils en la prenant tout à fait au sérieux.

 

150. Plus près du Seigneur

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

C’est un fruit de l’amour, mais aussi de la foi et de l’espérance. De l’espérance, parce que chacun espère que l’autre se trouve plus près du Seigneur que lui-même, que l’autre est plus disposé à offrir au Seigneur sa voie, sa vie et tout ce qu’il possède.

 

151. La communion dans la sainteté et dans le péché

Et toi, Syzyge, vrai compagnon, je te demande de leur venir en aide, car elles m’ont assisté dans la lutte pour l’Evangile en même temps que Clément et mes autres collaborateurs dont les noms sont écrits au livre de vie (Ph 4, 3).

Dans la communion des saints, l’un porte le fardeau de l’autre, se sent responsable pour les péchés qu’il n’a pas commis, les expie aussi; il coopère par esprit d’expiation, mais de telle sorte que son oeuvre propre disparaît pour ainsi dire dans l’ensemble. La communion des saints porte la marque de la sainteté comme celle du péché.

 

152. Le pur miracle

Puis ce sont les miracles, puis le don de guérir, d’assister, de gouverner, les diversités de langues (1 Co 12, 28).

Eucharistie : le croyant ne peut communier que s’il croit à la parole du Seigneur : « Ceci est mon corps ». Il renonce à la comprendre avec sa raison naturelle. Le pur miracle s’introduit dans sa vie.

 

153. Conversation avec Dieu

Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes mais à Dieu; personne en effet ne le comprend : il dit en esprit des choses mystérieuses (1 Co 14, 2).

Celui qui parle en langues, après cela, suivant le commandement de l’amour, il doit essayer de rendre fécond pour tous sa conversation avec Dieu. Et le service apostolique de saint Paul ne souffre rien dans l’Église qui ne soit d’une manière ou d’une autre apostolique.

 

154. Celui qui pourrait croire

L’amour croit tout (1 Co 13, 7).

C’est une foi qui ne redoute pas de s’expliquer avec l’incroyance puisque, dans celui qui ne croit pas, elle reconnaît aussi celui qui pourrait croire.

 

155. En tout chrétien

Je n’entendais pas d’une manière absolue les impudiques de ce monde, ou bien les cupides et les rapaces, ou les idolâtres; car il vous faudrait alors sortir de ce monde (1 Co 5, 10).

Il y a en tout chrétien quelque chose qui n’aime pas le Seigneur.

 

156. Les envoyés

Devenez à l’envi mes imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez en nous un exemple (Ph 3, 17).

Un exemple et un modèle qui est vivant sous leurs yeux et dont ils savent qu’ils ne doivent pas le garder pour eux seuls, mais qu’ils ont à le transmettre. Paul sait que sa mission provient de la mission du Seigneur, il sait tout aussi bien que d’autres envoyés sont là, qu’il n’est pas le premier apôtre, que les fonctions sont réparties, que chaque fonction a son importance. Le Seigneur reste le seul et unique exemple central… Autour de lui, tous ceux qu’il a institués pour qu’ils soutiennent l’Eglise, ne sont rien d’autre que des êtres transparents dont le Père exige qu’ils fassent briller sa lumière et qu’en même temps ils la lui renvoient en passant par eux, comme s’ils étaient inexistants… Ils captent sa lumière, mais ils ne doivent pas la retenir, ils la renvoient et ne doivent rien garder. Ils doivent constamment s’oublier dans le don… Le Seigneur les comble afin qu’ils deviennent des êtres qui comblent… Ils sont comme aveuglés par l’enseignement du Seigneur, ne peuvent jamais venir à bout de sa sagesse et ils doivent pourtant en les restituant paraître si sages que les hommes qui les entendent se sentent attirés…, fassent connaissance avec la vérité et osent risquer un oui… Ils doivent se présenter dans tout leur être de manière à ce que celui qui commence à croire reçoive le sentiment d’une sécurité, d’un refuge et d’une paix qui n’existent  pourtant pas pour eux, les envoyés.

 

157. La femme comparée au Fils dans son rapport avec le Père

Le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c’est l’homme; et le chef du Christ, c’est Dieu (1 Co 11, 3).

En dehors du christianisme, la subordination de la femme n’est pas pour elle un honneur; mais dans le christianisme, elle est assimilée au Fils qui a pour chef le Père… Que l’homme soit le chef de la femme comporte une responsabilité qui a une certaine ressemblance avec la responsabilité du Père pour la mission expiatoire et rédemptrice du Fils. C’est une responsabilité sous forme d’expiation; de fait l’homme ne peut en aucun cas jouer au seigneur supérieur; en accablant la femme, il s’accable lui-même. C’est pourquoi le Christ, qui porte la croix, est son chef. Car l’ordre de la rédemption est un ordre expiatoire pour le Père comme pour le Fils.

 

158. La plénitude

Je vous ai donc transmis tout d’abord ce que j’avais moi-même reçu (1 Co 15, 3).

Dans la vivante tradition de l’Eglise se révèle chaque jour davantage quelque chose de la plénitude du Seigneur, jusqu’au dernier jour qui révélera toute sa plénitude.

 

159. On ne possède rien pour soi tout seul

Nous supportons tout pour ne créer aucun obstacle à l’Evangile du Christ (1 Co 9, 12).

Dans le corps, Dieu a donné à l’homme une occasion de se vaincre lui-même, mais en même temps une occasion pour le prochain de se dépasser. De même qu’on ne possède pas la doctrine pour soi tout seul mais toujours aussi pour les autres, de même notre propre corps n’impose pas seulement des devoirs à qui le porte mais aussi aux autres. Ainsi il n’y a rien dans la création de Dieu qui ne puisse faire l’objet d’un devoir chrétien.

 

160. Écriture et Tradition

Je vous ai donc transmis tout d’abord ce que j’ai moi-même reçu (1 Co 15, 3).

Écriture et Tradition : le ministère de Paul consiste à vivifier l’Ecriture par la Tradition et à fortifier la Tradition par l’Écriture, à soumettre la Tradition à la norme de l’Ecriture.

 

161. Le Fils demeure continuellement au milieu de nous

Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ (1 Co 6, 11).

Le Fils ne s’est pas donné seulement durant les trente années de sa vie; sa mort sur la croix fut la garantie qu’il demeurait continuellement parmi nous. Ce que le Fils était quand il vivait parmi nous, il le demeure. En mourant, il a livré sa chair et son sang et il a promis qu’il serait là quand deux ou trois seraient rassemblés en son nom. Si bien que nous le possédons ici-bas un peu comme le Père le possède au ciel. Chaque parole de l’Écriture sert à rendre son nom vivant, à expliquer sa vérité, son être, à montrer sa présence.

 

162. Il nous introduit dans sa communion

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ (1 Co 10, 16)?

Le pain est communion au corps du Christ. Il signifie la même chose que le calice. Aussi réel qu’était ce pain sur la table, aussi réellement il devient le corps du Seigneur pour nous dans la bénédiction de l’Eglise… Dans l’acte même où le Seigneur se donne à l’Eglise, il s’unit à elle… Dans la fraction du pain, il nous introduit dans sa communion. Il y a donc deux choses dans l’eucharistie : une « descente » du Fils dans l’Église et un entraînement des croyants dans les mystères de l’être divin.

 

163. La distance du grand seigneur

Je me suis fait Juif avec les Juifs afin de gagner les Juifs (1 Co 9, 20-21).

Si, dans sa liberté, le Fils s’abaisse jusqu’à demeurer parmi nous en tant qu’homme, il ne le fait pas avec la distance du grand seigneur qui daigne passer quelque temps dans la pièce des domestiques pour témoigner sa bienveillance à ses serviteurs. Il se fait homme comme nous et il devient le meilleur et le parfait serviteur du père… C’est sur ce modèle que s’effectue l’imitation de Paul qui se fait Juif afin de gagner les Juifs.

 

164. Le plan de Dieu

Ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères (Ro 8, 29).

Dieu n’a pas créé le monde au hasard. Il a pour ce monde un plan éternel. Toutes les choses y ont leur place dans l’Esprit Saint. Et le monde ne peut échapper à son plan; il est maintenu par l’Esprit… Rien dans ce monde n’est laissé au hasard puisque le monde vit dans le plan de Dieu.

 

165. Nos limites ne sont rien pour lui

Le Seigneur Jésus Christ transformera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre tout l’univers (Ep 3, 21).

Dieu, par sa force qui agit en nous, peut faire infiniment au-delà. Cette force est la puissance de l’amour du Fils, amour si puissant qu’il habite en nous et qu’il fait pour ainsi dire éclater nos limites de l’intérieur. Sa force, qui provient du Père, ne se laisse pas réduire en nous. Nos limites ne sont rien pour lui… L’infini de son amour triomphe partout de nos limites et, ainsi, il agit bien au-delà des possibilités de nos pensées et de nos désirs.

 

166. Dieu seul demeure

Car elle passe la figure de ce monde (1 Co 7, 31).

A la fin de la vie, le non-croyant s’attend seulement à une chute dans le vide… Car elle passe la figure de ce monde. Dieu seul demeure. Et nous demeurons en lui. Mais nous ne demeurerons pas dans le monde tel qu’il est aujourd’hui… Dans le temps éternel, Dieu donnera au monde humain une autre figure; son royaume ne sera pas comparable à notre royaume terrestre. Toute la réalité éphémère sera alors dépassée, seule comptera la réalité éternelle.

 

167. Tout est service dans la vie des envoyés

C’est donc lui, Timothée, que je compte vous envoyer dès que j’aurai vu clair dans mes affaires (Ph 2, 23).

Pour le moment, Paul, comme les Philippiens, se trouve dans un état d’attente, une attente qui vient du Seigneur et qui est destinée à l’Eglise, qui par conséquent est service, service comme toute contemplation, comme tout état de non-action est service dans la vie des envoyés qui savent que l’heure de l’action viendra, mais qui ne peuvent pas la déterminer eux-mêmes et qui ne restent pas oisifs avant cette heure : ils restent précisément dans l’attente et dans la prière que Dieu leur a donnée pour cadeau et pour charge.

 

168. Une communion de vie

Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur (1 Co 1, 9).

Les croyants ne sont pas seulement invités… à partager la vie du Fils, ils y sont exhortés, appelés… Le Père nous exhorte à partager sans cesse la vie du Fils… L’eucharistie, c’est son appel perpétuel à participer à la vie du Fils… Si Paul insiste tellement sur la communion de vie avec Jésus Christ, notre Seigneur,  c’est qu’il veut affermir notre foi sur la base de cette communion de vie et lui retirer la possibilité de devenir obscure et vague. Les apôtres ont vécu avec le Seigneur; il faut sans cesse renvoyer à cette communion extrêmement concrète qui se poursuit dans la vie de foi.

 

169. Communion des saints

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Les sévères exercices de pénitence corporelle d’un curé d’Ars peuvent profiter à l’esprit de ses pénitents.

 

170. Un mystère du Père

Si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts (1 Co 15, 13)?

La résurrection est la révélation d’un mystère du Père, qu’il avait réservé depuis toujours pour la nature humaine et qu’il lui offre maintenant par le Fils. S’il n’y avait pas de résurrection des morts, le Père n’aurait pas ressuscité le Fils.

 

171. Le service du Seigneur

Je dis cela dans votre propre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur (1 Co 7, 35).

(Il se peut que le service du Seigneur demande des sacrifices). Comment se pourrait-il que le service de celui qui a sacrifié sa vie pour tous ne demande aucun sacrifice! Le Père lui-même a bien consenti… au sacrifice du Fils et de ceux qui le suivent… L’exigence… du Seigneur et de son service entraîne sans bruit l’homme dans le sacrifice.

 

172. La mort du Seigneur

Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26).

La mort du Seigneur demeure purement et simplement incompréhensible; aucune intelligence ne peut l’appréhender puisqu’il s’agit de la rencontre entre la décision trinitaire de Dieu qui veut sauver le monde et la réalisation du Fils qui l’a sauvé…

 

173. La porte de la foi

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Le Fils ressuscité apparaît derrière des portes fermées, lui qui est maintenant la porte qui ouvre le temps et l’espace, qui relie le ciel et la terre. Pas seulement la porte de la foi, personne ne parvenant au Père que par lui, mais la porte comme réalité du passage de la croix à la résurrection, de l’existence naturelle à la vie en Dieu.

 

174. Témoignage

Ne donnez scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Eglise de Dieu (1 Co 10, 32).

Les chrétiens doivent toujours se souvenir que, par leur foi, ils font partie de l’Eglise et donc que c’est en tant que membres de l’Eglise qu’ils peuvent scandaliser le Juif, le païen et même celui qui a la même foi qu’eux; ils peuvent les scandaliser et, par là, faire du tort à l’Eglise.

 

175. La plénitude de l’Ancien Testament

Prenez garde qu’il ne se trouve quelqu’un pour vous réduire en esclavage par le vain leurre de la "philosophie", selon une tradition tout humaine, selon les éléments du monde, et non selon le Christ (Col 2, 8).

Le chrétien peut parcourir tout l’Ancien Testament et discerner partout comment le Seigneur l’a accompli et, à partir de cet accomplissement, reconnaître la plénitude qui se trouve dans l’ancienne Alliance.

 

176. Un service de révélation

L’Esprit scrute tout, jusqu’aux profondeurs divines (1 Co 2, 10).

L’Esprit est le révélateur permanent du Père et du Fils… L’Esprit a un service de révélation… L’Esprit est la liaison entre Dieu et les hommes… Il parle dans chaque parole que prononce le Fils… L’Esprit s’adresse à tout homme qui s’éveille à la compréhension dans la foi.

 

177. La prière de Paul

Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous, en tout temps dans toutes mes prières pour vous tous, que je fais avec joie (Ph 1, 3-4).

Les Philippiens doivent saisir combien ils sont proches de Paul par la prière qu’il fait pour eux, et que cette prière possède en même temps la force de les rapprocher de Dieu. C’est donc une prière de demande efficace.

 

178. Dieu possède d’autres voies

La charité ne passe jamais. Les prophéties? Elles disparaîtront. Les langues? Elles se tairont. La science? Elle disparaîtra (1 Co 13, 8).

Dieu possède d’autres voies et d’autres choses que l’amour pour manifester sa présence, pour faire en sorte que les hommes se souviennent de lui et pour les conduire à lui. Il a mis tous les dons de l’Esprit à la disposition de l’humanité.

 

179. Présence du Seigneur vivant

Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres (1 Co 15, 7).

L’Église reçoit en partage la présence du Seigneur vivant sous de multiples formes : elle a des membres qui ont connu le Seigneur sur terre, d’autres – comme les apôtres – qui l’ont vu après la résurrection, d’autres encore – comme Paul – qui l’ont vu après son ascension, et d’autres, enfin, qui le rencontrent dans l’Ecriture, la prière et les sacrements.

 

180. Les fruits du renoncement

Si un aliment doit causer la chute de mon frère, je me passerai de viande à tout jamais, afin de ne pas causer la chute de mon frère (1 Co 8, 13).

Il y a dans le sacrifice du Fils une surabondance qui n’est pas tout à fait accessible à la connaissance. Ce qu’il a engagé dans l’amour n’a pas de rapport visible avec ce qu’il en est advenu. Ceci marque aussi le sacrifice du chrétien. Les fruits du renoncement ne peuvent pas être saisis de manière rationnelle. Si pour le Seigneur déjà c’était le cas, le chrétien – qui ne peut absolument pas comparer son renoncement à la croix du Seigneur – doit en tout cas être prêt à renoncer à plus qu’à ce qui semble exigé de lui. En face du renoncement toujours plus grand du Christ, il essaiera de lui offrir un soupçon de plus de son propre renoncement.

 

181. Toute l’existence, un service

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père (Col 3, 17)!

Le chrétien ne peut se distancier d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils. Le nom du Seigneur est la semence vivante qui croît dans l’action ou la parole. Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence. Leur existence appartient à leur service, de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en gardent d’autres pour eux et pour le monde, et les dernières de leur vie peut-être pour Dieu; ils sont simplement là au nom du Seigneur.

 

182. L’amour, sens de l’existence

Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien (1 Co 13, 3).

Lorsque Dieu le Père envoie le Fils, lorsque le Fils accepte d’être envoyé, lorsque l’Esprit se met au service de sa mission, aucun d’eux ne cherche son propre intérêt; chacune des personnes agit dans l’optique de l’amour divin… Quoi que le Fils exige, il l’exige à partir de son amour… L’amour est le sens de l’existence. L’atmosphère dans laquelle Dieu a créé le monde, c’était celle de son amour… En ouvrant les yeux sur Dieu et sur le monde, Adam s’est trouvé aussitôt au coeur de cet amour… L’amour était aussi évident que la lumière du soleil qui descend du ciel pour se répandre sur la terre…

 

183. La pénitence du mariage chrétien

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1).

Celui qui s’engage dans le mariage chrétien doit savoir qu’il assume peut-être une très lourde pénitence, plus dure encore peut-être que celle qu’assume celui qui devient prêtre. Les fêtes qui entourent la célébration du mariage et de l’ordination masquent plus qu’ils ne révèlent cet aspect des choses. Parce que les sacrements du Seigneur ne sont pas séparables de la croix. Nous recevons la communion, mais nous devrions penser au fait qu’après l’avoir instituée le Seigneur part vers la croix. Nous recevons l’absolution, mais après l’humiliation de l’aveu. Le baptême ne supprime pas toutes les conséquences de la concupiscence…L’onction des malades ne nous empêche pas de mourir.

 

184. Le Fils invite les hommes à aller avec lui

Je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes (1 Co 12, 31b).

De toute éternité Dieu le Père savait que le Fils était prêt à se donner totalement lui-même; l’incarnation n’aurait pas été nécessaire pour l’en convaincre… Il aurait suffi au Fils de dire une parole; pour le Père, elle aurait été chargée de toute la plénitude de la réalité. Si cependant il entreprend de vivre avec les hommes et de leur livrer les mystères de sa venue, c’est pour inviter les hommes à aller avec lui, donc à souffrir avec lui, à en faire des corédempteurs, car c’est par l’amour que le Fils veut sauver le monde. Vue de la sorte, l’incarnation du Fils révèle l’intention de Dieu de transformer en saints les hommes pécheurs.

 

185. Un ciel inaccessible

Il en est parmi vous qui ignorent tout de Dieu. Je le dis à votre honte (1 Co 15, 34).

Se savoir lié de manière vivante à la vie éternelle par la résurrection du Christ… Le Seigneur ressuscité ne s’est pas évanoui dans un ciel inaccessible, il constitue toujours, en tant qu’ayant cheminé sur la terre, le pont efficace reliant le quotidien humain à Dieu. Il est près du Père comme il est près de nous.

 

186. Le renoncement de Dieu

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit (1 Co 13,1).

Dieu ne renonce jamais à quelque chose que pour donner. Sur la croix, le Fils renonce à sa vie divino-humaine afin de nous y donner part.

 

187. Une vie pavée de nombreux obstacles

Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais qu’un seul remporte le prix. Courez donc de manière à le remporter (1 Co 9, 24).

Les chrétiens voient combien leur vie est pavée de nombreux obstacles, combien il est difficile d’avancer vers Dieu sans se laisser distraire, de le trouver partout même dans leurs semblables. Et ils remarquent aussi cet autre aspect : si le Fils est vraiment devenu homme comme eux, il a également dû éprouver  leurs difficultés… Il est vrai qu’il ne connaissait pas le péché, ce qui pourrait laisser penser qu’ils abordent la course avec un gros handicap par rapport à lui. Mais, en échange, ils reçoivent toute l’aide du Seigneur, tous les allégements qu’il s’interdisait à lui-même et que Dieu Trinité accorde aux hommes grâce à la vie et à la mort du Fils.

 

188. Une plénitude

Quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire (Col 3, 4).

Le retour du Seigneur dans la gloire est un événement qui a beaucoup plus de sens que le croyant ne peut le savoir… Toutes les vies que nous connaissons sont vouées à la mort. Dans le Christ est la plénitude de la vie éternelle qu’il partage avec le Père et l’Esprit, et à laquelle il nous convie.

 

189. Une sûreté

J’espère du moins, dans le Seigneur Jésus, vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être soulagé moi-même en obtenant de vos nouvelles (Ph 2, 19).

Le chrétien ne possède pas seulement une foi qui lui procure une sûreté pour tout ce qu’il fait, doit faire et peut faire, mais une foi qui signifie la source de tous ses autres sentiments et connaissances.

 

190. La racine de l’Ancien Testament

Tout cela n’est que l’ombre des choses à venir, mais la réalité, c’est le corps du Christ (Col 2, 17).

L’Ancien Testament vient du Père. D’où l’importance que les chrétiens le connaissent pour qu’ils apprennent quelque chose de la réalité du corps du Christ par son ombre, pour approfondir leur foi dans le Christ. Toutes les paroles du Seigneur ont leur racine dans l’Ancien Testament. L’Esprit que révèle le Fils et qui montre le Père est le même qui parlait dans les prophètes pour indiquer aussi bien la volonté du Père que la venue du Fils.

 

191. Les soucis de Dieu

N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu (Ph 4, 6).

L’homme doit considérer sans souci tout ce qui fait son quotidien, ce qui concerne ses besoins : devenir libre intérieurement de tout ce qui est extérieur. Si libre qu’il peut s’en remettre à Dieu pour tout ce qui est sien, que ce ne sont plus ses requêtes, mais les requêtes qu’il a confiées à Dieu, que son quotidien n’est plus laissé à sa charge mais élevé dans une sphère qui appartient à Dieu… (C’est Dieu maintenant qui se soucie de nos requêtes… Et c’est à nous maintenant de nous faire du souci pour ce dont Dieu se soucie).

 

192. Un désir très fort

Dieu s’est plu à faire habiter dans le Christ toute la plénitude (Col 1, 19).

Le Père et l’Esprit ont un désir très fort de se communiquer au monde par le Fils.

 

193. La noblesse

Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ (1 Co 6, 15)?

Nous sommes devenus des fonctions du corps du Seigneur : tout nous-même, ce que nous connaissons en nous et ce que nous ne connaissons pas. Et cependant comme durant toute notre vie nous sommes soumis à la tentation, toute notre vie nous avons à faire effort pour arriver à la pleine obéissance du membre (dans le corps), pour arriver à être dignes de la noblesse à laquelle il nous a été donné d’avoir part.

 

194. La paix

Au reste, si quelqu’un veut ergoter, tel n’est pas notre usage, ni celui des Eglises de Dieu (1 Co 11, 16).

Le Fils est venu dans le monde pour faire la volonté du Père et il s’adapte sans cesse à la forme de cette volonté. Il l’a fait au ciel de toute éternité, il le fait sur la terre et, ressuscité, il le fait à nouveau dans le ciel. Le Fils sacrifie à cette paix tout ce qui, dans sa volonté, pourrait se trouver différer de celle du Père. En recevant cette paix et non une autre, l’Eglise devient son Eglise; elle reprend ses habitudes et s’adapte donc à sa volonté de même que lui s’adapte à la volonté du Père. Il apporte avec lui une tradition de paix divine, une paix qu’il a vécue et expérimentée, une paix qui montre qu’elle peut exister parce qu’il l’a vécue dans le monde… Les pratiques de l’Eglise reflètent celles de Dieu.

 

195. L’insouciance de l’Esprit

Il y a diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur (1 Co 12, 5).

Il y a la création du Père qui a créé la diversité infinie des hommes. Il y a l’Esprit Saint qui n’a jamais été homme et qui dispense ses dons avec une certaine insouciance quand aux considérations pratiques de l’Eglise. C’est l’Église qui doit le prendre en considération! Le Fils qui s’est fait homme et le demeure, avec son expérience de l’humanité, adapte pour ainsi dire ses ministères aux hommes, il donne à ses ministères certaines limites qui correspondent à la réalité humaine de l’Église.

 

196. L’activité du Fils et de l’Esprit

Tous ont bu le même breuvage spirituel, ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ (1 Co 10, 4).

L’incarnation du Fils n’a établi aucun changement dans la vie de Dieu Trinité. C’est le Père qui a créé mais, mystérieusement et d’une manière cachée, le Fils et l’Esprit y ont collaboré. L’acte par lequel le Fils s’est offert pour le salut du monde n’est que l’expression d’une attitude qui est constante chez lui. Il n’est pas vrai du tout que, dans l’Ancien Testament, le Père seul soit actif. L’activité du Fils est cachée pour les hommes, et également pour le peuple élu, mais elle est effective en toutes choses. L’Alliance qui est conclue inclut la promesse de la venue du Fils.

 

197. L’expression d’un amour

Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1 Co 1, 25).

La croix est ce qui ne peut être compris comme sagesse de Dieu que par la foi, une inutilité qui est plus féconde que la plus grande fécondité du monde, elle apporte davantage de bénédiction que tout ce que les hommes peuvent essayer de faire de bien dans le monde, elle est l’expression d’un amour avec lequel l’amour humain le plus élevé ne peut rivaliser.

 

198. Combat quotidien

Ne vous y trompez pas : "Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs" (1 Co 15, 33).

Sur la croix, le Fils nous a libérés de nos péchés et il nous en a donné pour preuve sa résurrection. Dans notre combat quotidien contre le mal, la résurrection nous donne une assurance de la victoire finale de Dieu qui nous fait participer à la victoire que nous ne pourrions pas arracher nous-mêmes.

 

199. Vers le Père

Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit (1 Co 6, 17).

Lorsqu’en ressuscitant le Fils nous emmène avec lui vers le Père, il nous fait pénétrer dans l’unité trinitaire et l’esprit qui existe de toute éternité. N’être qu’un seul esprit avec le Seigneur signifie donc participer, à travers lui, à son unité avec le Père et l’Esprit Saint.

 

200. Emmenés dans l’éternité

Gloire à ce Dieu, notre Père, dans les siècles des siècles! Amen (Ph 4, 20).

Dieu, notre Père, a créé un rapport avec nous en nous faisant naître. Par la vie du Fils, il a clarifié à nouveau ce rapport en nous rachetant et en nous emmenant dans l’éternité qui jusqu’ici n’appartenait qu’à lui en commun avec le Fils et l’Esprit.

 

201. Un coin

Nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle (Col 1, 9).

Ne plus avoir un coin en soi qui ne soit rempli de la volonté de Dieu.

 

202. La patrie de la foi

Nous sommes fous, nous, à cause du Christ; et vous, vous êtes prudents dans le Christ; nous sommes faibles, et vous, vous êtes forts; vous êtes à l’honneur, et nous dans le mépris (1 Co 4, 10).

Les uns possèdent la foi en dehors d’elle-même, dans un pays étranger où elle ne peut ni vivre ni agir. Les apôtres ont tout quitté pour habiter la patrie de la foi, où elle peut être source de vie.

 

203. Comprendre le pardon

Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître (Ep 1, 17)!

Les péchés ne sont pas seulement oubliés ou non imputés mais, ce qui est bien plus, ils sont remis, séparés de nous, enlevés de nous. Ils sont envoyés là où se trouve tout ce que Dieu ne veut pas et qu’il condamne, en enfer. C’est là leur lieu… Ce lieu est le témoin permanent de la rémission des péchés. En ce sens, l’enfer est très précisément un don de la grâce divine… L’enfer est le point de départ pour comprendre le pardon.

 

204. Une pure grâce

Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire à la mesure de son propre labeur (1 Co 3, 8).

L’appel à collaborer à l’œuvre du Fils est une pure grâce. Mais jamais un homme ne pourra mesurer ce qu’il a accompli de la mission qu’il a reçue… Paul cependant veut faire aussi comprendre que pour être un authentique serviteur de Dieu il y faut un engagement personnel et que l’annonce de la Parole de Dieu requiert de l’homme un effort.

 

205. La ruse de Dieu

Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : "Celui qui prend les sages à leur propre astuce" (1 Co 3, 19).

Le coeur de la sagesse de Dieu et du Christ, c’est l’amour… En revanche, la sagesse du monde est un filet que le pécheur tisse astucieusement autour de lui… Mais la ruse de Dieu est plus grande que celle du pécheur… Dieu dispose de l’éternité. Au début le pécheur ne remarque peut-être pas du tout qu’il est pris. Quand le prisonnier en prendra-t-il conscience? Ceci demeure caché dans le dessein de Dieu… Un jour, Dieu peut déchirer le filet pour le combler de la vraie sagesse.

 

206. Le divin devient accessible

Le Christ Jésus est devenu pour nous, de par Dieu, sagesse, justice et sanctification, rédemption (1 Co 1,30).

Par l’obéissance du Verbe fait chair, le Père permet à des choses divines de devenir humainement compréhensibles. Les qualités divines demeurent en Dieu ce qu’elles n’ont jamais cessé d’être mais, dans la chair du Christ, elles deviennent pour nous accessibles et imitables.

 

207. La connaissance du ciel

A raison même de la fermeté qu’a pris en vous le témoignage du Christ (1 Co 1, 6).

Le Verbe qui a pris chair est… le lien solide qui unit les hommes et le ciel. Son objectif, c’est de surmonter la distance qui sépare les deux et d’apporter sur la terre la connaissance du ciel… Le Christ est le centre en tant qu’incarnation accomplie de Dieu, en tant qu’homme véritable dans lequel la divinité n’a rien perdu de sa nature… Il veut que son enseignement devienne le centre en nous; il nous donne sa parole de telle manière qu’elle doit devenir centrale afin que… nous puissions rendre témoignage avec lui.

 

208. La satisfaction et la joie

Ne savez-vous pas que les injustes n’héritent point du royaume de Dieu? (1 Co 6, 9).

L’un des aspects essentiels du pécheur est de mesurer et de peser, de tout ramener à lui et de tout vouloir pour lui… Dieu a doté la nature humaine de besoins dont la satisfaction procure naturellement de la joie, et cette satisfaction est nécessaire à la vie. Mais elle vient de Dieu et conduit à Dieu; chrétiennement parlant, elle est subordonnée à la croix qui est la porte ouvrant sur la grâce du royaume et donc aussi sur la vraie joie éternelle.

 

209. Le monde lumineux du Fils

Il nous a arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1, 13).

Si le Fils a démontré au Père que sa création était bonne, maintenant le Père démontre au Fils combien il aime son humanité rachetée : il ne veut pour elle que le lieu du Fils. Le monde créé tout entier est élevé dans le monde lumineux du Fils. Les créatures sont maintenant des êtres rachetés. Et les saints jouissent de l’héritage avec le Fils dans son royaume et sa lumière.

 

210. Une parole dont Dieu est le garant

Nul ne peut dire : "Jésus est Seigneur" que sous l’action de l’Esprit Saint (1 Co 12, 3).

Parce que le Fils est la Parole du Père, il y a, inhérente à la Parole, une vérité qui n’est pas seulement vraie en Dieu, qui n’est pas seulement vraie dans l’éternité, mais qui demeure vraie aussi dans le croyant… La vérité de la foi est la vérité divine en nous. Le croyant se remet lui-même à l’Esprit divin pour dire ce qui est juste. Et ce qu’il dit le dépasse lui-même. (Parler de la foi dans la foi, c’est dire une parole dont Dieu finalement est le garant, une parole à laquelle l’Esprit Saint donne sa plénitude).

 

211. Responsable

(Au jour du jugement) l’oeuvre de chacun deviendra manifeste, car il doit se révéler dans le feu et c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’oeuvre de chacun (1 Co 3, 13).

Dans le jugement de Dieu, la communion des saints est suspendue pour un instant : au moment de l’examen, on ne peut plus en appeler à l’oeuvre des autres, on ne peut plus se laisser porter par eux. Chacun se trouve là seul… et responsable de ce qu’il a fait. Cela ne veut pas dire que la prière pour les défunts n’a pas d’effets au purgatoire… Mais à l’instant de la révélation des œuvres de chacun, aucune prière ne peut changer ce qui est.

 

212. Résister à Dieu?

Ne murmurez pas, comme le firent certains d’entre eux; et ils périrent victimes de l’Exterminateur (1 Co 10, 10).

Le murmure fait ouvertement ressortir l’attitude de l’homme qui tente de résister à la volonté de Dieu. Quiconque le fait… ne sait pas ce qu’il dit, car Dieu est Dieu, sa volonté est suprême, c’est la volonté absolue, et qui lui résiste se fait du tort à lui-même. La volonté de l’homme ne peut se développer que si elle le fait à l’intérieur de la volonté de Dieu Trinité.

 

213. Paul va vers le Père

C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père (Ep 3, 14).

De même que le Fils va de la croix au Père, de même Paul va de son épreuve au Père pour lui rendre gloire en tout. Il n’y va pas seul, il y va avec le Fils, parce que le Fils le prend avec lui, parce qu’aucun croyant ne peut porter sa croix autrement que dans le Fils.

 

214. Aspirer au Seigneur

Nous tous qui sommes des « parfaits », c’est ainsi qu’il nous faut penser; et si, sur quelque point, vous pensez autrement, là encore Dieu vous éclairera (Ph 3, 15).

Sur la croix, le Seigneur a porté chacun de nos péchés comme s’ils étaient les siens… Sur la croix, il échange notre péché contre sa perfection, comme fruit de ses souffrances… Le Seigneur nous offre sa perfection afin que nous soyons à même, grâce à elle, d’aspirer à lui comme but.

 

215. La surabondance

Que le Père daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur (Ep 3, 16).

Dans sa prison, Paul ne demande pas à Dieu pour lui-même d’être assez fort pour supporter ses souffrances. Il prie pour que ceux qui lui sont confiés deviennent forts. Il sait quelle est la richesse de Dieu. Et il le prie de les rendre forts selon la richesse de sa gloire, avec la surabondance qui est la manière propre à Dieu de donner.

 

216. L’enseignement du Seigneur

Tout cela, je le fais pour l’Évangile, afin d’avoir part à ses biens (1 Co 9, 23).

L’Evangile, c’est l’enseignement du Seigneur, mais il est cependant inséparable de sa personne… Le porteur de ce message, c’est Dieu le Fils dans l’unité avec le Père et l’Esprit… Lorsque Paul parle de l’Evangile, il sous-entend impérativement cette cohésion entre l’enseignement et l’incarnation de Dieu; l’enseignement est pour lui un aspect de la mission que le Père lui a donnée et qui est la révélation de Dieu Trinité dans le royaume des cieux… Et l’Evangile raconte contient également la vie de l’apôtre, ses forces et ses faiblesses, mais surtout sa fréquentation du Seigneur.

 

217. L’estime réciproque

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

Le Seigneur nous a confiés tous les hommes pour frères… L’estime réciproque se passe dans le coeur, c’est un fruit de l’amour, mais aussi de la foi et de l’espérance. Cela se passe dans l’espérance puisque chacun espère que l’autre est plus proche que lui du Seigneur, qu’il est plus prêt à offrir au Seigneur… sa vie, tout ce qu’il possède.

 

218. La parole utile

De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent (Ep 4, 29).

Au centre de ce verset, il y a le silence. Car nous ne devons parler que si cela est nécessaire. S’il faut parler, cela ne pourra jamais être pour dire des paroles mauvaises, car de telles paroles ne sont jamais nécessaires. Tout ce qui est sans contenu et vide est également mauvais parce que cela n’atteint aucun but et ne justifie donc pas qu’on rompe le silence. Seule la bonne parole l’exige en souvenir de ce que le Seigneur est la Parole et donc que la parole qui nous est donnée lui appartient aussi et retourne à lui… Il nous faut tout autant taire une bonne parole superflue qu’une parole mauvaise.

 

219. La vérité vivante de Dieu

Si nous avons semé en vous les biens spirituels, est-ce chose extraordinaire que nous récoltions vos biens temporels? (1 Co 9, 11).

En tant qu’homme, le Fils nous montre que l’oeuvre du Père a pour lui une valeur infiniment plus élevée que toute son humanité qu’il offre en sacrifice pour cette oeuvre. L’apôtre est autorisé à pénétrer dans cette échelle de valeur, à la présenter et à l’annoncer aux croyants. A l’instar du Fils, il peut vivre de la volonté du Père comme d’une nourriture, il peut tout mettre de côté en vue du royaume de Dieu. Il peut réaliser une existence entièrement vécue grâce aux biens spirituels, à la vérité vivante de Dieu. Et ce qui lui est donné de pouvoir vivre, il peut le transmettre : ses auditeurs aussi peuvent bâtir leur existence sur les biens spirituels.

 

220. Communion des saints

Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte? (1 Co 5, 6).

L’Eglise est communion des saints et tous ont à porter le fardeau de tous… Il y a dans l’Eglise un mystère d’unité, ce qui fait que chacun est responsable de tous. Personne ne peut tendre pour lui-même à la perfection   sans se soucier aussi de la perfection des autres… Ainsi aucun membre ne peut se glorifier de sa santé alors qu’un autre est malade.

 

221. Le corps comme don du Père

Tout athlète se prive de tout; eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous, une impérissable (1 Co 9, 25).

Dans le sacrifice du Fils, il n’y a aucun mépris du corps; au contraire, il voit dans le corps un don du Père qui lui permet de lui offrir quelque chose de sérieux dans l’amour. Il n’aime pas Dieu en faisant fi de son corps; ce serait de l’ingratitude. Il est reconnaissant pour la tension que le Créateur a mise dans l’être humain. Il fait partager à son corps son amour spirituel et il en fait un  instrument du don de lui-même au Père.

 

222. La confession

Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de perversité, mais avec des azymes de pureté et de vérité (1 Co 5, 8).

La confession fut instituée à Pâques, mais elle a été payée avant Pâques, sur la croix. Sa validité s’étend d’une fête à l’autre, de telle sorte que dans la deuxième apparaît ce qui était déjà réalisé dans la première. Durant les jours saints, la confession est née des souffrances du Seigneur. Le pénitent doit en quelque sorte parcourir à nouveau ces journées : entrer par les portes du sacrement qui a été institué à Pâques et remonter jusqu’à la croix… Nous n’avons pas besoin d’attendre Pâques pour nous confesser; chaque fois que nous le voulons, nous pouvons faire que se réalise dans notre vie la fête de la résurrection… Le péché est le contraire de Pâques, ce qui est totalement étranger au Seigneur.

 

223. Introduction dans le mystère de Dieu

Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance (Ep 1, 9).

La volonté de Dieu est mystère et elle le demeure. Dieu nous introduit dans ce mystère, mais non de telle manière qu’il cesserait purement et simplement d’être mystère. La révélation ne l’épuise pas; comme toujours en Dieu, le dévoilement d’une partie de son être est une ouverture sur des perspectives imprévisibles en d’autres directions. L’introduction dans le mystère de Dieu est en même temps un mystère d’intimité : exactement comme lorsqu’on est ensemble dans l’amour… On ne se pose  pas de questions l’un à l’autre, on ne se sonde pas réciproquement, on jouit simplement de ne faire qu’un, cela n’a pas besoin de s’exprimer, ni même peut-être d’être compris.

 

224. La paternité du Fils

Le Père de qui toute paternité, au ciel et sur terre, tire son nom (Ep 3, 15).

Ici-bas, l’Église est l’expression de la paternité céleste de Dieu le Père… Elle partage le propre du Fils de pouvoir considérer Dieu comme son Père, avec tous ceux qui, en elle, sont un seul corps dans la foi au Dieu Père, Fils et Esprit… En apportant le Père à son Eglise et en ramenant son Église au Père sur la croix, le Seigneur entre lui-même dans une relation paternelle avec elle et représente pour elle le Père… Et il donne à son Eglise d’avoir part à cette paternité.

 

225. Servir le Seigneur

L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur (1 Co 7, 32).

L’homme qui n’est pas marié possède une plus grande liberté et une plus grande ouverture au Seigneur. Il est libre d’avoir souci des affaires du Seigneur. Ces paroles montrent clairement que Paul rejette le célibat s’il est vécu pour d’autres raisons que celle du service du Seigneur. L’homme non marié, son souci est de pouvoir être agréable au Seigneur… Servir et plaire forment une unité. Aucun croyant ne peut organiser son service de telle sorte qu’il y trouve avant tout son plaisir et ne serve le Seigneur qu’en second lieu… Une vie stérile est impensable dans la foi. Chacun a une mission propre qui réside dans le Seigneur et qui est en mesure de combler sa vie.

 

226. L’homme et la femme

Le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c’est l’homme; et le chef du Christ, c’est Dieu (1 Co 11, 3).

Dans l’Ancien Testament, le Fils était encore caché derrière le Père. C’est la relation du Fils incarné au Père céleste qui révèle les relations des personnes dans le ciel. La différence des personnes ne signifie aucunement un moindre degré d’être, en sorte que le Père serait un Dieu plus englobant que le Fils ou l’Esprit; mais, dans chaque personne, l’unique divinité parvient à sa plénitude parfaite même si le Fils est engendré par le Père et que l’Esprit émane de l’un et de l’autre. L’altérité des personnes ne signifie pas une infériorité dans l’être… Maintenant que cette vérité est révélée, l’énigme du rapport entre l’homme et la femme est résolue; dans l’image de la Trinité, les deux aspects peuvent coexister : égalité dans l’être et gradation hiérarchiquement ordonnée.

 

227. Une vérité vivante

Pour les prophètes, qu’il y en ait deux ou trois à parler, et que les autres jugent (1 Co 14, 29).

La volonté de Dieu est qu’en toute assemblée liturgique une nouvelle vérité vivante soit apportée du ciel à la vérité ecclésiale. Non en dépassant la vérité révélée, mais en montrant ses profondeurs.

 

228. Communion des saints

Déjà vous êtes rassasiés! Déjà  vous vous êtes enrichis! Sans nous, vous êtes devenus rois! Eh! Que ne l’êtes-vous, rois, pour que nous partagions nous aussi votre royauté (1 Co 4, 8).

Celui qui communie avec moi est mon frère dans le Seigneur; je ne vais pas me fermer à lui mais m’ouvrir à lui et partager avec lui ma vie et mon action. Je lui donnerai une place en mon intérieur dont il pourra faire aussi le sien… Et ce qu’il y a de meilleur en lui se trouve là où il règne avec le Seigneur parce que là, le Seigneur règne en lui. Et si le Seigneur règne en lui et que le frère ait part à ce que j’ai, il apporte aussi le Seigneur en moi, comme le maître dans ce qui lui appartient. Quand un chrétien se recommande à la prière d’un autre, il s’attend à être reçu par lui, à recevoir une place dans sa prière, à prier avec lui dans sa prière. Une telle présence avec lui fait partie de la nature de la communion des saints.

 

229. Le désir de l’Esprit

Aspirez aux dons supérieurs (1 Co 12, 31).

Quand Dieu révèle à l’homme la distance qui le sépare de lui, il éveille en l’homme un désir de Dieu, le désir de le voir et d’être libéré du péché. Les dons que le Seigneur a faits à l’Eglise et qui portent toujours la marque de l’Esprit Saint visent avant tout… à faire de l’Eglise un chemin vers Dieu… Les dons  spirituels suscitent le désir ardent de l’Esprit, le désir de le posséder pour pouvoir mieux lui correspondre.

 

230. La foi requiert toute la vie

Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela; c’est pour vous reprendre comme mes enfants bien-aimés (1 Co 4, 14).

Paul s’est vu confier ces enfants par le Seigneur, avec pour seul objectif de les mener au Père dans l’Esprit du Seigneur. Le service de Paul ne doit pas être seulement celui d’un enseignant qui donne quelques heures de son temps et se consacre ensuite à autre chose, mais celui d’un père qui engage toute son existence pour ses enfants. Mais les Corinthiens doivent se rendre compte par là que la foi requiert toute leur vie. Le retour du Seigneur au Père n’a pu se faire qu’une fois sa mission accomplie, de même ils doivent comprendre que toute foi comporte quelque chose d’une mission, qui exige engagement et don de soi, si elle ne veut pas aboutir à un stérile jeu de l’esprit.

 

231. L’expérience de la conversion

Pour moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis (1 Co 11, 23a).

Paul, qui ne fait pas partie des premiers apôtres, a reçu du Seigneur. Il ne s’étend pas ici sur la nature de ce qu’il a reçu, mais la chose elle-même est, pour lui, aussi sûre que ce qu’il a personnellement vécu, et peut-être encore plus sûre, puisqu’il l’a reçue pour la transmettre… Dans son expérience de conversion, Paul a été transformé une fois pour toutes; Saul, le persécuteur de la Parole, est devenu Paul, qui désormais la transmet, dans une mission qui lui est propre et qui est pourtant entièrement la mission de l’Eglise. Il est inséré dans l’Eglise et n’a droit à rien de personnel dans l’enseignement… Ce que Paul a vécu dans l’événement de sa conversion et tout ce qu’il a appris dans cet événement était déjà destiné aux autres. Il est dorénavant chargé de transmettre… Tout le reste est secondaire… Le Seigneur a donné à Paul, d’une manière originelle, le sens de la vérité chrétienne; il a déversé en lui une sorte de tradition globale… Ce que Paul possède d’une seconde source est de nouveau immergé dans la première. Il saisit chaque parole de la tradition dans une préconnaissance de la totalité de l’enseignement qui lui a été donnée par le Seigneur.

 

232. Les affaires du Seigneur

La femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur; elle cherche à être sainte de corps et d’esprit (1 Co 7, 34b).

Elle ne recherche pas sa sainteté comme un but en soi, car elle pense exclusivement aux affaires du Seigneur. Et c’est justement cette attitude – qui consiste à ne pas penser à soi – qui est la base de la sanctification par le Seigneur… Le Seigneur est saint parce qu’il est le Dieu éternel au ciel, mais aussi parce que, en tant qu’homme, il présente et incarne, de corps et d’esprit, la sainteté céleste… En contemplant la vie du Fils, nous comprenons qu’il est possible de vivre comme homme parmi les hommes tout en étant entièrement saint.

 

233. Parler dans le Seigneur

Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens (1 Co 4, 17).

Paul le dit. Il ne parle pas de son propre chef, mais dans le Seigneur. Et ce qu’il dit est encore renforcé par le fait qu’il l’atteste en même temps dans le Seigneur. Il tient beaucoup à ce que cette parole précisément soit acceptée par la communauté comme irrécusable. Chaque parole du croyant est irrécusable dans la mesure où elle est dite dans la foi, où elle surgit de l’unité de la foi, où elle est proférée dans l’unité que la foi établit entre le croyant et le Seigneur…

 

234. Le naturel des enfants

oser nous approcher de Dieu en toute confiance par le chemin de la foi au Christ (Ep 3, 12).

Audace, spontanéité, ouverture naturelle : ces qualités de tous les enfants, le Seigneur nous en fait cadeau en nous faisant la grâce de devenir ses fils. Les enfants n’ont pas besoin de se demander longtemps s’ils sont les bienvenus; ils sont naïfs et spontanés parce qu’ils peuvent toujours s’approcher du père en toute confiance… La spontanéité et la confiance que le Fils a vis-à-vis du Père éternel en tant que Fils éternel, il nous en fait don pour nous prouver que, par lui et en lui, nous sommes devenus dé véritables enfants de Dieu.

 

235. Il attire leurs cœurs vers le Père

Que le Christ habite en vos cœurs par la foi (Ep 3, 17).

Le Seigneur s’est habitué comme homme à habiter des demeures, il a pour ainsi dire pris au ciel l’habitude de continuer à habiter sur terre… Il habite maintenant chez les hommes dans l’Esprit. Et le lieu où il habite, c’est leur coeur. En y habitant, le Seigneur leur facilite la persévérance dans la foi. C’est pourquoi Paul prie pour que le Seigneur habite chez les siens. Il faut qu’ils sachent que le Seigneur demeure en eux sur la terre, même après son retour auprès du Père… Demeurant en eux, il leur ouvre le ciel puisqu’il ne quitte pas le ciel en demeurant en eux… Il attire leurs cœurs vers le Père.

 

236. Des mystères cachés

Mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses (Ep 3, 9).

Depuis toujours Dieu a en lui des mystères cachés; alors même qu’il se révélait, il y avait à côté de sa révélation ce qu’il ne révélait pas, qu’on s’en doutât ou non. Tout ce qu’on pouvait dire, c’est qu’il y a certainement en Dieu des mystères cachés, qui ne sont pas en contradiction avec les mystères révélés, parce qu’en Dieu il n’y a pas de contradiction. La tâche de Paul est de projeter sur les mystères cachés en Dieu depuis toujours la lumière d’une révélation, lumière qui est donnée par Dieu lui-même pour éclairer son mystère.

 

237. L’ancienne Alliance

Ces faits se sont produits pour nous servir d’exemples (1 Co 10, 6).

Toute l’ancienne Alliance est pour les chrétiens un livre vivant à méditer dans lequel ils doivent sans cesse apprendre à connaître les relations de Dieu aux hommes et celles des hommes à Dieu. L’exigence est toujours la même pour l’essentiel : foi, fidélité, don de soi à la parole de Dieu qui nous guide.

 

238. Toute rencontre véritable

Les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la croix : en sa personne il a tué la haine (Ep 2, 16).

Toute rencontre véritable entre croyants n’est plus possible que dans le Christ. Pour les croyants, les rapports d’homme à homme, de groupe à groupe, ne peuvent plus avoir de valeur qu’à l’intérieur de la foi. Ce qui tendrait à éluder la foi, ce qui essaierait d’avoir de la consistance en dehors d’elle, ne pourrait pas vivre. Tout ce qui concerne le croyant concerne le Seigneur, passe par lui et se trouve en lui.

 

239. L’intelligence de la foi

Considérez l’Israël selon la chair. Ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel? (1 Co 10, 18).

Les Corinthiens doivent réaliser leur foi d’une manière aussi pleine et vivante que possible. Ils ne doivent pas seulement la vivre, … mais comprendre, aussi profondément que possible, ce qui a été vécu. L’intelligence de la foi doit  les aider une fois encore à surmonter le doute et la tiédeur.

 

240. La chair d’un homme qui est Dieu

C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux n’a fait qu’un peuple, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine (Ep 2, 14b-15).

La chair du Seigneur est la chair d’un homme qui est en même temps Dieu. Et ainsi, elle est chair et plus que chair : expression de l’esprit divin… L’Esprit de Dieu Trinité lui donne la vie en permanence. Et quand il retourne au Père, il ne laisse pas sur la terre une chair morte, il reprend avec lui au ciel sa chair vivante, pour en faire depuis le ciel un instrument permanent de salut.

 

241. Une communauté

L’Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage et prépare la rédemption du peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa gloire (Ep 1, 14).

Il y a à présent une communauté en marche vers la rédemption. En tant que rachetés, nous ne sommes pas seuls; nous appartenons à la foule de ceux que Dieu s’est acquis… Le salut de chacun est lié au salut de tous les autres… En laissant le Fils s’incarner pour la rédemption des hommes, Dieu le Père lui-même a formé la communauté de tous ceux qui doivent être rachetés par le Fils.

 

242. La valeur du temps

Tirer bon parti de la période présente, car nos temps sont mauvais (Ep 5, 16).

Tout temps est relation avec l’éternité et, même si seule l’éternité a de la valeur, Dieu a cependant attribué à chaque instant une valeur précise du point de vue de l’éternité. Et le chrétien… doit en quelque sorte lutter avec le temps, donner à ses actions autant de poids qu’en a le temps; il restera néanmoins toujours au-dessous de la valeur du temps… Or les jours s’écoulent sans que les hommes leur donnent cette plénitude voulue par Dieu…

 

243. Un vide inimaginable

Rappelez-vous qu’en ce temps-là vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde (Ep 2, 12).

Paul leur décrit sans ménagements leur état d’autrefois pour leur montrer plus clairement la grandeur de la grâce nouvelle. Ils ne doivent pas perdre de vue… le vide presque inimaginable de leur existence d’alors… S’ils ne connaissaient pas le nombre de leurs jours, ils savaient pourtant qu’ils étaient comptés et ce que, dans le meilleur des cas, ils pouvaient encore attendre d’une vie terrestre… Ils étaient prisonniers de leur condition temporelle, il leur était interdit de trouver du repos en dehors de cette vie… Ils étaient… dans un monde qui semblait fermé de toutes parts… Ils ignoraient tout d’un monde avec lequel Dieu infini serait en relation.

 

244. L’infini

Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur (Ep 3, 18).

Paul ouvre cet espace de Dieu en parlant de quatre dimensions et en demandant qu’on soit introduit dans toutes les quatre… Paul sait que ses nouveaux chrétiens ont soif de connaissances et il leur ouvre tous les espaces. Ils doivent apprendre à connaître Dieu dans l’infini de son amour. Mais ils ne doivent pas se contenter d’une représentation vague et superficielle, ils doivent continuer à chercher avec persévérance, à élargir leur connaissance d’espace en espace, de dimension en dimension… Il ne peut s’agir de rien d’autre que d’offrir la perspective de tendre progressivement vers l’infini.

 

245. La croix

Dans la pensée que je ne viendrais pas chez vous, certains se sont gonflés d’orgueil. Mais je vous arriverai bientôt, s’il plaît au Seigneur, et je jugerai alors non des paroles de ces gonflés d’orgueil, mais de leur puissance (1 Co 4, 18-19).

Au début de l’épître, Paul soulignait que tout son enseignement provenait de la croix, qu’il expliquait l’oeuvre du Seigneur à partir de la croix, que sans la croix tout le christianisme demeure incompréhensible.

 

246. Le Père nous entraîne

Vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 19).

Toute la prière que Paul a faite devant le Père depuis le moment où il s’est agenouillé… s’achève en une apothéose d’amour. La rapidité avec laquelle le Père nous entraîne dans sa plénitude quand nous nous agenouillons pour le prier échappe pour ainsi dire à toute notion de temps. En un instant intemporel, notre savoir et nos projets sont assumés par Dieu qui nous donne d’avoir accès à son éternité.

 

247. Une unité plus forte avec le Seigneur

En vous écrivant dans ma lettre de ne pas avoir de relations avec des impudiques... (1 Co 5, 9).

Dans la conception de Paul, ce qui est supprimé, retranché, est toujours enlevé en vue d’une unité et d’une cohésion plus fortes avec le Seigneur. Le Fils est mort sur la croix pour que son unité avec le Père et l’Esprit s’ouvre aux hommes et que ceux-ci y soient inclus.

 

248. La maison de Dieu

Vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu (Ep 2, 19).

Ils font partie de la maison de Dieu non seulement en ce sens qu’ils ont besoin d’appartenir à la maison de Dieu pour se sentir chez eux, pour avoir la certitude que par le Fils ils ont acquis, par grâce, la permission d’être là, mais aussi en ce sens que la maison de Dieu a besoin d’eux. Le fait qu’ils fassent partie de la maison de Dieu répond à une double nécessité : une nécessité qui se trouvait en eux, une autre qui se trouvait en Dieu qui a envoyé son Fils pour qu’il lui ramène le monde et chaque créature en particulier.

 

249. Le maître de l’Église

(Le Christ), Tête pour l’Eglise laquelle est son corps, la plénitude de celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1, 23).

Le Seigneur est maître de son Église de la même manière qu’un homme est maître de son corps… Mais s’il en est du Seigneur et de son Église comme de l’esprit et du corps, alors ils ne sont qu’un… C’est l’Église maintenant qui nous montre et nous donne le Seigneur… L’eucharistie est offerte à l’Église par le Seigneur, offerte par l’Eglise à ses membres pour l’édification du corps du Christ par le corps du Christ… Le Seigneur a en quelque sorte besoin de l’Église pour révéler sa plénitude, pour l’apporter à tous les hommes et, en ce sens, il est lui aussi rempli par l’Église…

 

250. La plénitude de sa grâce

Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus (Ep 2, 7).

Dans les siècles à venir, il y aura toujours des pécheurs, des hommes qui ne trouvent pas la voie qui mène au Seigneur et que le Père aime pourtant du même amour dont il aime le Fils et ceux qui sont déjà convertis. A eux tous le Seigneur veut montrer la plénitude de sa grâce… Les hommes qui viendront plus tard n’ont pas le droit de penser que la grâce de Dieu faiblit, qu’ils sont moins favorisés que les contemporains du Seigneur ou que ceux qui ont vécu immédiatement après lui.

 

251. Connaître le Seigneur

Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ (Ep 4, 20).

Paul… sait que les siens ont appris à connaître le Seigneur… Le païen domine ce qu’il a appris parce qu’il en fait une fonction de lui-même. Le chrétien se trouve en dessous et à l’intérieur de ce qu’il a appris… Il sait que ce qu’il a appris est plus grand que lui et il est reconnaissant de ce que cela le dépasse et l’entoure. Et il ne veut pas que ce qu’il a appris lui serve, il veut être au service de ce qu’il a appris. Chez les païens, tout tend à enrichir leur propre personne, tout ce qu’ils apprennent est mis au service de leur plaisir et de leur satisfaction. Cela peut aller de pair avec beaucoup d’éthique et de pensée religieuse, il n’empêche que leur pensée ultime est celle de leur propre bien-être. La pensée ultime du chrétien par contre est le service du Seigneur.

 

252. Complicité

Ma conscience ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant (1 Co 4, 4).

Sur la croix, le Seigneur porte la faute de tous; c’est par la croix que le pécheur doit prendre plus nettement conscience de sa complicité à toute faute. Il la reconnaît au moment où le Seigneur l’invite à prendre sa croix et à le suivre… Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on comprend les saints qui se sentent complices de tous les péchés… La solidarité dans la faute ne peut être pressentie qu’à partir de la croix où un seul porte la faute de tous.

 

253. Un chemin de vie

Nous sommes son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions (Ep 2, 10).

Auparavant, immergés dans nos transgressions et nos péchés, nous nous éloignions de Dieu. Maintenant, plongés dans nos oeuvres bonnes, nous marchons de nouveau vers lui. Et si Dieu manifeste un tel soin à préparer par avance ces oeuvres, c’est une preuve qu’elles sont absolument nécessaires et que nous ne pouvons lui témoigner autrement notre obéissance de foi qu’en faisant précisément dans la foi et l’obéissance ce qu’il attend de nous… Et Dieu les a assignées à chacun personnellement en préparant par avance le chemin de vie de chacun.

 

254. Le Père attendait aussi  la venue du Fils

Quand donc et être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole de l’Ecriture : "La mort a été engloutie dans la victoire" (1 Co 15, 54).

(Le Seigneur Jésus accomplit toute l’Ecriture)… la parole de l’Ecriture qui renvoie à lui et qu’il est en même temps lui-même… Il entre avec exactitude en chaque parole et accomplit chaque promesse… Il vit soigneusement son quotidien, mais aussi sa croix et sa résurrection, dans l’optique de la Parole… C’est un accueil dans l’amour. Et le fait qu’il prenne au sérieux les paroles de l’ancienne Alliance est un signe de son amour pour le Père, comme si ces paroles sortaient de la bouche du Père. Mais le fait que ces paroles du Père soient là est aussi un signe de l’amour du Père envers lui : dans l’ancienne Alliance, le Père a lui-même attendu la venue du Fils et il l’a préparée par la Loi et les prophètes.

 

255. Vivre dans la sécurité de Dieu

Vous avez bien fait de prendre part à mon épreuve (Ph 4, 14).

Paul vit dans la sécurité de Dieu, c’est sûr. Malgré tout, les Philippiens doivent participer à sa détresse extérieure, et leur participation contribue à sa sécurité… Les Philippiens se soucient de Paul, ils le considèrent comme confié à eux, ils font ce qu’ils peuvent pour soulager son sort, ils contribuent à la sécurité de Paul en Dieu, ils l’aident à aimer davantage… Et ce faisant, ils peuvent parvenir eux-mêmes, grâce à lui, à une plus grande proximité de Dieu.

 

256. Une proximité

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? (Ro 8, 31).

Que Dieu soit avec nous signifie… une proximité de relation qui crée la foi, la fortifie, la nourrit, est pour elle la source et l’embouchure… Dieu est pour nous, sa présence est garantie. Dieu dit oui à la conduite que nous adoptons, Dieu soutient de son amour nos efforts, Dieu prend parti pour nous, Dieu se décide pour nous, Dieu jette quelque chose de son éternité, de son infinité et de sa toute-puissance dans notre plateau de balance. Dieu nous fait une promesse depuis toujours et cette promesse fait que nous vivions dans la confiance et que cette affirmation nous prémunit contre celui qui pourrait être contre nous. Et la voie chrétienne, et l’Eglise, et toute la vie dans la voie font partie de ce que Paul désigne par ce « Dieu est avec nous ».

 

257. Les difficultés

Je dis cela dans votre propre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur (1 Co 7, 35).

Les exigences du Seigneur ne sont aucunement un piège, mais elles ne sont jamais satisfaites d’un seul coup. Même si quelqu’un choisit le chemin et l’imitation directe du Seigneur (dans le célibat consacré), les difficultés ne lui sont pas épargnées. Il se peut que ce soit précisément celui qui a choisi de ne pas se marier qui ait à faire face aux difficultés les plus grandes.

 

258. La vie commune

Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur (Col 3, 19).

Maris et femmes ont à trouver dans l’amour qui vient de Dieu la solution des problèmes qui naissent de la vie commune.

 

259. Ce que Dieu aime

Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion (Col 3, 12).

Se revêtir de ce que Dieu aime : compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience.

 

260. Tout m’est permis

"Tout m’est permis", mais tout n’est pas profitable (1 Co 6, 12).

"Tout m’est permis"… Le Fils est celui à qui tout est permis parce qu’il trouve son tout dans la volonté du Père. Et ce tout… inclut sa crucifixion, sa mort sur la croix, sa descente aux enfers. Et il est encadré par sa naissance virginale, la résurrection et l’ascension.

 

261. La force vivante de la résurrection du Fils

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Si le Fils nous invite à marcher à sa suite, ce n’est pas simplement pour que nous ayons une foi théorique en la résurrection – passée pour lui, future pour nous -, mais pour que nous entrions nous-mêmes dans la force vivante et présente de sa résurrection. Le Fils nous a déjà pris avec lui en tant qu’invités. Nous ne sommes pas chrétiens comme des individus isolés, perdus, dispersés en grand nombre à travers tous les âges, mais en tant que communauté d’Église… L’Église est un corps naturel dans le monde, le Fils ressuscité est le corps spirituel dans le ciel,  qui seul porte et explique l’Église. Et le corps du Seigneur n’est pas ressuscité pour lui seul mais pour nous tous.

 

262. Ceux que touche la Parole de Dieu

Qu’ai-je à faire de juger ceux du dehors? N’est-ce pas ceux du dedans que vous jugez, vous? (1 Co 5, 12).

L’amour du Fils a présenté au Père les croyants comme ses frères, il en a fait des hommes aimants et les a conduits dans l’unité d’amour avec le Père et l’Esprit. Les non-croyants s’y sont refusés… Mais puisque les hommes, même croyants, peuvent rester pécheurs, Paul doit s’acquitter en permanence de son ministère de discernement parmi les croyants. Il a pour tâche de transformer les croyants tièdes en croyants zélés…, d’arracher plus d’hommes au péché pour les disposer à l’amour… Mais tant que le monde subsistera, les deux camps  demeureront: d’un côté ceux que touche la Parole de Dieu, de l’autre ceux qu’elle ne touche pas.

 

263. La naissance

Si la femme a été tirée de l’homme, l’homme à son tour naît par la femme, et tout vient de Dieu (1 Co 11, 12).

Un homme ne naît pas sans la coopération de Dieu; ce n’est pas un événement purement naturel, mais un acte du Créateur qui n’agit jamais autrement que dans le plan d’ensemble qu’il a en vue pour le monde. Et ce plan a pour but l’incarnation rédemptrice du Fils… Chaque naissance, peut-on dire, met en cause une libre décision de Dieu qui se tient pour responsable de sa créature ,et de cette responsabilité de Dieu découle toute la responsabilité de l’homme vis-à-vis de Dieu.

 

264. L’action de l’Esprit

Vous vous êtes lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

Le Fils est toujours accompagné et conduit par l’Esprit, et l’Esprit se montre actif en lui. Visiblement quand il a couvert la Mère de son ombre et quand il est descendu sur lui au baptême; et après que le Fils l’eut rendu au Père sur la croix, il l’envoie à nouveau visiblement sur l’Eglise à la Pentecôte. L’Esprit a ainsi intérieurement part à tout ce qu’entreprend le Fils pour notre salut. Surtout quand le Fils nous rachète par son sacrifice, par son sang et par sa descente aux enfers, afin que nous soyons rendus aptes au royaume des cieux, il le fait conduit par l’Esprit Saint. Toute présence, toute action du Fils montre en même temps la présence et l’action de l’Esprit. On ne  peut pas dire que l’Esprit continue ce que le Fils a commencé. Le commencement et la suite sont une unique action des deux. Il n’y a pas de grâce qui ne proviendrait tout à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, pas d’activité divine qui ne soit le fait des trois personnes ensemble.

 

265. Ne pas penser qu’à soi

Dès qu’on est à table, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

Il fait partie de la nature de la foi catholique que personne ne doit penser à soi seulement, mais aussi au Seigneur, et ceci non seulement dans la prière explicite, mais aussi dans l’attitude de foi quotidienne… (Lors de l’eucharistie), ce que chacun apporte de soucis et de demandes personnelles, il doit d’abord le remettre au Seigneur… et le Seigneur le redonne ensuite à chacun comme cela convient à un membre de l’Église.

 

266. Le partage

J’espère, dans le Seigneur Jésus, vous envoyer bientôt Timothée, afin d’être soulagé moi-même en obtenant de vos nouvelles (Ph 2, 19).

(Tous les sentiments se partagent dans l’Eglise et dans la foi. Paul est conforté par la foi de ses communautés) : Celui qui aime est aimé; celui qui fortifie est fortifié; celui qui travaille le fait en collaboration avec d’autres.

 

267. L’espérance

Ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Celui qui espère renonce au droit d’examiner et de déterminer tout ce qui va arriver. Il est prêt par avance à répondre sans réserve à ce qui vient… Cette espérance est tellement ancrée dans le Seigneur qu’elle n’a rien de commun avec les espoirs purement terrestres, qui peuvent être déçus, par exemple pour un malade l’espoir de guérir, qui est totalement centré sur l’homme. L’espérance dans le Seigneur a son centre dans le Seigneur, c’est un mouvement qui détourne du moi, qui s’élève vers Dieu, dont Dieu est devenu le centre de gravité… Le oui au moment de se marier ou d’entrer dans l’état religieux : celui qui s’y engage est loin de voir tout ce à quoi il s’oblige, toutes les conséquences que pourra  avoir son assentiment.

 

268. Le désir de l’Esprit

Aspirez aux dons supérieurs (1 Co 12, 31).

Lorsque Dieu dévoile à l’homme la distance qui le sépare de lui, il éveille en l’homme un ardent désir d’accéder à lui, de le voir après la délivrance du péché. Les dons que le Seigneur a faits à son Eglise et qui portent tous la marque de l’Esprit Saint… cherchent avant tout à faire de l’Eglise un chemin vers Dieu… Les dons spirituels suscitent le désir ardent de l’Esprit Saint, le désir de le posséder pour mieux lui correspondre.

 

269. Restaurer la relation à Dieu

Vous avez été bel et bien achetés! (1 Co 7, 23).

Le Fils se fait homme pour réajuster le rapport des hommes à Dieu… Racheter signifie restaurer le rapport à Dieu, renouveler la relation avec lui… De même que personne ne peut s’opposer à l’acte de création du Père, personne ne peut s’opposer au fait que le Fils l’a racheté sur la croix.

 

270. Glorification de soi

Qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu (1 Co 1, 29).

(Pour Adrienne von Speyr, il n’y a que deux états de vie valables devant Dieu : on se marie ou se consacre à Dieu. Il n’y a pas de troisième état). Tout chrétien qui, au sens du troisième état de vie, a refusé d’abandonner sa chair pour garder sa vie, pour l’organiser comme il l’entend et la diriger à son gré, se glorifierait dans sa propre chair. Une attitude spirituelle de vieille fille est nécessairement glorification de soi. Il ne viendrait pas à l’esprit d’une femme mariée et d’une vierge consacrée de se glorifier dans leur corps. Toutes deux savent qu’il appartient à l’homme et à Dieu.

 

271. Une vue sur l’invisible

La foi, l’espérance et la charité demeurent toutes les trois, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité (1 Co 13, 13).

Grâce à l’espérance, la foi obtient une vue sur l’invisible, une certitude – même là où l’homme ne peut plus apporter de preuves -, l’assurance d’être guidé, qui va si loin qu’elle peut s’apparenter, chez le chrétien, à la certitude ultime du Fils qui sait, en dépit de la déréliction dans la nuit de sa mort, qu’il meurt néanmoins devant le Père.

 

272. Laisser mûrir le temps

pour réaliser (ce dessein bienveillant) quand les temps seraient accomplis (Ep 1, 10).

Quand Dieu ne se sert pas de voies extraordinaires pour communiquer directement à quelqu’un sa volonté, nous ne connaissons à vrai dire ses plans que lorsqu’ils sont réalisés, lorsque nous pouvons les considérer après coup comme quelque chose de relativement terminé. C’est donc une règle générale que nous devons toujours laisser mûrir le temps pour comprendre le dessein de Dieu.

 

273. La porte

On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel (1 Co 15, 44).

Le Ressuscité apparaît à travers les portes fermées, lui qui est maintenant la porte qui ouvre le temps et l’espace, qui est l’intermédiaire entre le ciel et la terre. Porte non seulement de la foi, puisque personne ne va au Père que par lui, mais porte aussi en tant que réalité du passage de la croix à la résurrection, de l’existence naturelle à la vie en Dieu.

 

274. Le service

Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus (Col 3, 17).

Le chrétien ne peut prendre ses distances vis-à-vis d’aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu’il dit ou fait doit faire savoir qu’il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils… Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence… Leur existence appartient au service, de sorte qu’ils n’entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu’ils en garderaient d’autres pour eux et pour le monde… Ils sont simplement là au nom du Seigneur.

 

275. Les tâches

Vous avez appris, je pense, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous (Ep 3, 2).

Quand Dieu confie des tâches aux siens, il s’attend à ce qu’ils les mettent en oeuvre selon leur intelligence et leur manière propre.

 

276. L’Esprit de Dieu

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Dans la foi, Dieu donne à l’homme un monde qui n’a pas les limites de son esprit humain. Il lui donne le monde divin… Dieu ne le lui donne pas comme un monde étranger, mais avec l’Esprit divin qui a pour mission de le lui révéler. Personne ne connaît Dieu aussi bien que l’Esprit de Dieu… Il connaît également tout ce qui concerne Dieu : les intentions du Père, tout ce qu’il prévoit, met en oeuvre et réalise… Mais l’Esprit voit aussi les oppositions que les hommes dressent contre le Père et il les subit comme un obstacle à son oeuvre de réalisation.

 

277. La grâce

C’est par grâce qu’il vous a été donné non seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui (Ph 1, 29).

La grâce est la forme sous laquelle Dieu donne son amour aux hommes pour les attirer à lui… En péchant, l’homme a prouvé qu’il peut se fermer à Dieu et rejeter son amour… Alors Dieu inventa la grâce, la preuve de son affection pour sa créature… La grâce donne à l’homme la capacité d’accepter comme il se doit l’amour, la foi et l’espérance… Le Fils a racheté le monde par sa souffrance… pour redonner à l’humanité qui s’éloignait la vérité de Dieu Trinité.

 

278. L’absolution du monde

Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? (1 Co 6, 2).

Le Fils a jugé le monde sur la croix… en se jetant lui-même tout entier dans la balance de la justice… En croyant et en aimant, nous nous tenons quelque part au pied de la croix… Sur la croix, le Fils fut jugé à notre place; au jugement dernier, il sera notre juge… (Dans la vie quotidienne aujourd’hui), le jugement du Christ doit constamment remettre de l’ordre dans la vie des chrétiens… Sur la croix, le Père donne l’absolution totale au monde. (Sur la croix, le Seigneur a confessé tous les péchés des pécheurs au Père à la place des pécheurs : « confession substituante »).

 

279. Labeur et salaire

Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire à la mesure de son propre labeur (1 Co 3, 8).

Même le Fils, en tant que Rédempteur du monde, a reçu du Père son salaire; et le Fils invite dans ce rapport ceux qui le suivent. Tout comme l’appel à coopérer est pure grâce, de même il existe une relation interne entre labeur et salaire. L’homme n’a pas besoin de la percer; il ne perce pas non plus la relation qui unit les souffrances du Fils unique à la rédemption de toute l’humanité. Il suffit que Dieu la pénètre dans sa logique intérieure. Mais un homme ne pourra jamais mesurer ce qu’il a accompli dans la mission qui lui était donnée, et même s’il reçoit le salaire, il ne pourra jamais évaluer aucun rapport entre labeur et salaire.

 

280. Un lieu où Dieu répand sa grâce

A l’Église de Dieu établie à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés, appelés à être saints avec tous ceux qui en quelque lieu que ce soit invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur (1 Co 1, 2).

L’Église est partout. Il n’y a pas de lieu qui soit plus près d’elle qu’un autre, chaque lieu pouvant être choisi par Dieu en vue de répandre pleinement sa grâce… (De chaque lieu, ceux qui invoquent le Seigneur Jésus peuvent faire un lieu saint). Dans sa liberté, Dieu peut également procéder à l’inverse : tout d’abord consacrer le lieu et y faire ensuite venir ses saints, dans un espace ecclésial ou dans un lieu de pèlerinage.

 

281. Ce qui nous empêche d’aller vers le Père

Grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 15, 57)!

Tout ce contre quoi nous avons à lutter en tant que chrétiens, c’est le péché sous toutes ses formes. Et le péché dans son lien étroit avec la mort. Par le Fils, nous surmontons à la fois le péché et la mort, c’est-à-dire tout ce qui nous empêche d’aller vers le Père. C’est le Fils qui les a surmontés, mais pour nous. De sorte que par lui nous devenons vainqueurs, que par lui nous apprenons à répondre aux intentions du Père.

 

282. La Passion

Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine (1 Co 10, 13).

Le Seigneur sur la croix peut, par sa grâce, nous donner à porter quelque chose de son expérience. La communion entre lui et nous passe à travers tout. Finalement il a été tenté lui-même comme nous; il a expérimenté le rapport de force entre la tentation et la résistance. Mais sa tentation était le prélude et l’introduction à sa Passion.

 

283. Le petit oui de l’homme

Par là vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et  que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Tout ce qui fait le destin humain et chrétien est préformé dans le Fils… La foi, le oui au Seigneur est un acte qui insère l’homme dans l’être du Seigneur, un acte qui accepte tout de lui, à la manière du Seigneur. Chaque petit oui de l’homme est pris dans le grand oui du Seigneur qu’il a prononcé dans son fiat sur la croix, mais aussi dans le fiat mihi de la Mère.

 

284. La mort, don de Dieu

Tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 20-23).

Dans leur sagesse terrestre, les Corinthiens organisaient d’une manière quelconque leur vie temporellement limitée; mais elle se heurtait à la mort,  cette mort qui était tout à la fois la limite de leur vie, de leur puissance et de leur sagesse. Dans la foi, ils possèdent la vie et la mort. Ils peuvent vivre et mourir dans la même foi. Et la mort n’est plus l’interruption de leur existence, mais la re-création de leur vie en Dieu. Elle est le don de Dieu au même titre que la vie terrestre… C’est la lumière de la foi qui répand la vérité de Dieu sur toute chose.

 

285. Ce qu’il y a de plus caché dans la sagesse de Dieu

Ce dont nous parlons, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que dès avant les siècles Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2, 7).

La croix, c’est la folie de Dieu. C’est ce qu’il y a de plus caché dans sa sagesse. Et ce mystère est si central dans le ministère de saint Paul qu’il ne parle de rien d’autre maintenant. D’autres prédicateurs, avant Paul ou en même temps que lui, peuvent avoir annoncé la révélation du Christ autrement et comme l’Esprit le leur montrait, sans mettre la folie de la croix au centre de la même manière que Paul. Mais Paul a été conduit en ce centre et c’est de là qu’il doit partir pour sa prédication.

 

286. Le service de l’Évangile

Tout cela, je le fais pour l’Évangile, afin d’avoir part à ses biens (1 Co 9, 23).

L’enseignement que donne le Christ est un aspect de la mission que le Père lui a donnée et qui est la révélation de Dieu Trinité dans le royaume des cieux.  En faisant tout et en endurant tout pour l’Évangile, en se mettant entièrement à son service, Paul en reçoit sa part… Arrivés à un certain niveau, les hommes dont parle l’Évangile font tout autant partie de l’Évangile que le Seigneur lui-même… En partie le message est adressé aux hommes, en partie les hommes sont eux-mêmes une part de ce message.

 

287. "Vous êtes au Christ"

Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co 3, 23).

"Vous êtes au Christ". Ils sont à lui par le baptême, ils sont à lui par la foi, mais aussi par leur mission. Dans leur mission de foi se trouve la confirmation qu’ils sont au Seigneur… Ils sont à lui par sa vie offerte et par la foi qu’il leur donne en même temps que sa vie. Ils sont à lui parce qu’il les rachète dans ce don de sa vie et qu’il vit en eux en les rachetant, parce qu’ils les porte en prenant sur lui tous leurs péchés, parce qu’il rassemble sur la croix tout ce qui est à eux, afin que tout cela ait désormais sa place en lui. Cette transformation s’accomplit sur la croix : ce qui est à eux devient à lui.

 

288. S’adapter à Dieu

Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous (1 Co 3, 17).

Nous n’aurions jamais la force ni la capacité de nous adapter à Dieu si lui-même, en se révélant, ne nous adaptait à lui.

 

289. La gloire de Dieu

Gloire à Dieu, notre Père, dans les siècles des siècles. Amen (Ph 4, 20).

La lettre (de saint Paul aux Philippiens) doit servir à la gloire de Dieu, être employée par lui à cet effet. Elle est comme un faible témoignage d’un croyant qui balbutie et qui est conscient en permanence de son incapacité, qui mesure la distance entre lui et sa mission, et sait que seule la grâce peut tout réparer. Et donc la gloire est maintenant donnée à Dieu seul… Elle est à lui depuis toujours, il la possède en tant que Dieu éternel.

 

290. Un acte tout à fait quotidien

Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain… (1 Co 11, 23).

Il pose apparemment un acte tout à fait quotidien, mais par sa parole il y introduit tout le mystère de Dieu. Il le fait après avoir rendu grâce, après avoir établi de manière visible sa relation au Père… Aux yeux de ses disciples, le Seigneur demeure le même, tout comme le pain garde le même aspect, et pourtant le pain est devenu le corps du Christ… Sa parole a accompli la transformation et la foi des apôtres doit l’accepter… Cela reste, de la part du Seigneur, une exigence absolue d’obéissance… La dernière chose que l’homme peut dire en s’approchant, c’est : « Seigneur, je ne suis pas digne »… Une force divine est présente dans le pain… Le Seigneur nous livre son corps, à nous en tant que croyants et non en tant que pécheurs… L’eucharistie ne cesse d’amener l’homme vers le Seigneur présent, qui agit de manière vivante. Personne ne percera jamais ce mystère mais, dans la foi, chacun est invité à y participer.

 

291. Il peut toujours rentrer à la maison

Je sais me priver comme je sais être à l’aise… (Ph 4, 12).

Paul a appris à avoir avec sa propre vie un rapport qui dépend complètement de la vie du Seigneur. Il vit dans le Seigneur, le Seigneur vit en lui. En cela réside le caractère immuable de son existence. Et c’est à partir de ce point de vue qu’il peut organiser sa vie. Il peut vivre aussi bien dans l’abondance que dans le dénuement… (Le point stable, c’est le Seigneur)… Lui qui a sa demeure dans le Seigneur, il peut toujours rentrer à la maison… Dans tous les cas, c’est la mission qui compte parce qu’elle vient du Seigneur.

 

292. Un seul est le Seigneur

Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous? (1 Co 1, 13).

C’est le Christ qui est mort sur la croix, et non pas Paul. Les autres sont ses serviteurs et ses apôtres, mais il n’y en a qu’un qui est leur Seigneur et maître. Il est l’essence de l’enseignement qu’il leur apporte… L’apôtre peut le représenter et annoncer son enseignement, mais il ne doit jamais oublier qu’un seul est le Seigneur, la Parole et l’enseignement.

 

293. La bénédiction sur le calice

La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ? (1 Co 10, 16).

La bénédiction de l’apôtre ou du prêtre est essentiellement l’expression de la foi dans le Seigneur, obéissance à sa parole, et cette  foi rencontre immédiatement le Seigneur dans le calice qui appartient au Seigneur. La bénédiction également que nous disons dans la foi sur le calice est bénédiction du Seigneur, commandée par lui, efficace par lui, même s’il utilise son serviteur pour la bénir.

 

294. S’ouvrir à l’éternel

L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur (1 Co 7, 32).

(L’œuvre de la foi, c’est) d’ouvrir l’aujourd’hui sur l’éternel, de le soumettre à lui et d’expérimenter ainsi que Dieu porte tous nos soucis, que dans toute difficulté l’homme n’est pas abandonné… Celui qui est vierge porte du fruit pour le Seigneur… Une vie stérile est impensable dans la foi. Chacun a une mission propre… qui est en mesure de combler sa vie.

 

295. Le choix de Dieu

Ce que l’on méprise, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est (1 Co 1, 28).

Dieu a choisi une fois pour toutes ce que les hommes ne choisissent pas : la croix… La croix révèle Dieu d’une manière nouvelle et définitive… Il ne peut y avoir pour l’homme de décision plus comblante que celle qui pénètre dans la décision du Seigneur pour y avoir part : avoir part à ce qu’il a choisi qui est vil, méprisable, rien, et qui se trouve en totale opposition à ce que les hommes estiment digne d’être poursuivi.

 

296. La croix dans la vie conjugale

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1).

Celui qui contracte un mariage chrétien doit savoir qu’il devra, le cas échéant, supporter une pénitence extrême, encore plus dure peut-être que pour celui qui reçoit l’ordination sacerdotale. Peut-être que les fêtes célébrées au début – à l’occasion de ces deux consécrations – masquent plus qu’elles ne révèlent l’essence de l’état de vie choisi… Les sacrements sont indissociables de la croix.

 

297. Les sacrements et la croix

Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme (1 Co 7, 1).

Les sacrements du Seigneur sont indissociables de la croix. Nous recevons la communion, mais nous devrions penser au fait qu’après l’avoir instituée le Seigneur part vers la croix. Nous recevons l’absolution, mais après l’humiliation de l’aveu. Dans la confirmation se trouve la douleur de la distance entre notre esprit et l’Esprit Saint. Le baptême n’efface pas toutes les conséquences de la convoitise. L’extrême-onction ne nous empêche pas de mourir.

 

298. La richesse de Dieu

Qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur (Ep 3, 16).

Dans sa prison, Paul ne demande pas à Dieu pour lui-même d’être assez fort pour supporter ses souffrances. Il prie pour que ceux qui lui sont confiés deviennent forts. Il sait quelle est la richesse de Dieu. Et il le prie de les rendre forts selon la richesse de sa gloire, avec la surabondance qui est la manière propre à Dieu de donner.

 

299. La porte du mystère central

Ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres (Ep 1, 10).

Les années terrestres du Seigneur ont été pour nous la porte par laquelle nous avons été introduits dans le mystère central de l’amour entre le Père et le Fils… Durant ce temps où il était visible, nous avons pu reconnaître dans la foi qu’il se trouve avec le Père dans un continuel échange d’amour et d’être, que toute sa personne ne s’explique que par cet échange… Et ce que le Fils nous a présenté du plan et du dessein du Père durant son séjour sur la terre n’était en définitive qu’une brève esquisse de ce qui, de toute éternité et pour toute l’éternité, se passe au ciel entre le Père et le Fils, et de ce à quoi Dieu veut nous introduire par la création et l’incarnation du Fils.

 

300. Le Père confie au Fils la rédemption du monde

Quand l’un de vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes et non devant les saints? (1 Co 6, 1).

La croix, c’est le jugement porté par Dieu sur le péché. Le péché lui paraît si répréhensible que pour en débarrasser l’homme il va jusqu’à donner la vie de son Fils unique. En même temps il montre combien son Fils est sacré pour lui du fait qu’il lui confie la rédemption du monde.

 

301. Fécondité

Vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore (Ph 1, 30).

Tout croyant doit avoir part à la vie du Seigneur, non pour lui tout seul, mais pour qu’il mette à la disposition de tous la fécondité de son combat chrétien avec la fécondité du Seigneur dans l’unité voulue par Dieu.

 

302. L’Esprit qui révèle le Père

Nul ne connaît les secrets de Dieu sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11).

Si nous voulons connaître Dieu, nous devons soumettre notre esprit à l’Esprit Saint… Si l’Esprit assume la fonction qui consiste à nous révéler le Père, nous devons aller à sa rencontre en rendant notre esprit libre pour accueillir son message… Comme Marie : dans son oui, elle oublie tout ce qu’elle sait… pour se tenir entièrement ouverte aux seules possibilités de l’Esprit divin.

 

303. Enfants de Dieu

L’Esprit vient au secours de notre faiblesse car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en  des gémissements ineffables (Ro 8, 26).

En tant qu’enfants de Dieu, nous pouvons demander à Dieu de nous conduire comme des enfants de Dieu.

 

304. La bonne manière

Pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 12).

Sans doute cherchons-nous, nous aussi, à glorifier le Père; mais comme nous connaissons à peine la manière de le faire, nous louons la manière parfaite dont le Fils le glorifie et qui est sûrement la bonne, tout comme nous prions un saint d’appuyer nos requêtes auprès de Dieu; bien que nous essayions nous-mêmes de prier, nous avons confiance qu’il sait mieux que nous comment le faire et qu’il présentera notre prière de la bonne manière.

 

305. Celui qui aime n’a pas besoin d’envier

L’amour n’est pas envieux (1 Co 13, 4).

Il ne se lance pas dans la querelle… Il ne convoite pas la propriété d’autrui. C’est que tout l’espace de Dieu est en lui et qu’il n’a pas seulement l’éternité comme temps, mais aussi l’infini comme espace et patrie. En lui, tout homme peut se sentir à l’aise et en sûreté parce qu’il participe au tout de Dieu et n’a pas besoin d’envier la part des autres… Il n’envie pas à son frère ce que celui-ci possède parce qu’il reconnaît dans ce que l’autre possède ce que Dieu et la bonté de Dieu lui ont personnellement offert.

 

306. La clef du ciel

Soyez assidus à la prière; qu’elle vous tienne vigilants, dans l’action de grâce (Col 4, 2).

La prière, c’est la clef du ciel, c’est l’essentiel qui doit être entretenu assidûment. Les destinataires de la lettre de Paul doivent fréquenter la prière comme un joyau, veiller sur elle, et cela dans l’action de grâce. Toute leur âme doit se tourner vers elle, tout leur être. Paul le dit en termes sobres; ce qu’il dit de la prière figure parmi bien d’autres choses. Et pourtant les croyants doivent l’entendre comme essentielle. La prière n’est pas quelque chose qui arrive en plus… C’est quelque chose qui requiert toute l’attention éveillée de leur esprit si bien que les orants doivent surveiller leur vigilance pour y satisfaire, ils doivent vaincre leur fatigue, leur tendance à se livrer à d’autres occupations,  vaincre leur tiédeur pour prier de manière vraiment éveillée et en même temps de manière vigilante, avec toute la force de leurs pensées et de leur foi.

 

307. L’humilité du Fils

Que chacun, par l’humilité, estime les autres supérieurs à soi (Ph 2, 3).

Si le Fils vient dans le monde et remplit toute sa mission, il la remplit dans l’extrême obéissance au Père,… une obéissance qui est… considérée comme le plus grand bien, qui attribue toute gloire au Père et la refuse pour lui-même. L’attitude du Christ envers le Père est une attitude d’humilité. En toutes choses, il estime le Père plus que lui-même; en toutes choses, il cherche le Père… Pour lui, rien n’a de valeur que ce qui vient du Père.

 

308. Un chemin implacable

Il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes (Ph 2, 7).

Le Fils se dépouille de la plénitude de Dieu et entre dans le néant de l’homme; il ne change pas seulement de lieu, de temps, mais de forme aussi… Il ne veut pas se distinguer de nous. Il ne se transforme pas en surhomme… Si le Fils laisse aussi inconditionnellement derrière lui sa condition divine pour devenir homme, cela signifie également pour nous, dans notre chemin vers Dieu, que ce chemin est implacable, qu’il nous est interdit de nous arrêter à des degrés intermédiaires quelconques que nous pourrions nous aménager pour garder la vue vers le bas et vers le haut.

 

309. L’eucharistie, repas en commun

Le repas du Seigneur : dès qu’on est à table, chacun, sans attendre, prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre (1 Co 11, 21).

Par l’incarnation, le Fils devient l’un des nôtres… Il accepte nos moeurs. Il vient à notre rencontre comme il peut… Mais s’il prend chair humaine, c’est pour y révéler l’Esprit divin. Il nous montre à quoi devrait ressembler une vie humaine selon l’Esprit de Dieu… Et il choisit… la forme du sacrifice eucharistique qui, en tant que nourriture, s’adapte à nos besoins corporels dans la mesure où l’homme vit en société et prend volontiers ses repas en commun. L’Eglise est une société du Seigneur. Le Seigneur ne veut pas d’une Eglise de solitaires. Il fait célébrer son repas en commun. Il apporte au milieu de nous la dignité de sa divinité.

 

310. Une lumière reçue de la vie éternelle

La foi, l’espérance et la charité… (1 Co 13, 13).

Dieu a enfoui les dons spirituels dans le temps… Ils apparaissent soudainement ici et là, selon un plan qu’on ne saurait vérifier. Sans cesse sont apparus des prophètes ou des hommes qui faisaient des miracles et guérissaient; et ils savaient eux-mêmes qu’ils occupaient une place particulière dans l’Eglise, une place qui consistait à vivifier et à éveiller l’attention… En prophétisant, ils découvraient combien peu dans l’Église on s’élevait vers Dieu… La lumière qu’ils recevaient de la vie éternelle sous forme d’un charisme était justement un signe pour l’obscurité de ce monde. Dieu a répandu ces missions à travers tous les siècles selon une loi que lui seul connaissait… Sa souveraine volonté n’a de compte à rendre à aucun esprit humain.

 

311. La souffrance du croyant

Ne vous laissez pas abattre par les épreuves que j’endure pour vous; elles sont votre gloire (Ep 3, 13).

Ils ne doivent pas perdre courage à la pensée que l’apôtre leur a été enlevé et qu’il ne pourra plus leur venir en aide parce que ses épreuves sont trop grandes. A vrai dire, les épreuves d’un envoyé ne devraient jamais être pour les croyants une occasion de se décourager. Elles font partie de la croix du Seigneur… La communauté doit se souvenir que quelqu’un souffre pour elle et elle fera l’expérience que la souffrance d’un croyant devient la gloire de beaucoup… La mission de saint Paul réside aussi dans le fait qu’il supporte chrétiennement son épreuve.

 

312. La clef du royaume qui vient

Vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu (1 Co 6, 11).

Dans chacun des commandements, Dieu a donné une image de son royaume. Chacun d’eux traduit sa volonté de voir les hommes se conformer dès à présent à son royaume qui vient, de leur mettre en quelque sorte entre les mains la clef et le mode d’emploi. Dans l’esprit des commandements, il a montré comment son propre Esprit voudrait façonner et modeler les hommes.

 

313. Les signes de l’amour

La foi, l’espérance et la charité (1 Co 13, 13).

En retournant vers le Père, le Fils laisse en héritage à l’Eglise, de manière vivante, la plénitude de son amour : dans l’Écriture, dans les sacrements, dans tous les dons de l’Esprit Saint. Son Église existe pour être le lieu où il rend visibles les signes de son amour.

 

314. Le désir de Dieu

Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude (Col 1, 19).

Le Père et l’Esprit désirent beaucoup se communiquer au monde par le Fils.

 

315. Le combat du Fils sur la croix

Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine (1 Co 10, 13).

L’échange qu’opère avec nous le Fils sur la croix demeure finalement un mystère de foi. Nous comprenons que, dans sa volonté de salut, il engage un combat contre le pouvoir du péché et que ce combat doit consister à créer une force opposée et une puissance supérieure. Mais qu’un homme puisse combattre pour tous les hommes – et dans une certaine mesure contre tous – est déjà un mystère; c’est un mystère plus grand encore que sa force divine soit libérée pour le monde dans la mesure où sa force humaine est consumée . Le fait de déposer  sa force divine auprès du Père pendant sa Passion crée une transformation et, en raison de ce don qu’il fait au Père, le Père fait surgir le don à l’humanité : un don que le Père offre au Fils en retour.

 

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3. Visages de saint Paul dans l’œuvre d’Adrienne von Speyr

Notes de lecture

Introduction

Le nom de saint Paul apparaît bien des fois dans l’œuvre d’Adrienne von Speyr en dehors du commentaire de ses lettres. Ci-dessous des notes de lecture glanées d’abord dans les œuvres posthumes. Il y a là tout un enseignement - une certaine lumière sur le mystère de Dieu et le destin de l’homme - qu’on ne trouve pas nécessairement ailleurs ; ces notes mettent de plus en relief un certain nombre d’aspects du visage de saint Paul. Des thèmes reviennent à plusieurs reprises. Il faudrait continuer l’enquête dans toute l’œuvre d’Adrienne.

Dans ces notes de lecture, on remarquera que des réserves sont faites sur la manière d’être et de dire de saint Paul. Le P. Balthasar nous indique quelque part le contexte de ces réserves (qui concernent saint Paul mais aussi d’autres saints), il nous en suggère aussi le sens :« Il s'agit d'un éclairage sur les états dans l’Église et avant tout sur l'imperfection de l’Église, sur l’imperfection des chrétiens et spécialement de ceux qui occupent en elle le rang de saints. La critique parfois sarcastique (par exemple de Paul entre autres) doit être comprise dans l'exact contexte de l'état d'enfer où se trouve Adrienne à ce moment-là : elle n'est pas elle-même, mais ‘une mission’ qui doit être communiquée. Dans ce regard d'en bas, il s'agit de mesurer les personnes concernées à un idéal absolu de sainteté chrétienne; ces personnes soumises à la critique ne sont pas des personnes privées quelconques, ce sont des directions spirituelles très significatives » (NB 4, p. 11).

 

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Références

NB = Nachlassbände (Œuvres posthumes)

Journal (suivi d’un numéro d’ordre provenant de l’original) = NB 8-10

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1. Barnabé

Barnabé n'est pas aussi doué que saint Paul mais il est très conscient de sa mission. Il n'éprouve pas, comme saint Paul, le besoin de faire prier pour lui-même, mais il a très fort le besoin de voir sa prière disparaître en Dieu. Ses relations avec saint Paul sont des relations dures : Barnabé a accueilli Paul pour obéir à Dieu; par la suite, les rôles ont été en quelque sorte inversés, l'inférieur est devenu le supérieur. Il n'a pas de ressentiment personnel, mais il a toujours une responsabilité qu'il porte devant Dieu et qu'il ne peut se laisser enlever par Paul. Il est convaincu qu'ils ont beaucoup à se donner l'un à l'autre, et même que cet échange est nécessaire, mais aussi que leurs missions ne sont pas interchangeables (NB 1/1, p. 36-37).

 

2. Tite

Je vois sa prière qui, par Paul, devient une prière sacerdotale. Paul incarne pour lui l’Église et peut-être plus encore que l’Église naissante le réceptacle de l'obéissance. Car Paul est obéissant, et Tite doit être dans l'obéissance. Ainsi il vit dans l'accueil de ce que Paul lui donne; non dans une distance par rapport au Seigneur mais bien dans un renouvellement de ce que Paul a à être, en accueillant quelque chose de ce que Paul est, en restituant ce que Paul reflète en lui. Il prie; sa prière explicite n'est pas particulièrement importante; plutôt sa prière en attente, qui correspond à une sorte de contemplation. C'est un vide qu'il se crée en lui afin d'être libre pour le message. Ce message, c'est avant tout la parole de saint Paul. C'est une initiation à l'obéissance, surtout à cette forme d'obéissance qui s'appelle l'indifférence. Paul dispose de lui comme d'une chose et lui-même se laisse utiliser. Mais il doit apprendre à se laisser utiliser au nom de la réponse qu'ont à donner tous les obligés de saint Paul. Tite voit en Paul les qualités du Seigneur, transmises directement, et il comprend ainsi la nature du saint. Il est rempli de vénération pour Paul et rempli de vénération pour le Seigneur sur le chemin que Dieu lui a destiné (NB 1/1, p. 37-38).

 

3. Timothée

Il voit devant lui Paul qui s'active avec efficacité, il se voit lui-même comme coopérant et ce qui, en lui, change et s'améliore, il le considère comme un effet direct de Paul. Il prie donc pour l’Église, pour lui-même, pour saint Paul, mais sous une forme très besogneuse : il voudrait voir des fruits. Il demande à voir ce qui est entrepris : il compte. Il a du zèle, il est infatigable, et au fond presque plus donné à saint Paul qu'à Dieu; il ne peut pas se représenter ce qu'il serait devenu si Paul ne lui avait pas imposé la forme de vie que lui-même, Paul, avait adoptée et à laquelle Timothée se sent accordé (NB 1/1, p. 38-39).

 

4. Saint Paul (premier portrait)

Je vois sa prière. Elle est un peu agitée, affairée. Un tout petit peu forcée aussi. Elle est curieuse : c'est comme s'il y avait là deux hommes qui prient, c'est comme si Paul était en contemplation, mais qu'il eût pris avec lui le Paul actif afin que le Paul actif ne s'écarte absolument pas de lui et se fasse constamment représenter devant Dieu par le Paul contemplatif.

(Et son extase?) Il est emporté, entraîné dans l'extase. Mais celle-ci est ensuite tout à fait objective. Elle n'a rien d'extatique, si on comprend sous ce terme une agitation quelconque. Autant sa prière habituelle est agitée, autant ses extases sont complètement paisibles. Il n'est plus qu'un instrument tant que la révélation lui est montrée, il n'est plus que mission et obéissance. C'est ici qu'il a sa contemplation la plus paisible.

(Que lui est-il montré?) Le ciel et les secrets du ciel. Dans ses visions, il voit toujours davantage les relations du monde céleste, les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit, et surtout les relations entre l'éternité et le temps.

(Qu'est-ce que c'est que le mystère dont il parle?) C'est le mystère de l'obéissance, c'est-à-dire de l'unique volonté en Dieu; peut-être mieux : le mystère de l'unité en Dieu de manière générale, entre le Père, le Fils et l'Esprit. C'est comme s'il lui était permis de contempler pour ainsi dire dans ce mystère de l'unité le mystère ultime de Dieu, et aussi le mystère ultime de la Trinité, là où n'est plus visible que la nature unique, là où l'unique essence est si une que la distinction des personnes n'apparaît pas.

(Et quand il est emporté au paradis?) Il voit alors les mystères du paradis qui sont en même temps ceux du ciel, les mystères de l'unité de la création de Dieu avant même qu'elle ne devienne deux par le péché : le ciel et la terre.

(Qu'est-ce qu'il appelle le septième ciel?) L'unité entre le ciel et la terre, mais surtout l'unité du Père, le fait que toutes les choses sont incluses dans le Père, au fond le mystère primordial de l'unité de Dieu.

(Et pourquoi justement sept?) A cause des dons du Saint-Esprit. Mais c'est le lieu où rien encore n'est différencié, où les sept sont inclus dans le don le plus haut, dans le don divin en général.

(Est-ce que sa vision est différente de celle de Jean?) Oui. Elle est plus pratique, plus fonctionnelle, plus active aussi. Elle aspire plus à la réception de la réponse.

(Mais il dit qu'il lui est impossible d'exprimer ce qu'il a vu?) On doit distinguer. Il reçoit la vision comme une partie de sa mission; elle est propre à donner un plus grand poids à sa parole, à ses interventions. Ici ses visions auraient donc plutôt leur but en Paul lui-même. Mais en outre il trouve aussi dans cette vision l'aspect plus johannique de la contemplation; et cela, il n'est pas en mesure de le traduire dans sa mission, cela lui paraît comme quelque chose qu'il n'a pas la possibilité d'y intégrer. Et ainsi il n'est pas en mesure non plus d'en parler.

(Et quand il dit : Dans mon corps ou sans mon corps?) "Dans mon corps", c'est tout ce qui est lié à sa mission, tout ce qui est traduisible, tout ce qui se rapporte à sa tâche. "Sans mon corps" : cela veut dire en quelque sorte au-delà de la mission, de son activité personnelle, dans une sorte de communion des saints, qui ne se laisse plus traduire, dans un écoulement vers le Père qu'aucune description ne peut exprimer.

(A-t-il toujours eu des visions?) Au début, la plus marquante, mais plus tard encore des visions authentiques. La première fut la plus marquante, elle lui a expliqué le contenu et l'extension de sa mission.

(A-t-il reçu sa théologie par ses visions?) Oui, en grande partie.

(Comment fut sa vision du Seigneur dans le temple?) Fort semblable à celle de Damas. Pour la raison surtout que son effet fut le même; sans doute la vision de Damas fut-elle une conversion, mais la vision dans le temple comporte une telle extension de sa mission qu'elle ressemble presque à une conversion. Les suites concrètes de la vision ont à peu près le même poids (NB 1/1, p. 258-260).

 

5. Jacques, fils d'Alphée

On lui doit la Lettre catholique… Il n'oublie jamais, et il ne veut jamais oublier, qu'il se trouve dans le rayon d'action de Dieu. Dans l'espace de cette lumière de Dieu, il ne se met jamais lui-même en lumière. C'est ce qui le distingue de Paul. Paul apparaît de par la lumière de Dieu, il met en lumière sa personne. A aucun moment il ne vient à l'idée de Jacques qu'il devrait s'exposer, attirer l'attention sur sa personne, pour retourner ensuite à l'objectivité de Dieu. Paul fait souvent ce pas : "Regardez ce que je suis pour saisir ainsi ce qu'est Dieu". Jacques ne renvoie jamais qu'à Dieu : "Regardez Dieu; je suis en lui et tout ce qu'il fait en moi demeure visible en moi". Il est loin d'avoir la taille d'un Paul; il n'a pas l'amour d'un Jean qui tout de suite donne au Seigneur - dans le prochain - tout ce qu'il expérimente, qui n'est jamais seul parce qu'il accomplit toujours le commandement de l'amour… Il mérite une confiance absolue, il est la loyauté même, on peut tout voir en lui (par opposition à Paul); il n'y a chez lui aucune trace d'orgueil, ni de présomption (NB 1/1, p. 336-337).

 

6. Saint Paul (deuxième portrait)

Attitude de prière. Dans la prière, il est bon, simple, donné, jamais totalement perdu cependant. Même quand il se sent le plus proche de Dieu, il ne se perd jamais, ni lui, ni sa tâche. Presque comme s'il avait tout donné à Dieu sauf la conscience de sa mission, la conscience du travail qui l'attend, la conscience de tout ce qu'il a encore à accomplir. Cela ne le quitte jamais. Même dans la pure contemplation il veut comme toujours sentir le manteau de la mission autour de ses épaules. Et c'est ainsi que de tout ce que Dieu lui montre dans la méditation il cherche toujours à retirer un fruit pratique. Cela lui paraîtrait comme insensé de vouloir rendre à Dieu sa mission pour se laisser totalement conduire par lui avec le risque de ne plus la récupérer. Il est tellement convaincu que sa mission fait sa vie et que Dieu ne le sépare jamais d'elle qu'il serait ridicule pour lui de mettre en question cette mission en la mettant de nouveau à la disposition de Dieu par exemple. - Ceci a pour effet que, dans toute son attitude intérieure, il garde une certaine raideur vis-à-vis de sa mission. Il ne doit pas seulement se tendre intérieurement vers la mission, mais presque aussi extérieurement. Quiconque le rencontre, quel qu'il soit, a l'attention attirée sur sa mission. Paul insiste sur le fait que tout doit être dirigé sur sa mission. Même quand il glorifie le Père et le Fils, quand il annonce la pure doctrine chrétienne, il fait remarquer cependant en même temps son propre service, sa place dans le cadre de la vérité qu'il proclame. Si le mot n'était pas trop fort, je dirais : de même que le Christ est Dieu incarné, Paul est la mission incarnée. Tout le céleste, tout le mystérieux, tout l'éminent qui peut se rattacher à une mission chrétienne s'exprime dans cette mission. C'est pourquoi il lui serait très pénible de se trouver dans l'attitude de confession devant un intermédiaire entre Dieu et lui. Face à Dieu il est toujours prêt à reconnaître et à confesser ses fautes. Mais il lui serait difficile de le faire en face d'un homme, parce que l'importance de sa mission ne lui permet pas d'avoir des fautes, d'être pécheur, de condamner aujourd'hui ce qu'il a fait hier. Parce que hier déjà il était chrétien et envoyé. Il s'étend très peu aussi sur ce qu'il a fait de mal hier, sur ce qu'il a fait autrefois, parce que cela se trouve derrière lui et qu'à présent c'est le temps de la grâce et de la mission. Il mentionne tout au plus son passé pour expliquer sa mission actuelle. Ce qui doit être visible en lui, c'est la grâce et non une certaine distance, une certaine désaffection vis-à-vis de Dieu. Face à Dieu il a sans doute conscience de son péché ou du moins conscience d'omissions; en face des hommes, il croit ne pas pouvoir se le permettre (NB 1/1, p. 347-349).

 

7. Luc

Par rapport à Paul et aux autres apôtres, il est touchant de voir comment Luc approuve ce qu'ils font, comment il leur fait partout crédit. Il a une certaine forme d'amour à laquelle font défaut les élans; non qu'il en serait incapable, mais il suit en quelque sorte une "petite voie" (comme la petite Thérèse) pour aider en tout les autres afin qu'ils puissent mieux accomplir leur service du Seigneur. Il renonce à ce qui lui est personnel… Il est très dépendant de Paul, mais il ne va jamais jusqu'au bout de sa réflexion au sujet de sa relation personnelle aux apôtres. Il n'y prend peut-être pas particulièrement plaisir, mais il n'y réfléchit pas. Il est adjoint à Paul, il lui est subordonné, il note tout et fait tout ce qui est à faire ad majorem gloriam Pauli (NB 1/1, p. 351-352).

 

 8. L’Église 

Je vois saint Paul. Il regarde l’Église, et cela d'une double manière. Il la regarde telle qu'elle est en lui, il la regarde donc d'un centre. Et en même temps il la voit dans une autre objectivité, comme si elle se trouvait à côté de lui. Il ne la voit pas dans une vision. Il la voit comme celle qui doit être épousée par le Seigneur, comme celle qui doit vivre de sa volonté et de son enseignement, et cela tout à fait à l'intérieur de sa propre mission paulinienne. Il voit comment tout ce qui est exigé est tracé à l'avance et comment cela doit être imité par ceux qui vivent maintenant et ceux qui viendront plus tard en devenant eux-mêmes l’Église et en réalisant l'union de l’Église avec le Seigneur dans leur vie. Il la voit à côté de lui, presque comme un médecin voit à côté de lui une femme dans les douleurs de l'enfantement et le travail qui doit être fourni. Et il cherche à voir comment l'engagement de chacun peut être inséré dans ce travail d'ensemble.

(Que sait-il du mariage lui-même?) Il pressent sans doute le mystère. Il en ressent quelque chose dans son corps, qu'il châtie, comme dans son âme, qui a souvent à vaincre des résistances. Il humilie souvent son âme en lui montrant la distance qui la sépare du Seigneur et combien il fait peu, et il humilie son corps par toutes sortes de châtiments.

        (Que sont les marques - Ga 6,17 - dont il parle?) Il n'a pas de cicatrices aux mains et aux pieds, mais il se frappe si fort qu'il en a souvent le corps strié. Et dans son âme il souffre souvent si fort qu'il possède en elle les marques de la Passion.

         (Voit-il l’Église comme épouse?) Il la voit surtout comme le corps du Christ et donc pas très directement comme épouse.

        (Et la Mère du Seigneur?) Il la pressent plus qu'il ne la voit. Il voit une certaine ressemblance entre elle et l’Église. Il voit l'union Christ - Église comme celle qui existe entre tête et corps, il ne peut pas les caractériser de manière plus précise. Il voit que les deux vont ensemble, depuis toujours, physiquement, comme la tête avec le corps, et que cependant l’Église demeure toujours ouverte pour le Seigneur, pour la semence du Seigneur et de sa parole, comme une épouse (NB 1/2, p. 52-53).

 

          9. Pierre et Paul      

Adrienne voit Pierre avec un bateau et des filets et - disons : comme par parenthèse - avec des aides, des compagnons. Tout est organisé pour que son bateau mène les hommes à leur destination et que les filets procurent aux voyageurs de quoi manger. Le bateau est pour Pierre et les siens le symbole de leur profession, de leurs revenus, de toute leur vie matérielle. - Paul est avec un bateau qui en tant que tel ne pourvoit pas à sa subsistance, mais qui semble devoir conduire les voyageurs quelque part; le bateau ne les maintient en vie que pour les protéger de la mer. Et les hommes sont là comme des accompagnateurs qui ont la même destination. Le bateau est le moyen pour atteindre le but du voyage et par conséquent il a aussi sa matérialité. Néanmoins tout l'équipement du bateau est là pour aller à sa perte. Il doit être sacrifié. Les voyageurs doivent devenir nus et pauvres et prendre un nouveau départ. - Pierre avec son bateau suit le Seigneur non seulement en apprenant à le connaître lui et son enseignement, mais aussi, humainement parlant, en adaptant sa vie à celle du Seigneur. Paul sur son bateau suit le Seigneur mais beaucoup plus en esprit; il fait ce que le jeune homme riche aurait dû faire : tout perdre pour aller à la suite du Christ. Le bateau de Pierre est là avec son équipement pour emmener le plus d'affaires possibles. L'autre bateau est destiné à faire naufrage et, en se sacrifiant, il engrangera un fruit spirituel. Ce n'est que par ce fruit spirituel que le sauvetage des hommes du naufrage reçoit sa valeur qui est plus que matérielle. - En ce qui concerne le bateau de Pierre, Jean y monte et y entre. Par contre Jean reste à côté de Paul : les deux ensemble sont les fondateurs de la vie consacrée (NB 1/2, p. 53-54).

 

10. Recevoir la grâce 

        Sans doute y a-t-il certaines grâces dont on peut prendre connaissance objectivement. Néanmoins elles sont presque toujours accompagnées d'un élément subjectif. La soudaineté de la conversion de Paul, qui jusqu'alors était un ennemi du Christ et qui dès ce moment fera preuve pour lui d'un zèle incomparable, cette soudaineté et cette violence de la conversion demeurent objectivement exemplaires. Mais si cette grâce n’était pas arrivée à Paul justement, la mission aurait été exercée autrement (NB 1/2, p. 96).

 

11. L’origine des missions

 

        Même quand la mission était déjà là auparavant, il y a toujours le moment où la personne est placée devant un choix, même s’il n’est pas tenu compte de la possibilité qu’elle a de la refuser. Pour Marie-Madeleine, sa mission était prête pour ainsi dire dès sa naissance, mais elle n'en soupçonnait rien. Pour Paul, tout d'un coup la mission est là, immédiate et entière. Pour d'autres, une mission est là qui, humainement parlant, se développe peut être avec la personne et quand la personne a acquis une certaine expérience, la mission semble subir une extension horizontale subite, par exemple Jean (NB 1/2, p. 225).

 

12. Paul et la confession

         Si quelqu'un a une mission différenciée, il peut naturellement se comporter comme une prima donna, seulement il perd alors le sens de l'objectivité. Une mission est quand même toujours reçue pour les autres, et donc personne ne devrait se conduire d'une manière aussi catholique et aussi universelle que l'envoyé. Il est certes envoyé dans l’Église par Dieu Trinité et s'il n'a pas le droit de se comporter en prima donna, une place à part lui est quand même réellement assignée. Il doit donc y avoir une différenciation et elle doit pouvoir être vécue en même temps comme une entrée dans la communauté. Il a manqué à Paul l'autorité d'un confesseur qui lui aurait servi de correctif pour sa différenciation. Pour tout envoyé qui a une mission de qualité, c'est le confesseur qui est le correctif. S'il n'a personne pour le remettre à sa place, il court le danger de devenir une prima donna. Et parce qu'un envoyé comme Paul a appris un grand nombre de choses dans ses relations personnelles avec Dieu, il est forcé de partir sans cesse de ses expériences. Mais cela, Paul le fait trop parce qu’il lui manque le correctif. Le correctif est là aussi pour empêcher que l'envoyé s'identifie de manière subjective avec sa mission. Et c'est justement parce que chez Paul les deux (la personne et la mission) sont si prononcés, que l'essentiel aurait dû être ramené à l'objectif aussi fermement que possible... Mais Paul n'a personne pour le replonger avec autorité dans la masse des pécheurs et des croyants. C'est pourquoi, de son plein gré, il ne cesse d'entrer dans cette communauté certes et d'y disparaître, mais c'est en vertu de sa propre décision souveraine, sans que l'obligation ne lui soit imposée de l'extérieur. Un confesseur est toujours là pour accueillir dans la communion de l’Église aussi bien que pour renvoyer. (NB 1/2, p. 286-287).

 

13. La Trinité

Dans le système des nombres qu’on trouve dans Le filet du pêcheur (NB 2), le chiffre 1 est celui de l’homme et aussi celui de Dieu, 3 est celui de la Trinité. Le chiffre 13 est attribué à Paul, il est expliqué comme ceci : Le 1 divin penche vers le 3 divin. Pour Paul, le Dieu un qui fond sur lui à Damas se déploie dans la plénitude de la théologie trinitaire. Mais il voit aussi dans le 1 de l'homme créé celui qui doit orienter sa foi au Dieu unique vers le Dieu Trinité parce que Dieu Trinité s'occupe de l'homme depuis toujours. Paul est le premier qui voit et montre expressément Dieu Trinité comme tel. Mais il le voit toujours dans le 1 : celui de Dieu comme celui de l'homme. Le 1 de Dieu, qui depuis le Christ ne peut plus se comprendre autrement que dans sa Trinité. Mais le 3 de Dieu qui depuis le Christ ne peut s'interpréter autrement que dans le 1 de l'homme. Quand Paul entreprend de parler en quelque sorte de manière approfondie d'un sujet, il arrive toujours au mystère du 1 de l'homme créé par Dieu, à qui Dieu le Père a envoyé le Fils et l'Esprit, et dans le mystère de Dieu Trinité (NB 2, 41-42). Paul arrive à la Trinité par l'appel du Christ à Damas (NB 2, p. 50).

 

14. Ignace de Loyola

Ignace de Loyola lutte pour ainsi dire avec Paul. Il lutte pour une synthèse, il essaie de se multiplier par Paul, de s'approprier le paulinien qui lui manque. Il ne peut pas le prendre à Paul directement, il doit le demander à Dieu Trinité et à sa grâce. Ignace voudrait surtout pour lui la persévérance apostolique de Paul et sa ténacité (NB 2, p. 52).

 

15. Benoît

Benoît est fortement dirigé par l'esprit paulinien et par l'Esprit Saint… L'enseignement de Paul, avec l'Esprit et Dieu, sont les trois points essentiels de sa vie… Pour lui, Dieu le Père est presque ce que le Christ est d'habitude pour les chrétiens (NB , p. 66).

 

16. La mission

Il y a des missions qui sont imposées d'une manière abrupte comme c'est arrivé pour saint Paul à Damas ; je dois être ainsi et pas autrement ! Mais il y a aussi des missions qui se dévoilent lentement (NB 2, p. 69).

 

17. Pierre Claver

Pierre Claver se sent dominé en tout ce qu'il fait par l'habitation de Dieu en lui ; cette habitation de Dieu en lui, il a collaboré à la rendre possible par son oui qui l’ouvre à la grâce. Il fait l’expérience de saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". C'est un un christophore. Quand une tâche lui paraît impossible, il sait qu'il lui suffit d'avoir recours au Christ pour que ça marche... Il a besoin en outre de la sagesse de saint Paul : il y tend, il doit l'acquérir (NB2, p. 78-79).

 

18. Louis de Gonzague

Il veut faire ce que Paul a fait : convertir les hommes à Dieu (NB 2, p. 106).

 

19. Monique

Monique a une mission pour Augustin, Paul a une mission qui se disperse tout de suite en tout, qui vise l’Église. Monique a une mission de prière, Paul a une mission d'explication : il doit parler. (Saint Ignace explique) : la croix est justement ce qui a manqué aux deux. Paul a vu la croix de manière trop extérieure ; même quand il s'inflige une pénitence, etc., sa mission (dérivée de celle du Seigneur) est plus importante que la croix. Paul serait parfait s'il avait réellement connu la croix ; alors il aurait aussi saisi l'aspect passif de l'abandon, il l'aurait introduit dans sa théologie activiste, et celle-ci aurait été moins centrée sur lui-même. Monique aussi a un peu réduit la croix en la rapportant tellement à son fils, elle a ressenti le péché de son fils comme sa croix (NB 2, p. 114).

 

20. Ambroise

Il voit en Paul sa soif de connaissance, l’art qui est le sien de formuler rapidement des choses qu’il vient tout juste de connaître, le zèle dévorant qu’il a d’entraîner à sa suite beaucoup de gens et de les amener au Seigneur comme militants (NB 2, p. 130).

 

21. Matthieu

Il est ouvert comme un passage. Il assume un rôle de médiation : il laisse passer par lui, il a un rôle d'envoyé qui perçoit le message et le transmet tel quel ; sa qualité principale est la transmission dans le sens exigé. Il n'a pas comme Paul à ajouter du sien, il n'a pas à fournir ce service actif d'interprétation (NB 2, p. 180).

 

22. Thérèse de Lisieux

La petite Thérèse est certes une "grande sainte", mais comme nature humaine, elle a un petit format comparé à celui d'un saint Paul. De ce que Dieu lui avait donné, elle a fait le maximum qu'elle a pu, c'est en cela que réside la grandeur de sa sainteté (NB 3, p.65).

 

23. Le corps ressuscité du Seigneur

Celui qui peut voir le corps ressuscité du Seigneur - autrefois durant les quarante jours ou plus tard comme Paul et d'autres voyants - fait l'expérience de sa parfaite corporéité. Il serait faux de le considérer comme un simple "corps de vision". Mais d'autre part, la possibilité elle-même de la vision a un rapport étroit avec la corporéité transfigurée. Le Seigneur offre à l'esprit du voyant quelque chose qui, sur un autre plan, correspond à l'état de sa corporéité. La résurrection des corps augmente les possibilités de l'esprit. Et les deux augmentations sont intérieurement en relation, elles se complètent mutuellement et se conditionnent l'une l'autre. La vision vraiment chrétienne d'un visionnaire est fonction de la résurrection du Christ (NB 3, p. 254).

 

24. Écrire un livre sur saint Paul

Adrienne au P. Balthasar dans une extase : « Je dois faire beaucoup de choses que personnellement je ne veux pas faire. Je devrais écrire un livre sur saint Paul. Paul et Ignace me l'ont dit assez souvent et, une fois, le Seigneur était là et il l'a confirmé... Et je dois toujours faire tout toute seule » (NB 4, p. 43).

 

25. Comment faire ce livre sur saint Paul ?

Ignace pense que nous devrions faire le livre sur Paul comme ceci : enlever de lui tout ce qui le met en lumière comme personne, comme « personnalité chrétienne ». Pour chaque verset prendre le même chemin, omettre cette insistance sur sa propre personne, ce qui était nécessaire pour lui parce qu’il ne pouvait renvoyer à aucun modèle, comme ceux qui viendraient après lui, parce qu’il n’avait que lui-même à qui renvoyer comme à quelqu’un en qui le Seigneur continue de vivre (NB 4, p. 78).

 

26. Surpris par la grâce

Paul est surpris par la grâce, presque comme Adam a été surpris par le péché : Adam a rencontré le péché dans le serpent et il ne s’y attendait pas du tout. Ainsi la grâce touche Paul : c’est la dernière des choses qu’il aurait attendue. Pour lui, c’est comme si l’intelligence avait touché l’ignorance, plus nettement encore que la grâce a touché le péché. C’est ici que se pose alors justement la question de savoir pourquoi Paul se présente si expressément comme non pécheur. Au fond parce que, pour lui, l’ignorance (étant donné qu’il gardait les commandements de l’ancienne Alliance) peut se mettre sur le même plan que le fait de n’avoir pas péché. Il garde donc une conscience vétérotestamentaire du péché. En tout cas, qu’il dise "n’avoir pas péché" n’est pas ignatien. Il connaît le péché comme quelque chose de terminé, il ne le connaît pas dans son toujours-plus. Et de même aussi la grâce qui le terrasse, avec toute son immensité, a pour lui encore une mesure. Sans doute est-elle absolue, mais il s'adapte à cet absolu sans hésiter et sans être affligé du moindre doute sur le point de savoir s'il ne pourrait peut-être pas quand même faire encore plus et mieux (NB 4, p. 172).

 

27. Manger la purée

Paul fut le premier à avoir façonné sa mission à partir de la mission du Seigneur… Les apôtres ont répété dans leur prédication ce que le Seigneur leur avait enseigné ou ce qu'ils avaient appris par son exemple. Ils ont vu ses miracles et les ont racontés. Mais la mission consciente, tel que Paul l'a eue, ils ne l'avaient pas. Pour Paul, c'est comme s'il voulait revendiquer pour ainsi dire pour lui chaque grâce. Je ne dis pas cela comme un reproche (j'ai assez de reproches à lui faire par ailleurs) et comme s'il ne transmettait la grâce que comme quelque chose qui lui appartient. Supposons que tu as une poêle remplie de purée dont beaucoup doivent recevoir quelque chose, nous les servirions simplement l'un après l'autre et nous mangerions ensuite notre part, ce qui reste par exemple. L'ordre importe peu au fond. Nous savons simplement que c'est de la purée que nous sommes chargés de distribuer. Celui qui nous a confié la mission a fait ce qui est convenable et cela nous suffit. Et la purée nourrira tout le monde. Paul par contre prend pour lui la première assiette et la mange. Il fait partie de ces gens qui disent ensuite aux autres : la purée est excellente, voyez comme elle m'a fait du bien. Et j'ai la mission de vous la distribuer. Il se voit tellement en mission qu'il accomplit d'abord la mission pour lui-même et ensuite il transmet l'expérience du Seigneur avec sa propre expérience… Paul mange la purée avant les autres comme une mère le fait pour encourager ses enfants. Il engage sa personnalité, tout son être (NB 4, p. 275-276).

 

28. Ignace de Loyola

Ignace se compare à Paul et il dit que sa mission est en quelque sorte comparable. Leur conversion s'est déroulée de manière différente, mais les deux ont appris ce qu'est la grâce de l'absolution. La rédemption a pour eux la forme de l'absolution. La différence est que Paul met l'accent sur l'homme plus qu'Ignace et qu'Ignace met l'accent sur Dieu plus que Paul; ils se complètent en quelque sorte. Paul est resté un peu trop attaché à l'homme et Ignace un peu trop à la signification du péché (NB 4, p. 284).

 

29. Canisius

Canisius a chez les jésuites un rôle qui correspond à celui de Paul. C'est un fondateur. Comme Paul a eu à se battre et à fonder des communautés au nom du Christ, de même Canisius a à fonder, sur mission d'Ignace, des écoles, des collèges, des établissements d'enseignement et à leur donner à chaque fois l'esprit de l'Ordre, l'esprit de saint Ignace. Aux deux, dans le cadre de leur tâche, fut accordée une compétence, mais une compétence qui avait absolument à s'adapter à leur tâche. Cependant Paul travaille dans de tout autres conditions que Canisius. Il connaît sans doute l'obéissance vis-à-vis du Seigneur, mais comme quelque chose qui contraint intérieurement plus que comme un règle d'action qui prescrit de l'extérieur; il pourrait facilement courir le danger de se comporter d'une manière assez souveraine dans ses fondations… Sur ce que Paul faisait dans ses fondations, personne n'avait à se prononcer. Il faisait ce qui était juste d'une certaine manière, certainement aussi avec des fautes humaines. Mais son activité était un travail personnel. (NB 4, p. 295). Paul est une personnalité, il a marqué son temps et ses communautés du sceau de sa personnalité (NB 4, p. 297).

 

30. Jean

Naturellement Paul voit que l’Église est sainte et vivante et qu'elle n'est pas de ce monde pécheur. Mais il comprend cela à une certaine distance, non plus comme Jean dans la plus grande proximité… Naturellement ce que Paul voit et comprend est parfaitement juste aussi… Le Christ et Paul, les évangiles et les lettres de saint Paul : tout cela, c'est la révélation. Et cela a certes la valeur d'une révélation directe... Mais c’est en réfléchissant, en recevant aussi les inspirations de l'Esprit Saint, qu’il dut s'expliquer à lui-même bien des choses qui pour la Mère et aussi pour Jean allaient encore de soi (NB 4, p. 392). Il y a chez Jean beaucoup moins de réflexion que chez Paul. Il s'offre tout simplement à l'ami comme ami - surtout après avoir vécu l'Apocalypse - pour l'accompagner où celui-ci le veut, y compris en enfer si cela doit se faire… Le Seigneur est venu pour être crucifié. Et voilà qu'il peut en inviter d’autres à l'accompagner sur cet étroit chemin, jusqu'à la croix. C'est en même temps le sentier très étroit de la solitude qu'il offre à quelques-uns, par exemple à Paul et à Jean, mais à chacun de manière très différente. Paul et Jean ne peuvent pas élargir ce chemin, ils ne peuvent pas y marcher de telle sorte qu'il devienne un large chemin. Il reste le chemin de la solitude (NB 4, p. 456).

 

31. Souffrir avec le Christ

Paul sait qu'il faut souffrir avec le Christ. Il sait que si la souffrance est le plus grand mystère d'amour du Seigneur, il ne veut pas la porter seul, car cela voudrait dire : Votre amour à vous, les hommes, n'est pas à la hauteur pour moi!… C'est justement en leur enlevant leur péché que le Seigneur leur donne part à sa croix. Et cette participation est contenue déjà en quelque sorte dans le fait que les hommes lui permettent de leur enlever leur péché. C'est une participation encore toute minime et provisoire à l'amour. Mais quand ensuite le péché est un jour véritablement enlevé et que l'homme se laisse faire véritablement, c'est alors que se réalise une participation à l'amour actif du Seigneur. Cela, Paul l'a vu exactement (NB 4, p. 455).

 

32. La mystique

Il n'y aurait rien de plus insensé que de vouloir découvrir un chemin qui pourrait servir à dessiner les prérogatives et les droits du mystique et à ébaucher de manière systématique une "école de la mystique". Paul est atteint par une lumière aveuglante, il tombe par terre, il entend une voix, il demande ce qu'il doit faire. Ce n'est pas un chemin qu'on peut diviser, il n'y a pas de signes précurseurs. Ou bien quand les trois disciples sont au Thabor et qu'ils voient tout à coup devant eux un tableau de la réalité céleste, le Seigneur ne se sert pas de sa glorification pour leur tailler des degrés qu'ils pourraient gravir jusqu'à son apparition afin de leur permettre d'avoir une certaine vue d'ensemble (NB 5, p. 27).

 

33. Vivre en présence de Dieu

Quand Paul devenu chrétien fait l'expérience de Dieu dans l'intimité, c'est dans une sorte de ravissement qui réveille en lui le souvenir qu'il a été autrement sans qu'il puisse se rendre compte exactement de ce qui lui est arrivé, comment le ravissement s'est produit, ce qui s'est passé en lui pour qu'il devienne capable d'entendre et de voir. Comme tout chrétien, il vit en présence de Dieu avec les limites de sa connaissance même si sa connaissance nous paraît énorme. Le chemin qu'il doit parcourir pour parvenir à Dieu consiste à dépasser le fait d'être en présence de Dieu; ce qu'il doit atteindre, c'est la sphère qui appartient à Dieu seul, cette sphère est en même temps celle de l'obéissance où seul Dieu peut inviter les siens, il n'est donc permis à personne de s'introduire de force (NB 5, p. 31).

 

34. Les réalités de Dieu

Pour Paul, la connaissance est devenue un combat. Son ravissement et son accueil par Dieu se réalisent dans le cadre de ce combat même si, subjectivement, lui-même ne lutte pas, ne prétend à rien et même s'il ne lui est pas permis de désirer cette forme particulière de connaissance. Il voit, il entend, il voit aussi les paroles, il les comprend et il sait que ce ne sont pas des paroles d'homme. Elles sont transférées pour lui dans la sphère de ce qu'il peut saisir, de ce qu'il peut connaître, mais elles comportent une limite. Elle est une limite en direction de Dieu et en direction de sa créature. Une limite qui est placée devant lui justement pour qu'il la voie. Autant la limite s'estompe pour Adam, autant pour Paul elle est mise en évidence, elle est gardée. Dieu, qui ravit les siens des manières les plus diverses, ne donne pas à Paul de comprendre le mode de son propre ravissement. Paul sait qu'il s'est passé quelque chose et il sait ce qu'il a appris. Mais il a perçu aussi la limite du chemin qui va vers Dieu. Il reconnaît en cette limite un état qui est propre au "troisième ciel", qui le caractérise peut-être parfaitement. Sa vision est pour lui le souvenir d'un certain degré qu'il a en quelque sorte atteint, d'une ouverture qui lui a été accessible mais qui ne livre pas son dernier secret. C'est au fond la vision d'un château-fort imprenable. Il est tout à fait conscient que l'état, la vision, le château-fort sont des réalités. Pas du tout des fantômes, ni des produits de ses rêveries ou de son imagination, qui se présentent et qui en même temps se dérobent. Des réalités de Dieu, que Dieu montre, sans plus. Son état est donc très éloigné de celui de Jean qui se trouve dans le ciel avec la mission d'entendre, de voir, d'écrire (NB 5, p. 32).

 

35. Le cheminement de Paul

Paul a connu une brusque conversion, il a dû endurer bien des choses et il les a décrites par la suite : il a lutté contre les chrétiens, il a été renversé près de Damas, il est devenu aveugle, il a reçu un enseignement pour être baptisé et, plus tard, il a déployé d'immenses efforts au service du Seigneur, il a connu des succès et des échecs, des souffrances au service de ses communautés; tout cela, il l'a vécu comme quelque chose qui peut servir d'exemple dans son enseignement, comme une illustration qui est destinée aux autres; il se peut donc que, de cette manière, ses visions aussi sont prévues pour son enseignement. Dieu le ravit rapidement pour lui faire voir quelque chose de précis : le ciel, afin qu'il ait la certitude de sa réalité mais aussi de ses propres limites… La contemplation occupe chez Jean beaucoup plus de place que chez Paul. Parce qu'il est le disciple que Jésus aime et qui aime lui-même. On le comprend surtout à partir de ce qu'il ne dit pas. Sans doute est-il souvent question d'amour dans ses lettres mais, dans l'évangile, il ne mentionne son amour pour le Seigneur que tardivement et comme accessoirement. Il est celui qui à la dernière Cène repose sur la poitrine du Seigneur; cela aussi reste une brève mention : quelque chose est signalé qui est d'habitude passé sous silence. Et cependant pour ceux qui voudront suivre le Christ, ce sera peut-être, dans l'évangile de Jean, quelque chose d'important. Paul par contre est constamment obligé de renvoyer à lui-même : recenser ses actions, détailler ses journées, son labeur d'enseignant, tout cela fait presque partie de son enseignement lui-même (NB 5, p. 32-33).

 

36. Mystique et révélation

Pour Paul, il y a en premier lieu sa vie avant sa conversion, que plus tard il se reprochera lui-même tellement car, dans l'ignorance de la vérité et dans son zèle pour l'ancienne Alliance, il a persécuté les chrétiens. Il y a "l'homme naturel" avec un enseignement qui lui a été transmis, même si c'est un enseignement dépassé, auquel il est attaché et qu'il défend longtemps : sa propre raison ne voit pas de motifs raisonnables pour admettre la vérité du Christ. Puis en second lieu arrive sa conversion, qui est un événement mystique, mais qui a aussi des côtés naturels : il tombe par terre, il devient aveugle, etc. La voix et la lumière semblent aussi être en quelque sorte des choses naturelles puisqu'elles touchent quelqu'un qui ne croit pas au Christ. Quand il se met à poser la question : "Que veux-tu que je fasse?", ce qui a existé jusqu'à présent est dépassé, Paul se tient ouvert, non en premier lieu à l'expérience mystique, mais à la vérité de l'enseignement : "Je suis celui celui que tu combats". La lutte entre le Christ et Paul se termine, le Christ a vaincu en se faisant reconnaître avec sa force et Paul s'incline. Dès que Paul a reconnu le Christ, tout de suite - en troisième lieu – commence sa mission. Dans cette expérience mystique qu'il vient de connaître, il reçoit la doctrine, de manière globale. Quelques rares expériences mystiques suivront encore. Mais déjà l'enseignement donné par Ananie n'est pas mystique. Tout ce dont Paul fait l'expérience de manière mystique doit aussitôt chercher le contact avec ce que la révélation chrétienne ordinaire va opérer ou montrer par lui. Le "troisième ciel" lui montre certes des choses qui lui sont tout à fait réservées si bien qu'il ne lui est pas permis d'en parler, mais elles sont, dans le ciel, des confirmations de sa mission. Le mystère qu'il doit annoncer s'en trouve fondé plus profondément. Quelque chose du mystère entre Jésus et Paul passera plus tard dans l’Église quand bien des choses qui sont connues et définies dans des assemblées, des commissions et des spécialistes expérimentés, ne seront pas accessibles à tout le monde de la même manière. De plus le service de Paul ne peut jamais devenir impersonnel. Il ne doit pas connaître le Christ seulement comme l'essence d'un "enseignement", c'est pourquoi Dieu ne cesse d'y jeter des éclairs personnellement. Parfois Paul reçoit pour ainsi dire un "appel téléphonique" du ciel qui lui donne des indications supplémentaires. Naturellement Paul est aussi "un mystique" dans l’Église; sa relation mystique au Seigneur se répétera plus tard dans l’Église pour d'autres chrétiens (NB 5, p. 33-34).

 

37. Les souffrances du Christ

Paul peut endurer ce qui manque encore aux souffrances du Christ; et pourtant ce qui manque à ces souffrances, le Seigneur l'a déjà supporté depuis toujours (NB 5, p. 101).

 

38. La liberté de Dieu

Dieu est libre de se communiquer aussi de manière mystique à un humain avant qu'il ait reçu le baptême. C'est ainsi que Paul entend la voix et voit la lumière, et il n'est baptisé qu'après; dans les Actes des apôtres, d'autres reçoivent l'Esprit Saint comme le signe qu'ils doivent être baptisés. La mystique appelle le baptême. Normalement personne ne peut rester mystique à la longue sans désirer le baptême, sans savoir qu'il doit le recevoir. Le contact avec le Seigneur en tant que source première de la grâce s'effectue dans le baptême (NB 5, p. 139).

 

39. Paul tombe par terre

Le Paul surnaturel prend naissance là où le Saul naturel s'abandonne dans la foi. Saul tombe par terre pour que l'esprit de Paul aussi reconnaisse cette chute comme son point de départ, pour que la surnature devienne libre dans le choc de la conversion de la nature et pour qu'il reconnaisse dans la nature le cadeau que Dieu lui fait pour la nourrir. Car les actes surnaturels s'enracinent dans les actes naturels de l'esprit. Paul pourrait dire : "Quand Dieu m'a rencontré, je suis tombé à genoux et je me suis fait mal. Je fus saisi si puissamment par Dieu de manière surnaturelle que mon moi naturel s'est évanoui, le Saul tout entier a sombré dans la chute, le coup qu'a ressenti le Saul naturel est devenu dans mon esprit l'image de son bouleversement". Si tout ne s'était déroulé que dans son âme, sa conversion aurait été pour lui beaucoup moins impressionnante. Très souvent on a le sentiment que le corps est là pour donner une forme durable aux bouleversements de l'âme. L'impulsion que reçoit l'âme se grave en elle par les souffrances du corps. Et ce qui vaut pour le corps vaut équivalemment pour le domaine naturel tout entier : c'est comme si Dieu avait créé la nature de l'homme pour avoir un témoin naturel de sa surnature, un destinataire des coups de sa grâce (NB 6, p. 34-35).

 

40. Un cas rare

Quand Paul s'est converti, la vision de Damas est décisive pour sa foi. Vision et foi coïncident, si bien qu'on ne peut pas contester que la vision soit à l'origine de la foi. Mais c'est un cas extrêmement rare. La plupart du temps, la vision ne sert pas à engendrer la foi de celui qui voit ou à l'augmenter, mais à enrichir le trésor de la foi de l’Église. Cette utilisation provient essentiellement du Seigneur. C'est lui qui en décide (NB 6, p. 190).

 

41. Purgatoire

Le processus de purification au purgatoire : pour arriver à ce que tout ce qui était faux tombe de quelqu'un, comme le Saul de Paul, il n'y a pas de "développement". Je reste en quelque sorte livré à moi-même ou au pouvoir du processus sur lequel je ne peux pas agir. Et ce que le processus opère en moi me semble pour l'instant dénué de sens parce qu'aucun résultat ne se fait sentir (NB 6, p. 346).

 

42. La grâce

La grâce du Fils peut saisir quelqu'un d'une manière inattendue, comme Paul à Damas (NB 6, p. 428).

 

43. L’amour

Quand saint Paul présente l'amour (1 Co 12-13), c'est toujours en vertu de son ministère apostolique. Tout ce qu'il dit fait partie de son apostolat, ce sont des actes tout à la fois de transmission, de connaissance et de confession. La doctrine, au sens d'une théorie - contemplation de l'être du Christ et de la nouvelle Alliance -, se change toujours tout de suite en pratique de la nouvelle doctrine, de la nouvelle Alliance. Il n'y a pas de vérité que l'apôtre garderait pour lui. La vérité qu'il a reçue, il l'applique à sa vie et il la transmet comme une vérité connue et vécue. Quand il décrit l'amour comme n'étant ni envieux, ni jaloux, etc., il dit ce qu'il sait : c'est comme ça, c'est pourquoi cela doit être comme ça, en moi et en tous ceux qui le savent par moi (NB 6, p. 444).

 

44. L’élève

Paul ressemble à un élève qui fait ses devoirs et qui s'acquiert par là un droit à être corrigé par son maître. Il pense, mais il remet sa pensée sous la pensée infinie et englobante de Dieu; sa pensée est reprise dans la pensée de Dieu. Et Dieu ne lui conteste pas ce droit parce que cela fait partie de la mission de Paul. Et si Paul se met si fort en avant et n'oublie jamais qui il est, c'est aussi parce qu'il a la mission d'être quelqu'un et de le représenter. Pour son inspiration, c'est lui qui est repris par Dieu (NB 6, p. 460).

 

45. Jacques, fils d’Alphée

Jacques est totalement paulinien pour le type d'inspiration : c'est un Paul modèle réduit; il lui est apparenté par la nature, mais il n'a pas l'intelligence de Paul et il ne se connaît pas comme Paul se connaît (NB 6, p. 460-461).

 

46. Pierre

"Pas seulement les pieds…" demande Pierre, et il offre ainsi tout son être naïvement et ingénument. Paul par contre offre toujours au Seigneur son esprit le plus pénétrant. Paul est l'homme exceptionnel qui a plutôt trop d'esprit que pas assez; Pierre est plutôt l'homme ordinaire qui savoure la grâce, mais sans renier son humanité. Il ne songe pas à vouloir réduire la distance qui le sépare essentiellement du Seigneur, ce que Paul fait quand même peut-être d'une certaine manière. Pour Pierre, la tension entre son propre esprit et l'Esprit Saint est telle que l'Esprit Saint fait l'essentiel, tandis que pour Paul, son propre esprit en fait un peu trop (NB 6, p.463).

 

47. Les fagots

Je lui demande si elle a vu saint Paul. « Oui, dit-elle, il y a quelques semaines ». Mais parce qu’elle n’avait pas compris la signification de ce qu’elle avait vu, elle n’y avait plus pensé. Elle avait revu la tour à laquelle on travaillait (manifestement l’Église); à proximité il y avait une sorte de sous-bois et là Pierre et Paul étaient occupés à faire des fagots. Saint Paul était d’un zèle incroyable, il se serait presque tué au travail. Je demande si saint Pierre a aussi bien travaillé. Elle rit : « Oui, oui, il a aussi fait quelque chose, mais il a plutôt bricolé un peu »… Adrienne n’avait aucune idée de ce que le tableau signifiait. Je lui en montre le sens, elle est étonnée. Elle se demande si ce genre de tableau qu’elle voit auront un jour un sens dans sa vie, s’expliqueront par la vie elle-même (Journal 198).

 

48. La vue d’ensemble

Une vision : Pierre et Paul travaillent sous des arbres. Ils portent des lattes. Paul travaille comme quelqu’un qui a une exacte vue d’ensemble de la construction et qui cependant partout où on a besoin de quelqu’un se présente même pour les plus petits services. Il travaille aussi comme quelqu’un qui est freiné, c’est-à-dire qui serait capable “de tout autre chose” si on le lui faisait faire, mais qui est habitué depuis longtemps à accomplir ce travail limité. Ignace par contre est un peu soucieux. Pour la première fois, Adrienne voit une parenté intime entre les deux (Journal 437).

 

49. Le vétéran

Une vision : Paul donnait ses directives, “comme un vétéran de l’autre guerre”. Adrienne me le décrivit exactement. Il ressemblait à un curé qu’elle connaissait et dont elle avait oublié le nom. Il était comme un vieux loup de mer qui communique ses expériences à son garçon qui doit prendre le bateau. Aujourd’hui tout a changé et Paul distribue quelques coups de bec sur les nouvelles méthodes des jeunes pasteurs qu’Ignace excuse plutôt même s’il ne les approuve pas. Adrienne pense d’une manière générale que Paul dépasse encore Ignace en “naturel méchant”. Elle décrit surtout son regard vivant (Journal 439).

 

50. Ignace de Loyola

Une vision : Ignace et Paul l’un à côté de l’autre. Adrienne comparait les deux en connaissance de cause et trouvait que même extérieurement ils se ressemblaient. Seulement Paul était plus vigoureux, plus anguleux, et plus grand d’environ dix ou douze centimètres (Journal 449).

 

51. La consolation

Même si Paul “complète en son corps ce qui manque aux souffrances du Christ”, le Christ a quand même souffert lui-même le maximum. Et sa souffrance en tant que telle n’a pas besoin de complément, comme si elle ne suffisait pas. Le complément ne se réalise pour l’Église qu’en vertu de la souffrance du Christ. Et cependant il a une sorte de consolation par ceux qui vont avec lui sur le chemin de la croix. Adrienne va utiliser une comparaison, mais elle dit auparavant que je dois lui imposer silence si cette comparaison est inconvenante. Quand elle-même est dans le “trou”, c’est pour elle vraiment une consolation de parler avec moi. Et pourtant elle ne peut pas dire qu’en ma présence elle souffre moins que lorsqu’elle est seule (Journal 452).

 

52. Une catastrophe de la nature

Le soir, Adrienne parle pendant deux heures des apôtres avec beaucoup d’animation et elle dit tant de choses belles et profondes que, de mémoire, je ne puis les rendre que d’une manière fragmentaire… Paul est conscience et esprit. Lui aussi (comme les autres apôtres) est tout à fait sans développement et sans combat intérieur. Dès le début il est complet. Dès l’instant devant Damas, il est tel qu’il restera toujours. Il ne s’est pas décidé, mais on a décidé pour lui. Il est tellement plongé dans la mission du Christ qu’il n’y a pas d’alternative. Depuis toujours il a été fleur sans jamais avoir été bouton. Ici il se distingue de ceux qui viendront plus tard, qui ne se trouvent plus à l’intérieur de la Révélation, par exemple saint Ignace… Paul a une très haute opinion de lui-même, il se voit très bien lui-même, il joue dans l’apostolat avec sa propre personne comme sur instrument infiniment varié, mais il n’a pas besoin de la “présenter”. Il est toujours totalement tourné vers les hommes. Il se fraie un chemin des épaules à travers la foule : « Voie libre pour l’Évangile! » Avant sa conversion, il était déjà “achevé”. Auparavant il était fleur de nuit, maintenant il est fleur de jour, sans autre passage que la rencontre avec le Seigneur. Son enseignement non plus ne se développera pas. Ce qui se développe, ce n’est que la compréhension de ses communautés et de ses lecteurs. Il parle d’abord à des commençants, puis à des progressants, c’est pourquoi il semble être allé plus loin à la fin qu’au début. Quand de Damas il est allé dans la solitude, ce n’est pas pour y mener une vie contemplative, mais pour y traduire en mots et en concepts compréhensibles pour les hommes la plénitude de sa vision intérieure. C’est pourquoi ces années sont le début de son apostolat. Romains 7 n’est donc pas Paul à proprement parler mais la situation des chrétiens ordinaires, qui ne s’applique pas à Paul justement. Il souffre mais il ne lutte pas. Il est comme en tout un événement, une “catastrophe de la nature” (Journal 806).

 

53. Les mauvaises herbes

Vision : Une allée. Ignace et Paul étaient occupés à arracher des mauvaises herbes. Ils travaillaient à la sueur de leur front, la sueur leur coulait littéralement sur le visage. Ils faisaient tout le travail ensemble, rapidement et proprement et avec le meilleur d’eux-mêmes. Ils travaillaient avec une singulière habileté dans les mains (Journal 829).

 

54. Le chêne

Vision : Pierre et Paul travaillent sous un arbre. Adrienne dit que c’est l’arbre de l’Église et ils travaillent tout près du tronc. Ils travaillent le bois du chêne, bien que le chêne soit debout et ne soit pas coupé. C’est un bois singulièrement vivant (Journal 909-910).

 

55. La nuit

Vision : Elle voit, enveloppés dans une nuit commune, mais loin l’un de l’autre, formant un triangle inquiétant de solitaires, Paul, Augustin et Ignace. Chacun d’eux abandonné de Dieu, dans la nuit du cœur et de la prière, sans consolation sensible. Et cela de telle sorte que le caractère sensible du progrès personnel ne cesse de diminuer de Paul à Augustin et à Ignace. Pour Paul, il est tellement convaincu de sa propre mission que dès Damas il se sent aussi spirituellement à la hauteur qu’il l’était physiquement dans sa jeunesse. Le plaisir d’avoir été élu l’accompagnait souvent. Il se donne lui-même en exemple pour la communauté. Mais par moments Dieu a aussi supprimé cela et il l’a abandonné du moins au point de vue sensible (Journal 1050).

 

56. L’absence de consolation

Vision de Paul, Augustin et Ignace confrontés à l’absence de consolation : Pour les trois, cela partie de la prière continuelle. Non d’une prière mystique mais d’une prière chrétienne habituelle. Ils essaient de prier, mais ils remarquent que cette fois-ci cela ne va pas. Ils essaient ensuite de pouvoir le faire quand même, cela va encore moins; ils ne peuvent pas adorer, il leur manque la substance de l’adoration; à sa place il y a un vide. Mais ils se conduisent très différemment. Paul est sans doute le premier qui rencontre quelque chose de ce genre, il n’a aucune expérience en la matière, il ne sait pas que cela fait partie de la prière, il ne peut pas se l’expliquer. Il cherche donc toujours à recommencer par le début, il cherche la faute dans son état actuel, uniquement dans ce qui lui est personnel. Il ne peut pas comprendre ce qui a pu arriver entre le Christ et lui : il n’y avait quand même jamais rien eu qui eût troublé leur amitié. Il considère aussi son état comme singulier, anormal pour ainsi dire, et il ne peut pas le généraliser. Car il lui manque pour cela un point de comparaison, il est le premier au début de la tradition. Il n’a pas de racines dans le passé. C’est pourquoi il ne peut pas non plus mettre son état en relation avec l’Église, avec la communauté. - Augustin a sur Paul l’avantage qu’il connaît la tradition, qu’il sait qu’un vide de ce genre arrive. Mais cette tradition n’est pas encore assez forte et assez éclairante pour lui donner la possibilité de comprendre la souffrance autrement que comme un événement privé dont il cherche le sens véritable et la raison dans son péché et dans la pénitence pour ses péchés passés. - Ignace par contre vit dans la plénitude de la tradition - il est pour ainsi dire le commencement de l’homme moderne, il est tout proche de nous -, et il sait qu’il doit en être ainsi et que l’adoration est exigée dans le total abandon et dans la sécheresse et dans l’absence de consolation tout autant que dans la consolation. Bien que lui aussi soit perplexe au sujet de l’absence de Dieu, il en sait quand même la justesse au beau milieu de sa perplexité (Journal 1051).

 

57. La souffrance de substitution

Puis Adrienne vit le sens de 1 Co 14. Elle vit comment Paul, Augustin et Ignace se donnaient du mal pour l’amour (1 Co 13), mais l’amour sensible leur était ôté. Paul est séparé intérieurement de cette agapè, il ne la sent plus. Mais il sait que malgré cela il doit faire comprendre à la communauté que les “prophéties” et le “parler en langues” sont nécessaires, particulièrement la prophétie, l’annonce de la vérité, devant la communauté. D’un autre côté, il ne sait pas s’il existe un rapport entre son expérience personnelle de ne plus pouvoir aimer et le devoir qui est le sien d’annoncer la vérité malgré tout. Il pense que c’est une expérience purement privée. Mais ceux qui viendront après lui, Augustin et Ignace, se reporteront à saint Paul quand ils seront privés de consolation et ils trouveront en lui leur appui : la nécessité de l’annonce de la vérité même quand ils sont abandonnés de Dieu. Paul ne comprend pas non plus le rapport entre sa souffrance intime et l’Église. Toute sa souffrance se concentre sur le centre qui est le Seigneur : il “complète les souffrances du Seigneur”. Quand il parle par contre des souffrances qu’il endure pour la communauté, il entend par là non cette souffrance incompréhensible, mais les souffrances “extérieures”, saisissables. - Augustin, au fond, ne sait encore rien non plus du mystère de la souffrance de substitution. Il ne connaît pas vraiment la souffrance autrement que celle du service du Christ et de l’Église en général, que celle du dépouillement de sa liberté personnelle, sans doute aussi celle de la maladie, des ennuis temporels. Ignace par contre souffre avec la conscience qu’il est placé dans cette souffrance intime non seulement pour le Christ mais tout autant pour son milieu, pour son Ordre, pour l’Église, pour le monde (Journal 1051).

 

58. Le temps

Paul, Augustin et Ignace ont une relation au temps très différente. Pour Paul, c’est une pure présence. L’Église n’a pas encore d’histoire, et il ne regarde pas non plus l’avenir. Le temps jusqu’au retour du Christ, trente ans ou cent, est pour lui comme une unique présence. Durant cette période, il est peut-être le seul à avoir la vocation de “compléter les souffrances du Christ”. Il ne voit pas et il ne sait pas qu’une souffrance de ce genre est une mission ecclésiale qui doit être transmise. Pour Augustin, il y a déjà une certaine tradition. Mais lui aussi, conformément au sentiment qu’il a de l’histoire du monde, regarde peu le passé et pas l’avenir. Ignace par contre souffre comme le premier de toute une chaîne de fils et au terme d’une longue tradition. Il se trouve au milieu de l’histoire de l’Église qui s’étend en avant et en arrière (Journal 1051).

 

59. Le sans-gêne

Une nuit apparut saint Paul qui commença à expliquer un passage de la 2e Lettre aux Corinthiens. Adrienne en fut indignée et elle le pria instamment d’arrêter: elle ne peut quand même pas tout faire à la fois (Jean était occupé à lui expliquer son évangile). Paul sourit et disparut. Mais, la nuit suivante, il fut là à nouveau et il recommença ses explications. Adrienne dit que ça n’allait certainement pas : elle est tout à fait sûre que je ne le permettrais pas. Paul dut rire et il demanda quand il pourrait venir. Adrienne dit : dès que mon confesseur le permettra (Journal 1135).

 

60. Un homme pressé

A présent, Adrienne voit Paul fréquemment; il semble pressé de commencer à dicter… Il lui explique que nous pouvons choisir la lettre qu’il doit commenter. Adrienne a un peu d’angoisse en sa présence : il exige trop d’elle. Pour Jean, elle suit à peu près parce qu’il parle toujours de l’amour. Mais Paul est un théologien et là elle craint de ne rien comprendre. Je pense à la lettre aux Éphésiens, éventuellement aux Galates (Journal 1238).

 

61. Montrer l’image de l’apôtre

Paul était apparu plusieurs fois, toujours pour hâter son commentaire. Il lui donna des aperçus et des coups d’œil sur ce qu’il se proposait de lui montrer. Si Jean organise tout à partir de Dieu, lui, il voudrait le faire à partir de l’homme. Il voudrait montrer l’image de l’apôtre : ce que lui, Paul, était devenu par la grâce de Dieu, combien il avait souffert pour le Christ, et puis, dans un deuxième temps, à partir de lui, déduire la grâce et l’action du Seigneur et du Père. Pour le moment, Adrienne n’avait pas encore de goût particulier pour cette théologie. Mais comme Paul ne cessait d’apparaître et de lui expliquer toujours plus profondément la chose, elle eut le désir de tâter aussi de ce commentaire (Journal 1287).

 

62. L’élève modèle

Au cours d’une dictée sur “Jean” (là où il est question des portes fermées), quelques mots sur Paul. Le Seigneur apparaît aux autres disciples devant leurs sens corporels même si ceux-ci sont élevés surnaturellement. A Paul, il apparaît dans une vision. Paul est ainsi le premier mystique, il possède la première âme de mystique, et aussi le léger surmenage des capacités humaines qui apparaîtra souvent (pas toujours) chez les mystiques. Paul est le premier; il ne connaît donc pas encore de tradition dans ces choses. Il n’a donc pas compris qu’il n’est pas une exception. Il en fait quelque chose de personnel. Malgré cette légère méprise, Paul reste tout à fait dans sa mission tout comme Pierre reste en fonction malgré son triple reniement. Le Seigneur a aussi, parmi ceux qui tiennent à lui et veulent le suivre, des pécheurs ou des caractères quelque peu anguleux, qui collaborent certes, même avec beaucoup de flamme, mais qui ne se rendent pas totalement compte de ce qu’on attend d’eux. C’est souvent l’attitude de l’enfant en eux qui peut rester. Chez Paul, c’est se vanter, se présenter comme modèle. Il s’admire, mais dans le Seigneur. Il voit en lui l’œuvre de la grâce et il s’imagine être un chef d’œuvre de la miséricorde divine. Il croit ainsi mieux témoigner du Seigneur et il ne veut rien d’autre en fait. Il est comme l’élève modèle qui maîtrise depuis longtemps les simples lettres que les autres dessinent et qui, à la place, peint dans son cahier un beau dessin. Il pense ainsi faire un cadeau à l’instituteur. Paul est convaincu que se vanter ainsi est pour la plus grande gloire de Dieu. Il le fait totalement à l’intérieur de la foi. Il pense que la plus grande gloire de Dieu consiste en ce que lui fasse davantage et non que Dieu soit plus. Il est comme quelqu’un qui a été guéri miraculeusement et qui, pour l’honneur de Dieu, montre à tout le monde ses membres guéris. Saint Ignace est d’avis qu’on devrait cacher tout cela, moins se montrer soi-même et montrer plutôt Dieu seul (Journal 1323).

 

63. Une discussion dans le ciel

Adrienne assiste à une étrange discussion (au ciel) entre Ignace et Paul. Adrienne dit qu’elle s’était sentie très mal à l’aise lors de cette scène; elle avait dit à Ignace qu’elle ne faisait quand même pas partie de leur monde : est-ce qu’ils ne pourraient pas arranger les choses entre eux? Ignace répondit : ils ne se seraient sûrement pas querellés en sa présence si elle n’avait pas eu quelque chose à en apprendre. Ignace reprochait à Paul d’ignorer la Mère du Seigneur : cela provient de sa mâle fierté. Il se montre toujours lui-même en tant qu’homme; au fond il ne connaît pas la femme. Il n’a jamais vraiment été amoureux, et cela se paie. Il doit avoir existé dans la vie l’un ou l’autre toi qui ramollit la dureté de l’homme, qui jette un pont vers Dieu. Si un religieux, durant toute sa formation, n’a connu que Dieu et lui-même, sans avoir rencontré un véritable ami ou une femme, il aura l’attitude de celui qui n’a jamais d’yeux que pour les hauteurs, sous un angle qu’il peut à peine faire comprendre aux autres. Adrienne, qui entend cela, demande à Ignace, très gênée, s’il n’aime pas Paul. Réponse : naturellement je l’aime et le vénère, mais quand nous ferons “Paul”, il nous aidera à comprendre et à décrire “Paul aujourd’hui” (Journal 1394).

 

64. Le contraste entre Jean et Paul

Adrienne voit le contraste entre Jean et Paul. Elle voit chez Paul un danger beaucoup plus grand qu’il se perde dans ce qui lui est personnel. Car Paul s’entraîne en quelque sorte au travail de la perfection. Il est comme un alpiniste qui, même si le sommet est dans la brume, emporte avec lui la satisfaction de son excursion : je l’ai vaincu. Et puis il y a un certain sentiment d’enchantement de la hauteur qu’on n’a pas en bas. Une vitalité particulière. Dans la vie spirituelle, il est facile de donner à ce sentiment le nom de grâce et de ressentir dans le fait d’être en haut le mérite de la montée. Chez Jean, le mérite joue un rôle beaucoup moindre. Chez lui, ce qui est méritoire s’épuise peut-être dans la réponse qu’il donne. Mais celle-ci aussi est vécue totalement comme grâce. Paul, par contre, s’exerce moins à dire oui qu’à collaborer. Les deux ont leur orientation, leur point de vue. Les deux sont saints et ont le droit d’être comme ils sont. Mais il serait peut-être bon de ne commencer une vie paulinienne qu’après avoir mené une vie johannique. Le cadre, c’est Jean qui devrait le donner, et l’aspect paulinien pourrait ensuite le remplir sans danger. Adrienne voit des hommes, des religieux, des prêtres, qui y sont allés trop vite : comme si Paul était une recette en raison de laquelle on possède déjà tout. Par une étude exclusive de Paul, il est facile de se donner de l’importance et de s’éloigner de Dieu, de se construire un Dieu qui nous justifie nous-mêmes. La faute n’en revient pas à Paul mais à ceux qui l’isolent du contexte (Journal 1559).

 

65. Le jouet

Paul souligne le fait qu’il est le jouet de l’Esprit. Il veut qu’on le comprenne. Cela fait partie en quelque sorte de sa manière de se vanter (Journal 1564).

 

66. L’humour

Pour les apôtres, le parler en langues du jour de la Pentecôte vint d’une manière tout à fait inattendue et ils se sentirent alors inondés par l’amour. Ils étaient contents du don reçu et ils ne firent rien pour l’accroître. Ils avaient l’ingénuité de ne pas s’en mêler. A Corinthe, il y a déjà un peu de curiosité et le souci de se ‘laisser gagner’ ; c’est vraiment l’Esprit, mais légèrement mal employé; ils sont aussi sans aucune direction, ils ne savent pas où est la mesure… On aurait pu sans doute les corriger avec un peu d’humour, mais Paul justement n’a pas beaucoup d’humour (Journal 1564).

 

67. Damas

Ce que Paul a vécu dramatiquement à Damas se produit aussi sans bruit dans mainte vie chrétienne. Dieu enlève les résistances et met à la place grâce et mission (Journal 1579).

 

68. Jean et Paul

(Sur Ep 1,15-16). Jean a vu en quelque sorte la communion céleste des saints. Paul en a connaissance. La vision ne commence chez lui que là où l’absolu devient visible ici-bas. Il est beaucoup plus intellectuel que Jean. Jean commence par ce qui est sensible pour prolonger jusque dans le ciel. Tandis que Paul commence au ciel par le spirituel et il voit ensuite ce qu'on peut projeter de la terre au ciel. Jean a une certaine perception de ce qui est sensible que Paul ne possède pas; celui-là sent avec tout l’appareil de ses sens, celui-ci discerne avec précision tout ce qui est idées; il peut reculer d’un pas pour contempler ce qu’il a fait. Ni Jean, ni Adrienne ne peuvent faire ce pas, ils sont trop insérés dans ce qui se passe. Ils ne savent vraiment pas ce qu’ils ont fait et ils ne veulent pas le savoir non plus. A la fin de sa vie, Jean est incapable de jeter un coup d’œil rétrospectif sur ce qu’il a accompli, il aurait trop peu à en dire, il ressent toute son œuvre comme quelque chose qui est en train de se faire. Paul ne cesse de conclure; à la fin, il pourrait décrire exactement toute son œuvre (Journal 1894).

 

69. Un fruit

Quand Paul ne cesse d’évoquer le souvenir des Éphésiens et de rendre grâce pour eux (Ep 1,16), il s’adresse alors à des convertis pour en faire des apôtres à sa suite en leur communiquant une connaissance plus profonde de ce qui est chrétien, en instruisant une foi déjà présente. Son attention a été attirée sur les Éphésiens justement parce que déjà ils croient et ils aiment, et il espère en tirer un fruit pour le royaume du Christ (Journal 1895).

 

70. Un ardent

Les premiers disciples sont nés de Dieu lors de leur rencontre avec le Seigneur, sans exhibition. Ce qui attire leur attention, c’est uniquement ce que le Seigneur fait, non ce qu'ils font eux-mêmes. Mais Paul déjà doit faire l'expérience de naître de Dieu d'une manière beaucoup plus violente afin que la foi ecclésiale ne s'embourgeoise pas. Paul doit être un ardent afin que ce qui semblait naturel pour les premiers disciples ne dégénère pas en tiédeur mais garde à tout instant le caractère de la décision (Journal 2042).

 

71. Des révélations

Paul a certes l'avantage d'être apôtre, et ses révélations sont d'un autre genre que celles qui viendront plus tard dans l’Église. Cependant le mystère qui lui est montré n'est pas épuisé par ce que Paul en dit; plus tard Dieu peut à nouveau en rendre visibles d'autres parties, non plus certes avec l'autorité de l'apôtre, si bien que l’Église aura compétence pour contrôler des révélations de ce genre, ce qu'elle n'a pas le droit de faire pour l'apôtre (Journal 2087).

 

72. Parler en langues

(Sur 1 Co 14,23). Paul voit la possibilité que toute une communauté parle en langues. On ne peut pas supposer alors que seuls ceux qui sont sans péché reçoivent ce charisme; les pécheurs aussi le reçoivent, peut-être justement pour qu'ils reconnaissent leur état de péché. Si toute une communauté parle en langues, ce devrait être pour elle comme une sorte de purgatoire (Journal 2104).

 

73. Le zèle

Dans les débuts du christianisme, les missions avaient un caractère ample et grand. Elles convenaient au format de la réalité du Christ. Jean représentait l'amour, Paul le zèle, Luc peut-être la fidélité. Ils transmettaient tous la vie du Seigneur, ils gardaient ses paroles; certains, comme les évangélistes, le faisaient sur mission de l'inspiration pour établir ce qui s'était passé historiquement, chacun à sa manière personnelle. Ils montraient par là aux charismes ultérieurs ce que veut dire avoir une mission et combien celle-ci fatigue l'homme et le réclame et le rend responsable. Quand Paul parle du Seigneur - déjà à une certaine distance des évangélistes, étant donné qu'il n'a pas fait l'expérience de la vie terrestre du Seigneur -, il le fait à partir de l'expérience quotidienne qui est la sienne ; il porte en lui la parole… Cela ne lui fait rien de ne pas saisir et de ne pas transmettre la parole en relation avec la chronologie terrestre de la vie de Jésus; il le fait selon les besoins de sa mission (Journal 2242).

 

74. Pierre et Paul

Dans l’Église, Pierre représente, vis-à-vis de Paul, ce qui est établi. Il est tête de l’Église, il rassemble l’Église en lui et cela selon les exigences du Seigneur à son endroit. Dans la communauté, il a sa solide position; il n'usurpe pas la direction, il l'a reçue du Seigneur, il a le ministère, il l'a d'une part comme pape, d'autre part en tant qu'il est cet homme tout à fait déterminé. - Paul pénètre dans cette structure établie comme le représentant de ce qui est toujours nouveau. Il y pénètre parce qu'il a été amené à la foi et reçu dans l’Église, mais il apporte avec lui sa propre mission, qui est très importante. Il fait partie de sa mission qu’il a été frappé par la grâce comme par la foudre. Il apporte avec lui toute son intelligence, la force de sa personnalité et, en plus, toute sa mission (fort incommode) qui se réjouit d'être accueillie dans ce qui est établi et de l'enrichir ; mais il doit faire là l'expérience que ce qui est établi possède un certain droit de priorité. Au pur ministère de Pierre se rattache aussi la personnalité de Pierre, d'autre part l'excès de zèle du converti de fraîche date est propre à Paul, ce qui est humain entre les deux prend aussi la coloration du trop humain. Il y a dans l'infini de l’Église humaine des points de friction. Par son entrée dans l’Église, Paul incarne la sainte véhémence, on pourrait dire la mission à l'état brut, parce qu'elle n'a pas encore été polie par l’Église, qu'elle vit de l'absolu, tandis que l’Église ministérielle attribue sa place à ce qui est conditionnel. Mais Pierre et Paul s'associent, ils sont fêtés au ciel dans une fête unique. Ils vont ensemble. Dans la joie d'être ensemble, il y a pour les deux un renoncement. Pierre, en face de Paul, doit renoncer à être pleinement Pierre, et inversement. Le caractère vivant de ce sacrifice se trouve caché d'une certaine manière en toute vie chrétienne, dans le choc entre cette existence à deux et cette existence tout seul que les deux provoquent quand ils se heurtent à l'intérieur de l'unique Église (Journal 2265).

 

75. L’activiste de la grâce

Paul parle de sa perfection dans l'esprit d'un homme qui fait des efforts, mais qui sait qu'il doit supprimer tout ce qui le sépare du Seigneur. C'est un activiste de la grâce (NB 11, p. 444).

 

76. Se tourner vers Dieu

Paul est sur le chemin de Damas, sur un chemin qui l'éloigne de Dieu ; Paul fuit. Puis la voix : Paul se convertit, il ne vit plus de la vie qu'il avait auparavant, il est maintenant devenu si fort qu'il peut mettre un terme à sa fuite et se tourner vers Dieu plus rapidement qu'il ne fuyait. On fait en Paul l'expérience d'un miracle d'incarnation (NB 12, p. 254).

 

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Mise à jour 17/01/2021