Mère Cécile Bruyère (1845-1909)

Éléments biographiques.

Mere Cecile Bruyere abbesse Mere Cecile Bruyere abbesse  

 

Fondatrice et première Abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes.

 

 

     De Dom Guéranger on ne peut séparer "Madame l'Abbesse", sa fille spirituelle, qu'il constitua « héritière de sa pensée et de ses principes monastiques » et à qui il confia « un mandat de prière, une mission d'exemple et de bienveillance pour toute la famille dont il était le chef » [1].

 

Jeanne-Henriette Bruyère, surnommée Jenny, naît à Paris le 12 octobre 1845.

 

     En 1857, Madame Bruyère, qui connaît bien Dom Guéranger, lui demande d'achever la préparation de sa fille aînée à sa première communion. C'est ainsi que la Providence favorise une première rencontre de Jenny avec celui qui va devenir pour elle un père spirituel incomparable.

 

     L'année suivante, en 1858, lors de sa confirmation, Jenny se met sous la protection de sainte Cécile, une jeune chrétienne martyrisée à Rome au IIIe siècle. Cette même année, la veille du 8 décembre, Cécile s'ouvre à Dom Guéranger : elle désire, par un vœu, consacrer sa virginité à Dieu. Le Père Abbé, qui pressent l'appel très particulier du Seigneur sur elle, ne s'y oppose pas tout en lui demandant d'attendre trois ans. Il profite de ce délai pour l'aider à déblayer peu à peu ce qui, en elle, ne peut qu'entraver les progrès de la confiance et de la grâce. Le jour anniversaire de ses seize ans, le 12 octobre 1861, Cécile prononce pour un an le vœu de virginité, et à l'issue de la messe, dom Guéranger lui passe un anneau au doigt.

 

     C'est en 1866 que Dom Guéranger fonde pour Cécile Bruyère et trois compagnes le monastère Sainte-Cécile. Cette fondation « fut pour le grand Abbé, parvenu au terme de sa vie, comme l'achèvement de ses travaux, le fruit de son expérience et de sa sagesse, et la récompense de toute une existence de dévouement à l'Eglise et de fidélité [2], « un sourire de Dieu et un incomparable appui » [3]. Et Dom Guéranger aimait à dire : « Si l'on veut connaître ma pensée, c'est à Sainte-Cécile qu'on la trouvera » [4].

 

Mere Cecile Bruyere3 Mere Cecile Bruyere3  

     Le Concile du Vatican, ouvert le 8 décembre 1869, fut pour Dom Guéranger l’occasion de développer chez les moniales le sens catholique qu’il avait voulu leur communiquer dès le début, leur demandant de « mettre au-dessus de tout leur beau titre de filles de l’église catholique. » La santé de l’abbé de Solesmes ne lui permit pas de se rendre à la convocation du Concile comme l’aurait désiré Pie IX, mais ses travaux historiques et théologiques jouèrent un rôle décisif dans les débats sur l’infaillibilité pontificale.

 

     Monseigneur Fillion, l'évêque de qui dépendait Solesmes, qui participait au Concile eut la pensée de demander au Saint-Père de bien vouloir manifester sa bienveillance envers dom Guéranger en confirmant de son autorité suprême l’œuvre accomplie à Sainte-Cécile. C’est ainsi que le 14 juillet 1870, quatre jours avant la proclamation du dogme de l'Infaillibilité pontificale, par une faveur exceptionnelle, Pie IX éleva à la dignité abbatiale la jeune Prieure de vingt-quatre ans, pour un monastère qui n’était pas même encore élevé au rang d’abbaye !

 

     La guerre et l’invasion de la France ne permirent pas de profiter aussitôt de la faveur pontificale mais l’année suivante, le 14 juillet 1871, anniversaire de son audience avec Pie IX, Monseigneur Fillion venait donner la bénédiction abbatiale à Mère Cécile Bruyère. Quelques mois plus tard, le 12 octobre, il consacrait l’église sous le titre de Sainte-Cécile qui fut bénie le 14 juillet suivant.

 

Fécondité d’un abbatiat

 

     « Douée d'une haute intelligence, d'une énergie très virile tempérée par une exquise sensibilité féminine, Mère Cécile Bruyère avait reçu une culture générale et artistique assez rare pour son époque. Ses riches dons naturels avaient été merveilleusement épanouis par une vie théologale intense. On la sentait vraiment sous l'influence du Saint-Esprit, et très spécialement du don de Sagesse. Rares sont ceux qui l'ont approchée sans avoir été impressionnés par le charme humain et surnaturel de sa personne. Ce furent ses filles de Sainte-Cécile qui profitèrent le plus largement de son rayonnement et de son enseignement qui, sous une forme très simple et toute spontanée, les initiaient aux vérités les plus hautes. » [5]

 

La mesure de notre foi est celle de notre joie.

 

Le secret de la joie, de la sécurité dans la vie surnaturelle, c'est la décentralisation de soi au profit de Dieu.

 

La bonté, l'épanouissement de l'âme se manifeste par la joie.

Plus je vais, plus j'avance en âge, et plus je vois que la joie est la forme la plus exquise de l'âme consacrée à Dieu.

 

 

     En raison du rayonnement de dom Guéranger, le jeune monastère exerça très vite une grande attraction dans le monde monastique : des maisons de fondations récentes venaient demander conseil et bénéficier, par le biais de la communauté de Sainte-Cécile et de son abbesse, de l’expérience du père abbé. Ainsi Mère Marie Cronier de Dourgne et surtout les bénédictines de Maredret dont les fondatrices vinrent se former à Sainte-Cécile avant de rejoindre leur monastère belge. Des abbayes plus anciennes aussi, comme saint-Nicolas de Verneuil, sollicitèrent l’appui de mère Cécile qui y répondit généreusement. Grâce à elle l'abbaye de Sainte-Cécile a donc exercé un grand rayonnement sur les monastères de moniales en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Hollande et en Argentine.

 

     Les vocations affluaient, provenant de tous les milieux, de toutes les provinces, et même des pays étrangers. Comme l’essaim monastique s’augmentait rapidement, Mère Cécile dut envisager, à la fin des années 1880, de fonder dans le nord de la France le monastère de Notre-Dame de Wisques (site internet) en le confiant à Mère Thérèse Bernard et, à peine dix ans plus tard, celui de Saint-Michel de Kergonan en Bretagne.

Mere Cecile Bruyere et Mere Therese Bernard-1 Mere Cecile Bruyere et Mere Therese Bernard-1  
Mère Thérèse Bernard et Mère Cécile Bruyère
Mère Thérèse Bernard et Mère Cécile Bruyère

 

Les épreuves et la mort

 

     La loi française sur les associations de 1901 entravant le maintien d’une libre vie monastique, Mère Cécile dut conduire ses moniales sur les routes de l’exil jusqu’à l’île de Wight en Angleterre : la communauté s’installa d’abord à Northwood, puis à Ryde. C’est alors que Mère Cécile fut atteinte d’une paralysie dont l’évolution se révéla inexorable. Elle s’éteignit le 18 mars 1909, après quarante-deux ans de gouvernement.

 

     La Congrégation de Solesmes tout entière se reconnaît redevable à son égard, en raison de son rôle maternel et fondateur exercé tant par son enseignement que par sa prière et l’exemple de sa vie.

 

Une biographie a été écrite par Dom Guy Oury Lumière et Force - Mère Cécile Bruyère (disponible à la librairie de l'abbaye).

 

 

Œuvres

 

  • La Vie spirituelle et l’Oraison, d’après la Sainte Écriture et la Tradition monastique : dans ce petit traité théologique et mystique, Mère Cécile a transmis son amour de l’Église et de la liturgie (publié en 1886, traduit par la suite en différentes langues et réédité jusqu’à nos jours).

 

  • In Spiritu et Veritate : recueil de textes de Madame l'Abbesse publié lors du centenaire de 1966. Plusieurs événements importants de la vie de Madame l'Abbesse eurent lieu un 12 octobre, jour où se célèbre à Saint-Pierre de Solesmes la Dédicace de l'église abbatiale. Cette coïncidence providentielle marqua profondément Madame l'Abbesse qui fut une âme de dédicace : « Domine, dilexi decorem domus tuæ - Seigneur, j'aime la beauté de votre maison » (Psaume 25, 8), lit-on à l'entrée de l'église de Sainte-Cécile. (cliquer ici pour lire)


 


 

[1] Dom Delatte, cité par Dom Soltner : Solesmes et Dom Guéranger , p. 173

[2] In Spiritu et Veritate, p. 20

[3] Dom Savaton : Dom Delatte , p. 77

[4] Plaquette sur l'Abbaye Sainte-Cécile de Solesmes 1972, p. 18

[5] Plaquette sur l’Abbaye Sainte-Cécile de Solesmes 1972, p. 23-24

Article publié par ABBAYE SAINT PAUL DE WISQUES • Publié • 801 visites