XIII. Matériaux pour les homélies des dimaches et fêtes du cycle liturgique de trois ans. : Adrienne von Speyr et H.U.vo

 

 

LA VIE ET L’ŒUVRE D’ADRIENNE VON SPEYR (1902-1967)

 

Aperçus divers

 

Site internet de la

Communauté Saint-Jean :

Balthasar&Speyr

 

XIII

 

 

Adrienne von Speyr et Hans Urs von Balthasar

 

 

Matériaux pour les homélies des dimanches et fêtes

du cycle liturgique de trois ans
 

 

 

Plan

 

Introduction

 

1. De l'Avent à la fête du Sacré-Coeur

 

1er dimanche de l'Avent A - 1er dimanche de l'Avent B - 1er dimanche de l'Avent C - 2e dimanche de l'Avent A - 2e dimanche de l'Avent B - 2e dimanche de l'Avent C - 3e dimanche de l'Avent A - 3e dimanche de l'Avent B - 3e dimanche de l'Avent C - 4e dimanche de l'Avent A - 4e dimanche de l'Avent B - 4e dimanche de l'Avent C - Nativité du Seigneur ABC - Dimanche de la Sainte Famille ABC - Dimanche de la Sainte Famille A - Dimanche de la Sainte Famille B - Dimanche de la Sainte Famille C - 1er janvier. Sainte Marie, Mère de Dieu - 2e Dimanche après Noël ABCÉpiphanie - Baptême du Seigneur A - Baptême du Seigneur B -Baptême du Seigneur C - Mercredi des cendres - 1er dimanche de carême A - 1er dimanche de carême B - 1er dimanche de carême C - 2e Dimanche de carême A - 2e Dimanche de carême B - 2 e Dimanche de carême C - 3e Dimanche de carême A - 3e Dimanche de carême B - 3e Dimanche de carême C - 4e Dimanche de carême A - 4e Dimanche de carême B - 4e Dimanche de carême C - 5e Dimanche de carême A - 5e Dimanche de carême B - 5e Dimanche de carême C - Rameaux. Procession des rameaux - Dimanche des rameaux ABC - Dimanche des rameaux A - Dimanche des rameaux B - Dimanche des rameaux C - Jeudi saint. La Cène du Seigneur ABC - Vendredi saint - Veillée pascale. Les sept lectures - Veillée pascale. Année A - Veillée pascale. Année B - Veillée pascale. Année C - Dimanche de Pâques ABC - 2e Dimanche de Pâques ABC - 2e Dimanche de Pâques A - 2e Dimanche de Pâques B - 2e Dimanche de Pâques C - 3e Dimanche de Pâques A -3e Dimanche de Pâques B - 3e Dimanche de Pâques C - 4e Dimanche de Pâques A - 4e Dimanche de Pâques B - 4e Dimanche de Pâques C - 5e Dimanche de Pâques A - 5e Dimanche de Pâques B - 5e Dimanche de Pâques C - 6e Dimanche de Pâques A - 6e Dimanche de Pâques B - 6e Dimanche de Pâques C - Ascension A - Ascension B - Ascension C - 7e Dimanche de Pâques A - 7e Dimanche de Pâques B - 7e Dimanche de Pâques C - Pentecôte ABC - Fête de la Trinité ABC - Fête de la Trinité A - Fête de la Trinité B - Fête de la Trinité C - Fêtes du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur - Fête du Saint-Sacrement A - Fête du Saint-Sacrement B - Fête du Saint-Sacrement C - Fête du Sacré-Cœur A - Fête du Sacré-Cœur B - Fête du Sacré-Cœur C
 

2. Le temps ordinaire
 

2e dimanche A - 2e dimanche B - 2e dimanche C - 3e dimanche A - 3e dimanche B - 3e dimanche C - 4e dimanche A - 4e dimanche B - 4e dimanche C - 5e dimanche A - 5e dimanche B - 5e dimanche C - 6e dimanche A - 6e dimanche B - 6e dimanche C - 7e dimanche A - 7e dimanche B  - 7e dimanche C - 8e dimanche A - 8e dimanche B - 8e dimanche C - 9e dimanche A - 9e dimanche B - 9e dimanche C - 10e dimanche A - 10e dimanche B - 10e dimanche C - 11e dimanche A - 11e dimanche B - 11e dimanche C - 12e dimanche A - 12e dimanche B - 12e dimanche C - 13e dimanche A - 13e dimanche B - 13e dimanche C - 14e dimanche A - 14e dimanche B - 14e dimanche C - 15e dimanche A - 15e dimanche B - 15e dimanche C - 16e dimanche A - 16e dimanche B - 16e dimanche C - 17e dimanche A - 17e dimanche B - 17e dimanche C - 18e dimanche A - 18e dimanche B - 18e dimanche C - 19e dimanche A - 19e dimanche B - 19e dimanche C - 20e dimanche A - 20e dimanche B - 20e dimanche C - 21e dimanche A - 21e dimanche B - 21e dimanche C - 22e dimanche A - 22e dimanche B - 22e dimanche C - 23e dimanche A - 23e dimanche B - 23e dimanche C - 24e dimanche A - 24e dimanche B - 24e dimanche C - 25e dimanche A - 25e dimanche B - 25e dimanche C -  26e dimanche A  - 26e dimanche B - 26e dimanche C - 27e dimanche A - 27e dimanche B - 27e dimanche C - 28e dimanche A - 28e dimanche B - 28e dimanche C - 29e dimanche A - 29e dimanche B - 29e dimanche C - 30e dimanche A - 30e dimanche B - 30e dimanche C - 31e dimanche A - 31e dimanche B - 31e dimanche C - 32e dimanche A - 32e dimanche B - 32e dimanche C - 33e dimanche A - 33e dimanche B - 33e dimanche C - 34e dimanche. Fête du Christ Roi de l'univers A - 34e dimanche. Fête du Christ Roi de l'univers B - 34e dimanche. Fête du Christ Roi de l'univers C


 

3. Les fêtes de l’année liturgique

 

2 février. Présentation du Seigneur au temple - 19 mars. Saint Joseph - 25 mars. Annonciation du Seigneur - 24 juin. Saint Jean-Baptiste. Veille au soir - 24 juin. Saint Jean-Baptiste. Messe du jour - 29 juin. Saint Pierre et saint Paul. Veille au soir - 29 juin. Saint Pierre et saint Paul. Messe du jour - 6 août. Transfiguration du Seigneur - 15 août. Assomption de la Vierge Marie. Veille au soir - 15 août. Assomption de la Vierge Marie. Messe du jour - 14 septembre. La croix glorieuse - 1er novembre. Fête de tous les saints -  2 novembre. Commémoration de tous les fidèles défunts  - 9 novembre. Dédicace de la basilique du Latran - 8 décembre. Immaculée Conception de la Vierge Marie

 

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Références particulières

 

Kostet und seht : Goûtez et voyez. Choix de textes d’AvS par HUvB, Johannesverlag, 1988

NB = Nachlassbände : Œuvres posthumes, Johannesverlag

Sur la terre comme au ciel. Prières d’AvS, Édition du Serviteur, 1994

 

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Introduction

 

Adrienne n'a jamais prononcé d'homélies, mais on peut trouver dans ses œuvres bien des matériaux qui peuvent être utiles pour tous ceux qui ont à en préparer. Ce sont ces matériaux qui seront alignés dans les fenêtres qui s'ouvriront par la suite, s'il plaît à Dieu.

 

Et pour que les matériaux soient plus riches encore, les œuvres de Hans Urs von Balthasar seront également mises à contribution. Lui-même a dû prononcer bien des homélies. En trois petits volumes traduits en français (La lumière de la Parole. Commentaire des lectures du dimanche, Année A, B,C), il a proposé aussi des matériaux pour homélies, qu'il présentait comme ceci : "Tout ce qui est proposé (dans ces petits livres) ne veut pas être plus qu'une carrière, d'où chacun, s'il trouve quelque chose qui lui convient, peut extraire ce qu'il veut" (Ibid., Préface pour l'année A, p. 8). Les autres oeuvres du P. Balthasar seront aussi utilisées.

 

Même les théologiens chevronnés reconnaissent que le style de Hans Urs von Balthasar n'est pas toujours facile. Pour les matériaux ici proposés, un effort sera fait pour rendre plus abordable la pensée de Hans Urs von Balthasar en la "traduisant" à l’occasion en un style plus accessible, sans la trahir, espérons-le.

Patrick Catry

 

 

1. De l'Avent à la fête du Sacré-Coeur

 

1er dimanche de l'Avent A (Is 2,1-5; Rm 13,11-14; Mt 24,37-44)

1 - Celui qui attend le Seigneur est sûr de sa présence. Lui préparer son cœur, c'est déjà le posséder (Lumina 74).

2 - Si quelqu'un est orienté vers Dieu, son prochain en sera enrichi d'emblée et conforté dans sa marche vers Dieu. Le don de soi aux autres est donc toujours d'abord un don de soi à Dieu (Die Schöpfung 23).

3 – Avant tout, comprendre le message général de l'Avent et la pressante exhortation qu'il contient : Dieu vient à nous. C'était le pressentiment grandissant de toute l'ancienne Alliance, le pressentiment immédiat de Jean-Baptiste qui ne voulait rien faire d'autre que préparer dans le désert le chemin du Seigneur. Les trois lectures d'aujourd'hui sont orientées vers cette venue de Dieu, elles veulent nous faire sortir du sommeil et de l'indifférence, nous exhorter à attendre le Seigneur, les reins ceints, avec des torches allumées ou avec de l'huile dans les lampes. Dieu fait irruption dans l'histoire, il vient pour tous à une heure qu'ils n'attendent pas : c'est pourquoi justement on doit l'attendre sans cesse (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 9).

 

1er dimanche de l'Avent B    (Is 63,16-17.19;64,2-7; 1 Co 1,3-9; Mc 13,33-37)

1 - "Soyez sur vos gardes". Veiller signifie être sur ses gardes, rester attentif, non dans le désœuvrement, mais dans le sens du Seigneur, de façon à le percevoir. Il y a une manière de traverser la vie sans vigilance, en se laissant simplement porter par elle, en possédant un peu de foi, une certaine vision du monde. La disponibilité vigilante à faire ce que loe Seigneur attend de nous est autre chose. Nous sommes vigilants quand nos soucis, nos fautes, nos péchés, notre lenteur, notre somnolence et notre manque de vivacité d'esprit ne nous empêchent pas de percevoir la voix du Seigneur. Quand on veille, on lutte contre le sommeil afin d'avoir du temps pour le Seigneur et de renoncer par là à une part de notre bien-être (Sur Mc 13,33. Cf. Saint Marc 605).

2 - Veillez car vous ne savez pas quand ce sera le moment. Nous ne connaissons pas l'heure de notre mort, ni l'heure de notre maladie, de notre défaillance. Il est important que tout événement nous trouve dans la veille et la prière, tels que nous devons être : prêts. Notre temps doit de moins en moins nous appartenir pour devenir de plus en plus le temps de Dieu. Nous voulons prier Dieu de nous permettre d'attendre dans la veille et la prière son moment afin qu'à l'heure où il a besoin de nous, il nous trouve disponibles aussi parfaitement que possible (Sur Mc 13,33. Cf. Ibid. 606-607).

3 - Il en sera comme d'un homme parti en voyage. Le maître de maison distribue le travail pour le temps de son absence. Chacun de nous reçoit le sien. Le Seigneur connaît très bien l'état de sa maison, de son Église. Il sait aussi ce qui peut être demandé à chacun. Il voit en chacun de nous des personnes chargées d'un mandat. Il exige de nous, ses serviteurs, la vigilance.Nous devons rester dans son esprit et remplir son mandat dans son esprit ( Sur Mc 13,34. Cf. Ibid. 607-608).

4 – L'année liturgique commence par l'exhortation de l'évangile : "Veillez", car on ne sait pas quand le Seigneur viendra. Noël est fixé, mais pas la venue du Seigneur dans notre vie et notre mort, dans la vie et la fin de l'Eglise. Nous avons "tout pouvoir" sur les biens de Dieu sur terre, à chacun est fixée sa tâche. Le travail confié doit être accompli, il ne s'agit pas de mes propres biens, mais de ceux du Seigneur. Quoi que nous fassions, que ce soit un travail spirituel ou un travail temporel, nous ne travaillons pas pour nous, mais pour lui : nous ne bâtissons pas notre royaume, mais le sien (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaires des lectures dominicales. Année B, 7).

5 Que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu notre Père, et le Seigneur Jésus-Christ (1 Co 1,3). Grâce et paix se font face : la grâce, c'est ce que Dieu donne ; la paix, c'est l'effet produit chez celui qui reçoit la grâce. La paix est portée par l'accueil de la grâce. "Avec vous" : c'est-à-dire la communauté à laquelle la parole est adressée, ainsi que tous ceux qui reçoivent copie de l'épître, sachant que Paul agit pour tous comme intermédiaire et que tout ce qui est dit vient de Dieu. Paul ne donne rien de personnel, rien en son nom ; il est mandaté au nom de Dieu. Cela fait partie de son service que de donner. L'épître apparaît ici comme une introduction à la nature des sacrements que le prêtre administre, mais que Dieu donne. Paul exerce une sorte de fonction sacramentelle en administrant paix et grâce, mais de par Dieu, notre Père, qui donne efficacement ces dons. Devant ce donateur véritable, Paul rentre dans le rang de tous les autres pour qui Dieu est Père. Tous sont à égale distance du Père. Le Père n'est pas plus le Père de Paul que du catéchumène qui balbutie son nom pour la première fois. Il est Père sans réserve pour tous ceux qui tendent vers lui. Et le Père n'est pas seul, il est avec son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, sans lequel les hommes n'auraient jamais eu part à la grâce, à la paix, aux sacrements (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens I,14-15).

 

1er dimanche de l'Avent C (Jr 33,14-16 ; 1 Th 3,12-4,2 ; Lc 21,25-28.34-36)

1Veillez et priez en tout temps. L'année liturgique commence dans l'évangile par un regard anticipé sur le retour du Christ. Ce que nous considérons comme un grand intervalle entre Noël et le jugement dernier n'est rien d'autre que le temps qui nous est laissé pour la décision. Noël n'est pas une fête de la gentillesse mais de l'impuissance de l'amour de Dieu, qui ne manifestera qu'à travers la mort sa toute-puissance. Pour le temps où nous sommes mis à l'épreuve, s'impose un "Veillez et priez" permanent. Il s’ensuit que la vie chrétienne sera une vie dans l'attente du Seigneur qui vient. (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 9-10).

 

2e dimanche de l'Avent A (Is 11,1-10; Rm 15,4-9; Mt 3,1-12)

1Lui vous baptisera dans l'Esprit et dans le feu. Le feu qu'est Dieu lui-même, le feu de l'amour divin, qu'il vient jeter sur la terre, qui chasse tout égoïsme des âmes en le consumant, le feu de l'amour qui sera en même temps le feu du jugement pour ceux qui ne veulent pas aimer, qui sont de la paille. "Dieu est un feu dévorant" ; qui ne veut pas brûler dans son brasier d'amour brûlera éternellement dans ce brasier-là. L'amour est bien plus que la morale des pharisiens. La morale qui ne s'achève pas dans le feu de l'amour de l’Esprit Saint ne résistera pas à celui qui nettoie son aire avec la pelle à vanner (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 11-12).

2 – Nous prenons de la nourriture pour garder nos corps en vie. On ne sait pas ce que devient la nourriture que nous avons mangée, elle favorise invisiblement la vie de notre corps. De même pour l’âme, il y a des choses qui la nourrissent invisiblement. Par exemple les sacrements, par exemple la parole de Dieu et toute parole ou tout écrit qui stimule l’âme, le cœur et l’esprit (NB 6,496).

3 – La colère d’une mère aussi est au service de son amour, comme la colère de Dieu (Sur Is 65,2. Isaias 24). 

 

2e dimanche de l'Avent B (Is40,1-5.9-11; 2 P 3,8-14; Mc 1,1-8)

1 - Aplanissez ses sentiers. C'est-à-dire rendez le chemin du Seigneur plus facile, prêtez main forte pour égaliser ce qui est raboteux, anguleux, tortueux. Non pas que le Seigneur ne puisse le faire lui-même, mais il tient à recevoir l'aide de tous. Jean, avec sa grande mission, avec son importance et sa sainteté particulières, le proclame : tous sont appelés à apporter leur concours pour aplanir la route. La tâche ne paraît pas trop grande pour un seul homme si les volontaires affluent pour apporter leur contribution. Ce que nous avons précisément à méditer, c'est ce petit travail, insignifiant, quotidien, qui est demandé sans rien présenter de remarquable ni de sensationnel. C'est ce qui paraît extérieurement sans signification et qui a pourtant une signification parfaite parce que cela se fait au service du Seigneur. Sur le chemin du Seigneur, même l'insignifiant a, aussitôt et de manière durable, du sens (Sur Mc 1, 3. Saint Marc 16-17).

2 - Contempler cette grande foule d'hommes, de femmes, d'enfants... Une foule bigarrée. Et pourtant tous unis dans une commune procession. Une attente commune les habite. Ils veulent quitter leur vie ancienne et en commencer une nouvelle. Prier pour qu'une telle démarche puisse se produire aujourd'hui encore, prier pour ceux de qui nous attendons cette démarche et pour ceux de qui nous ne l'attendons pas (Sur Mc 1,5. Cf. Ibid. 19).

3 - Jean-Baptiste prêchait. Dans les différentes missions, Dieu lui-même se charge de les rendre réalisables. Jean-Baptiste prêche avant que Jésus ne le fasse. Il accomplit son travail dans le temps de l'attente du Seigneur. Il ne le voit pas encore, il ne peut pas contempler ses miracles, ni ne sait ce que le Seigneur proclamera et enseignera. Pourtant, c'est sa mission de prêcher à l'intérieur d'un devenir qu'il ne saisit pas dans son ensemble. Il se laisse placer à un endroit qu'il ne choisit pas. Il consent à proclamer quelque chose avant d'en avoir la moindre preuve. Entre la mission du Baptiste et la nôtre, il peut y avoir des points de comparaison (Sur Mc 1,7. Cf. Ibid. 22).

4 – La deuxième lecture nous dit que nous n'avons aucune vue d'ensemble du plan de Dieu. A travers tous les siècles, on a prédit le jour de la venue de Dieu, et jamais il n'est arrivé. Cela vient de ce que le temps de Dieu est tout autre que le nôtre : "Mille ans sont devant lui comme un jour". C'est ainsi qu'on parle d'un ton supérieur et sarcastique de "retard", de naïve attente de la fin. Mais le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de ce qu'il a promis. Sans cesse il est en train de venir et, comme un pêcheur, il traîne le filet géant de l’histoire du monde jusqu'au rivage. Que la fin du monde, vue d'une manière purement terrestre, doive être catastrophique, cela ne trouble pas le plan de Dieu, ni la confiance des chrétiens. Ceux-ci doivent simplement se donner de la peine pour "être trouvés sans tache et en paix" au retour à la maison. C'est cette paix que prépare l'Avent. (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 10).

5 – Puisque le jour du Seigneur viendra comme un voleur, tout calcul préalable est vain, et davantage encore toute préparation à ce jour. Il faut laisser le jour du Seigneur au Seigneur ; c'est son jour ; et sa venue est en lui, pas en nous. Le Seigneur a la liberté divine de venir quand bon lui semble. Ceci doit nous être voilé, afin que nous ne soyons pas freinés par la venue du jour, que nous ne persévérions pas uniquement dans l'attente de sa venue en laissant et en oubliant tout le reste. Nous devons nous laisser surprendre. Voici justement ce que le seigneur attend de nous : foi, amour, espérance. Ils ont été donnés sans calcul, nous devons en vivre sans calcul. La vigilance qui nous est ordonnée est le contraire de tout calcul (Cf. L'avènement du Seigneur 104).

6La Bonne Nouvelle, l’Évangile. En contact avec l’Évangile, celui qui prie apprend que les apôtres qu’il vénèrent, les disciples et les croyants qu’il rencontre ont également pris une décision de vie dans leur foi. Madeleine, par exemple, ne pèche plus et on la trouve plus tard parmi les femmes au pied de la croix. Dans la rencontre avec le Seigneur, tous ont reçu le don d’un nouveau sens de leur vie et, avec ce sens, ils ne sont pas revenus à ce qui leur était personnel, pour le faire valoir à leur idée, mais ils l’ont réalisé à l’imitation du Seigneur. La rencontre avec le Seigneur – et pour le chrétien elle se produit avant tout dans la prière – a signifié pour eux quelque chose qui a changé complètement leur vie, et pas seulement leur vie intérieure cachée, mais aussi leur vie extérieure qui a été réordonnée (Le monde de la prière 127).

7 -  Lorsque le Créateur se promène dans le paradis, il ne sépare pas de son éternité ; il donne à l’homme, de la manière qui lui plaît, le sentiment de la présence de l’éternité. Il dote l’homme de sens capables de percevoir sa voix et ses pas dans le jardin. Et quand le péché émousse cet instinct de la présence de Dieu, l’efface jusqu’à rendre possible une négation de Dieu, la durée éternelle reste inaltérée. Dieu vit invariablement en elle ; le pécheur ne peut en aucune manière le chasser de son temps. Le temps de Dieu appartient à Dieu. Avec le péché, l’écart entre Dieu et l’homme devint béant, l’homme se cacha lui-même de Dieu, il chercha à se couvrir de feuilles. Mais Dieu ne permit pas cet échappatoire ; il alla chercher l’homme dans sa cachette. Telles est désormais l’histoire entre Dieu et l’homme : chaque nouvelle tentative de l’homme pour se cacher de Dieu se voit devancée par la présence de Dieu qui le trouve (Cf. Les portes de la vie éternelle 90-91).

8 – Confesser un péché, c’est demander au Seigneur l’assurance qu’il le connaît et qu’il l'a bien jeté en enfer (NB 3,123-124).

9 – La patience traduit dans la vie quotidienne le don de soi à Dieu dans la foi. Patience pour soi, pour la communauté, pour l’Église qui n’est peut-être plus l’Église qui vient de naître des mains du Seigneur. Patience avec notre Église telle qu’elle est : divisée en sectes et en tendances, et cependant avec sa prétention à une valeur catholique absolue. L’accomplissement d’aujourd’hui ne correspond peut-être pas à ce qu’on aurait attendu. Le chrétien se trouve situé entre la patience et l’impatience. Impossible pour le chrétien de se reposer sur une patience qui lui serait donnée une fois pour toutes (Sur Jc 1,12. Die katholischen Briefe I,51-52).

 

2e dimanche de l'Avent C (Ba 5,1-9; Ph 1,4-6.8-11; Lc 3,1-6)

1 - L'évangile nous donne des indications historiques et temporelles détaillées sur le moment où l'événement décisif du salut a commencé. La véritable gloire annoncée à Jérusalem dans la première lecture est la venue du Christ proclamée par Jean-Baptiste. Pourtant cette gloire ne sera pas une splendeur terrestre mais ce que l’évangile de Jean désignera comme la gloire visible aux yeux du croyant : la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Celui-ci finalement est la route droite - "Je suis le Chemin" – sur laquelle Dieu vient à nous. Avec la venue de Jésus, nous ne sommes pas simplement au but. Aucun chrétien ne doit se mettre au repos prématurément. Le chemin à préparer, qui fut annoncé par jean-Baptiste, est maintenant devenu le "Chemin" que le Seigneur est lui-même, le Seigneur qui est prêt à nous emporter avec lui (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 11-12).

2Je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important (Ph 1,10). La connaissance que Paul demande est une connaissance pratique. Elle est bien connaissance de Dieu et des choses de Dieu, mais elle doit permettre aux hommes de discerner le meilleur. La connaissance de Dieu doit devenir la connaissance du chemin propre à chacun, celui qui est demandé par Dieu. Dans cette connaissance il n'y a aucune perte de soi-même dans les mystères toujours plus profonds de Dieu, aucune volonté prématurée de pénétrer ce qu'il dissimule encore ; elle doit plutôt être une connaissance de la mission, qui dégage l'essentiel de ce qui est voulu par Dieu. Plus l'homme vit proche de Dieu, plus il est capable, par la grâce de Dieu, de discerner les chemins que Dieu lui propose (Au service de la joie. Méditations sur l'épître aux Philippiens 14).

3 – L’amour est vraiment toujours inquiet. Même l’amour brûlant entre deux personnes est toujours inquiet. On pense que cette inquiétude pourra cesser plus tard, que viendra un temps où l’amour sera grand et paisible et que le feu deviendra lumière. Cela existe certes, mais seulement avec une sorte d’accoutumance. Mais dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain qui vient de Dieu, il n’y a jamais une telle accoutumance. C’est pourquoi il reste toujours inquiet et brûlant (NB 8,376).

4 – Quiconque se met en marche vers l’Église possède déjà un soupçon (au moins) de foi, d’amour et d’espérance (Sur 2 Jn 1. Die Johannesbriefe 255-256).

 

3e dimanche de l'Avent A (Is 35,1-6.10; Jc 5,7-10 ; Mt 11,2-11)

1Es-tu celui qui doit venir ? Cela fait partie du martyre futur de Jean-Baptiste qu’il doive, dans sa prison, traverser cette obscurité qui lui est imposée par Dieu. Il attendait un homme puissant, baptisant dans l'Esprit et le feu. Et voici que vient cet homme doux qui n'éteint pas la flamme vacillante. Jésus calme son inquiétude en lui montrant que la prophétie s'accomplit en lui : en miracles discrets qui activent en même temps la foi confiante : "Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute". Le désert (de la première lecture) est le monde que Dieu n'a pas encore visité, mais maintenant Dieu vient. L'homme est aveugle, sourd, boiteux, muet, tant que Dieu ne l'a pas visité, mais maintenant les sens s'ouvrent et les membres se délient. Ceux qui s'étaient détournés du Dieu vivant sont libérés de la mort spirituelle, ils renaissent à la vraie vie. On n'est pas ici dans la magie. La venue du Seigneur est proche, mais il ne faut rien précipiter artificiellement ; il faut laisser venir sur soi dans la foi tout ce qui est disposé par Dieu. Savoir que le Juge se tient aux portes ne nous autorise pas à ouvrir violemment. Voir la patience de Marie dans son Avent. La femme enceinte ne peut ni ne doit rien précipiter. L’Église aussi est enceinte, mais quand sera venu pour elle le temps d'enfanter, elle ne le sait pas (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 13-14).

2 – Le croyant agit, il accomplit sa part de l’œuvre que Dieu lui a confiée et il laisse à Dieu la part qui lui revient. Le croyant voit les fruits mûrs, il n’en voit qu’une partie, il n’a pas besoin de tout savoir, il laisse à Dieu le soin de ce qu’il ne connaît pas (Sur Jc 5,7. Die katholischen briefe I,220-221). 

 

3e dimanche de l'Avent B (Is 61,1-2.10-11; 1 Th 5,16-24; Jn 1,6-8.19-28)

1 - Le témoin prédestiné reçoit de Dieu une mission précise, directe et personnelle. Et une partie de celle-ci consiste déjà à mener l'existence du témoin particulier qui met toute sa vie personnelle au service de son témoignage. Il s'engage devant Dieu à se sacrifier sans partage à sa mission. Et il le fait avant même d'en connaître l'objet, objet qu'il ne connaîtra d'ailleurs jamais définitivement. Il doit plutôt jour après jour se montrer attentif, car il se peut toujours  que subitement et sans raison apparente, cet objet varie, suive un cours différent, se transforme peut-être en son contraire. Même au cours de sa réalisation, le véritable contenu de la mission échappe au témoin, et il en a encore bien moins le contrôle. Il doit constamment être prêt à tout. Il n'a aucun repos dans la mission, car celle-ci jaillit du plus vivant en Dieu (Sur Jn 1,6-8. Jean. Le Verbe se fait chair I,80).

2 - Tant que le Seigneur n'est pas venu (de sa deuxième venue, glorieuse), nous vivons dans un état de pauvreté fondamentale, mais celle-ci porte déjà en elle des signes de la plénitude débordante qui vient. Nous qui n'avons pas encore vu Dieu, nous vivons pourtant de lui parce que lui nous voit, et nous vivons dans l'espérance de le voir un jour comme il nous voit (Sur 1 Co 1,7. Cf. Première épître aux Corinthiens I,20).

3 - Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas. Jean-Baptiste sait déjà qu'ils ne comprendront pas.Il essaie de les faire avancer d'un pas. Il ne décrit pas cet inconnu. Qu'il vienne après Jean signifie aux yeux des Pharisiens qu'il a moins d’importance que celui qui le précède. Jean aurait pu dire : je ne suis pas digne de lui être comparé. Mais il ne parle que des courroies de ses sandales. Il sait qu'aucune description de l’ami ne saurait le faire connaître, si celui à qui on le décrit n'a pas l'amour. C'est pourquoi il révèle l'ami tout en le protégeant. Toutefois il le révèle, se tenant lui-même à distance parfaite du Seigneur, ne se vantant nullement de son intimité avec lui. De même l’œuvre de l'Eglise contient bien des révélations qui ne s'expriment pas en paroles (Sur Jn 1,26-28. Cf. Jean. Le Verbe se fait chair II,10-11).

4 – Nous attendons Dieu non pas dans la crainte et le tremblement, mais dans la joie. Puisque Dieu a répandu son Esprit Saint dans nos cœurs, celui-ci peut nous transformer de l'intérieur. Le Dieu qui nous a créés n'est pas loin de notre fond le plus intime, ni étranger à lui ; il détient la clef de notre profondeur la plus secrète ; nous ne remarquerons peut-être qu'avec le temps qu'il est depuis longtemps à l’œuvre en nous (Cf. HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 11).

5 – Jean-Baptiste atteste la lumière, il ne se prend pas lui-même pour la lumière. Plus un homme se rapproche de Dieu pour témoigner en sa faveur, plus il voit clairement la distance qui sépare Dieu de la créature. Plus il abandonne à Dieu tout l'espace en lui, plus il devient un simple instrument de Dieu, "une voix qui crie dans le désert". Jésus placera un jour Jean-Baptiste au-dessus de tous les prophètes; Jean-Baptiste, lui, se sent indigne de défaire la courroie de sa sandale. Saint Augustin disait: "Tu peux m'appeler ami, je me déclare serviteur" (Cf. Ibid. 12).

6Priez sans relâche. L’homme prie, il bredouille quelques paroles. Peut-être sait-il exactement ce qu’il veut et l’exprime-t-il de manière abrupte et vigoureuse. Peut-être se sent-il si petit et indigne devant la majesté de Dieu qu’il ne sait pas dire ce qui remplit son cœur, qu’il a recours aux prières composées par l’Église, en balbutie une ou la récite de toute son énergie. Peut-être prie-t-il par devoir et sent-il par après libéré d’une obligation. Peut-être prie-t-il comme il fait un beau travail, avec la crainte de changer quoi que ce soit aux paroles, avec le sentiment qu’il doit maintenir ses demandes invariablement toute sa vie durant. Peut-être s’est-il mis plusieurs fois à prier et n’en est pas plus avancé, saisi qu’il est finalement par son indignité et son incapacité, à tel point qu’il ne prononce rien d’autre que des oraisons jaculatoires ou un soupir : « Tu vois bien comment je suis, tu sais bien ce dont j’ai besoin... » Ou bien est-il frappé d’une telle grâce qu’il bredouille son merci et s’offre comme il peut. Toutes ces prières et bien d’autres encore forment ensemble un image bigarrée. Cependant toutes ces prières forment ensemble une seule réalité aux yeux de Dieu et qui, dans la prière de l’Église, s’agrège pour former une unité (L’expérience de la prière 53-54).

7 – Il y a des moments où l’on prie sans effort, où des pensées du monde l’on revient facilement à la prière, où l’on s’éveille en priant, où l’en s’endort en priant parce que, entre les conversations qu’on a avec les hommes, l’a prière s’établit d’elle-même comme l’air ambiant. Sans que l’on fasse quoi que ce soit pour qu’il en soit ainsi… Elle est là, tout simplement. Il suffit de se trouver là où elle est. La prière est comme un livre ouvert dont on reprend la lecture après une interruption ; point n’est besoin de signet, il n’y faut aucun effort. Pas plus qu’on ne remarque comment l’air remplit à nouveau la place qu’occupait un visiteur, un instant plus tôt, on ne réfléchit pas au geste que l’on fait pour reprendre la prière (Ibid. 124).

8Priez sans relâche. Là où l’homme, cherchant vraiment Dieu, demeure près de lui, l’adore en le connaissant, là son âme trouve la quiétude (En Dieu seul est le repos pour âme Ps 62,2). Tout mouvement vers Dieu, ainsi que tout mouvement de Dieu vers l’homme, se fait dans le repos ; c’est un mouvement dans la quiétude, laquelle signifie pour l’homme adoration, mise au repos de son désir, de sa volonté, de sa recherche. Sa recherche se révèle une volonté d’être trouvé par Dieu. L’âme ainsi se retrouve là où elle a sa place : dans la quiétude de Dieu . C’est le plus haut état de la prière, c’est être pris en charge par lui. De Dieu vient le secours (Ps 62) : et c’est précisément ce dont l’âme a besoin et qui est la quiétude de Dieu. Dans ce secours, l’homme trouve une aide pour toute nécessité. Dieu est une assurance puissante et un dernier refuge (Cf. Dix-huit psaumes 155-156).

9 – Le saint est celui qui, sérieusement, ne vit qu’en Dieu, qui n’aspire qu’à Dieu, qui, dans tout ce qu’il fait, cherche Dieu et s’efforce de se tenir devant lui. Il sait que, par sa propre force, il ne peut rien ; c’est pourquoi il voudrait tout faire par la force de Dieu, de sorte qu’il ne fasse rien d’autre que ce que veut Dieu et ne réclame rien de plus et rien de moins que la force de Dieu, que ce que Dieu veut lui donner. Son désir de vivre uniquement de la force de Dieu ne l’amène pas à réclamer cette force exagérément et de façon indiscrète ; il a l’humilité de ne vouloir demander que ce que Dieu veut lui accorder. Dans sa prière, il cherche à comprendre de Dieu tout ce que Dieu veut lui montrer (Le monde de la prière 195).

10 – Toute prière humaine, même la plus connue, la plus récitée, même le Notre Père, renferme chaque fois la possibilité d’être parfaitement nouvelle. Dieu peut partir de très loin avec celui qui prie et faire que tout débouche subitement au centre. Ainsi, un chrétien peut aimer une prière particulière et c’est tout à fait en ordre s’il sait, au moins, qu’à partir de là, il doit chercher et trouver le tout et, de n’importe quel autre chemin particulier, on peut également trouver le centre. La "petite voie" de sainte Thérèse est particulièrement féconde ici, parce qu’elle part de n’importe quelle particularité, de choses qui paraissent presque sans valeur et, pourtant, renferment tout pour celui qui aime ; rien n’est superficiel parce que tout renvoie à la profondeur (Ibid. 220).

11Priez sans relâche. Prière du soir. Tes fidèles, Seigneur, voient la nuit qui descend ; ils ont achevé leur journée de travail, donne-leur le repos. Un repos qui vienne de toi, un repos qui leur ôte le fardeau du jour, les soucis et l’angoisse, et les rende frais et dispos. Donne-leur de bonnes pensées et une prière féconde. Fais-leur sentir que tu es proche, fais-leur sentir que tu es bon. Laisse-les s’endormir en pensant à toi. Et quand ils se réveilleront, qu’ils sachent que tu étais auprès d’eux, que tu ne vas pas les abandonner, mais les aider. Reste auprès de ceux qui dorment, et de ceux qui ne peuvent pas dormir ; et s’ils ne peuvent pas dormir parce que les soucis les tourmentent, allège leurs soucis. Et s’ils ne dorment pas parce qu’ils souffrent, montre-leur le sens que tu as donné toi-même à la souffrance, afin qu’ils sentent ta présence à travers les douleurs qu’ils ont à endurer. Et ceux qui meurent en cette nuit, accueille-les avec miséricorde, oublie leurs péchés, offre-leur une vie nouvelle, une vie qui n’a pas de fin. Et laisse l’Esprit Saint souffler à travers le monde, pour qu’il se convertisse et que tu puisses ramener au Père sa création rachetée et achevée. Amen (Cf. Sur la terre comme au ciel 18-20).

12 – La prière, c’est, dans la foi, un échange vivant entre Dieu et l’homme. Dieu est toujours disponible, toute prière le trouve toujours disponible. Celui qui prie sait que cette disponibilité existe, que le royaume de la prière reste continuellement ouvert. L’homme peut refuser la prière comme il peut refuser la nourriture. L’âme sans la prière qui lui procure le pain de Dieu est pareille au corps qui meurt faute d’aliments. Dieu ne claque jamais la porte au nez de celui qui frappe. Celui qui possède une maison paternelle mais n’y va jamais ne peut prétendre être orphelin (HUvB, AvS et sa mission théologique 286).

13 - Il ne faut pas penser que toute prière doive aller jusqu’à son terme (ce qui ne doit pas être une invitation à la négligence). Un père tient tient dans ses bras son fils tout petit ; il prie avec lui et, pendant qu’il prie, l’enfant s’endort ; le père ne va pas réveiller l’enfant, il va même trouver qu’il est beau de pouvoir s’endormir en priant, avec sa dernière pensée pour Dieu (NB 10,2051).

14 – Le Seigneur eucharistique serait plus pauvre si nous ne recevions pas son eucharistie. L’Église aussi serait plus pauvre si ne s’éveillaient en elle des prières qui ne s’arrêtent pas à des demandes ponctuelles et à leur exaucement, mais vont à Dieu bien au-delà (comme le fait toute vraie prière) et retournent avec leur surplus dans le trésor du Seigneur et de l’Eglise (Kostet und seht 184-185).

15 – La même prière répétée à l’infini ne devient jamais ennuyeuse parce qu’elle est un entretien avec Dieu qui ne pourra jamais ennuyer et dont la parole est toujours neuve, même quand elle résonne de façon tout à fait pareille. Celui qui prie ne perd jamais son temps (HUvB, AvS et sa mission théologique 385).

 

3e dimanche de l'Avent C (So 3,14-18; Ph 4,4-7; Lc 3,10-18)

1 – L'Evangile décrit l'enseignement du Baptiste à ceux qui veulent commencer une vie nouvelle. Dans les réponses que Jean donne à ceux qui sont disposés à la pénitence, il se manifeste que le commandement radical de l'amour de Jésus était déjà parfaitement préparé dans l'ancienne Alliance et pouvait même apparaître clairement à toute conscience non pervertie. Le Messie à venir apporte un tout autre moyen de purification : l'Esprit Saint, qui nous montrera nos péchés à partir de Dieu, et qui peut les consumer avec son feu. Pour le croyant, l'Avent n'est pas un temps d'hésitation entre la crainte et l'espoir, car la venue annoncée du Seigneur est certaine. La fête commencera avec certitude. De nous, il est seulement demandé que nous ne laissions pas nos mains défaillir dans l'incroyance ou la méfiance, nous demandant si Dieu tiendra sa promesse. La deuxième lecture va jusqu'à l'interdiction de se faire du souci pour quoi que ce soit. Il est interdit de penser que notre espérance pourrait être vaine. Mais le regard anticipé et joyeux sur la venue prochaine du Seigneur exige aussi que cette joie soit vérifiée dans l'amour fraternel de la communauté dont la bon,té doit être reconnue aussi des non-chrétiens (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 13-14).

2Soyez toujours dans la joie du Seigneur (Ph 4,4). C'est une joie qui fait tout éclater parce qu'elle est divine ; elle provient de Dieu et retourne à Dieu. C'est la joie du Fils qui vit toute sa mission pour le Père, c'est la joie du Père qui peut confier sa mission au Fils, c'est la joie de l'Esprit qui procède du Père et du Fils pour se communiquer à eux dans l'amour et qui comble aussi les hommes. Paul possède cette joie, mais comme quelque chose qui doit le traverser pour être communiqué aux autres, pour offrir aux autres la certitude de son authenticité. La joie qui est authentique dans le Seigneur, rien ne doit pouvoir l'interrompre. Elle est comme un cadeau qui s'ajoute à la foi, un nouveau lien avec Dieu, encourageant et renforçant la mission (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l'épître aux Philippiens 131-132).

3 - Le Fils de Dieu doit apprendre à l’humanité à "danser" devant le Père (NB 11,19).

4 – Marcher dans le Seigneur, c’est adapter notre vie à lui, d’où le sacrifice du renoncement à ce qui nous est propre et, avec le temps, joie aussi pour ce renoncement. La joie devient la tonalité de toute la vie, même la souffrance y est incluse. Les petites décisions de la vie de tous les jours sont marquées et transformées par cette joie. On renonce volontiers, joyeusement, si cela correspond au Seigneur. Tout le travail devient service, tout le service devient marcher avec Dieu (Sur 1 J 2,7. Die Johannesbriefe 44).

 

4e dimanche de l'Avent A (Is 7,10-16; Rm 1,1-7; Mt 1,18-24)

1 - La Mère sait comment accueillir les mystères de Dieu. Ce n'est que dans la distance d'un profond respect, de l'adoration, de la révérence aimante et en leur offrant un abri qu'il est possible de voir les choses de Dieu. On ne peut pas, comme quelqu'un fait de l'histoire ou de la science, se les approprier sans préparation. L'air des mystères célestes leur est tellement inhérent qu'ils ne sont perceptibles que dans une atmosphère de prière et de contemplation. Or la Mère, par son silence et sa méditation, crée cette atmosphère qui seule nous permet de recevoir avec fruit les mystères du Seigneur... - C'est pourquoi les chrétiens ne trouvent le véritable accès au monde intérieur du Fils que dans ce silence effacé du cœur de Marie. Les prières mariales : neuvaines, litanies, rosaire, sont précisément des prières qui appellent et créent le calme, la distance et le temps. Toutes, elles exercent à la contemplation de la Mère qui conduit à celle du Fils (La Servante du Seigneur, éd. 1989, 93-94).

2 - En face de Dieu, elle oublie toute prudence parce que l'immensité des plans divins s'ouvrent devant ses yeux. Non seulement elle veut ce que Dieu veut, mais elle lui confie encore son oui pour qu'il en dispose, le façonne et le transforme. En disant oui, elle n'a aucun souhait, aucune préférence, aucun désir dont il faudrait tenir compte. Elle ne passe pas de contrat avec Dieu; elle souhaite seulement être acceptée dans la grâce, comme elle a été désirée dans la grâce. Dieu seul doit administrer son oui.- Si c'est Dieu qui se penche vers elle, sa réponse ne peut être qu'abandon dans une obéissance aveugle. Elle ignore tout calcul, toute garantie, ne manifeste pas la moindre réserve; elle ne sait qu'une chose : son rôle est celui de la servante qui, humblement, prend tellement la dernière place qu'elle préfère toujours ce qui lui est offert, ne cherche jamais à provoquer elle-même quoi que ce soit, ne prépare ni ne dirige la volonté et les désirs de Dieu (Ibid. 11-12).

3 – Voici enfin Marie dans l'évangile, Marie, porte par laquelle Dieu veut entrer dans le monde. Elle se trouva enceinte avant même d'avoir habité avec l'homme à qui elle avait été accordée en mariage. Elle est le vase du silence, ce n'est pas à elle de percer l'événement sans paroles qui s'est passé entre elle et l'Esprit Saint. Joseph, dans la maison duquel elle n'habite pas encore, le remarque. Comment d'autres ne l'auraient-ils pas remarqué aussi ? Inévitablement on bavarde à son sujet : mais elle ne veut et ne peut rien faire pour qu'on se taise. Les gens, note l’évangile, seront unanimes à considérer l'enfant comme celui de Joseph. Mais il y a quelque chose d’étrange avec cet enfant. Dieu a le temps : c'est des dizaines d'années plus tard que les évangiles jetteront la lumière sur le mystère. Joseph tout d'abord n'est pas éclairé lui non plus ; il est profondément troublé ; comment pourrait-il concevoir l'idée que dans sa fiancée c'est Dieu lui-même qui vient ? Au silence de Marie correspond son plan de la renvoyer en silence. Mais en agissant ainsi, il la livrerait pourtant à l'infamie. C'est assez tard qu'il est éclairé et invité à prendre Marie chez lui. Dieu a le temps (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 15).

4 - Sans s’être jamais douté de rien, Joseph s’aperçoit que sa fiancée est enceinte. Et il ne peut faire autrement que de douter. Il ne soupçonne pas Marie. Il a simplement découvert que sa fiancée attend un enfant. Sa connaissance des faits est purement objective : il y a là une fiancée qui attend un enfant. Il ne songe pas à se fâcher contre elle. Il ne permet pas à ses propres pensées d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la conclusion apparemment inévitable. La Mère, elle, se tait car ce secret qu’elle détient, elle le partage directement avec Dieu. Elle comprend que c’est un secret de l’Église naissante tout entière et qu’elle ne peut donc en disposer. Il n’y a en lui, tel qu’il est maintenant, rien qui soit propre à être communiqué à Joseph. A la synagogue on ne l’aurait pas crue si elle s’était donnée pour la mère du Messie. Marie donne naissance à l’Église en enfantant le Fils. Elle ne sera reçue de l’Église qu’une fois que tout aura été accompli dans le silence. Son secret est donc incommunicable ; elle se tait et son silence croît avec l’enfant (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 76-77).

5 – Le prêtre. Beaucoup de mots sont mis sur ses lèvres par l’Église : pour la messe, pour le bréviaire, pour les sacrements ; pour d’autres mots, il doit dire ceux que l’Esprit Saint lui inspire, des mots qu’au fond l’Esprit invente pour lui, et le prêtre ne doit pas s’en défendre. Il n’est pas seulement un serviteur de l’Église ; par son don de lui-même à Dieu, par son oui au service sacerdotal néotestamentaire, il est devenu un serviteur personnel de Dieu. Il est obligé vis-à-vis de Dieu tout autant que vis-à-vis de l’Église. Aussi doit-il garder toujours éveillée sa joie dans la foi, l’espérance et l’amour pour recevoir l’Esprit comme un croyant vivant, comme un espérant vivant, comme un aimant vivant, et être transparent à Dieu et aux hommes ; il doit avoir renoncé totalement à lui-même pour vivre à la suite du Christ véritablement et sans partage, le Christ qui s’est livré à Dieu et au monde dans son obéissance humano-divine et sa prière incessante. Comme le Fils a pris l’Esprit comme règle, il doit aussi reconnaître le Fils et l’Esprit comme règle de son existence pour qu’en accomplissant ainsi la volonté du Père, il transmette à la communauté la parole et la bénédiction de Dieu (NB 6,492).

 

4e dimanche de l'Avent B (2 S 7,1-5.8-11.16; Rm 16,25-27; Lc 1,26-38)

1 - La femme enceinte sait qu'elle ne peut décider elle-même de l'heure de la naissance. Il y a en elle une loi qui la régit et à laquelle elle ne peut échapper. Marie n'est pas seulement soumise à cette loi de la vie qui vient, elle est aussi soumise à la loi divine. Elle doit se tenir sans cesse disponible avec son esprit tout entier comme avec son corps; elle doit toujours prêter attention à ce que son Fils lui inspire; après la naissance aussi elle sera toujours prête à accueillir le nouveau à l'heure même qui lui conviendra à lui (NB 6,148).

2 - Plus un homme est pur, plus il est proche des anges. Avant que Marie voie l'ange, elle vivait sans le savoir dans une très grande proximité des anges... Absence du péché et pureté rayonnante (NB 6,43).

3 – La jeune fille, accordée en mariage à un homme de la maison de David, est choisie par Dieu pour être un temple sans pareil. Son Fils, porté par l'Esprit dans son sein, établira sa demeure en elle, et tout son être servira à l'édification de son Fils en un homme achevé. Le travail de Dieu ne commence pas seulement au moment de l'Annonciation, mais dès le premier moment de l'existence de Marie. Par son immaculée conception, Dieu a commencé à œuvrer à son temple : c'est seulement parce qu'il la rend capable de dire un oui sans réserve qu'il peut y établir sa demeure. Jamais le Fils n'oubliera ce qu'il doit à la sainte demeure qu'est sa mère. La maternité de Marie est tellement impérissable que, de la croix, il la désignera comme la mère de son Église. Le temple que Dieu construit ne s'achèvera que lorsque toutes les nations auront été amenées à l'obéissance de la foi, c'est ce qu'annonce la fin de l'épître aux Romains. L'évangile ne se limite pas à l’Église, il concerne le monde dans sa totalité (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 13-14).

4L’obéissance de la foi (Rm 16,26). L’obéissance a une portée universelle, car l’obéissance du Christ et son œuvre rédemptrice visent le monde tout entier ; c’est celui-ci qu’il faut ramener au Père. Ainsi aucun acte d’obéissance envers le Fils n’est-il perdu, le Fils les rassemble tous et leur confère la plénitude de leur portée véritable. Si tout est créé en vue de lui, tout acte d’obéissance dans le monde est orienté vers le sens trinitaire caché de l’obéissance. Celui qui est appelé à obéir est invité par le Fils à partager son intimité avec le Père et l’Esprit. Si un chrétien de longue date devait raconter sa vie dans le Seigneur, il décrirait certainement (même s’il ne le faisait pas explicitement) une voie d’obéissance et on constaterait que chaque fois qu’il s’est passé quelque chose de grand et d’heureux pour lui, ce fut toujours un fruit et un rayonnement de l’obéissance. Il n’y a que le non et le refus qui soient stériles. C’est cela qui écarte la lumière qui aurait éclairé et réchauffé. Chaque oui, par contre, même le plus hésitant, fait entrer une lumière et germer une semence, aujourd’hui ou peut-être bien plus tard, ici ou tout ailleurs. L’obéissance est toujours un acte d’espérance en vue de l’amour, un acte motivé et soutenu par la foi (Le livre de l’obéissance 32).

5 – C’est avant tout dans la prière que Marie ressentait l’ombre de l’Esprit sur elle au début de sa grossesse, sa prière est spécialement adressée au Saint-Esprit. Dans la prière au Saint-Esprit, elle vit la réalité de la croissance de l’Enfant en elle. L’Esprit, durant ce temps, a soin d’elle comme un époux, en lui procurant tout ce qui est nécessaire pour son état. Elle n’a pas à se faire de soucis exagérés, car l’Esprit lui inspirera ce qu’elle aura à faire, la protégera à cause de l’Enfant et fera en sorte qu’elle soit toujours à la hauteur de l’Enfant. Non pas avec le sentiment de suffire à la tâche, mais surtout avec celui de correspondre, qui est donné dans la prière. La grâce, pour elle, pèse toujours plus lourd par rapport à tout ce qu’elle pourrait faire (Cf. Le monde de la prière 91).

6 - Dès l’instant où Marie a dit oui à l’ange, la Mère attend une promesse qui est déjà accomplie. La plénitude est déjà en elle ; le Verbe de Dieu grandit en elle. Elle n’a pas vu l’Esprit qui, en représentant du Père, l’a couverte de son ombre. Elle n’a vu que l’ange qui lui a promis Dieu pour fils. Elle ne peut donc se représenter ce que sera l’enfant qui va naître. Elle ne peut le comparer au Père, comme les autres mères ont coutume de le faire. Elle ne peut pas regarder Joseph pour s’habituer à ce que sera son futur enfant. Personne n’a jamais vu le père de son enfant. Elle sait seulement que ce qu’elle sait du Père s’accomplira dans le Fils, et de façon infiniment plus parfaite que ce qu’elle, sa mère, peut se représenter et attendre (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 89-90).

7 - Après Pâques, l’Esprit Saint est envoyé par le Fils, mais pour l’Avent, c’est l’Esprit Saint qui apporte le Fils dans le monde (Cf. NB 6,404).

8 – L’Esprit Saint a formé la vie du Fils ; si nous le reconnaissons, il doit aussi devenir celui qui façonne notre vie. Confesser Jésus-Christ veut dire acquiescer à l’Esprit Saint (Sur 1 Jn 4,2. Die Johannesbriefe 150). 

9 – Pensée de Marie pendant sa grossesse : "Ce n’est plus moi qui vis, c’est l’Esprit qui vit en moi" (NB 6,122).

10 – Dans son destin de femme, de croyante, qui a dit oui, Marie se laisse faire pour devenir ce pour quoi Dieu a besoin d’elle : être la mère de son Fils (NB 10,2318).

 

4e dimanche de l'Avent C (Mi 5,1-4 ; He 10,5-10 ; Lc 1,39-45)

1 – Comme dernière préparation à Noël, l'évangile d’aujourd’hui raconte le voyage de Marie qui porte son enfant et va chez sa cousine Élisabeth. Ce n'est pas Marie qui fait connaître à celle-ci sa grossesse, mais l'Esprit Saint, qui fait tressaillir de joie l'enfant d'Elisabeth dans son sein. Le Baptiste a été choisi comme le précurseur. Tout l'Ancien Testament est destiné à être le précurseur, mais les hommes de l'ancienne Alliance n'avaient qu'une très pâle représentation de ce qu'ils attendaient comme salut dans l'avenir. Élisabeth, remplie de l'Esprit Saint, peut saluer la femme qui se tient devant elle comme celle qui possède la foi parfaite et en qui Dieu peut mener à son accomplissement sa longue promesse (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, 15-16).

2 - Par sa rencontre avec l’ange qui l’avait appelé pleine de grâce, Marie est devenue la médiatrice de la grâce. Où qu’elle passe avec son enfant, la grâce de l’enfant se répand dans le monde à travers elle. C’est l’enfant dans son sein qui lui donne la grâce de susciter la mission de Jean à travers sa mère. Il y a peu d’événements où l’on voie de façon aussi éclatante combien la grâce est toujours débordante et ne s’arrête jamais à un seul homme. De Jésus elle passe à Marie, de Marie à Élisabeth, d’Élisabeth à Jean, pour être déversée en lui plus abondamment que jamais. C’est l’obéissance qui montre, à Marie tout d’abord, comment elle doit administrer la grâce reçue : son obéissance fait qu’elle ne garde rien pour elle, de sorte que la grâce du Fils, passée entre les mains de Marie, n’a rien perdu de sa force ni de sa vigueur… Marie accompagne de sa grossesse le destin de chaque femme enceinte en faisant mûrir le fruit en elle par le fruit béni de ses propres entrailles (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 58-61).

3 – On peut éveiller chez quelqu’un quelque chose qui ne s’éveillera que plus tard. "Tu sais, un jour tu m’as dit ça et ça, et depuis, j’ai commencé une autre vie". C’est une part du mystère de la Visitation : Jean-Baptiste manifeste sa présence dans le sein de sa mère parce que Marie et jésus sont là. L’amour est créateur : il éveille dans les autres des choses pour la vie, des choses qui sommeillaient jusque là (NB 8,82).

4 – Marie qui devient mère. Les mots de sa prière sont comme pauvres, mais elle a le maintien de la reine des cieux et la dignité de celle qui attend. Incroyable dignité de la femme enceinte. Dieu ouvre notre indignité pour nous apprendre à vivre dans son attente et ainsi à devenir dignes. En s’abaissant à devenir celui qui est attendu dans le sein de sa mère, le Fils a donné à l’humanité une qualité nouvelle qui se trouve en toute attente dont Dieu se réserve l’accomplissement et qui peut être appelée alors le fruit de la prière. Car Marie attend ce qui est déjà en elle ; tous ceux qui espèrent chrétiennement attendent ce qui est déjà en eux : la parole de Dieu qui se fait chair, qui s’accomplit salon sa propre promesse (NB 6,119).

5 - Marie se réjouit d'aller voir sa cousine, d'être avec elle, de vivre avec elle dans une nouvelle lumière. Elle voit que sa vie à venir sera toujours plus lumière. Mais cela la chagrine de devoir mener avec son entourage une sorte de double vie. Le grand mystère est en elle, il la remplit d'un bonheur tout à fait supraterrestre. Mais elle ne peut pas demeurer dans sa contemplation de telle sorte que ce bonheur se maintienne sans discontinuer, car Dieu veut qu'elle vive en ce monde au milieu des hommes. La divergence est pour elle si sensible qu'elle l'accable; à certains moments tout lui semble irréel. Élisabeth est pour elle l'image d'une femme raisonnable, paisible, aimable. Elle se réjouit de se confier à elle. Et il lui semble que si elle pouvait parler avec sa cousine, la répartition de la lumière et de l'ombre serait plus juste. Non en ce sens qu'elle voudrait se débarrasser de ce qui est difficile ou être toujours dans la clarté; elle a offert à Dieu sa disponibilité et son don d'elle-même, et elle voudrait y demeurer aussi parfaitement que Dieu le souhaite. Élisabeth, pense-t-elle, pourra la conseiller, ensuite elle verra plus clairement son chemin. Non qu'elle voudrait y voir plus clair que Dieu ne l'a prévu. Elle voudrait seulement tout faire comme il le veut et elle est convaincue que sa rencontre correspondra tout à fait à la volonté de Dieu. Dès qu’Élisabeth aperçoit Marie, elle a une intuition. Marie sait alors qu'elle n'a pas besoin de parler de son secret, de ce qui lui est arrivé dans l'Esprit Saint. Elle parle de son attente et Élisabeth comprend que c'est l'attente du Sauveur qui vient de Dieu. En ce qui concerne l'origine de l'embryon, Élisabeth n'a aucune curiosité, elle ne pose pas de questions. Marie sait qu’Élisabeth sait exactement ce qu'il est juste et nécessaire qu'elle sache, et Marie en sait autant pour elle-même. Et ensuite les deux femmes connaissent le tressaillement de Jean dans le corps d’Élisabeth, et elles savent que leurs enfants sont unis l'un à l'autre en Dieu. Et qu'en tant que mères elles ont beaucoup de choses en commun et que ce qu'elles ont en commun se trouve en Dieu. Elles parlent ensemble de tout ce qui concerne leur meilleur don d'elles-mêmes, de leur obéissance plus profonde. Sans bavardages, dans une conversation paisible dont le fond est le désir d'obéir toujours mieux à Dieu (NB 1/2,38-40).

6 – Visitation : la conversation des deux femmes (Marie et Élisabeth) dans le Seigneur. Elles en ont besoin. Leur mission ne les empêche pas d’être naturelles. Elles s’appuient l’une sur l’autre, elles apprennent l’une de l’autre ; elles ne parlent pas d’elles-mêmes mais de ce que Dieu attend, de ce que leurs fils feront, de ce qu’elles doivent laisser faire (NB 10,2339).

 

Nativité du Seigneur ABC (Messe de la nuit : Is 9,1-6; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14. Messe de l'aurore : Is 62,11-12; Tt 3,4-7; Lc 2,15-20. Messe du jour : Is 52,7-10; He 1,1-6; Jn 1,1-18)

1 - Il n'est pas facile pour le Fils de devenir homme. Ce qui le lui rend plus facile est qu'il comprendra toutes choses comme volonté du Père, qu'il verra toutes choses de ce point de vue. En tant que Dieu, il n'a pas de vœu plus ardent que d'être homme comme le Père l'attend de lui. Et il voit que sa Mère aussi, en tant que sauvée, vit entièrement de ce vœu (NB 6, 140-141).

2 - Il s'est fait homme sans renier sa divinité, pourtant il n'a pas cru devoir s'attacher à elle, il l'a déposée auprès du Père et a pris délibérément la condition d'homme sans se plaindre continuellement de ce que tout est bien plus beau et plus confortable au ciel que sur la terre (Choisir un état de vie 92-93).

3 - Le Fils se choisit comme Mère l'être humain qui appartient entièrement à Dieu, dans lequel rien n'est opposé au Père. On pourrait en venir à penser que le Fils se facilite ainsi les choses. Qu'il se prépare un nid où chacun au fond se plairait. N'aurait-il pas mieux fait de choisir une pécheresse pour la convertir par sa venue? Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit à présent. Le choix de Marie implique la plus haute considération pour le Père : le Fils veut lui montrer que la créature que le Père avait en vue lors de la création existe réellement... Mais pour le Fils, il sera bien plus difficile d'emmener dans sa Passion celle qui est innocente, de se servir de sa pureté au point de l'intégrer dans l’œuvre de la Rédemption, de faire d'elle la corédemptrice. Il sera beaucoup plus difficile d'associer à tout  cela un être immaculé plutôt qu'un converti qui a tant à expier lui-même et qui sera heureux de porter ainsi quelque chose de la dette commune. L'immolation de la Mère est ici toute proche du massacre des saints innocents (Marie dans la rédemption 28-29).

4 - Jésus a été totalement homme. Il ne fut pas un enfant prodige. Marie a dû certainement aussi l'éduquer, comme le sont les autres enfants. Elle lui a appris à parler, à marcher, elle a dû laver ses couches. Il serait faux aussi de penser que, tout enfant, il a eu déjà pleine conscience de sa divinité et de sa mission. Ceci ne lui est advenu que lorsqu'il en a eu besoin, peut-être à douze ans dans le Temple, et puis sans doute aussi toujours plus souvent quand il a eu dix-huit, vingt ans. De même il était éveillé autant qu'un homme peut l'être. Sa jeunesse consistait à être purement enfant. Marie, par contre, en tant que mère, savait dès le début quelque chose du sacrifice, du moins qu'il aurait lieu, même si elle en ignorait le comment et le quand (NB 8,843).

5 - Même si l'homme... ne veut pas entendre la parole (de Dieu), cela ne change rien au fait que le fond de son être... se trouve impliqué dans un dialogue avec Dieu, qu'il le veuille ou non (Sur Jn 1,3. Jean. Le Verbe se fait chair I,34).

6 - Pour la vie divine, nous ne sommes ni ne restons indispensables. Mais le fait même que nous soyons superflus nous amène à comprendre sa surabondance. En nous oubliant, en ne tenant pas compte de nous-mêmes, nous rencontrons sa grâce. Dans la grâce, le problème du moi, et donc aussi celui de saisir Dieu, n'existent plus. Dieu ne veut pas que nous cherchions à le différencier et à le comprendre comme on étudie un objet terrestre. Il nous montre de lui ce qui nous comble, nous unifie et nous décante :  sa grâce. Et tant que l'homme se contente de ce que Dieu lui donne de sa propre vie, i lvit en Dieu et de Dieu, et toutes choses sont ce qu'elles doivent être. Il est  alors comme un amoureux, ravi lorsque celle qu'il aime lui accorde une heure par jour, et qui ne s’inquiète aucunement de ce qu'elle peut bien faire pendant les autres heures. C'est quand l'homme commence à calculer, à scruter au-delà de ce que Dieu lui donne, lorsqu'il tente de comprendre et de dépasser la vie qu'il a en Dieu, afin de percer le mystère de la vie éternelle, que le malheureux tombe hors de la vie. (Sur Jn 1,4a. Ibid. I,44-45).

7 - Lorsqu'une personne a perdu ce qu'elle avait de plus cher, ce pour quoi elle a uniquement et exclusivement vécu, un  vide infini se fait en son âme et, de ce vide, elle crie vers Dieu. Elle voudrait que Dieu le comble. Il se peut que de cette détresse réelle surgisse sur un chemin qui mène à Dieu, qu'un reconnaissance de Dieu devienne possible. Mais il se peut également que ce Dieu ainsi imploré ne soit qu'une compensation passagère, oubliée dès qu'un autre objet terrestre vient remplir le vide qui s'était créé. Dans ce cas aussi, le monde n'a pas reconnu Dieu. Chaque fois que Dieu n'est qu'une fonction de ce je d'ici-bas, il demeure inconnu, fût-il fonction du besoin religieux. Car l'homme peut s'inventer un Dieu qui apaise en lui ses besoins religieux, comme le pain apaise sa faim, ou un partenaire ses appétits sexuels. On paie à un tel Dieu une sorte de tribut, on lui assigne dans sa vie une place bien circonscrite et déterminée; il a le droit de combler le petit vide qu'on lui a préparé provisoirement et qu'on pourra éventuellement réduire encore. Accueillir Dieu ainsi, c'est en vérité ne pas le reconnaître (Sur Jn 1,10-11. Ibid. I,108-109).

8 - Lorsqu'une personne commence à croire et s'engage sur le chemin de l'amour, elle croit tout d'abord au nom du Seigneur. C'est le début... Le nom lui donne accès au mystère... Même si elle ne connaît pas encore la plénitude de l’amour, même si elle ne saisit pas du tout la portée du mot croire. Elle sent seulement que, par la foi, quelque chose est entré en elle, a pris possession d'elle, quelque chose qui ne cesse de devenir plus grand et plus riche; elle perçoit en elle cette croissance inconnue qui n'a pas de nom, ce Verbe devant qui toutes les portes s'ouvrent. Et soudain elle comprend qu'en lui elle possède le pouvoir suprême, un pouvoir sur Dieu. Le pouvoir de contraindre Dieu à la reconnaître comme son enfant. Le pouvoir qui transforme le croyant... en quelqu'un qui désormais exige aussi; qui, avec la liberté des enfants de Dieu, peut se présenter devant le Père, pour réclamer son droit et son héritage. Il y a des choses que dorénavant il est en notre pouvoir d'exiger catégoriquement de Dieu. Nous pouvons exiger qu'il transforme les pécheurs que nous sommes en ses enfants. Nous pouvons exiger qu'il nous donne son Esprit. Nous pouvons exiger qu'il nous rende capables d'accomplir sa volonté.  Nous pouvons exiger de vivre en son Fils. Nous pouvons exiger que  tout contribue à notre bien. Nous pouvons exiger la vie éternelle. Bien sûr, nous n'avons pas le droit d'exiger de Dieu des choses qui procèdent toujours de sa liberté; qu'il nous appelle au sacerdoce, qu'il nous accorde tel ou tel charisme particulier dans l’Église. Mais nous avons le droit d'exiger son amour et, à l'intérieur de cet amour, il ne peut rien nous refuser (Sur Jn 1,12. Ibid. I,119-120).

9 - Dieu a vécu parmi les hommes une vie humaine; il nous a mis humainement devant les yeux ce que veut dire mener une vie sur terre pour Dieu et en Dieu. Il l'a fait à l'intérieur des limites et des possibilités mises à la disposition de tous... Il est comme le fils d'un riche employeur, qui s'offrirait à habiter avec les plus pauvres ouvriers de son père, afin de vérifier si, avec ce salaire et dans ces conditions de vie, on peut réellement joindre les deux bouts...  Il vit chez nous dans les mêmes conditions que celles où nous devons vivre. Et il fournit la preuve que cela est possible :  que l'on est capable de mener une vie chrétienne parfaite en ce monde-ci, avec toutes ses limites, son obscurité, sa mort. Il nous montre que, dans le cercle fermé de cette existence, l'on peut vivre une vie parfaitement ouverte à Dieu, une vie où l'on attend tout de Dieu seul... Il accueille toute son existence comme un don de la Trinité (Sur Jn 1,14a. Ibid. I, 138-139).

10 - Être né de Dieu n'est pas un événement fait une fois pour toutes comme la naissance selon la chair. C'est un événement qui ne cesse de se réaliser ( Sur 1 Jn 3,10. Die Johannesbriefe 114).

11 - En s'incarnant, le Fils a accompli toute l'espérance de l'ancienne Alliance. Il est venu nous montrer que Dieu pouvait vivre parmi nous, comme nous-mêmes pourrons vivre dans l'éternité (Sur 1 Co 13,13. Première Épître de saint Paul aux Corinthiens II,141).

12 - Jésus-Christ : "Sa puissance est si grande qu'en tant que Dieu il peut se lier, se limiter lui-même comme homme" (NB 6,174).

13 - C'est pour Dieu un vrai travail que de se faire entendre sur terre et même de se faire homme. Nous sommes tellement endurcis et tellement sans intelligence qu'il doit pour ainsi dire intervenir avec violence pour briser notre endurcissement et notre manque d'intelligence par les paroles et les visions des prophètes. Cela demande à Dieu beaucoup de peine pour qu'il puisse enfin oser venir dans le monde (NB 9,1880).

14 – Pour l'acte central de l'histoire du monde, la providence de Dieu crée la constellation parfaite qu'il requiert. Le Messie doit dans l'évangile non seulement descendre par Joseph de la race de David, mais aussi naître dans la ville de David. C'est à quoi doit contribuer l'ordre de l'empereur à Rome. Le Messie doit naître comme un enfant, car ainsi le veut la prophétie : "Un enfant nous est né", et c'est seulement parce qu'il est enfant que "son règne sera grand". L'enfant doit naître dans la pauvreté du monde (ce n'est pas un hasard s'il n'y a pas de place à l'hôtellerie), pour partager dès le début sa pauvreté. Noël comme descente de Dieu dans la pauvreté, n'est que le prélude pour ce qui s'achèvera à la croix et à Pâques : non seulement la rédemption d’Israël, mais le salut de toute l'humanité. Comme le disent les Pères de l’Église : "Il a été fait homme pour pouvoir mourir" (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 19-20).

15 – Les bergers obéissent à l'indication de l'ange. Ils en reçoivent confirmation pour eux-mêmes, ils racontent ensuite ce qui leur est arrivé ; leur expérience personnelle devient une confirmation pour les autres qui n'avaient rien entendu de l'ange et du chant céleste de louange. Si nous faisons un peu attention dans notre vie chrétienne, nous verrons que ce n'est pas une simple foi qui nous est demandée, mais qu'il se présente sans cesse des preuves que la foi est vraie et que, dans la grisaille de notre vie quotidienne aussi, nous sommes sur le vrai chemin de Dieu. Ces preuves peuvent être légères et ne pas apparaître, c'est pourquoi celui qui s'attend à recevoir une preuve tangible méconnaît les signes de Dieu. Il devrait imiter Marie qui médite sur tout ce qui lui est arrivé (Cf. Ibid. 21).

16 – Dans le puissant prologue de saint Jean, toute la plénitude du plan divin du salut est déployée devant nous. Noël n'est pas un événement simplement intrahistorique, mais l'irruption de l'éternité dans le temps. De même, Pâques ne sera pas un événement simplement intrahistorique, mais le jaillissement du Ressuscité de l'histoire dans l'éternité. Le Fils unique de Dieu est venu dans le monde. Si tant d'hommes ne le connaissent pas et ne le reçoivent pas, à nous qui croyons et aimons, la grâce est donnée de le recevoir chez nous et, par lui, avec lui et en lui, "de devenir enfants de Dieu". Noël n'est pas seulement sa naissance, ce doit être aussi notre naissance, avec lui, de Dieu (Cf. Ibid. 23).

17 - A toute fête de Noël, la venue de Dieu dans le monde redevient actuelle. Les fêtes nous rappellent à nous, hommes oublieux, que l'avènement de Dieu dans l’histoire se réalise toujours maintenant. Le Seigneur reste sans cesse en train de venir. C'est précisément ce qu'il faut considérer pour sa venue eucharistique (Cf. Ibid. 24).

18 – Les textes de la messe de la veille au soir de Noël tournent autour du thème : le Sauveur promis d’Israël sera son roi. L'arbre généalogique des descendants de David finit à Joseph, l'époux de Marie, de laquelle provient le Messie. Pour les Juifs, est considéré comme le père légal celui qui reconnaît l'enfant. C'est ce que fait Joseph, sur l'indication de l'ange. Cela place Jésus dans la série royale, et les mages s'informeront sur "le roi des Juifs qui vient de naître" (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 15).

19 – Le Fils de Dieu paraît sur terre, petit enfant sans défense. Nous le voyons dans les bras de sa mère, et peut-être est-ce à cette vue que nous pressentons le mieux qu'il a vraiment voulu être un homme parmi nous. Qu'il a désiré qu'il en soit pour lui comme pour nous. Il va vivre sa vie, avec ce qu'elle a de particulier, et nous montrera cette vie particulière comme la réalisation de ce que le Père a promis de tout temps. Qui pourrait ne pas aimer un enfant, et à plus forte raison un enfant venant au monde dans de telles conditions et avec une telle destinée ! Nous pouvons nous représenter les enfants de bien des manières, et nous représenter Dieu aussi de bien des manières, mais ce ne sont pas nos représentations des uns et de l'autre qui se rencontrent ici, c'est l'enfant et Dieu. Dieu le Fils nous offre son amour pour que par cet amour et avec lui nous devenions des êtres aimant en vérité (Cf. L'amour 30-31).

20Dieu a parlé à nos Pères par les prophètes. Dieu se sert de voix et de paroles, et il choisit des hommes qui peuvent percevoir ces voix et ces paroles ; des hommes dont la relation avec Dieu est si vivante qu’elle devient une réalité sensible, qu’ils ne se sentent pas seulement comme des êtres pécheurs et loin de Dieu mais comme des êtres qui éprouvent la présence de Dieu, reçoivent dans la parole sa promesse. Ils sont des élus du Seigneur, mais ils doivent pouvoir répondre de cette élection devant les hommes ; transformer ce qui leur est confié en réalité vivante pour les autres ; transmettre ce qu’ils ont reçu et donner, aussi clairement que possible, aux autres une idée de l’obéissance qui les lie à Dieu, afin de les éduquer pareillement à l’obéissance (La face du Père 43).

21 – Par l’incarnation, le Père décide de conférer aux hommes eux-mêmes quelque chose de la foliation éternelle. C’est pourquoi le Fils se fait homme sans cesser d’être Dieu. Il habitera parmi nous et accomplira une mission qui est divine mais qui se réalise dans la chair humaine. Par cette entrée en scène et par la relation qui s’y rattache, la face du Père prend aux yeux des hommes une profondeur insoupçonnée. Maintenant les hommes prennent part dans la foi à la vision que le Fils possède du Père. Le Fils, qui habite en homme parmi les hommes, s’est donné pour but de les rapprocher du Père. Ce qu’il fera et souffrira dans ce but reste un mystère de son amour tout personnel, qui toujours remonte à son être d’envoyé du Père (Cf. Ibid. 56).

22Dieu a parlé à nos pères par les prophètes (He 1,1). Dieu se manifeste, Dieu parle, peut-être aussi à d’autres, mais en tout cas à moi. La façon dont sa parole est comprise par le voisin ne me regarde pas pour le moment. Dieu a choisi cette heure et cette occasion pour me rencontrer. Il a les moyens et le pouvoir de le faire de telle manière que l’homme ne peut se dérober… Lorsque le la croyant s’en aperçoit, il est le plus souvent tellement frappé qu’il reste là comme émerveillé… Le Tu de Dieu a une puissance telle que l’homme, indépendamment de ses faits et gestes, se trouve enveloppé par lui de toutes parts. Il n’y aura pas d’armistice avec Dieu. Il faut persévérer à cet endroit jusqu’à ce que l’on ait tout entendu. Dieu ne poursuit pas plus loin son chemin, il veut que maintenant on l’écoute, et l’homme doit être tout ouïe. Ce que Dieu a à dire tient en peu de mots ; il peut agir d’une seule parole qui se laisse ensuite déployer jusqu’à devenir tout un enseignement… Dieu est tellement proche de l’homme et le connaît si bien, qu’il sait exactement comment le prendre, comment se faire écouter, quelle est la parole qui le fera immanquablement réagir (L’homme devant Dieu 45-46).

23 – L’incarnation est un acte du Père. Il voit le Fils de toute éternité devant lui, avec tous les attributs de la divinité et de la toute-puissance. Et de toute éternité, étant l’omniscient, il sait, puisque les hommes sont irrévocablement perdus, qu’ils ne pourront être sauvés et ramenés que par un Dieu. Et considérant la divinité du Fils, il voit de toute éternité qu’elle répond à toutes les exigences pour opérer la rédemption. De sorte que le Fils lui apparaît comme porteur de la rédemption dès l’instant qu’il se tient devant le Père comme l’engendré, c’est-à-dire depuis l’éternité. Et, depuis l’éternité, le Fils partage ce savoir du Père : il sait qu’il le peut ; il le sait en reconnaissance et obligation envers le Père, et ce savoir est pour lui un don que lui fait le Père et qu’il peut offrir au Père en remerciement de sa divinité. Ainsi le Père sait de toute éternité que le Fils s’incarnera par amour pour lui et qu’en prenant la nature humaine, il ne perdra pas la nature divine, car l’humanité comme la divinité proviennent du Père. Il ne rejettera pas sa divinité en se faisant homme, , il ne perdra pas son humanité en retournant au ciel (Le monde de la prière 38-39).

24 - Dans une amitié, la relation fondamentale peut toujours être la même, mais on peut la"saisir" de manière différente. De même entre le Père et le Fils incarné (NB 6,199).

25 – Jamais l’homme ne pourra se faire une idée de ce que Dieu le Fils a laissé au ciel en devenant homme, à quel point il il s’est abaissé, ce à quoi il a renoncé pour venir dans le monde (NB 5,74).

26 – Jésus enfant. C’est si étrange d’adorer un enfant. Mais il est Dieu justement. On voit en lui ce que serait une parfaite ouverture, comment on pourrait être totalement ouvert à Dieu si on voulait (NB 10,2290).

27 – Le Père a permis au Fils de se mettre au service de son œuvre par l’incarnation. Bien que reposant encore dans le Père, le Fils a commencé à en sortir par les prophéties. Puis par sa vie dans le temps, il a voulu faire quelque chose qui nous rendit compréhensible sa vie éternelle. Le péché avait rendu pour nous abstrait et irréel tout ce qui ne pouvait pas être saisi par nos sens humains. Pour Jean, au début, la vie du Fils n’était pas différente de la vie des autres hommes. Et cependant c’était la vie qui était à l’origine auprès de Dieu. Le Fils est vie éternelle comme le Père l’est aussi. Sous un certain rapport, le Père s’est séparé de la Parole pour la manifester dans le monde comme vie éternelle. La révélation du Fils n’a été possible que parce que le Père s’est décidé à laisser partir la Parole qui était au commencement auprès de lui. Qu’il ait connu et souffert la mort ne prouve pas qu’il s’est séparé de sa propre vie éternelle ; au contraire, c’est par là qu’il a fait connaître sa vie éternelle ( (Sur 1 Jn 1,2. Die Johannesbriefe 9-10).

28 – Incarnation. Le Fils reçoit son corps comme une chose merveilleuse qui lui servira pour gagner les hommes pour le ciel. Il ne pense pas que ce corps n’est pas adapté aux mesures de son esprit. Au contraire, il donnera à ce corps humain la mesure de son esprit. Et il offre au Père son corps, également son âme qu’il a reçue de lui. Mais pour le moment, c’est le corps qui lui fait pour ainsi dire le plus d’impression. Et il expérimente avec son corps la sainteté du corps de sa mère, un corps qui prie, une mère qui prie, qui sans cesse aussi le porte au Père. C’est beau aussi qu’il prenne du temps avec son corps qui grandit aujourd’hui, comme hier et demain, d’une manière à peine perceptible selon les lois du devenir humain telles qu’elles furent établies par le Père. Il s’y adapte, il ne les fait pas éclater ; il fait sien le temps des hommes. Il demeure prêt à naître, à grandir, à devenir tout ce que les hommes sont. Tout recevoir de la main du Père, et faire jaillir sans cesse son étonnement en action de grâce (NB 10,2358).

 

Dimanche de la Sainte Famille ABC (Si 3,2-6.12-14; Col 3,12-21)

1 - Tout croyant... reçoit une mission de parole... Même pendant les moments de repos, de détente, de congé de la parole, il n'est pas permis de se griser de la musique de sa propre parole ou de mener une conversation pour le seul plaisir de parler. La responsabilité envers la parole ne connaît pas de pause, et pourtant elle n'est pas opposée à la gaieté et au repos de l'homme. Lorsque l'enfant Jésus joue avec sa Mère, il ne le fait pas par devoir mais par plaisir, et la Mère certainement aussi; toutefois même dans ce jeu, la parole demeure vivante, l'attitude d'ascèse, de foi, se maintient (Ils suivirent son appel 51-52).

2 Le Fils demeure Dieu bien qu’il se soit fait homme. Marie demeure tout à fait une personne humaine malgré la grâce qui l’a rachetée d’avance, mais elle suit son Fils le plus étroitement qu’il est possible. Avec son Fils, elle vit une vie d’échanges, elle donne et elle reçoit ; mais elle se trouve aussi placée devant le mystère de son Fils : il est engendré par le Père et il voit le Père. Quand Marie prie avec son enfant, elle emploie les mots qu'elle connaît, elle demande les choses qui lui semblent nécessaires, elle prie comme le fait une croyante; mais elle sait que son Fils, qui entend les paroles qu’elle prononce, les reprend et les présente au Père d'une manière qui la dépasse. Non seulement parce que le Père et l’Esprit Saint accueillent ces paroles du Fils, mais parce que la prière de son Fils, sa manière de parler avec le Père lui demeure inaccessible, cela fait partie du mystère trinitaire. D’une manière beaucoup plus profonde que tout croyant, Marie a conscience du caractère mystérieux de Dieu et du monde de Dieu sans qu’elle y soit introduite elle-même plus que le Fils ne le veut (Cf. NB 5,21-22)

3 - Le Fils est unique et nous venons immédiatement après lui, si nombreux que nous nous croyons innombrables, et pourtant nous sommes les fils dénombrés par Dieu malgré notre multitude (Sur Jn 1,18. Jean. Le Verbe se fait chair I,156).

4 - Le chrétien ne peut prendre ses distances vis-à-vis d'aucune des expressions de sa vie; tout doit le révéler comme chrétien. Ce qu'il dit ou fait doit faire savoir qu'il est conscient que Dieu est présent : Dieu le Fils, Dieu le Père qui peut être atteint par le Fils... Les croyants vivent en lui de sorte que, si le Seigneur habite en eux, ils annoncent sa présence par toute leur existence... L'existence appartient au service de sorte qu'ils n'entrent pas au service du Christ à certaines heures tandis qu'ils en gardent d'autres pour eux et pour le monde; ils sont simplement  là au nom du Seigneur… On n’a pas le droit de remercier pour certaines choses et pas pour d’autres. L’action de grâce provient de l’amour. Elle nous rend si proches de Dieu que nous recevons alors de lui un nouvel amour qui rend possible note vie chrétienne (Sur Col 3,17. Der Kolosserbrief 105).

5Vivez dans l’action de grâce. Dans la vie du croyant, tous les événements peuvent servir à enrichir la prière. Même ce qui est extérieur, ce que nos sens perçoivent quotidiennement peuvent toujours être rapporté à la vie de foi, être transformé en prière. L’idée que Dieu a créé le monde si beau, si attachant, si rempli de ressources nous mène naturellement à la prière d’action de grâce. Et, dans cette prière même, peuvent émerger bien des choses qui nous ont été jadis source de joie, des souvenirs qui sont, non pas des distractions mais des motifs d’approfondir notre action de grâce (L’expérience de la prière 51).

6 – Qui veut scruter de plus près la méditation de Marie remarquera avant tout qu’elle détourne d’elle l’attention ; et que, lorsqu’elle regarde son Enfant et le tient dans ses bras de maman, elle doit considérer en lui ce qui est plus loin, voilé, mystérieux. Pour autant, le Fils ne lui devient pas irréel, ni son humanité chose secondaire. A lui vont ses attentions et ses soins, mais en les référant à son être divin et à la divinité du Père et de l’Esprit. Ainsi un homme, un enfant est-il capable de lui ouvrir Dieu Trinité. Elle est vierge et mère ; elle est l’Épouse et l’Église ; elle éduque l’enfant, elle est l’aide de l’homme, elle accompagne le Seigneur jusqu’à la croix, elle est confiée à Jean. Tous ces événements, qui font partie de la dure mais belle réalité, sont pour elle autant de signes de ce qu’elle est : elle a une mission plus haute et elle doit vivre à la hauteur de cette mission (Cf. Ibid. 74-75).

7 – Marie et Joseph savent que la promesse s’est réalisée, qui est l’Enfant ; l’ange l’a dit à Marie et un songe l’a révélé à Joseph. Et maintenant c’est accompli : l’Enfant est là. Leur prière s’élève, à travers le Fils, jusqu’au Père tout-puissant. Le Fils en est le centre. Leur adoration va, à travers lui, jusqu’à Dieu. Sa présence dans la maison apporte dans leur vie quelque chose d’eucharistique. Dieu s’est fait chair et demeure parmi eux. Ils comprennent, à travers lui, bien des choses ; et le reste, ce qui demeure incompréhensible, se relie aux prières qu’auparavant ils adressaient dans la foi pour que le salut advienne. Ils atteignent maintenant le Père à travers le Fils (Cf. Ibid. 89).

8 – Les différentes structures sociales dans lesquelles une vie humaine est inscrite, exigent de chacun une insertion qui n’est pas très éloignée de la véritable obéissance. Dans la famille, il existe un ordre dont chaque membre doit tenir compte... Le travail à l’usine, au bureau, n’est pas possible sans une stricte obéissance, les horaires sont fixés, la nature du travail, la responsabilité à l’égard du patron, vis-à-vis du matériel, de l’objet à produire, du collaborateur : tout restreint la liberté du travailleur… Souvent celui qui tout le jour s’est éreinté à un poste très restreint, voudrait, en rentrant le soir à la maison, voir les rôles inversés : non seulement être libre, mais être patron, pouvoir imposer sa volonté à d’autres. Sa femme et ses enfants devraient obéir, ses voisins se régler sur lui. Il faut, dans ce cas, beaucoup de temps pour qu’il réalise que, si l’on a abusé de son obéissance dans son milieu de travail, cela ne lui donne pas le droit d’abuser de l’obéissance de ses semblables, et que, bien au contraire, il lui incombe de favoriser, par le juste usage de sa responsabilité, le bon ordre de l’obéissance dans son entourage (Le livre de l’obéissance 96-97).

9 – La paix unit un membre à l’autre. La paix se trouve en toute vertu, en tout élan vers la vertu, en toute prière, en toute décision de vie ; même là où le cœur doit être inquiet, même là où il hésite, où les difficultés s’accumulent, la paix est cependant toujours la marque de l’authenticité. Car elle vient du Seigneur et elle est sa paix qui est au-dessus de toute autre paix. Elle n’a rien à faire avec la tiédeur, car elle caractérise avant tout l’attitude du Fils vis-à-vis du Père, qui part dans la paix du Père pour accomplir sa mission, qui parcourt le chemin de la croix dans la paix avec le Père, qui meurt dans la paix avec lui, qui est ressuscité dans la paix. Et c’est exactement cette paix qui doit vivre dans le cœur des croyants. La paix fait partie pour les croyants de l’appel de Dieu. Le Seigneur est venu pour nous apporter sa paix. La paix est quelque chose d’essentiel, elle doit régner. Elle a une place suréminente. Et quand le chrétien regarde sa mission dans sa relation naturelle avec les choses du monde, il n’a pas le droit de soupirer, ni de mesurer sa faiblesse à la démesure du fardeau de sa tâche. Il doit être dans l’action de grâce comme un chrétien l’est après avoir communié, quand il a reçu le corps du Seigneur (Sur Col 3,15. Der Kolosserbrief 101-103).

10 – Quand on veut faire connaître le Seigneur Jésus à un enfant, on lui raconte des histoires tirées de l’Évangile et par là on éclaire sa propre vie. Il est indocile, on lui montre combien Jésus enfant était docile ; et parce qu’un enfant aime bien aimer et être aimé, il essaie de ne pas faire de peine à Jésus enfant. L’adulte qui éduque l’enfant doit en quelque sorte être animé par l’Esprit pour savoir comment présenter les choses. Pour l’enfant, l’Esprit demeure caché derrière le Christ enfant. En voyant comment Jésus se comporte, il apprend à connaître le bien qui convient à un jeune chrétien. Ainsi l’enfant est conduit aussi bien par le Seigneur que par l’Esprit Saint de celui qui l’éduque. Mais quand l’Esprit réclame pour lui l’enfant qui grandit, il y aura de vastes domaines où le Christ ne pourra plus être donné en exemple de manière aussi concrète ; les vérités deviennent "plus abstraites", et maintenant c’est l’Esprit d’abord qui conduit. Un étudiant chrétien qui voudrait devenir médecin a sans doute dans le Christ un certain modèle de vie, mais il a aussi devant lui une "idée" qui est formée et dominée par l’Esprit. Pas simplement dans un prolongement du Christ. Il y a des transpositions et de nouveaux domaines où l’Esprit intervient avec une certaine visibilité. Si un chrétien désire l’esprit d’enfance, il peut sans doute regarder Jésus enfant et considérer l’attitude du Fils à l’égard du Père ; mais il doit, ce faisant, se tourner aussi vers l’Esprit de connaissance qui n’est jamais totalement vident. Et on ne doit pas penser qu’on ne peut se tourner vers l‘Esprit que pour de "hautes mathématiques; il aide tout autant à affronter la vie quotidienne dans un sens chrétien (NB 6,435-436).

11 – Le chrétien ne doit pas soupirer, c’est-à-dire se plaindre (Sur Col 3,15. Der Kolosserbrief 102).

12 – Vous les enfants, obéissez à vos parents en tout, c’est cela qui plaît au Seigneur (Col 3,20). Il ne s’agit pas d’obéir pour obéir, mais d’obéir dans le Seigneur, même quand les enfants ne comprennent pas, parce que cela a un sens dans le Seigneur (Der Kolosserbrief).

13 – Quand un homme et une femme s’aiment, ils ne sont seulement deux moitiés qui se complètent pour se parfaire l’un l’autre, ils forment ensemble un espace où Dieu se répand. Leur amour humain est exposé à l’amour divin et ouvert à lui (HUvB, AvS et sa mission théologique 260).

14 – Certes il peut arriver à deux époux (ou à deux amis) quelque que chose de très heureux et, du point de vue humain, ce bonheur peut avoir en quelque sorte un caractère concluant. Mais en Dieu, ils ne sont pas seulement deux moitiés qui se complètent pour se parfaire l’un l’autre, ils forment ensemble un espace où Dieu se répand. Leur amour humain est exposé à l’amour divin et ouvert à lui (Ibid. 260).

15 – Se revêtir de ce que Dieu aime : compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience (Sur Col 3,12. Der Kolosserbrief 97).

16 – Nous sommes depuis toujours des élus de Dieu, destinés par lui à une place précise, et nous devons seulement veiller à nous y rendre. Naturellement nous pouvons pécher, nous avons la liberté de nous détourner de Dieu. Ne devrions-nous pas parler aussi de la liberté de nous tourner vers lui ? Et aussi de choisir efficacement ce qu’est la volonté de Dieu pour nous ? Il me semble qu’on devrait se contenter de dire : Dieu nous donne la grâce de regarder ce qu’il a choisi pour nous. Il n’y a qu’une seule chose que Dieu a choisie, tout le reste s’y ramène (NB 9,1953).

 

Dimanche de la Sainte Famille A (Mt 2,13-15.19-23)

1 – Ce qui est décrit dans l'évangile, c'est avant tout le dévouement du père (et indirectement aussi de la mère) pour le destin de l'enfant. Les instructions que Joseph reçoit de l'ange du Seigneur ont pour seul but le bien de l'enfant. Il n'est pas fait mention de la difficulté que ces recommandations comportent pour le père. Les ordres sont donnés de manière catégorique : "Lève-toi, prends l'enfant et sa mère (l'enfant est à la première place) et fuis en Égypte". Comment tu le feras, cela reste ta propre affaire ; que tu perdes ta place n'a aucune importance. Comment Joseph peut trouver son chemin en Égypte et gagner suffisamment pour sa famille, cela n'est pas dit. Ensuite il reçoit l'ordre du retour, uniquement de nouveau pour le bien de l'enfant. Le père nourricier est au service de l'enfant et de deux paroles prophétiques dont il ne devinait rien par avance. "Ce n'est pas aux enfants à thésauriser pour les parents, mais aux parents pour les enfants [2 Co 12,14] (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 25).

2Fuis en Égypte (Mt 2,13). En fuyant en Égypte avec l’Enfant, Marie suit la directive de Joseph qui lui-même avait reçu cet ordre. Le caractère totalement surnaturel de cette fuite ouvre les portes du ciel : si Joseph devait expliquer la raison pour laquelle il prend la fuite, il pourrait seulement dire qu’il a compris de manière évidente que Dieu voulait que les choses se passent ainsi ; mais il ne possède aucun critère qui lui permette de vérifier cette certitude. Marie le suit tout simplement ; il assume pour elle une responsabilité à laquelle elle se soumet. Mais elle ne suit ps seulement pour des raisons naturelles, elle suit parce que le oui donné à l’ange englobe cela aussi… Elle sait qu’elle est sous le regard du ciel, elle connaît la validité impérissable de son oui (L’homme devant Dieu 95).

3 La fuite en Égypte. Dans la prière de cette époque, il y a la prière familiale que Marie et Joseph récitent ensemble. Oralement. Une sorte de prière d’état, de leur situation à tous les trois : le père nourricier, la Mère et l’Enfant. Chez la Mère, cette prière est influencée par sa confiance en saint Joseph. Dans cette vie en commun, c’est une prière où elle prie Dieu de les bénir tous les trois, pour que l’Enfant soit vraiment à sa bonne place, dans les mains qu’il faut, et qu’il apprenne de Joseph et d’elle, comme homme et comme Dieu, ce qui l’attend. Cette prière qui semblait devoir se développer tranquillement est maintenant tout agitée par la fuite. Marie est à la fois rassurée et inquiète. Inquiète non pas pour ce qui la concerne, mais à cause de la menace qui a pesé sur l’Enfant et parce qu’elle doit s’en remettre à Joseph de ce qui, jusqu’ici, lui revenait. Elle a dit oui à l’ange et ainsi assumé une responsabilité. Mais le voyage, avec tout ce qu’il comporte d’inattendu et de subit, est à présent confié à Joseph. Et elle doit réapprendre à se confier à un être humain, après s’être confiée à l’ange, à l’Esprit, au Père et à l’Enfant. Ce destin inouï qu’elle a vécu dans la grossesse et la naissance est maintenant, durant cette fuite avec tous ses risques aux yeux des hommes, ramené dans le simple quotidien : elle doit se laisser conduire par saint Joseph en raison de la mission confiée à celui-ci (Cf. Le monde de la prière 94-95).

4 – A propos des saint innocents tués par Hérode. Si Hérode avait pensé avoir atteint le Messie par le premier enfant qu’il a fait massacrer, s’il l’avait atteint de fait, les autres meurtres n’auraient pas eu lieu. Il ne pouvait certes pas atteindre le Seigneur parce qu’aucun homme ne peut contrecarrer les desseins de Dieu. Mais les enfants meurent tous à la place du Seigneur. Dieu fait entrer ainsi leur mort dans la mort du fils. Le Fils ne pouvait pas mourir maintenant, les enfants ont donné leur vie pour lui, ils se trouvent en un lieu où plus tard le Fils se trouvera nécessairement. Les mesures de Dieu ne correspondent pas aux nôtres et le sacrifice du Fils est si grand que tout sacrifice trouve en lui sa place (NB 10,2156).

 

Dimanche de la Sainte Famille B (Si 3,2-6.12-14; Col 3,12-21; Lc 2,22-40)

1 - Vous, les enfants, obéissez à vos parents en tout. Il ne s'agit pas pour les enfants d'obéir pour obéir, mais d'obéir dans le Seigneur, même quand ils ne comprennent pas, parce que cela a un sens dans le Seigneur (Sur Col 3,20. Der Kolosserbrief 108).

2Le glaive dans l'âme de Marie. La mère cache le sacrifice de son don total à Dieu dans le voile épais de la cérémonie prescrite de purification. Arrive alors la prédiction : le glaive qui doit transpercer l'âme de la mère : elle sera introduite dans ce qui est plus grand, c'est-à-dire dans le destin de l'enfant ; elle ne devra pas seulement laisser partir l'enfant et par là le sacrifier, elle sera introduite avec lui, quand l'heure sera venue, dans ce sacrifice. La Sainte Famille n'est pas une idylle à Nazareth, elle a sa place entre le sacrifice du mont Moria (Abraham) et le sacrifice du Golgotha (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 24-25).

3 Marie est une jeune mère avec son enfant ; et sa maternité, l’enfance du Fils et toute la vie avec Joseph forment une heureuse unité, bien que régulièrement assombrie par des images du futur, de ce quelle en sait et pressent, sans être réellement troublée cependant, car elle sait également qu’elle doit se tourner vers le présent. Sans cesse elle doit prendre sa maternité au sérieux, être à l’égard de l’Enfant ce qu’une mère doit être. Durant les années de l’enfance, la famille joue un rôle particulier. Marie doit demander à Dieu le Père de lui donner l’Esprit pour qu’elle initie l’Enfant à sa vie humaine, comme peut le faire une mère digne. Sa prière est exempte de souci et pleine de joie et, devant le Fils aussi, elle se montre parfaitement spontanée. Dans sa prière, il y a beaucoup de remerciements. Parce qu’il lui est permis d’être mère, parce que tout est comme cela est. En priant, elle laisse Dieu disposer continuellement de son âme. Elle vit près d’une source. Et elle l’accepte comme une chose qui va de soi, comme le Fils a accepté son lait et sa sollicitude. C’est un échange humain, mais qui s’effectue en Dieu (Cf. Le monde de la prière 97-98).

4 – Une mère s’agenouille auprès du lit de son enfant et prie avec lui. L’enfant est encore si petit qu’il ne comprend rien. Il sait seulement que, journellement, la mère l’a pris dans ses bras, lui a joint ses petites mains et a dit ensuite quelque chose avec une certaine intonation. Cela s’est répété et fait partie à présent du quotidien. Et maintenant que l’enfant est un peu plus grand et se souvient mieux, si elle venait à omettre ou à changer quelque chose, alors, dans la conscience de l’enfant, le rite établi, l’habitude seraient entamés. Il a été introduit dans la prière, sans savoir ce que prier veut dire ; il sent seulement qu’il s’y passe quelque chose d’autre que d’habitude et comme produit par l’amour de sa mère, que cela fait partie de son amour (Ibid. 111).

 

Dimanche de la Sainte Famille C (1 S 1,20-22.24-28; 1 Jn 3,1-2.21-24; Lc 2,41-52)

1 - En voyant Dieu, nous deviendrons ce à quoi il nous a destinés. Pour l'instant il doit nous suffire de savoir que nous sommes ses enfants; ce qui arrivera plus tard, nous pouvons le lui laisser. Parce que nous ne pouvons pas à présent le voir tel qu'il est, nous ne pouvons pas non plus nous représenter ce que nous serons. Mais nous n'avons pas besoin de nous en soucier. Au ciel, Dieu ne va nous laisser dans l'ignorance de ce nous aurons à devenir. Pour le moment nous n'avons rien d'autre à faire que de devenir toujours plus ses enfants, nous devons lui laisser aveuglément comme des enfants tout ce qui va suivre. Notre tâche est claire : accueillir l'amour de Dieu de telle sorte que nous devenions ses enfants, et continuer à recevoir ce don de plus en plus (Sur 1 Jn 3,2. Die Johannesbriefe 96-97).

2 - Dieu peut montrer directement son amour à quelqu'un; il peut le faire aussi par d'autres, l'aimer par les autres, car l'amour vrai du prochain appartient à Dieu (Sur 1 Jn 3,1. Ibid. 93).

3La Sainte Famille. Le père reconnaît comme sien l'enfant conçu par l'Esprit, il doit le faire pour obéir à Dieu et faire de son fils un descendant de David. La mère à qui est prédit qu'un glaive transpercera son cœur, a de tout temps rendu son fils au Père divin. Le fils reconnaît ce Père divin comme le sien d'une manière si naturelle qu'il n'en dit rien à ses parents qui ne le comprendraient pas. Jusqu'à présent le fils était obéissant à ses parents et il le sera de nouveau, mais l'obéissance au Père éternel l'emporte sur l'obéissance terrestre, même si cela reste incompréhensible aux parents et leur inflige le chagrin d'une recherche vaine et celui plus profond encore provoqué par la question : "Ne le saviez-vous pas?" Dieu premier servi, disait Jeanne d'Arc (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 25).

4 – L’Esprit n’aide pas seulement le Fils en tant qu’homme à chercher et à découvrir la volonté du Père, il l’aidera également suivant l’âge du Seigneur et les circonstances de sa vie (qui correspondent à la volonté du Père) à être dans la bonne disposition. Lorsque l’enfant joue, lorsque l’adolescent enseigne au temple, lorsque le menuisier fait son travail, la mission est toujours parfaitement ccomplie. La conscience de sa mission et l’exacte obéissance envers le Père n’empêchent pas le Fils de vivre pleinement dans chaque situation. Il sait qu’il devra souffrir, mais, comme enfant, il joue quand même avec les autres enfants, sans se faire de souci (Cf. Disponibilité 125).

5 – Le Fils commence par vivre sur terre en enfant. Il apprend comme tout enfant à s’initier à la vie, à s’adapter au monde environnant, à découvrir l’amour de ses semblables et à y répondre. Ce premier temps au sein de la famille est un temps très protégé ; la Mère et le père nourricier sont de saintes personnes ; toute froideur, tout rejet, toute malveillance, toute déception est épargnée à l’Enfant. A un certain moment, l’Adolescent fait la connaissance des méchants, de ceux qui le repoussent, et il mesure la distance qui les sépare de sa Mère et de Joseph. Il peut comparer en son cœur ce non avec le oui de sa Mère, mais il doit également comme homme lever les yeux vers son Père et voir l’effet du péché sur lui ; il doit s’efforcer de recueillir et de souffrir lui-même l’outrage, il doit tenter d’empêcher par son intervention que celui-ci ne pénètre jusqu’au cœur du Père. Dès maintenant il mène son combat pour Dieu, comparable au combat d’un petit enfant pour son père (Cf. La face du Père 65-67).

6 – L’obéissance du Fils se manifeste de façon encore plus immédiate, plus évidente, chez le garçon de douze ans qui, dans la maison de son Père, s’occupe des choses de son Père. Son obéissance n’est d’abord pas comprise par les parents. Ils le cherchent avec angoisse, comme celui qu’ils ont connu jusqu’ici, l’enfant obéissant et plein d’égards ; mais entre temps, le sens d’une autre et plus stricte obéissance s’est révélé, et par là aussi le sens de leur propre obéissance est entré dans une nouvelle phase… Marie va apprendre que sa propre obéissance demeure vivante, qu’elle implique des conclusions ultérieures, jusqu’aux jours de la croix, de la résurrection et de l’ascension. La recherche angoissée de l’enfant perdu est peut-être la première expérience de ce genre. Une brèche s’est ouverte, une déchirure ; les parents cherchent le Fils, tandis que le Fils a trouvé le Père d’une nouvelle manière et réalisé quelque chose de sa mission, qui jusque-là était resté dans l’ombre. L’(appel du Père s’est peut-être produit soudainement ; quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas épargner à ses parents cette recherche (Ils suivirent son appel 50-53).

7 – En s’incarnant, le Fils de l’homme devient l’un de nous, mais il reste Dieu et il vit dans la vision du Père. Il lui obéit comme un enfant. Comme un enfant humain, il obéit à sa mère. Le Fils s’est abaissé à ce point qu’il obéit même à des hommes, dans une petite obéissance quotidienne. Sa Mère lui dit de faire ceci ou cela, et il obéit, parce qu’il est l’un d’entre nous. Il le fera aussi parfaitement parce qu’il est parfait, et même il le fera comme Dieu parce qu’il ne cesse jamais d’être Dieu. Mais à douze ans il semble rompre les barrières de l’obéissance : il doit être aux affaires de son Père. Soudain on constate qu’il ne vit pas seulement sur terre, mais aussi dans le ciel (Cf. Le livre de l’obéissance 131-132).

8 – Ce fut un profond bouleversement dans sa vie lorsqu’elle et Joseph perdirent l’Enfant et ne le retrouvèrent qu’au bout de trois jours. Un bouleversement qui n’était pas comparable à la visite de l’ange : il était beaucoup plus terrifiant. Dans cette perte, la Mère reçut un avant-goût de la croix. Sa prière alors fut une prière d’angoisse : l’Enfant lui est confié et elle ne sait pas où il est. Cette angoisse surgit en plein milieu de sa vie quotidienne et de sa joie voulue par Dieu. Dieu lui donne cette angoisse : grande, puissante, sombre et envahissante. Et subitement, elle ne peut presque plus supporter humainement d’avoir été entraînée par son oui dans ces circonstances imprévisibles, difficiles, totalement dépendantes de Dieu. Maintenant la prière a pour rôle de l’introduire encore et toujours dans la nuit. Dans ce qui est tout simplement incompréhensible. Et après l’événement, quand Dieu demande la reprise de la vie quotidienne, la prière de tous les jours reprend, assurée en Dieu. Dieu est le Dieu qui dispose. Le Dieu qui sait tout. Le Dieu qui doit aller son chemin et aucun être humain ne peut comprendre ce chemin. Dieu l’a traitée durement. Et ce qu’il y a peut-être de plus difficile, c’est de devoir néanmoins vivre et grandir dans une nouvelle confiance que Dieu lui donne, qui n’est plus la confiance virginale du début (Cf. Le monde de la prière 98-100).

9Et il leur était soumis. Le petit enfant ne peut vivre sans sa mère. Elle le nourrit de son lait. Le lait maternel est un merveilleux, un délicieux breuvage, car c’est une nourriture provenant d’un être spirituel et destinée à la croissance d’un être spirituel. Quand une mère nourrit son enfant, elle lui communique quelque chose d’elle-même, de sa propre substance. Elle lui a déjà donné la vie et elle l’y maintient en lui donnant de sa propre vie. L’enfant réclame cette vie ; il veut puiser à cette source. Et c’est aussi ce que veut la mère, c’est aussi son propre désir de se donner à lui qu’elle rassasie. Mais la Mère ne donne pas seulement à l’enfant de sa substance corporelle, elle l’entoure aussi d’amour et de sollicitude spirituels. L’enfant ainsi enveloppé d’amour maternel apprend par là ce qu’est l’amour humain. C’est la Mère qui lui montre comment un homme se comporte avec les autres, elle lui montre par son propre exemple ce qu’est l’amour du prochain. Le Fils qui instituera plus tard le commandement de l’amour mutuel aura déjà, enfant, pratiqué et appris cet amour dans sa relation avec la Mère. Elle est devant lui comme une règle vécue ; il veut et doit la suivre. C’est ainsi qu’il apprend de sa mère, et qu’il est parfaitement disposé à l’écouter et à tenir pour vrai tout ce qu’elle dit. Il est aussi disposé qu’un croyant peut être disposé à croire ce qu’on lui présente à croire. Marie lui enseigne les rudiments de la vie humaine, elle lui apprend à marcher, à manger, à parler, elle lui inculque le langage avec son propre vocabulaire. Elle lui montre aussi sa contemplation du ciel, du Père, et sa disponibilité à la volonté divine. Marie, qui ne connaît pas le péché originel, et Joseph, qui en est délié, forment l’entourage du Fils grandissant. C’est un apprentissage très lent, progressif, qui ne brûle pas les étapes. Il commence par connaître des hommes bons, sans péché. Il est initié aux petits services du quotidien qui peuvent être peu à peu exigés de l’enfant, aux travaux qu’il peut faciliter, aux joies qu’il peut ménager à ses parents. C’est en dehors de sa maison qu’il entre en contact avec le péché (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 115-117).

10 - L’enfant de douze ans. A douze ans, l’enfant est autorisé à accompagner ses parents à Jérusalem. Car ce sont eux qui vont en pèlerinage, et lui ne fait que les accompagner. Il est emmené. Les parents de ne se doutent pas que ce voyage, dont le but est à leurs yeux d’accomplir leur devoir religieux, accomplira les devoirs de l’enfant. Alors qu’ils sont sur le point de rentrer chez eux, ils s’aperçoivent que l’enfant n’est plus avec eux. Ils sont saisis d’angoisse. Quand, après trois jours de recherche, les parents trouvent l’enfant au temple parmi les docteurs, ils saisissent que quelque chose de nouveau leur est, à eux plus encore qu’aux auditeurs présents, révélé dans cet enfant. C’est comme si l’enfant s’était soudain avisé de sa divinité, comme s’il avait commencé de vivre pour sa mission divine. Sans prévenir ses parents et sans qu’ils l’y aient préparé, le Fils a, de sa propre initiative, entrepris à l’intérieur de sa grande mission quelque chose de tout à fait nouveau. C’est un saut brusque. Pour ceux qui l’écoutent au temple, c’est la sagesse de l’enfant qui est étonnante mais, pour la Mère, l’événement marque un éclatement complet de tout ce qui a précédé, ce qui la jette dans la plus vive inquiétude. Elle s’imaginait l’heure du Fils encore lointaine. Elle voit ici soudain que l’enfant est doublement guidé : sur terre, par elle, la Mère, mais aussi du ciel, directement par le Père. La Mère, qui obéit au Père du ciel, s’était habituée à être obéie de l’enfant. Et voilà qu’il lui apparaît soudain que tout ne passe plus par ses mains, et qu’il y a même là une obéissance directe du Fils au Père. Elle ne s’était pas attendue à quelque chose de nouveau. Elle ne comprend donc plus. Maintenant commence l’école qui l’initiera à sa divinité. Dans cet épisode, le Fils ne s’émancipe pas totalement vis-à-vis de ses parents, car il n’est pas encore assez grand pour vivre seul et il leur sera de nouveau soumis par la suite. Mais les parents du Christ eux-mêmes doivent dès à présent découvrir dans leur fils la présence cachée des mystères insondables de Dieu. La Mère doit apprendre par là quelque chose de tout à fait nouveau : elle doit apprendre à ne pas comprendre. Elle garde tout cela dans son cœur. Jadis, elle a donné son corps, sa vie. Elle faisait tout ce qu’on exigeait d’elle. Elle comprend maintenant qu’elle doit donner son incompréhension et la remettre à Dieu. C’est là une ouverture à Dieu toute nouvelle, et une ouverture permanente ; car elle ne cessera de se heurter dorénavant à ce point douloureux de l’incompréhension. La Mère comprend que cette blessure, loin de se refermer, ira toujours plus en s’élargissant. Le Fils retournera au Père dans une souffrance que mère et fils partageront. Ce n’est pas par l’entendement qu’on approche la croix, mais uniquement en faisant oblation de sa compréhension et en y renonçant (Cf. Ibid. 123-129).

 

1er janvier. Sainte Marie, Mère de Dieu (Nb 6,22-27 ; Ga 4,4-7 ; Lc 2,16-21)

1La bénédiction pour l'année. C'est la formule solennelle de bénédiction de l'ancienne Alliance qui ouvre, dans la première lecture, la liturgie de la nouvelle année civile. Que Dieu veuille bien tourner vers nous son visage. Le regard de Dieu sur nous est, d'après saint Paul, bien plus salutaire que notre regard sur lui : "Si quelqu'un aime Dieu, celui-là est connu de lui" (1 Co 8,3). Mais nous sommes en même temps regardés par la Mère du Seigneur avec un amour infini comme ses enfants et bénis par elle. Cette bénédiction de la Mère ne doit pas être séparée de celle de son enfant et de tout le Dieu trinitaire. (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 27).

2 - Marie gardait tout dans son cœur. Les mots simples de l'évangile, répétés deux fois, que Marie garde tout dans son coeur et le médite (Lc 2,19.51) montrent qu'elle est pour toute l’Église le vase inépuisable du souvenir et de l'élucidation. Elle connaît au plus profond tous les événements et toutes les fêtes du temps liturgique que nous célébrerons à travers toute l'année. Placer toute l'année sous la protection de cette maternité signifie implorer d'elle une constante compréhension pour une marche constante à la suite de Jésus. De même que l’Église, dont elle est la cellule primitive, elle nous bénit, non en son nom propre, mais au nom de son Fils qui lui-même nous bénit au nom du Père et dans l'Esprit Saint (Cf. Ibid. 27-28).

3 – Le Fils ne vient pas au monde comme un adulte qui entreprendrait soudain une action de courte durée dans le but de supprimer la faute du monde. Il ne vient pas non plus simplement pour les heures ou les jours de la Passion, dans le but de se charger du péché du monde comme d'un fardeau avec lequel il n'aurait établi humainement aucun rapport, du fait qu'il n'aurait parcouru aucun chemin humain jusqu'à lui. Non, il veut être entièrement homme, et pour cette raison il choisit la voie tout entière de l'homme, il veut être conçu, porté et mis au monde par une femme, vivre la petite vie quotidienne d'un enfant des hommes jusqu'à ce que son heure ait sonné. Pour la mère qui le conçoit, il est à la fois le Sauveur du monde et le petit enfant qui grandit. Un enfant qui ressemble à tous les autres et qui est toutefois le Fils éternel qui a décidé dans son éternité de prendre sur lui le fardeau du monde (Cf. La confession 35).

4 – Marie prie, elle prie dans la force de sa foi et dans la foi que fortifie la présence de l’Enfant. Elle sait que sa prière est assumée par Dieu. Et, par la venue des mages, elle sait que le monde va commencer à prier. Elle voit que la prière, la foi se propagent, que tout prend plus de consistance. Ensuite il ne se passe plus rien. Ce seront les années de solitude dans la petite famille. La confirmation que l’adoration des mages a apportée ne se renouvelle plus. Et cependant la prière de Marie doit inclure le monde, qu’il se présente sous la forme de voisins indifférents, ou sous la forme des pays lointains, dont, par leur venue, les mages ont indiqué l’existence. Au niveau de la prière, la jeune Mère doit déjà être l’Église. Dans la solitude, elle doit rester ferme, ne pas se préoccuper du nombre. Elle n’a pas à partir au loin pour présenter, comme un apôtre, son Enfant au monde. Elle doit plutôt montrer à Dieu le Père que l’Enfant a chez elle une patrie, quelque inconsidérée et indifférente que ûisse être l’attitude du monde. Sa prière doit apprendre à ne pas se laisser déconcerter. Pas plus qu’elle ne réfléchit sur elle-même, elle ne peut réfléchir sur la destinée de son Fils et sur la méconnaissance qu’il recueille. Sa tâche consiste à créer, par la prière et une foi assurée, une demeure pour l'Enfant. La prière doit prendre possession d’elle au point de libérer tout l’espace en elle pour le Fils. Marie doit se rendre disponible au point de devenir un champ infini sur lequel l’Église pourra toujours se bâtir au nom du Seigneur (Cf. L’expérience de la prière 90-91).

5 – Les personnes qui venaient rendre visite à Marie voyaient dans sa maison le fruit de sa vie de prière : tout autour d’elle était disposé avec amour, et elles percevaient la tranquillité, la confiance et l’amour qui rayonnaient d’elle sur son entourage. Mais ils ne savaient pas qui était en vérité l’Enfant et ils ne savaient pas non plus que la Mère reflétait ce qui lui venait de l’Enfant et, par lui, du Père et de l’Esprit ; ils ne savaient pas non plus que son obéissance à la parole de l’ange était passée sans heurt à un service d’obéissance rendu à l’Enfant. Pourtant l’Enfant lui obéit. En tant qu’homme, le Fils s’insère parfaitement dans son milieu et il est docile à sa mère, qui, de son côté, attend de lui non pas ce que toute mère attend, mais ce que, dans sa vie de prière, le Dieu Trinité lui indique. De par son obéissance, elle sait ce qu’elle doit exiger, ce qu’elle doit expliquer ; de par le Verbe, qui est son Fils, elle sait comment elle doit formuler la parole qu’elle lui adresse (Ibid. 92).

6 – Tout en s’occupant du ménage et en accomplissant les tâches quotidiennes, Marie tient sans cesse son esprit en prière. Elle adore Dieu dans le ciel, mais aussi dans son Fils. Cette prière qui touche et inclut ciel et terre la fait participer aux soucis du Père, aux joies et aux soucis du Fils ; mais elle ne rend pas moindre sa participation authentique à ce qui se déroule sur la terre. Elle la colore peut-être parce que Marie vit dans la foi et l’espérance et ne se laisse pas écraser par ce qu’il y a d’inconcevable et de grandiose dans sa vie ; cette prière laisse les petits soucis de la vie à leur insignifiance au regard de l’œuvre prochaine du Fils, de chacune de ses journées, de la responsabilité qu’elle en porte. C’est en Marie qu’on perçoit comment les divers devoirs et exigences trouvent, ne disons pas leur répartition, mais leur place exacte (Ibid. 101).

7 – L’aspect concret de la prière commence pour un enfant chrétien quand on lui présente la Mère de Dieu à vénérer. Une image de Marie, une statue, un cantique marial sont les premières choses qu’il apprend à comprendre du Seigneur et du monde céleste en général. Le Seigneur lui-même peut rester encore longtemps abstrait pour l’enfant, alors que sa mère céleste est déjà devenue concrète à ses yeux. A elle il peut se confier, à elle il peut remettre tout ce qui le dépasse et lui demander de s’en charger. L’enfant ne sait pas pourquoi certaines choses qu’il aimerait faire sont défendues, mais il comprend déjà que cela ferait de la peine à la mère du ciel. Elle traduit dans le petit univers des représentations enfantines ce qu’il y a d’insaisissable dans la réalité surnaturelle. Elle est garante de la réalité de l’invisible (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 210-211).

8 – Le Fils offre à tous les hommes sa mère pour qu’elle soit la leur, et chacun est laissé libre dans l’amour de se la choisir pour mère. Elle est liée par ce oui libre et elle doit tenir lieu de mère à tous ceux que le Fils lui confie. La liberté qu’elle avait de dire oui est proposée à quiconque cherche et lutte, pour qu’il se lie pour toujours avec le même bonheur que la Mère l’a fait en se donnant. Elle se chargera également avec un soin tout particulier de ceux auxquels elle manque, qui ne la comprennent pas, qui l’ont reniée. Elle met toute la fécondité de sa foi à la disposition de ceux qui se sont éloignés d’elle, pour les ramener à cette plénitude, qu’elle connaît, de la foi en son fils. La Mère se tient invisible sur la route de tous ceux qui se convertissent (Cf. Ibid. 223-224).

9 – Quand Marie rencontre l’ange, elle ne sait pas encore ce qu’est la souffrance malgré sa connaissance de la vie. Elle est ingénue, son corps est comme un lieu "indifférent", neutre. Aucun désir en lui, aucun manque qui serait à combler, aucun trop-plein. Et quand elle a conçu et qu’elle attend l’enfant, elle se réjouit d’avoir un corps qu’elle peut offrir au Fils comme lieu. Elle est non seulement esprit et obéissance et foi, elle est aussi un lieu corporel. Elle a des bras pour le porter, des seins pour l’allaiter, une voix pour parler avec lui, des yeux pour le voir, des oreilles pour l’entendre, une silhouette qu’il reconnaîtra comme étant celle de sa mère… Ensuite viendront les souffrances (NB 3,250).

10 - L’Ave Maria de tous les jours, répété d’innombrables fois, n’est jamais usé. Le mystère se fait plus proche, plus digne d’être aimé, il nous apprend à pressentir la plénitude de Dieu, son amour surtout. La Mère et son enfant baignent dans cet amour, on sent combien cet amour rayonne d’eux. Ainsi la prière ouvre le ciel. La grâce peut prendre toutes sortes de formes : la grâce d’avoir la foi, celle de connaître la grâce de Marie, celle de pouvoir la prier et de savoir quelle m’entend. Mais la grâce est toujours plus grande que ce qu’on en perçoit. La grâce est comme une voie lactée qui du ciel se répand sur la terre et relie le monde à Dieu. Le priant est sur terre, Dieu est au ciel, et la grâce, c’est la distance surmontée. Elle va, elle souffle, elle se répand (NB 6,60-61).

11 – L’esprit de Marie doit être capable, par l’Esprit Saint, de répondre aux questions que lui posera son enfant comme tout enfant, de manière à ne faire obstacle en rien à sa mission divine, mais qu’elle expérimente plutôt celle-ci comme une exigence humaine. L’essentiel des trente années de contemplation du Fils se joue peut-être durant ces premières années de l’enfance dans le cœur de la Mère. Plus tard, c’est le Fils devenu grand qui répondra aux questions de sa Mère. Pour le moment, il est soumis aux empêchements de l’enfance, ce n’est pas la nuit. Tout est en devenir et, devant le Père, cependant c’est un renoncement à la pleine possession de sa force de Fils. Et sa mère accompagne ce renoncement avec sa disponibilité (NB 6,164).

12 – Marie. Elle ne fait pas de reproches. Là où elle voit ne fût-ce qu’une petite étincelle d’amour, elle s’accroche (NB 8,324).

13 – Le temps véritable n’est pas le temps morcelé de l’homme (métro, boulot, dodo) : travail, loisir, et repos de cette occupation. L’unité de notre temps est que nous sommes devant Dieu (NB 10,2234).

 

2e Dimanche après Noël ABC (Si 24,1-2.8-12; Ep 1,3-6.15-18; Jn 1,1-18)

1 – La sagesse de Dieu est répandue dans toute la création, mais ce n'est qu'en Israël que Dieu s'est révélé de façon définitive, et cette révélation s'est achevée dans le Christ et son Église. Aucune religion autre que celle de la Bible ne connaît une incarnation de Dieu ; cette incarnation de Dieu met en lumière d'une manière unique le plus profond et le plus caché de la sagesse de Dieu. Dieu incarné, c'est Jésus-Christ qui est homme comme nous. Cet homme a eu la force de révéler aux autres hommes, par toute son existence, le mystère de Dieu. Un ange n'en aurait pas été capable, car il ne peut pas mourir. Il fallait "la parole de la croix" (1 Co 1,18) pour dévoiler le dernier mystère de Dieu. Ce mystère est que Dieu est amour, amour allant jusqu'à abandonner dans la mort son Fils bien-aimé, par amour pour le monde. Aucune religion n'a rejoint, ne fût-ce que de loin, cette révélation. Le dessein de Dieu était de toute éternité, de nous intégrer nous, les hommes, dans la filiation du Fils éternel à l'égard du Père. C'est quelque chose de si inconcevable que l'apôtre demande pour nous l'Esprit Saint pour que nous puissions comprendre à quelle espérance nous sommes appelés par le Fils, car aucun homme ne pourrait concevoir pour lui-même une destination aussi démesurée (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 29-30).

2 - Tout fut par le Verbe. La Parole créatrice de Dieu devient chair en Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'elle devient homme comme nous. Toutes les choses doivent ce qu'elles sont à cette Parole. Mais qui est cette Parole en vérité, cela ne se révèle au monde que lorsque cette Parole devient un homme absolument particulier, un homme individuel. Cet homme a eu la force de révéler aux autres hommes par toute son existence non seulement qu'il est le Verbe de Dieu, créateur de toute choses, mais aussi le Verbe éternellement issu de Dieu : le Père qui est son origine. Pour dévoiler le dernier mystère de Dieu, à savoir qu'il est amour, il a fallu que l'amour aille jusqu'à la mort : que le Père, qui est amour, aille jusqu'à abandonner dans la mort son Fils aimé par excellence, par amour pour le monde. Aucune religion n'a rejoint, même de loin, cette parole qui s'est exprimée dans une figure humaine. La vraie religion n'est pas la tentative de devenir soi-même Dieu (mystique), ni celle de persister dans la distance de la créature par rapport à Dieu (judaïsme, islam), mais bien celle de gagner l'union suprême avec Dieu, justement sur la base de la distinction qui subsiste entre le Créateur et la créature (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 29-30).

3Il nous a choisis (Ep 1,4). Dieu nous a choisis, et bien sûr en son Fils, comme si, lors de son choix, il avait placé son Fils entre lui et nous. Et ce, avant la fondation du monde. Dès ce temps-là, le Fils était le chemin sans qui on ne va pas au Père. Ceci n'est pas une vérité qui ne serait devenue vraie que par l'Incarnation dans le temps ; elle était vraie dès la création du monde. Dieu nous a choisis en son Fils pour pouvoir nous voir en son Fils et par lui. Dès les origines, le Fils de Dieu fut mis en avant comme celui en qui nous serions choisis, il a été désigné comme celui en qui nous serions créés et sauvés. Dieu voulait nous voir devant lui saints et irréprochables, et nous ne pouvons pas le devenir par nous-mêmes, mais uniquement par le Fils. La sainteté et l'impeccabilité du Fils sont si grandes qu'elles parviennent à nous faire paraître, nous aussi, saints et irréprochables devant Dieu (Cf. L’Épître aux Éphésiens 20-21).

4 – Dans la nouvelle Alliance, le Fils est la Parole, la voix du Père. Dans l’ancienne Alliance, le Père a donné une expression à son rapport au monde ; dans la nouvelle, le Fils apporte l’amour trinitaire. Dans la parole du Père communiquée par le Fils, il y a non seulement la parole qui est dite, mais aussi la parole qui est tue ; parole qui existe, mais qui pourtant demeure inexprimée. Si une mère dit à son enfant : "Va là !", l’enfant se met en route, non seulement tandis que retentit la parole, mais plus longuement, jusqu’à ce qu’il parvienne au but ; il reste dans l’obéissance à la parole de sa mère. Dans une mesure bien supérieur, cela est vrai pour le Fils, qui persévère jusqu’à son but, la mort sur la croix, dans la parole que lui seul peut entendre, la parole de mission du Père. La souffrance, l’angoisse, le silence du ciel, tout s’y trouve inclus (Cf. Le Dieu sans frontière 112-113).

5 - (Adrienne a quarante-cinq ans ; elle dialogue avec le P. Balthasar avec la conscience qu’elle avait à quinze ans) - Tu sais, je crois autrement que celles qui vont au catéchisme. - Où est la différence ? - Je m’occupe presque toute la journée du Bon Dieu. Ou bien peut-être que c’est exagéré. Je ne sais comme je dois dire. Vous comprenez : quand les autres vont au catéchisme, elles se disent : Qu’est-ce que nous devons apprendre par cœur aujourd’hui dans l’histoire biblique ? Moi, je me dis : Mon Dieu, j’espère apprendre quelque chose sur toi (NB 6,215).

6 – La confession est contraire de la psychanalyse. Celle-ci met le centre dans l’âme, la confession le met en Dieu. Elle ne purifie l’âme que pour créer un espace pour l’habitation de la Parole de vie (Sur 1 Jn 2,1. Die Johannesbriefe 36).

7 – L’enfant dans les bras de sa mère, Jésus dans les bras de Marie. Le nouveau-né dans les bras de sa mère a une dignité humaine illimitée et il a des droits sur les soins qu’on doit lui donner. Quand sa mère le soigne, lui change ses langes, lui donne à manger, l’enfant ne s’excuse pas que les choses se passent ainsi pour lui, cela va de soi, cela fait partie de la dignité de l’enfant qu’il l’accepte ainsi. Quand plus tard il fait ses premiers pas et prend possession du monde qui l’entoure, cela se fait aussi avec une dignité, une simplicité, une justesse de tous les instants. Même chose pour les premiers mots qu’il balbutie. C’est une dignité toute simple qui correspond à l’être de l’enfant et aux vues de Dieu. En chacun de ses progrès brille l’éclat de sa dignité. Il reçoit, réplique, s’amuse, ne se sent pas humilié de ce qui lui manque encore, mais il se sent encouragé par tout ce qu’il apprend et reçoit de nouveau (NB 6,164-165).

 

Épiphanie (Is 60,1-6; Ep 3,2-3.5-6; Mt 2,1-12)

1 - Pour les rois mages, l'étoile n'est pas seulement un phénomène surnaturel qui stimule leur foi, mais quelque chose de terrifiant qui fait éclater toutes les attentes des calculs humains et terrasse leur esprit jusqu'à l’agenouillement. Le droit chemin consiste pour eux à se laisser désormais guider par l'étoile qui leur fait connaître la puissance suprême du ciel. Ils suivent. Ils font l'apprentissage d'une obéissance de laquelle jusque-là ils ne savaient rien : non pas une obéissance aveugle, au contraire : une obéissance qui voit; une obéissance qui déjà permet de voir - car ils tiennent en effet leurs yeux fixés sur l'étoile - et qui, à plus forte raison, débouche dans cette vue : la contemplation du Fils (Le Dieu sans frontière 59-60).

2 – L'histoire de Noël était, malgré le chant céleste de louange, une manifestation divine discrète, limitée à un petit nombre. Et pourtant elle n'était pas seulement valable pour tout Israël, mais aussi pour le monde entier : c'est ce qui est célébré dans la fête d'aujourd'hui ; l'épiphanie de Dieu est destinée au monde entier, notamment aux peuples païens qui n'avaient pas reçu, comme les Juifs, des annonces préalables. Les païens sont les premiers maintenant à venir rendre hommage. - A des astrologues païens, Dieu a adressé une parole par un astre inhabituel au milieu de leurs constellations habituelles, et cette parole les a émus et amenés à tendre l'oreille, tandis qu'Israël, habitué à la parole de Dieu, est devenu sourd à de telles paroles de révélation. Ainsi souvent l’Église quand, par un saint, un message inattendu la dérange. La question naïve de ces étrangers : "Où est le roi qui vient de naître ?" posée aux Juifs ou à l’Église, crée embarras et même effroi. La conséquence sera chez Hérode un projet meurtrier prudemment voilé. Mais les astrologues, guidés par l'étoile, parviennent à leur but, ils rendent hommage à l'Enfant et s'esquivent, conduits par la providence de Dieu, sans être inquiétés. L'événement est symbolique, il annonce l'élection des païens ; plus d'une fois, Jésus trouvera chez eux une plus grande foi qu'en Israël. Souvent ce sont des convertis qui ouvrent à l’Église des voies nouvelles et fécondes (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 31-32).

3 - On ne sait jamais comment on va rencontrer le Seigneur... Il en est de même pour le théologien qui étudie la foi (NB 9,1939).

4La grâce que Dieu m'a donnée pour vous ; par révélation, il m'a fait connaître le mystère du Christ (Ep3,2-3). Paul a donc eu connaissance de ce mystère d'une manière qui lui était réservée personnellement : par révélation. Il ne décrit pas cette manière, il lui suffit de dire qu'il y a eu révélation, il garde pour lui ce qu'elle a de propre. De ces paroles, il ressort que Paul ne se contente pas de répéter des choses connues, il apporte du nouveau qui, pour autant, n'est pas en contradiction avec ces choses connues. Il lui importe cependant qu'on le reconnaisse lui-même comme source de ces choses nouvelles : cela fait partie de sa mission. Il a reçu de Dieu cette révélation et il la transmet de la manière qui lui semble adéquate sans rapporter les circonstances dans lesquelles Dieu lui a parlé (Cf. L’Épître aux Éphésiens 98).

5 – Que les rois mages viennent pour adorer réjouit Dieu et réjouit aussi la Mère (NB 10,2269).

6 – Rendre les hommes attentifs à Dieu (NB 8,378). 

 

Baptême du Seigneur A (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38; Mt 3,13-17)

1 – Jean, le précurseur, recule devant l'idée de baptiser celui qui vient et qu'il annonce ; mais Jésus insiste parce que toute la justice doit s'accomplir. Cette justice, c'est que Jésus achève l'alliance entre Dieu et l'humanité. Mais Israël doit collaborer et c'est Jean-Baptiste qui est choisi pour cela. Jean-Baptiste commence par protester, puis il "laisse faire". Et Dieu Trinité confirme l'accomplissement de l'alliance : la voix du Père manifeste Jésus comme son Fils bien-aimé, et l'Esprit Saint descend sur lui pour l'oindre comme Messie (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 33).

2Il existe des chemins de grâce bien établis : les sacrements. Dans ses rencontres particulières, durant sa vie terrestre, et davantage encore dans sa rencontre avec la faute universelle, à la croix, le Seigneur a découvert que les chemins de la grâce requièrent de telles formes. C’est ainsi qu’il reprend le baptême de Jean et en fait son sacrement ; il se fait baptiser face au peuple qui assiste à l’événement, bouleversé : non point que quelqu’un se soit converti, mais parce que le ciel s’ouvre et que descend l’Esprit. Et bien sûr le peuple – préfiguration de l’Église qui vient – désire ardemment avoir lui-même un signe d’une semblable évidence. Le Seigneur rejoint son attente et fat du baptême la marque indélébile de l’appartenance à son Église. Le Père reconnaîtra ce signe dans les âmes ; mais non moins les traces de la confession, de la confirmation et de chacun des autres sacrements que le Fils institue (Cf. La face du Père 112-113).

 

Baptême du Seigneur B (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38; Mc 1,7-11)

1 - La tentative de l'homme de comprendre tout ce que contient la Parole de Dieu n'est pas un effort vain. Et pourtant à la fin, il saisit plus profondément la parole du début : "Mes pensées ne sont pas vos pensées". Aucune révélation n'amoindrit le mystère de Dieu. Aucune ne lui fait perdre sa totale liberté de se révéler comme il veut et de garder pour lui ce qu'il veut. Sans doute les croyants sont-ils encouragés à faire l'effort de comprendre la Parole, mais non sans être avertis continuellement de ne jamais oublier que Dieu est inconcevable, qu'il est le Tout-Autre (Sur Is 55,8s. Isaias 117-118).

2 - "Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain". Il se laisse dispenser le sacrement de baptême. Il ne se le donne pas lui-même, mais se le fait donner; or le baptême de Jean est un baptême de repentir. Le Seigneur se laisse dispenser ce baptême de repentir; lui qui n'a jamais péché vient comme un pécheur et se place précisément sous ce signe. Comment un baptême de repentir peut-il lui être destiné? Comment peut-il le recevoir sans renier son être. Il porte déjà le péché comme il le portera sur la croix. C'est seulement le péché d'autrui qu'il prend sur lui. Il se repent pour les autres, il porte le péché des autres qu'il veut racheter. Son baptême appartient déjà sans équivoque à son œuvre de rédemption, il le place immédiatement au cœur de celle-ci. Il marque le commencement de sa vie publique. Du baptême à la croix, le chemin de la rédemption est clairement tracé (Sur Mc 1,9. Saint Marc 25).

3 - Et l'Esprit comme une colombe. Il voit la colombe qui symbolise l'Esprit. Il voit la figure d'une colombe et reconnaît en elle l'Esprit qui a agi au nom du Père lors de sa conception, l'Esprit dont il aura besoin désormais pour rendre compréhensible aux hommes le chemin vers le Père, pour leur donner la foi. Il voit comment l'Esprit descend sur lui, vient à lui; et même dans les décisions difficiles de sa vie, dans sa Passion, dans la déréliction la plus profonde, où plus rien peut-être de sa mission divine ne lui sera tangible, il ne cessera de savoir que l'Esprit est avec lui, que l’Esprit est en lui. Comme preuve de son amour, le Père lui a envoyé  l'Esprit Saint divin (Sur Mc1,10. Ibid. 26).

4 - Tu es mon Fils bien-aimé. Voilà ce que le Fils doit savoir en ce moment. Il le sait en soi; il le sait à nouveau par la voix, il le sait une fois encore maintenant qu'il entre dans sa mission active et commence son apostolat au nom du Père. C'est pour cet apostolat qu'il reçoit l'assurance d'être le Fils. Sa mission de Rédempteur signifie : prendre avec lui les hommes qu'il rencontre et qu'il choisit, faire d'eux des fils de Dieu, en sorte qu'ils aient part à tout ce qui est à lui. Et ce qui est à lui est résumé dans ces paroles : "Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour" (Sur Mc 1,11. Cf. Ibid. 27).

5 - Le Père donne au Fils le Saint-Esprit un peu comme une règle qui l’accompagne tout au long de sa vie. L’Esprit est la règle de Dieu le Père observée par le Fils. C’est aussi la règle du Fils parce qu’il l’a parfaitement suivie et transposée en vie (HUvB, AvS et sa mission théologique 147).

 

Baptême du Seigneur C (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38 ; Lc 3,15-16.21-22)

1Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour délier la courroie de ses chaussures. Le Baptiste se compare au Seigneur qui vient ; d'abord il dit que celui-ci est beaucoup plus puissant, puis il confesse être parfaitement indigne de lui. Il ne prétend même pas à la position d'un serviteur. Il est inférieur : indigne de délier la courroie de ses chaussures. Pas même un esclave. Son rapport au Seigneur est celui de l'indignité absolue. Il assume cette indignité, il ne cherche en aucune manière à la réduire ou à l'éliminer par une explication. Il en reste là : indigne (Sur Mc 1,7-8. Cf. Saint Marc 23).

2Pour moi, je vous ai baptisés avec de l'eau. Il a posé un acte qui se comprend lui-même comme une préparation. Il l'a fait dans un mandat qui vient de l'Ancienne Alliance pour conduire à la Nouvelle. Les baptisés ne sont pas laissés dans le premier bonheur de leur baptême, ils sont aussitôt conduits plus loin dans quelque chose de plus grand. Ils auront révéré le Baptiste comme un saint (qu'il était d'ailleurs), mais ce saint ne les laisse pas s'arrêter à lui. Il ne les retient pas un instant. Le rôle du baptiste est de préparer. On n'arrive jamais à un terme. Nous voulons être intimement convaincus que nous non plus, nous ne parviendrons jamais à un terme, car chaque exigence débouche sur une exigence plus grande, au nom de celui qui baptise avec l'Esprit Saint (Sur Mc 1,7-8. Cf. Ibid. 23-24).

3Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint. L'eau, nous en avons une représentation claire. Mais nous ne savons pas tout à propos de l'eau, on peut toujours en apprendre davantage sur elle. Pour l'Esprit Saint, nous sommes capables d'énoncer à son sujet quelques pauvres affirmations, mais même en en formulant cent fois plus, nous ne serions pas plus proches de son infinité. A partir de divers passages du Nouveau Testament, nous pouvons tirer de son action des conclusions sur ses propriétés. Mais son être ne nous sera jamais vraiment dévoilé, parce que l'Esprit retourne toujours en Dieu (Sur Mc 1,7-8. Cf. Ibid. 24).

4 – Que Jésus se fasse baptiser avec le peuple qui cherche à se détourner de ses péchés, comporte quelque chose de profondément mystérieux ; c'est comme s'il voulait déjà, dans son premier acte public, manifester sa solidarité avec tous les pécheurs. Plus tard viendra le baptême chrétien. Jésus ne veut tien imposer aux siens qu'il n'aurait pas traversé lui-même. Le baptême dans le Jourdain est pour Jésus un baptême dans l'Esprit Saint, le baptême sur la croix est pour lui un baptême dans le feu. Le premier est un acte de solidarité avec les pécheurs à purifier, le second est la destruction par le feu de tout le péché du monde (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 33).

5 - Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans (Lc 3,23). Dans sa trentième année, Jésus quitte la maison de Nazareth et sa mère pour se rendre au Jourdain. Il s’en va sans grands préparatifs. Il part, et sa Mère sait que le temps de sa préparation humaine est alors terminé. Il part pourvu de ce qu’avait à lui donner la maison de ses parents, mais aussi de ce dont il a fait humainement l’expérience au dehors. Il part vivre sa vie d’homme en toute autonomie, mais ce n’est ni pour exercer la profession apprise ni pour fonder un nouveau foyer ; il part pour accomplir la mission qu’il a reçue du Père. La Mère reste en arrière. Elle n’aura plus à s’occuper des besoins matériels de son fils, ni à travailler pour lui comme femme. Et pourtant, au départ de son fils, un nouveau travail lui est confié. Elle doit revenir à l’origine et à l’état de son premier oui, une fois de plus ne plus être qu’attente et prière. La douleur de la séparation physique prélude déjà pour elle à celle qu’elle connaîtra au pied de la croix. Elle accompagne son fils par la prière. Cette coopération n’est pas visible extérieurement. Telle est la manière chrétienne d’accompagner celui qui s’en va au loin : ne lui adresser que d’affectueuses pensées humaines serait stérile, mais l’accompagner de pensées en Dieu, c’est-à-dire de prières, voilà qui est sensé et fécond (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 131-135).

6 - Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans (Lc 3,23). Le Christ s’est tu trente ans avant de parler. C’est un exemple à imiter : se taire jusqu’au moment voulu. Le Seigneur prie trente ans et son action est divine. Le feu qui embrase la forêt le fait pour le bien ou pour le mal ; c’est incroyable les résultats qui sont provoqués. La langue est au service de Dieu. Pouvoir énorme de la langue. La langue se vante ? Elle n’est plus au service de Dieu. L’usage de la langue aussi est une œuvre: l’œuvre est bonne si elle est au service de la foi (Sur Jc 3,5. Cf. Die katholischen Briefe I, 156-157.

 

Mercredi des cendres (Jl 2,12-18 ; 2 Co 5,20-6,2 ; Mt 6,1-6.16-18)

1 - Mon Père qui voit dans le secret te le rendra. L'homme qui prie se tient comme nu devant Dieu après s'être défait de tout ce qui l'entoure. Il n'a pas de secret devant Dieu. Il se présente à découvert et Dieu voit tout. Et, dans le secret, il laisse Dieu faire tout ce qu'il veut. Il se laisse creuser et dilater par Dieu, car le secret de Dieu est bien plus grand et plus puissant que le sien... Et que le Père le voie dans le secret est déjà sa récompense : le fait qu'il existe vraiment une telle intimité entre Dieu et lui (Sur Mt 6,6. Le sermon sur la montagne 140).

2 - Toute l'ascèse, les exercices de pénitence, les humiliations corporelles, ont pour but ici-bas de rendre le corps libre pour l'Esprit (NB 4,118).

3 - On peut faire pénitence par mortification - pour se séparer personnellement de tout désordre de la chair -, mais aussi pour se préparer à une tâche, à une mission...  On peut faire pénitence dans ce sens, dans le but de montrer à Dieu sa bonne volonté, de lui faire un petit cadeau en quelque sorte qu'il peut utiliser comme bon lui semble. Et on lui explique de l'employer aussi un peu pour la tâche à venir... On doit se préparer à cette tâche par la pénitence comme la fiancée se pare pour la noce, comme on jeûne avant une fête pour se séparer du charnel et pour ainsi mieux percevoir la voix de Dieu parce qu'elle retentira alors dans un espace vide, un réceptacle purifié (NB 8,967).

4 – Ce n'est pas pour être récompensé par Dieu que nous faisons pénitence, c'est d'abord parce que nous suivons simplement le Christ, avec reconnaissance, ensuite aussi parce que, face au monde dans lequel nous vivons, nous voyons clairement qu'on ne peut l'aider en profondeur autrement que par la pénitence. Jésus nous en indique trois formes efficaces : l'aumône, la prière et le jeûne. On peut jeûner de multiples manières : par le renoncement aux aliments, aux agréments de toute sorte, au sommeil, à la joie, pour leur préférer les pauvres, les indigents, les infirmes. Ces hommes qui ne peuvent nous le rendre (Cf. HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 49).

5 – Quand nous prions, nous nous ouvrons expressément à la présence du Seigneur qui vit ce que nous vivons. Certes, sa manière de le faire n'est pas toujours claire pour nous, car il réalise cela selon son bon plaisir, mais cela correspond toujours à son plus grand amour. Supposons que quelqu'un prie ou contemple, dans l'église ou dans sa chambre : il a connaissance de cette présence, sa prière est une conversation. Il est avec son Dieu, lui fait part de ce qui le touche, il écoute ce qu'il dit, lui offre son amour et son abandon. Celui qui prie dans la solitude pense peut-être s'être remis dans les mains de son Dieu, avoir été conscient de sa présence, mais il faut absolument qu'il sache que cette présence de Dieu à travers Jésus-Christ contenait en elle la présence du monde entier. Dieu s'est fait homme afin que tout être soit en Dieu et que désormais jamais plus le Fils ne se tienne devant le Père sans le monde, et la créature devant Dieu sans son Seigneur(Cf. L'amour 23-25).

6 – Le Père n’a jamais cessé de se révéler ; l’incarnation du Fils ne fut qu’une forme de sa manifestation ; une forme, certes, particulièrement pressante, car Dieu devient l’un de nous. Même là où sa parole n’est pas perçue, Dieu reste dans l’état de révélation ; son silence comme sa parole ont la même force de communication, seulement à des niveaux différents. L’incroyant n’a aucune affinité avec le silence de Dieu. Si c’est un sceptique, son cri vers Dieu sonne comme un défi : s’il existe, qu’il se rende perceptible, qu’il fasse un signe quelconque dont lui, le sceptique, pense avoir besoin pour se laisser convaincre de l’existence de Dieu. Pour le croyant, le silence de Dieu révèle son existence. Il cherche à le trouver dans son silence ; il se présente au Dieu vivant de manière que Dieu n’a pas besoin d’extérioriser son être pour se rendre perceptible. Le fidèle se tait, et Dieu se tait aussi ; le fidèle se tait dans l‘intention de s’ajuster Dieu et de n’être pas pris en considération par Dieu autrement que celui-ci le désire (Cf. Le Dieu sans frontière 90).

7 – il y a deux manières de prier : la prière de ferveur et la prière dans le vide. La prière dans le vide, lorsque, fatigué ou excédé, ou encore trop occupé, on ne ressent aucune envie de prier. Toute proche, il peut y avoir une fausse ferveur de la prière : « Je peux enfin de nouveau prier et je suis débarrassé du fatras ennuyeux ». Un certain bien-être physique et une absence de problèmes sont nécessaires à la prière fervente. Elle ne doit pas servir de mesure pour juger de la valeur de la prière. On doit plutôt apprendre à chercher Dieu en tout, à l’adorer dans la prière par devoir, ce qui, peut-être, m’attire moins (Cf. Disponibilité 9).

8 – Un fidèle peut éprouver le besoin de faire pénitence pour une chose précise ou simplement pour l’Église, entre les mains de Dieu. Son esprit impose une pénitence à son corps, non pas en ce sens que l’esprit s’abaisse à punir le corps. Le corps sert simplement pour exprimer son esprit, un instrument,, comme une plume dont on se sert pour écrire. On met le fruit de la pénitence entre les mains de Dieu. Tout cela n’est pas plus compliqué (Cf. Ibid. 94).

9Prie ton Père dans le secret. Celui qui médite doit être vidé de soi pour se laisser former par Dieu comme il l’entend. Dans la méditation, il faut se livrer à elle comme elle nous est donnée (L’expérience de la prière 60).

10 – Pour la prière privée, n’importe quel temps dont le chrétien puisse disposer convient. Il est libre de choisir lui-même le genre et le contenu de la prière. Prier a principalement pour but d’ouvrir et de poursuivre la relation personnelle à Dieu. Le chrétien vit en présence de Dieu, et se tenir en présence de Dieu s’exprime extérieurement dans son attitude de prière et intérieurement dans son occupation et son dialogue avec Dieu, dont l’effet doit se répercuter sur sa tâche journalière tout entière. Dans la prière, il présente à Dieu ses demandes, tout ce qui le touche intérieurement ; il se dévoile, il implore son aide ; il lui recommande tout ce qui l’occupe personnellement, ce qui fait sa vie, ce qui concerne les siens, ce qui touche ses intérêts les plus éloignés. Mais ceux-ci se recoupent avec les intérêts de Dieu lui-même : son règne dans le monde, sa rédemption, la propagation de la foi, l’Église (Le monde de la prière 138).

11 – La prière peut être une prière vocale ou mentale qui ouvre l’homme à Dieu : ainsi la présence de Dieu le fait-elle pénétrer plus profondément dans ses mystères. Il parle, Dieu écoute. Il parle peut-être de ce qui le concerne personnellement, de ce qui lui vient au moment même à l’esprit, il s’en remet à Dieu de lui-même et de ses soucis, lui confie son chemin, ses proches, son travail, il lui demande pardon, lui révèle ses péchés, médite les mystères que Dieu lui découvre dans l’Écriture. Ou bien il récite une prière liturgique, des prières de saints. Mais quelle que soit la forme de sa prière, s’il prie dans une soif de vérité et d’amour, il adopte l’attitude juste qui permet à Dieu d’agir en lui, de le saisir pour l’employer ici ou là. En laissant ainsi l’action de Dieu se faire en lui, il trouvera son chemin ; par sa prière toute abandonnée, il amènera même d’autres à Dieu, des personnes connues ou totalement inconnues (Cf. Les portes de la vie éternelle 71).

12 - Un moine des temps anciens comprend qu’il doit aller dans la solitude pour y chercher, pour y prier et y apprendre Dieu (NB 9,1980).

13 – Dieu seul sait quand il a suffisamment purifié un homme - par la pénitence, par la confession - (NB 6,473).

14 – Le silence que le Seigneur exige de façon si pressante ("Quand tu pries, retire-toi dans chambre") est la condition fondamentale de toute action efficace des apôtres, de toute transmission de la parole de Dieu. Mais la suspension des paroles humaines et des bruits ne vise pas à une sorte d’expérience mystique de calme, de silence, de mutisme, c’est la préparation exigée pour entendre la parole de Dieu. De même que la contemplation a une primauté sur l’action, de même la parole de Dieu a, dans la prière, la primauté sur la parole humaine. Le silence est nécessaire pour que la parole de Dieu devienne perceptible (HUvB, AvS et sa mission théologique 286).

 

1er dimanche de carême A (Gn 2,7-9 ; 3,1-7 ; Rm5,12-19 ; Mt 4,1-11)

1- L’histoire de la chute de l’humanité (première lecture) est expliquée dans la légende de la séduction des premiers êtres humains comme tentation d’être l’égal de Dieu. Le plus important dans ce récit est d’abord que Dieu n’a pas créé l’homme en étranger par rapport à lui, mais dans une relation d’amitié offerte par la grâce. Et ensuite que Dieu doit placer dans le libre choix une créature à laquelle il remet le don suprême de la liberté ; un être « endurci » dans le bien ne serait absolument pas libre. Et bien que Dieu sache par avance que l’homme libre de choisir ne résistera pas à la tentation d’être comme Dieu, il sait plus profondément dans son plan sur le monde, que l’Unique qu’il enverra comme son Fils dans la même tentation, résistera et par là remportera pour l’humanité entière, au milieu de la tentation, la victoire sur elle. Les premiers humains avaient cru que la connaissance non seulement du bien mais aussi du mal, les rendrait semblables à Dieu, mais qui veut explorer les secrets de Satan (cf, Ap 2,24) perd le goût et la connaissance du bien, qui est Dieu. Et parce que le bien est la vérité et le mal le mensonge (le serpent ment, le diable est le père du mensonge : Jn 8,44), l’homme qui pèche tombe dans une profonde ignorance (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 49-50).

2 – L'évangile dépeint la victoire de Jésus après un jeûne de quarante jours : à un moment donc où il est naturellement le plus affaibli et le plus vulnérable à la tentation, mais surnaturellement le plus fort et le plus certain de vaincre. Sa tentation est parfaitement authentique, il éprouve l'incitation du mal, non pas superficiellement à une satisfaction sensible défendue, mais beaucoup plus profondément à la désobéissance à l'égard de sa mission divine : il pourrait se procurer la faveur de la foule par un miracle spectaculaire, le pouvoir sur le monde par l'acceptation de l'offre de celui qui est effectivement le prince de ce monde (Jn 12,31), mais à condition de le reconnaître comme tel. Aucune tentation n'était plus authentique et plus séduisante. Jésus qui, dans la tentation, connaît la puissance du mal autant que celle du bien, de Dieu, se décide en vertu d'une authentique liberté humaine pour le bien. L'obéissance à Dieu élève la liberté de choix dans la liberté parfaite (Cf. Ibid. 50).

3 – Le Seigneur, qui est tenté dans le désert, sait parfaitement qu'il pourrait vaincre le démon en lui montrant à quel point Dieu est plus puissant que lui. Mais il sait plus profondément qu'il ne peut le vaincre qu'en se laissant tenter sans rien céder au mal et en prouvant au contraire, face au tentateur, qu'il demeure auprès du Père et persévère dans l'obéissance à sa mission. Du point de vue terrestre, cette obéissance apparaît comme un gaspillage de forces ; si le Seigneur cédait de quelque façon à la tentation, il pourrait en remontrer au démon. Mais cela aussi serait absurde. Doublement absurde, parce que l'on ne peut rien enseigner au démon. C'est pourquoi le Seigneur choisit la faiblesse, qui dans ce cas est force dans le Père. Quant à nous, dans nos petites et minuscules tentations nous n'avons pas à chercher notre force en nous-mêmes mais auprès du Fils, et pas uniquement auprès du Fils, mais aussi auprès du Père, par l'Esprit Saint de l'obéissance divine (Cf. La confession 51-52).

4 – Si Dieu s’est donné la peine de créer chaque homme différent des autres, il peut aussi demander de chacun la réponse d’une obéissance personnelle. Organisation responsable de sa vie, engagement de l’homme tout entier. L’homme peut trébucher, se tromper, défaillir par moments ; mais si son attitude d’obéissance est vivante, il se reprendra (Le livre de l’obéissance 123).

5 – Par amour, Dieu crée le monde et les hommes. Et, par amour, dès le début, il entre avec Adam dans une relation d’échange et d’intimité. Cela est tout simplement donné, naturel. Adam ne peut rien faire d’autre que d’accepter que Dieu veuille le fréquenter et il ne réfléchit pas là-dessus. Ce n’est qu’après la chute dans le péché qu’il se découvre comme un étranger en face de Dieu. En se cachant, il a coupé la relation d’intimité avec Dieu et il ne connaît plus, à présent, ce que Dieu a en vue. Et Dieu le cherche et l’appelle. Dieu renoue les fils, il montre que son amour et son souci pour Adam sont plus grands que l’éloignement de celui-ci. L’homme qui prie, c’est toujours Adam cherché par Dieu. De lui-même, il ne lui serait pas venu à l’esprit d’entamer une conversation avec son Créateur, mais le Créateur le cherche et se soucie de lui par amour pour sa créature. C’est pourquoi toute conversation avec Dieu est enveloppée dans l’amour de Dieu, elle est une conséquence de l’amour, elle en découle (Le monde de la prière 265).

6 – L’homme est créé pour obéir à Dieu, et le Fils, par son incarnation, est la personnification de l’obéissance, il accomplit le vœu d’obéissance (NB 10,2317).

7 – Sur la nature des visions (expérience d’Adrienne sans doute) : En une seconde, le voyant peut voir des mondes entiers, plusieurs mondes à la fois peut-être, le ciel et l’enfer en un clin d’œil (NB 6,415).

8 – Quand Adam, au paradis, entend Dieu se promener et qu’il parle avec lui, il perçoit Dieu de la manière dont cela lui a été donné. Dieu l’a doté du sens de Dieu comme d’une faculté qui est à sa disposition (NB 10,2155). 

9 – Il y a une discrétion dans la présence de Dieu. Dieu offre des choses aux croyants sans les contraindre. Le Seigneur est discret quand il offre quelque chose. Il aurait suffi à Dieu de faire un léger mouvement, Adam et Eve n’auraient pas mangé la pomme (sic). Il y a une discrétion dans la présence de Dieu, qui fait partie de la réalité de la création. C’est pourquoi l’homme doit toujours se contenter de ce qu’il a reçu en partage pour son intelligence et pour sa foi (NB 9, 1990).

10 – Le premier homme fut placé dans l’existence comme cela correspondait au plan de Dieu, avec la faculté de se développer en direction de Dieu ou en s’éloignant de lui ; il ne lui a pas été demandé s’il voulait être créé ; il est simplement placé là et il est requis de son humilité de le reconnaître (NB 10,2155).

 

1er Dimanche de carême B (Gn 9,8-15; 1 P 3,18-22; Mc 1,12-15)

1 - Devant la croix, nous demeurons toujours des injustes qui ont provoqué cette croix. Le Fils conduit au Père tous les désobéissants, le Père les reçoit de la main du Fils et en fait des obéissants. Mais le Fils accompli toute la rédemption sans la consolation de cette certitude (Sur 1 P 3,18. Die katholischen Briefe I, 358-359).

2 - Et il demeura dans le désert quarante jours, tenté par Satan. Le Seigneur reste quarante jours dans le désert et il est continuellement tenté par Satan. Il doit continuellement repousser des tentations. La durée des tentations indique déjà leur intensité. Il n'y a pas eu de trêve, ni de relâchement dans leur virulence. Or, si le Seigneur a eu besoin de quarante jours pour en venir à bout, il ne faut pas nous étonner d'avoir besoin, nous pécheurs, de beaucoup plus de temps, même si le Seigneur nous a déchargés de bien des tentations. Personne après lui ne devra les traverser toutes; lui, il les a toutes affrontées, et pas seulement des ébauches de tentations, mais de véritables tentations sataniques. Il ne faudrait pas penser que ce fût facile pour le Seigneur de tenir bon. Même s'il n'a jamais connu le péché, il est, pendant sa vie sur terre, un homme que les tentations touchent d'une manière aussi sensible que les autres hommes. La seule différence par rapport aux pécheurs, c'est qu'il les terrasse (Sur Mc 1,12. Saint Marc 29).

3 - Et il proclamait l’Évangile de Dieu. Jésus quitte le désert et proclame l’Évangile. Il ne proclame pas son propre message, il ne proclame pas comme bon lui semble : il annonce la Bonne Nouvelle du Père. Il proclame la Bonne Nouvelle telle que le Père l'a mise sur ses lèvres et telle qu'il l'a préparée dans sa vie contemplative pour passer maintenant à l'action. Nous aurons nous aussi à reprendre des missions dont l'origine n'a pas été placée entre nos mains. Nous aurons la certitude de pouvoir la reprendre et la remplir correctement si nous la reprenons comme le Fils a repris la mission de Jean, si nous nous plaçons au cœur de la Bonne Nouvelle du Père, dans l’obéissance et dans la fidélité du Fils (Sur Mc 1,14. Ibid. 31-32).

4 - Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle . Ici, il annonce ce qu'ils ont à faire, comment ils ont à se préparer, ce que le Père et lui attendent d'eux : "Repentez-vous et croyez". Les hommes sont toujours appelés à se repentir, mais ils doivent maintenant espérer, croire à la bonté, à la joie de la Bonne Nouvelle. Ce qu'ils ont fait de mal, qu'ils s'en repentent, et qu'ils se réjouissent dans la foi en la Bonne Nouvelle que le Seigneur va leur annoncer, qu'ils vivent entièrement de la foi en cette Bonne Nouvelle, en cette joie. Mais seulement une fois repentis (Sur Mc 1,15. Cf. Ibid. 33).

5 – L’Évangile, la Bonne Nouvelle, que Jésus proclame et qui sera une Bonne Nouvelle pour le monde entier, commence par son jeûne de quarante jours. Il ne l'entreprend pas comme un exercice ascétique, il est poussé au désert par l'Esprit de Dieu ; sa croix aussi sera une pure obéissance au Père. La fécondité inouïe, illimitée, de l’œuvre du Christ présuppose au commencement et à la fin un renoncement inouï. Après Jésus, tous les saints dont la prédication sera fructueuse, devront d'une manière ou d'une autre être vides de tout ce qui leur est propre pour annoncer efficacement la proximité du Règne de Dieu. Ce n'est qu'après cette préparation dans le désert, restée cachée aux yeux du monde, que Jésus peut entrer en scène et annoncer : "Les temps sont accomplis" (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 46).

6Convertissez-vous. Quand un homme rencontre Dieu, par exemple dans le sens d’une conversion de l’incroyance à la foi ou d’un retournement qui le fait passer d’une foi purement formaliste à une foi authentique, il se trouve pénétré par une vérité qui le rend libre et lui montre un chemin. Elle le rend libre pour le chemin. La vérité, c’est le Christ, et le chemin qui mène à lui est à présent ouvert. Jusqu’alors, l’homme était comme quelqu’un qui saurait par ouï-dire qu’il se passe quelque chose derrière une porte fermée à clef. Voilà la porte ouverte. Plus rien n’empêche le regard d’atteindre la vérité. Bien sûr, cette vérité est infinie, ce qui implique qu’il y a en elle beaucoup de choses qui ne peuvent être comprises d’emblée. En effet, elle reste un royaume à jamais inépuisable qui s’ouvre éternellement neuf, non pas seulement en des aspects accessoires, mais à partir du cœur de la vérité, car le Dieu infini est également capable de répandre son rayonnement dans l’infini (L’homme devant Dieu 116-117).

7 – Prédication du Christ aux prisonniers de la mort. Ce n’est ni l’enfer, ni le purgatoire, mais le monde d’en bas. Le Père donne au Fils l’occasion de rencontrer ceux qui, sur terre, n’ont pas eu l’occasion de le rencontrer, il les donne au Fils. Et le Fils donne à ces âmes ce qu’il avait donné aux hommes sur terre : d’être emmenés vers le Père. Tout croyant, quelle que soit sa mission, est en compagnie du Fils sur le chemin du retour vers le Père (Sur 1 P 3,19. Die katholischen Briefe I,360-361).

 

1er Dimanche de carême C (Dt 26,4-10 ; Rm 10,8-13 ; Lc 4,1-13)

1 – D'après ce récit évangélique, l'activité de Jésus commence par une errance dans le désert. L'histoire de l’Église nous montre qu'assez souvent des saints n'ont commencé leur mission parmi les hommes qu'après des années de désert et de solitude avec Dieu. Au désert, Jésus traverse les grandes tentations relatives à sa mission messianique. En aucun cas, nous n'avons le droit de mettre en doute ou de sous-estimer la profondeur des combats de Jésus. Lui qui a pris sur lui notre péché voulut aussi apprendre à connaître nos tentations, leur force sournoise et trompeuse de séduction. "Eve vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir l'entendement" (Gn 3,6). A celui qui a jeûné plus d'un mois et qui est affamé, un pain à portée de la main devait paraître désirable, la possession de ce monde qu'il devait apporter à son Père, souhaitable, et le miracle proposé, bien utile pour affermir sa position dans le peuple. Tout cela était très compréhensible ; pourquoi s'engager sur le chemin du renoncement ? Les trois versets de l’Écriture que Jésus oppose au diable, ne sont pas des formules récitées par cœur, mais des réponses amèrement conquises. On peut les appeler, en un sens plus élevé, une profession de foi existentielle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. p. 47-48).

2Confession de cœur et de bouche (Rm 10,8-13). "Jésus est le Seigneur" et "Dieu l'a ressuscité des morts". Les deux formules se tiennent parce qu'il est le Ressuscité, Jésus est le Seigneur qui règne sur le monde entier, donc aussi sur moi, sur mon cœur, sur ma vie. Il est le Seigneur "généreux envers tous ceux qui l'invoquent", qu'ils soient Juifs ou Grecs, Chinois ou Indiens (Cf. Ibid. 48-49).

3 – Il est demandé à l’évêque qui doit administrer le sacrement de confirmation de veiller la nuit et d’être à jeun. D’une telle mortification purificatrice, l’Église attend un effet dans celui qui va donner le sacrement : l’Esprit agira avec moins d’empêchement par son entremise. Bien que le Seigneur n’ait rien de peccamineux à purifier, quand il va au désert, il se livre à un état de plus grand don de soi, à un affaiblissement volontaire de ses forces physiques pour être plus prêt pour la croix (NB 6,140).

 

2e Dimanche de carême A (Gn 12,1-4; 2 Tm 1,8-10; Mt 17,1-9)

1 - Ce n'est que par l’apparition sur le Thabor que le monde invisible annoncé par le Fils devint tout à coup pour les trois apôtres une évidence non seulement dans la vision mais surtout dans l'audition. La voix du Père, qui provenait de sa gloire et se communiquait à eux comme au Fils, cette voix fut le centre de tout. La vision n’était qu'une sorte de confirmation de la voix. Moïse et Élie sont là pour montrer que les prophètes ne sont pas mis dans l'ombre par la venue du Seigneur... La vision donne aussi aux disciples la certitude de l'existence céleste des prophètes. La voix avec la vision qui rassemble ainsi le Seigneur, les prophètes et les apôtres dans une écoute commune leur fait connaître son éternité. Le ciel éternel descend sur terre dans le temps des apôtres... C'est une vision d'un instant et l'écoute momentanée de la vérité éternellement vivante (Sur 2 P 1,19. L'avènement du Seigneur 52-53).

2 – Si le récit de la transfiguration de Jésus se trouve traditionnellement dans le temps du carême, c'est pour rappeler que cette manifestation de la gloire de Jésus se produit après qu'il a déclaré à ses disciples qu'il montait à Jérusalem pour y souffrir et y mourir. Lors de l'arrestation de Jésus, les disciples seront pris de peur, Pierre le premier, et ils s'enfuiront. Ici aussi, devant la révélation supraterrestre, les disciples tombent la face contre terre, tout effrayés. Sur la montagne, ils aperçoivent le ciel ouvert et une épiphanie de Dieu Trinité : le Père leur montre son Fils bien-aimé, qu'ils doivent écouter, et l'Esprit Saint, sous la forme d'une nuée lumineuse, les introduit dans la sphère du mystère. Entendre réellement, être réellement couverts par l'ombre, ne leur sera accordé qu'après Pâques (Cf. HUvB, Lumière de la Parole, Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 51).

3 – Au début, dans sa foi, dans sa prière, dans son comportement dans la vie quotidienne et quand il s’adresse à Dieu, Abraham a la certitude, d’abord non motivée, d’être investi d’une mission. Il sait qu’il doit agir comme marqué d’un signe, que Dieu attend quelque chose de lui et lui donnera quelque chose, qu’il a le devoir d’être particulièrement fidèle, croyant et juste. Ce doux pressentiment reste tout au fond de son âme, nulle vision d’une tâche extérieure, nulle voie, nulle expérience ne correspond à cette première phase. C’est comme un léger ébranlement, à peine perceptible, mais qui lui donne quand même une certitude. Abraham sait qu’il doit agir comme un envoyé, c’est-à-dire qu’il doit veiller sur lui-même afin que les desseins de Dieu apparaissent à travers lui… Partant de lui, Dieu veut faire quelque chose de grand. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais ce que Dieu a déposé en lui. Il ne peut pas concevoir les desseins de Dieu, il doit simplement persévérer (La mission des prophètes 7).

 

2e Dimanche de carême B (Gn 22,1-2.9-13.15-18; Rm 8,31-34; Mc 9,2-10)

1 - Rabbi, il est heureux que nous soyons ici. Sans son Église, le Seigneur serait seul. Sa mission serait pauvre, car elle serait inaccomplie. Il est donc bon que nous soyons là. Nous avons dans sa mission une raison d'être là. Nous sommes là afin qu'il puisse glorifier le Père. C'est un fait d'une portée inouïe. Il est important pour tout croyant et non moins pour tout non-croyant. Il est heureux que nous soyons là, car nous sommes réponse à une question du Seigneur. Évidemment pas dans le sens que croit Pierre, en intervenant et en construisant d'une certaine manière une maison, trois maisons, une quantité de maisons qui ne sont pas demandées. Mais dans le sens où nous demeurons une réponse, faisons en répondant ce que le Seigneur demande à l’Église, à chacun personnellement, et répondons par la confiance à la compréhension qu'il nous a offerte (Sur Mc 9,5. Cf. Saint Marc 394-395).

2 - Ils étaient saisis de frayeur. Les disciples sont transportés dans une réalité surhumaine sur laquelle se brisent toutes leurs expériences. Ils sont comme dans un tourbillon. Certes, ils ont déjà expérimenté beaucoup de faits extraordinaires dans la vie du Seigneur, mais la scène était toujours restée leur monde terrestre. Les miracles du Seigneur ont dilaté leur esprit. Maintenant ils semblent être arrachés à leur monde propre et projetés dans un monde de miracles. Le ciel s'est ouvert à eux, la vie éternelle a soudain fait irruption dans leur vie quotidienne. Et ils doivent apprendre à voir des choses qu'aucun homme ne voit d’ordinaire. Pour tout homme à qui cela arrive, c'est un événement extrêmement riche de conséquences, si bien que nous comprenons que les disciples soient saisis de frayeur (Sur Mc 9,6. Cf. Ibid. 395).

3 - Les apôtres descendent de la montagne après la Transfiguration. La vie est difficile après l'ouverture du ciel. Pour l'homme qui n'a pas une vue d'ensemble (de sa vie), il est toujours difficile de devoir continuer à vivre après avoir fait une haute expérience et de vivre sans elle. Mais les disciples restent avec le Seigneur. Ils n'ont pas la capacité de le voir en permanence comme le Fils du Père. Ils l'ont eue pour un instant dans la grâce, dans une grâce toute particulière. Et pourtant si cette grâce de vision cesse, cela ne signifie aucunement que cesse la grâce. Ils continuent à vivre dans la grâce, mais une grâce quotidienne, plus petite à leurs yeux, qui leur permet pourtant de se rappeler sans cesse la grandeur de la grâce reçue. Et justement le fait que les disciples puissent continuer à accompagner le Seigneur donne à leur quotidien un autre visage, car sa divinité leur est maintenant bien plus réelle. Ils sont les premiers chrétiens auxquels une manifestation du ciel a été accordée, qui ont vécu quelque chose d'analogue aux prophètes. Mais il est hors de propos qu'ils puissent se sentir maintenant prophètes ou saints (Sur Mc 9,9. Cf. Ibid. 399-400).

4 – Pour les Juifs, le sacrifice d'Abraham est à juste titre un sommet de leur rapport à Dieu. Et ils soulignent que c''est un double sacrifice : du père qui tire son couteau, et du fils qui consent à son propre holocauste. C'est une extrémité que Dieu, en imitation de son propre dessein, pouvait exiger de l'homme se tenant dans son alliance. L'horreur ne consiste pas seulement dans l'ordre de tuer le fils de sa chair - il y avait dans les religions d'alentour, et illicitement en Israël lui-même, de pareils sacrifices humains - mais en ce que ce fils avait été expressément donné miraculeusement par Dieu et était destiné à assurer la poursuite et l’exécution des promesses divines. Dieu se contredit dans cet ordre même. Et malgré cette contradiction incompréhensible pour lui, l'homme doit obéir, parce que Dieu est Dieu. La deuxième lecture résout le paradoxe en déclarant que Dieu se révèle comme l'amour substantiel qui ne se contredit pas quand il envoie le Fils de Dieu à la véritable mort, et que c'est justement ainsi qu'il remplit la promesse de nous accorder toute faveur, c'est-à-dire la vie éternelle (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p.48-49).

5 - Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rm 8,31). Que Dieu soit pour nous signifie une proximité de relation qui crée la foi, la fortifie, la nourrit. Tout ce qui s’oppose à cela est dépourvu de force, dévalorisé, sans importance, sans actualité. Toute l’actualité réside en Dieu, est donnée par lui, est liée à lui. Ce qui s’oppose à lui est sans effet ; la grande puissance que pense posséder l’incroyant a perdu pour le croyant tout effet, car "Dieu est pour nous". Le "pour" est un "pour" d’éternité, qui peut en même temps s’étendre en tout lieu. Sa présence est garantie : Dieu est pour nous. Dieu dit oui à la conduite que nous adoptons, Dieu soutient de son amour nos efforts, Dieu prend parti pour nous, Dieu se décide pour nous, Dieu jette quelque chose de son éternité, de son infinité et de sa toute-puissance dans notre plateau de balance. Dieu nous fait une promesse depuis toujours ; cette promesse fait que nous vivons dans la confiance, elle nous prémunit contre celui qui pourrait être contre nous (Sur Rm 8,31. Cf. Sieg der Liebe 85).

6 – La foi d’Abraham était si forte qu’elle avait la force d’un savoir. Quand Abraham se mit en route pour offrir son fils, ce n’est pas en lui-même qu’il puisa sa force, mais en sa foi, en Dieu. Justement la grandeur de son sacrifice était pour lui la garantie que c’était Dieu qui le voulait. Ce qu’il a à faire au nom de Dieu, il le fait sans restriction, justement parce qu’il croit. Ce qui lui importe par-dessus tout, c’est d’accomplir la volonté de Dieu ; peu importe l’œuvre précise qui lui est demandée ; il sait ce qu’il souffre, mais il sait encore beaucoup plus ce que Dieu désire. Il n’opère aucun calcul entre ce qu’il perd et la volonté de Dieu, il offre purement et simplement avec une virilité qui est totalement portée par sa foi (Sur Jc 2,23. Die katholischen Briefe I,144).

7 – Dieu a choisi la souffrance pour nous montrer le mystère de son amour (NB 6,329). 

 

2 e Dimanche de carême C (Gn 15,5-12.17-18; Ph 3,17-4,1; Lc 9,28-36)

1 – Ils parlaient de sa fin. Ce récit de la transfiguration par saint Luc est le seul qui nous apprenne quelque chose du contenu de l'entretien du Seigneur transfiguré avec Moïse et Elie. Ils parlent de la mort de Jésus, donc de ce qui est capital dans la rédemption du monde. Jésus se montre transfiguré devant ses disciples parce qu'il leur avait déjà prédit sa mort. La voix du Père se fait entendre et l'Esprit, comme une nuée, couvre les disciples de son ombre. Quand les disciples à la fin voient de nouveau Jésus seul, ils savent quelle plénitude de mystère se cache en lui : sa relation à toute l'ancienne Alliance, sa relation permanente au Père et à l'Esprit. La transfiguration de Jésus n'est pas une anticipation de sa résurrection – dans la quelle son corps sera transformé en Dieu -, mais la présence de Dieu Trinité dans son corps prédestiné à la croix (HUvB, Lumière de la parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 49).

2Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux (Ph 3,20). La patrie des chrétiens, c'est le ciel, une patrie au sens terrestre et éternel à la fois, un lieu de refuge, de sécurité, de certitude. Le ciel est le lieu du Dieu trinitaire, d'où Dieu le Père est venu pour créer le monde, d'où Dieu le Fils est venu pour le racheter, d'où Dieu l'Esprit vient pour le maintenir. Dieu n'a pas créé la distance entre lui et l'homme pour laisser l'homme dans sa petitesse et son insécurité mais pour lui offrir d'une façon qui soit compréhensible pour lui, le monde éternel du ciel. La foi est capable de supprimer le temps pour le croyant dès son vivant. Déjà ici et maintenant le croyant vit dans sa vraie patrie, dans le ciel, qui se révèle déjà ici sur terre, et seuls notre faiblesse, notre hésitation, notre péché, en obscurcissent la manifestation (Cf. Au service de la joie. Méditations sur l'épître aux Philippiens 121-122).

3 – Abraham n’est pas simplement un élu de Dieu, il est son ami, parce qu’il a répondu à la promesse de Dieu avec toute son obéissance (Sur Is 41,8-10. Isaias 46). 

 

3e Dimanche de carême A (Ex 17,3-7; Rm 5,1-2.5-8; Jn 4,5-42)

1 - La Samaritaine. Le Seigneur prend contact avec cette femme inconnue. Il le fait en lui demandant un service. Quand le Seigneur demande quelque chose à quelqu'un, cela veut dire qu'il s'ouvre à lui et se met à sa merci. Le service que la femme doit lui rendre fait partie de ses occupations quotidiennes. Le Seigneur ne nous demande pas plus que ce que nous possédons (Sur Jn 4,7. Jean. Le Verbe se fait chair II,87-88).

2 - L'eau vive. L'eau vive dont le Seigneur parle ici, est l’ensemble de ce qu'il a à donner : depuis la simple notion de l'eau courante qui purifie et désaltère, à l'eau du baptême, à lui-même qui répand son sang, à la source de l'Esprit Saint, qui est don du Père et conduit au fleuve de la foi qui pour finir se jette dans la mer de la vie éternelle (Sur Jn 4,10. Ibid. II,90).

3 - Va, appelle ton mari. Il l'envoie chercher le complice de son péché. Elle doit aller chercher celui avec qui elle fait ce qui avant tout lui est interdit; elle ne doit pas l'envoyer chercher, mais l'amener elle-même. Le Seigneur, avant de poursuivre, fait apparaître l'abîme qu'il y a entre ce qu'il promet, la vie éternelle, et ce qui est en elle : sa propre mort, le péché. Pour qu'elle puisse accueillir la lumière, il faut qu'elle rejette les ténèbres. Il prépare le chemin à la lumière en éclairant en elle ses ténèbres. Il faut qu'elle reconnaisse son péché. Il faut qu'elle cherche à se débarrasser de son péché pour que les flots de la lumière du Seigneur l'inondent (Sur Jn 4,16. Cf. Ibid. II,94).

4 - Seigneur, je vois que tu es un prophète. Tu es un prophète, dit la femme, et elle veut dire : tu me scrutes jusqu'au fond. Tu vois ce que je suis et ce que j'étais. Le Seigneur ne lui fait aucun reproche. Il ne lui demande aucun détail, il les connaît à l'avance. Comme il sait la vérité, il n'a pas besoin d'y insister. Ce qui lui importe, c'est la lumière seule. Ce qui prime, ce n'est pas que les ténèbres soient éclairées, c'est la lumière. Et à présent il a atteint ce qu'il recherchait : la clarté entre lui et la femme (Sur Jn 4,19-20. Cf. Ibid. II,97).

5 – Les deux premières lectures préparent le merveilleux entretien de Jésus avec la Samaritaine. Une première prévenance de la grâce est la demande de Jésus de lui donner à boire. Un don que la pécheresse ne comprend pas, bien qu'elle refuse pas la demande ; nous ne savons pas si elle a donné à boire à Jésus. Vient alors en second l'offre de l'eau vive, du don céleste de la vie éternelle, offre que la pécheresse est incapable de concevoir. Seule la troisième grâce se crée un accès au cœur fermé : la confession que Jésus donne à le femme en la tirant de son propre savoir ; la femme est désormais accessible à la parole du "prophète" : l'entretien sur l'adoration de Dieu commence. En deux ou trois échanges, on arrive à l'adoration en esprit et vérité, et à la révélation de Jésus par lui-même comme le Christ de Dieu. Ici l'eau de la grâce a pénétré jusqu'au fond de l'âme pécheresse, l'a purifiée et l'a poussée à l'action apostolique. La pénitence de la femme – le fait qu'elle reconnaît de bon gré le péché qui lui est dit en face – est presque insignifiante en regard de la grâce qui détermine tout depuis le début (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 54).

6L’Esprit Saint sait où l’homme doit regarder et aller pour être en Dieu et pour accomplir un nouveau pas vers Dieu en vérité. Un savoir qui n’exige aucun ravissement en Dieu, mais qui est influencé d’un point de vue purement humain et est en même temps influencé par Dieu. Un savoir qui se tient au point de rencontre de la nature et de la surnature et qui fait connaître à l’homme clairement comment il a à se conduire dans la grâce (NB 6, 391-392).

7 - Il n’est pas facile pour le Fils de devenir homme. Ce qui le lui rend plus facile est qu’il comprendra tout comme volonté du Père, qu’il verra toutes choses de ce point de vue. En tant que Dieu, il n’a pas de vœu plus ardent que d’être homme comme le Père l’attend de lui. Et il voit que sa mère aussi, en tant que sauvée, vit entièrement de ce vœu (Cf. NB 6, 140-141).

8 – Un homme dit au Fils : Fais ceci et cela. Le Fils répond : Je fais la volonté du Père. De la sorte, la question de l’homme est redressée par le Fils, adaptée à la réponse de Dieu ; la question était limitée et humaine, la réponse est divine ; la question était tâtonnante, la réponse de Dieu est sûre (Sur Is 65,24. Cf. Isaias 224).

9 – L’Esprit, semence de Dieu dans le monde (NB 6,425-426).

10 – Dieu agit toujours de la manière la plus avantageuse pour notre salut, qu’il se dévoile plus ou moins. Un peu comme dans la vie des époux : il n’est pas essentiel qu’ils soient plus ou moins déshabillés, l’amour n’est pas moindre en toute situation. Tout instant conduit immédiatement vers la vie éternelle : aussi bien tel événement précis que tel sommet (NB 6,99-100).

11 – La vision humaine de Dieu culmine pour le Fils dans la certitude de faire la volonté du Père (HUvB, AvS et sa mission théologique 139).

12 – Toute prière chrétienne se fait sous le signe de celle du Christ : que ta volonté soit faite (Kostet und seht 428).

13 – A partir de l’instant où nous commençons à croire et pour toute l’éternité, notre joie est grande et elle embrasse toute notre vie. Cette joie, rien ne peut la troubler, elle est joie totale et parfaite. Elle est si profondément enfouie dans la foi qu’elle existe même quand nous ne la percevons plus. Une montagne peut bien parfois nous cacher la vue, nous savons que la région par derrière est toujours là, inchangée. Nous ne pouvons pas perdre la joie, même si pour un peu de temps nous sommes affligés par maintes épreuves et sommes en apparence coupés d’elle, car celui qui croit en vérité ne peut jamais être séparé de sa foi. Parce que la joie est un élément essentiel de la foi, il ne pourra la perdre (HUvB, AvS et sa mission théologique 239).

14 – Toute foi vivante a une parenté avec la nuit (Das Licht und die Bilder 54).

 

3e Dimanche de carême B (Ex 20,1-17; 1 Co 1,22-25; Jn 2,13-25)

1 - Si, en chassant les vendeurs du Temple, le Christ avait laissé libre cours à sa colère divine, il n'aurait pas seulement renversé les tables, dispersé la marchandise et frappé les hommes, il aurait aussi détruit le Temple, car il sait fort bien qu'à peine sera-t-il parti les hommes reviendront s'installer pour faire leur commerce. Une mère peut châtier son enfant dans une vraie colère sans renoncer un seul instant à son amour pour lui (NB 6,313-314).

2 - Une foi basée uniquement sur le calcul d'un spectacle n'est pas la foi. La foi n'est jamais le résultat d'un calcul. Elle peut bien naître à l'occasion d'un miracle visible, mais personne n'a le droit d'en faire dépendre sa foi. Même les Juifs n'avaient pas ce droit devant Dieu, bien que la nouveauté de la foi puisse dans une certaine mesure rendre plausible leur réticence à croire sans preuves sensibles. Et pourtant ils n'ont pas le droit de marchander avec Dieu. Mais pas davantage les chrétiens, en raison des grâces reçues, n'ont-ils le droit d'en revendiquer d'autres. Si la grâce est invisible, et peut-être le demeurera-t-elle toujours, on n'a jamais le droit de réclamer qu'elle devienne visible et nous devons nous contenter de cette obscurité. Quelle que soit la nature de la grâce, Dieu exige en tout cas la foi (Sur Jn 2,19. Jean. Le Verbe se fait chair II,46).

3 – La purification du temple est racontée au milieu du carême afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu. Il y a le fouet inexorable de Jésus et le vrai Temple, celui de son corps, détruit par les hommes, qui sera rebâti en trois jours. Jésus chasse les vendeurs du temple : le Dieu de l'ancienne Alliance ne pouvait pas tolérer à côté de lui des dieux étrangers, surtout pas le dieu Mammon. Le Dieu de l'ancienne Alliance se réserve toute adoration et, parmi ses lois, il y a la loi du sabbat qui indique avant tout que, parmi les jours des hommes, l'un est réservé et caractérisé comme la propriété de Dieu et contraint l'homme par le repos à en prendre toujours à nouveau conscience (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 50-51).

4 Un Christ crucifié (Ph 1,23). Grecs et Juifs s'efforcent de ramener Dieu au niveau qui leur convient, ils posent tous deux à Dieu les conditions dans lesquelles il doit se révéler à eux : des signes ou la sagesse. En opposition absolue au miracle et à la sagesse, nous proclamons uniquement la croix ; ce n'est pas un enseignement abstrait, c'est le Christ crucifié. Cette folie est sans pareille. Ce cadeau que Dieu nous a donné et qu'aucune tendance rationnelle n'avait escompté, que personne n'avait demandé, dépasse tout ce que nos calculs les plus audacieux pouvaient prévoir. La croix, c'est la souffrance d'un homme humainement fini, qui ne laisse voir rien d'autre qu'une mort sanglante, cruelle. La croix est une pure contradiction : un coup porté au visage de toutes les attentes, de tous les calculs et de toutes les perspectives de la raison humaine. A partir du monde, il n'y a pas de chemin permettant d'en trouver une explication. Par ces paroles, Paul tourne le dos au monde. Sa foi demeure incompréhensible pour un non-croyant, puisqu'il n'existe pas de continuité entre l'incroyance et la foi (Cf. Première épître aux Corinthiens I,38-39).

5 - Toute souffrance vraiment chrétienne est féconde (Sur Jc 5,13. Die katholischen Briefe I,232).

6 – Un miracle pourrait devenir un moyen pas cher de réduire la foi : "Si Dieu opère le miracle, je croirai à son pouvoir". Cela veut dire exactement : je crois si Dieu fait le miracle. Et par là, l’homme voudrait en fait exercer une pression sur Dieu. L’homme réclame des miracles pour ne pas douter, pour éprouver une joie, pour expérimenter une fois quelque chose qui le dépasse totalement. Mais il réclame souvent un miracle là où il n’est pas permis qu’il se produise parce qu’il pourrait nuire à la foi de l’homme. L’adaptation inconditionnelle à la volonté de Dieu n’est sans doute jamais aussi parfaite que là où l’on dit oui à la non réalisation d’un miracle. Il a fait un pèlerinage dans l’espérance de faire l’expérience d’un miracle en lui-même ou dans une personne qui est proche de lui. Et Dieu n’en a pas opéré. A la place, Dieu lui donne une foi nouvelle, il lui donne la force de continuer, il lui donne d’être content de cette disposition de Dieu et par là d’être sauvé à l’intérieur plus profondément (NB 10,2210).

 

3e Dimanche de carême C (Ex 3,1-8.10.13-15; 1 Co 10,1-6.10-12; Lc 13,1-9)

1Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. L'évangile d'aujourd'hui est fait de purs avertissements. Pour Jésus, tous les hommes son menacés dans la mesure où ils sont pécheurs. Pour finir, Jésus raconte l'histoire du figuier qui ne porte pas de fruit. A la demande du jardinier, l'arbre reçoit une dernière chance : "Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas". Une grâce est offerte à l'arbre, une grâce qu'il n'a pas méritée. La grâce ne produit pas automatiquement du fruit ; l'homme doit collaborer avec la grâce. - La deuxième lecture donne un aperçu des grâces reçues par Israël dans le désert, et le peuple a été ingrat, il murmura contre Dieu, et ainsi la plupart ne parvinrent pas au but promis par Dieu. C'est un avertissement pour l’Église. Justement parce qu'elle est plus comblée de grâces, elle est plus menacée. Ceux qui sont prédestinés à une plus grande sainteté peuvent devenir les apostats les plus dangereux et entraîner avec eux dans le reniement des parties entières de l’Église. La patience de Dieu n'a pas de limite, mais Dieu ne peut verser aucun salaire pour une vie stérile, comme le montre la parabole des talents (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 51-52).

2 - Dieu est Dieu, sa volonté est suprême, absolue, et qui lui résiste se fait du tort à lui-même. La volonté de l'homme ne peut se déployer que si elle s'insère dans la volonté de Dieu Trinité (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,14).

3Dans son Alliance, Dieu est toujours Dieu, même s'il existe plusieurs chemins pour parvenir à Lui. Son être ne change jamais. La révélation complète de cet être sera le Fils ; c'est pourquoi tous les chemins antérieurs renvoient à lui et portent sa trace. On peut donc les emprunter pour parvenir à lui. C'est ce que fait Paul en évoquant la marche des Hébreux dans le désert (Cf. Ibid. II, 14-15).

4 – Dieu investit Moïse d’un pouvoir, et Moïse fait des miracles comme s’ils étaient son œuvre. Sa mission le veut ainsi. Moïse doit avancer jusqu’à connaître Dieu suffisamment pour ne plus agir qu’en son nom, ne plus être autre chose qu’un instrument entre les mains de Dieu… Moïse est le serviteur de Dieu ; il fait ce qui lui est demandé, tantôt privé d’intelligence, tantôt placé dans la nécessité de comprendre au milieu d’une succession d’événements dont la loi est impénétrable à tout homme, événements qui renferment pourtant les irruptions de la grâce. Moïse doit percevoir la parole de Dieu comme un aveugle qui entend sans voir l’être qui lui parle. Il est l’intermédiaire de la grâce que lui seul peut transmettre au peuple, mais sans qu’il lui soit donné d’en disposer. L’entrée dans la Terre promise lui est refusée, mais il doit y conduire le peuple. Ainsi châtié, conscient de sa faute, il est un symbole pour les missions futures de la chrétienté, qui devront apprendre à renoncer aux fruits non seulement pour promettre une obéissance aveugle, mais aussi pour la pratiquer (La mission des prophètes 19).

5 – Celui qui a fait une fois en profondeur l’expérience de se tenir seul devant Dieu, voudra toujours, aussi souvent que possible, la refaire. Non pas pour vivre d’autres événements, mais parce que chaque rencontre avec Dieu contient la nécessité d’une nouvelle rencontre. Dieu s’ouvre chaque fois comme un commencement qui, constamment, appelle une suite. Et à chaque fois, le chrétien voit plus clairement que, dans ces rencontres, il n’a, en somme, qu’à être là et à être prêt – mais détaché de tout ce qui pourrait faire obstacle -, que Dieu lui-même veut prendre la responsabilité de la rencontre et qu’il la façonne lui-même (Le monde de la prière 212-213).

6 – Dieu se voile et se dévoile. Au ciel, il répand sa lumière sur tous les êtres. De les rencontrer nous oblige à penser à Dieu. Mais au ciel non plus, on ne voit pas directement le mystère de Dieu (NB 6,64-66).

7 – Une fois que Dieu a parlé et qu’une âme l’a entendu, le silence n’est plus jamais un silence vide, pas plus qu’il n’est un simple écho de la parole, c’est au contraire une forme de réponse, d’accueil de la parole, un accueil vivant, actif. Dans le silence, l’âme devient le sein de la parole. Le silence est la condition fondamentale de tout entretien et ce n’est que dans le silence qu’il se poursuit (HUvB, AvS et sa mission théologique 287).

8 – Dieu voudrait nous avoir totalement séparés du péché (NB 9,1589).

9 – Sur le fondement de la foi, il y a entre l’homme et Dieu tout un processus surnaturel qui correspond à une exigence de Dieu. La foi crée en l’homme des espaces nouveaux, plus que naturels, pour rencontrer Dieu. On pourrait donc dire qu’il est "naturel" pour l’homme de percevoir le surnaturel, parce qu’il est aussi "naturel" que Dieu, quand il pose à l’homme des exigences surnaturelles, lui donne aussi un champ de conscience où celui-ci peut le rencontrer et lui répondre d’une manière digne de l’homme. D’où les consolations dans la prière, la conscience d’être entendu de Dieu, un certain sentiment de la présence de Dieu avec qui parle l’orant (NB 5,203-204).

 

4e Dimanche de carême A (1 S 16,1.6-7.10-13; Ep 5,8-14; Jn 9,1-41)

1 - Un homme aveugle de naissance. Le Seigneur remarque le défaut physique d'un homme. Et il y reconnaît la similitude de la cécité spirituelle. Tout homme est aveugle jusqu'à ce que le Seigneur touche ses yeux. Et même c'est l'humanité tout entière qui était aveugle jusqu'à la venue du Seigneur. C'est depuis les origines que retentit la promesse divine de la lumière, mais les hommes, au lieu de vivre dans la lumière de cette promesse, se sont rendus peu à peu insensibles à son égard. Leur péché a tellement rempli le vase dans lequel la grâce devait se répandre qu'au moment où elle leur est offerte, ils ne la reconnaissent plus ni ne peuvent l'accueillir. Tout homme qui ne possède pas une foi vivante est aveugle. Lorsque le Seigneur a une fois touché les yeux d'un homme en lui donnant de voir, le monde entier prend pour lui un visage nouveau. Il voit ce que Dieu a mis dans l'homme, ce qu'il voudrait voir en lui et voit réellement et ce qu'il permet aux croyants de voir (Sur Jn 9,1. Cf. Jean. Les controverses II, 5-6).

2 - Je suis la lumière du monde. Il est toujours la lumière en tant que telle, même dans l'éternité. Mais aussi longtemps qu'il est dans le monde, il est la lumière du monde. Il est la lumière éternelle dans la lumière du Père, il est la lumière du monde dans la ténèbre. Car c'est pour elle qu'il est dans le monde. Il est prêt à la faire briller et à la dévoiler, à la montrer à tout cœur qui ne la connaît pas. Et comme il n'est  pas question ici de la ténèbre abstraite du péché mais de la ténèbre concrète du pécheur lui-même, le Seigneur est prêt à prendre sur lui tout le poids de son péché et de le porter sur la croix afin de la transformer ainsi en lumière (Sur Jn 9,5. Cf. Ibid. II,19).

3 - Les aveugles verront. Les aveugles sont ceux qui se savent aveugles, qui savent que la lumière leur manque. Donc ils cherchent et connaissent une tension. Ils ont, sinon des yeux, du moins une oreille ouverte à la vérité, ils ne s'y sont pas fermés hermétiquement.  Ils savent que quelque chose en dehors d'eux doit les combler. Ils sont vraiment humbles et on ne saurait leur reprocher de n'avoir pas encore la foi. Ils sont là comme des mendiants avec leur péchés, leur manque d'amour, leur vie mauvaise. Aussi le Seigneur peut-il les guérir en passant (Sur Jn 9,39. Cf. Ibid. II,38).

4 – La longue histoire de la guérison de l'aveugle-né tend à cette alternative : celui qui reconnaît qu'il doit sa vue, sa foi, au Christ, vient, par pure grâce, à la lumière ; par contre, celui qui pense être voyant et bon croyant par lui-même et sans en être redevable à la grâce, celui-là est déjà aveugle et le sera définitivement. L'aveugle de naissance que Jésus rencontre ne demande pas tout d'abord à Jésus de le rendre voyant. Ensuite il se transforme lentement en un parfait croyant. D'abord il obéit sans comprendre : "Va te laver à la piscine de Siloé. L'aveugle s'en alla, il se lava". Ensuite il ne sait même pas qui l'a guéri. Devant les pharisiens, il s'enhardit et reconnaît dans son guérisseur un prophète. Puis il acquiert le courage de défier ses adversaires : "Auriez-vous envie vous aussi de devenir ses disciples ?" Il se laisse expulser de la synagogue, il est mûr alors pour rencontrer Jésus et pour l'adorer en croyant. Sortant des ténèbres sans espoir, il grandit dans la plus pure lumière de la foi, tout cela par la force d'une grâce offerte dont il suit la logique avec obéissance (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p.55-56).

5 Autrefois vous étiez ténèbres (Ep 5,8). Ils étaient ténèbres parce qu'ils n'avaient pas la foi, qu'ils ne laissaient pas Dieu agir en eux, qu'ils étaient réduits à leur horizon propre. Et parce que, réduits eux-mêmes, ils ne cessaient de tourner en rond, il n'y avait en eux aucune ouverture, aucune fenêtre donnant sur la lumière. Mais, à présent, la lumière du Seigneur a brisé cet obscur cercle vicieux. Car le Seigneur est lumière et source de lumière : il ne la garde pas pour lui-même, il la diffuse, et avec une telle profusion, que chacun peut y marcher et, mieux encore, devenir lui-même lumière. La lumière du Seigneur a la force de chasser nos ténèbres, de nous envahir si totalement qu'on ne peut plus trouver en nous aucune trace de ténèbres ; et aussi longtemps que la lumière nous inonde, rien de ténébreux ne pourra revenir en nous (Cf. L’Épître aux Éphésiens 170-171).

6 - Pas de meilleur moyen pour s’approcher de Dieu que de faire sa volonté. Et on ne peut le faire sans prier. Toute vraie prière est une prière d’accomplissement de la volonté de Dieu. En habitant au milieu de nous, le Fils s’est donné à tout croyant de telle sorte que celui-ci peut être sûr que le Fils l‘accompagne dans sa prière. Cet accompagnement l’encourage à accomplir la volonté de Dieu comme le Fils l’a faite (Sur Jc 4,8. Die katholischen Briefe I).

7 – Plus je suis dans la lumière, plus le prochain me devient transparent dans son inclination au péché, plus je ressentirai rapidement combien il peut être facilement entraîné au mal. Ainsi ceux qui sont dans la lumière s’empêchent mutuellement de pécher (Sur 1 Jn 2,10. Die Johannesbriefe 51).

8 – Qui pense à ses péchés s’empêche lui-même de regarder vers Dieu. Qui regarde vers le haut est plus près de Dieu que celui qui regarde vers le bas. Ne pas regarder en arrière (Commentaire de saint Ignace de Loyola sur son parcours) (NB 11,62).

9 – Si je sais bien que le Seigneur est en toute lumière, pourquoi est-il si difficile de savoir qu’il se trouve aussi en toute obscurité (NB 8, p. 487).

10 – Il y a des âmes qui sont fermées à Dieu et à sa vérité. Leur aspect a quelque chose d’insupportable (NB 8,736).

11 – Parmi les baptisés, il y a tous ceux qui sont dégoûtés, qui n’ont certainement plus la foi, qui entretiennent avec Dieu une sorte de froide amitié, comme on met dehors non sans raison quelqu’un dont on était autrefois l’ami ; on le voit encore parfois, mais on n’a plus rien à lui dire (NB 10,2043).

12 – Le don de Dieu aux hommes, qui leur rend possible le contact avec le ciel de Dieu Trinité, c’est la foi (NB 5,40).

 

4e Dimanche de carême B (2 Ch 36,14-16.19-23; Ep 2,4-10; Jn 3,14-21)

1 - Le Seigneur élevé sur la croix devient transparence vers le Père. Ce n'est qu'à travers lui et seulement les yeux levés vers lui que nous pouvons voir le Père. En regardant dans la foi vers le Seigneur ainsi élevé, nous sommes débarrassés de notre péché, comme les Juifs croyants le furent de leur maladie lorsqu'ils levaient les yeux vers le serpent d'airain. Car le péché n'est jamais supprimé du fait qu'on le regarde, mais toujours et seulement par le regard sur la pureté qui nous entraîne vers le haut. C'est la contemplation de la pureté qui purifie, mais de la pureté en tant que chemin vers l’amour. Jamais la pureté n'est un but en soi. Être libre du péché n'est jamais un lieu de halte, mais toujours un chemin pour avancer, et avancer en se quittant soi-même, le chemin partant de la morsure du serpent vers le Dieu qui guérit (Sur Jn 3,14-15. Jean. Le Verbe se fait chair II,66).

2 – L'évangile nous donne l'occasion, en ce temps de pénitence, de réviser notre représentation du jugement divin. Voici la déclaration décisive : celui qui méprise l'amour de Dieu se condamne lui-même. Dieu n'a aucun intérêt à condamner les hommes ; il est pur amour, qui va si loin que le Père livre son Fils par amour pour le monde ; il ne peut absolument pas nous donner davantage. Toute la question est de savoir si nous acceptons cet amour ou si, devant sa lumière, nous nous cachons dans nos ténèbres. Dans ce cas, "nous haïssons la lumière". Et par là nous sommes déjà jugés, non par Dieu, mais par nous-mêmes (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, 52).

3 – Au beau milieu de la situation de perdition du monde pécheur, Paul place à présent le mot Dieu (Ep 2,4). Dieu intervient là où tout allait vers la mort, où tout semblait perdu. Ici apparaît Dieu, qui est riche en miséricorde. Il faut l'inconcevable richesse de sa grâce pour opérer là précisément où l'on ne voyait pas d'issue parce que le péché ne faisait qu'engendrer le péché. Dieu nous a aimés bien que nous fussions morts par suite de nos fautes. A cause de l'amour qui l'unit à son Fils, Dieu ne peut nous laisser dans la mort, sinon il frustrerait pour ainsi dire le Fils de la joie de la création, lui qui était présent lors de la création, lui en qui et pour qui il avait entrepris toute la création. Et ainsi le Père, à cause de l'amour qu'il a pour le Fils, doit inclure les hommes dans cet amour, il doit les rendre à la vie avec le le Fils (L’Épître aux Éphésiens 65-66).

4 - Le Seigneur apporte la vie éternelle. Il ne la donne pas après la vie temporelle, il nous en fait le don au milieu de la vie temporelle comme éternité commencée. Il promet qu’il ne cessera pas de nous attirer à lui (Sur 2 Jn 8. Die Johannesbriefe 275).

 

4e Dimanche de carême C (Jos 5,10-12 ; 2 Co 5,17-21 ; Lc 15,1-3.11-32)

1Le père courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. La parabole de l'enfant prodigue est peut-être la plus émouvante de toutes les paraboles de Jésus. La personnalité des deux fils ne sert qu'à révéler le cœur du Père. Jamais Jésus n'a décrit le Père du ciel d'une manière plus frappante qu'ici. L'admirable commence déjà par le geste du père qui exauce la demande du fils et lui remet la part d'héritage qui lui revient. Pour nous, cette part d'héritage donnée par Dieu, c'est notre existence, notre liberté, notre intelligence, notre responsabilité personnelle. Que nous dilapidions tout cela et tombions dans la misère et que la misère nous amène à réfléchir, ce n'est pas cela au fond qui est intéressant. Ce qui l'est, c'est le père qui guette le retour de son fils, c'est sa compassion, son accueil extraordinaire du fils, la fête décidée pour lui. Et même pour le fils jaloux, pour le fils rétif, le père n'a pas de parole dure : ce qu'il lui dit c'est la simple vérité : à celui qui persévère aux côtés de Dieu, tout appartient en commun avec Dieu (HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. p. 53).

 

5e Dimanche de carême A (Ez 37,12-14; Rm 8,8-11; Jn 11,1-45)

1 - Le Seigneur annonce que Lazare ne mourra pas, bien qu'en fait il meure tout de même. Mais aux yeux du Seigneur, cette mort de Lazare n'est pas vraiment une mort, non pas tellement parce que Lazare sera bientôt rappelé à la vie, mais bien plutôt parce qu'elle sert à glorifier Dieu. La mort en tant que telle est quelque chose de définitif, une disparition, un terme. Mais ici elle mène à tout le contraire : à un début, à une promesse. Tout le mystère de la rédemption du Seigneur se trouve préfiguré ici. La mort corporelle n'a plus aucun poids en comparaison de la promesse divine qu'elle fait naître : elle est tout simplement dépassée, elle est illuminée de l’éclat de la glorification du Fils (Sur Jn 11,4. Cf. Jean. Les controverses II, 91).

2 - Le Christ est la résurrection et la vie. La résurrection est le passage vers la vie nouvelle lorsque l'ancienne se termine. Or cet achèvement n'est pas une fin, la vie ancienne a plutôt sa place dans la nouvelle. Le Seigneur est la résurrection, et il est en même temps la vie. La résurrection est un moment, une étape à l'intérieur de la vie du Seigneur. C'est l'étape de l’épanouissement subit, direct et réel, le tournant infini, un processus si abrupt qu'on ne lui trouve aucun point de comparaison dans la nature. Ce qui reste de l'ancienne vie ne peut être considéré comme insignifiant parce qu'elle est une vie formée par le Seigneur. Cette ancienne vie n'est pas abandonnée, elle est passée dans la nouvelle. Le souvenir de notre vie passée reste vivant. Nous n'arrivons pas comme des intrus, nous sommes depuis longtemps attendus par lui et donc les bienvenus.  Nous apportons nos dons. Nous apportons tout ce que nous avons reçu du Seigneur au cours de notre vie terrestre, si mal traité que ce soit, car ses dons sont indestructibles et ineffaçables (Sur Jn 11,25-26. Cf. Ibid. II,128-129).

3 - Alors Jésus leva les yeux. Le Seigneur détourne son regard des hommes pour le porter vers Dieu. Il remercie le Père de lui avoir donné ce frémissement devant la tombe car il renferme le prélude de l'accomplissement de sa mission, et donc aussi de sa glorification. Car l'essentiel ne réside pas dans le miracle, mais dans la glorification. L'homme ne sait jamais quand s'accomplit l’essentiel. Le malade ne connaît pas l'acmé de sa maladie. La femme ne sait pas quand elle conçoit. L'homme ne sait pas quand Dieu lui pardonne et quand il le gratifie. Lors même que le Père et le Fils livrent leurs secrets en les révélant, il y aura toujours entre eux des rencontres auxquelles les hommes n'ont pas accès. Le Père et le Fils se réservent une ultime intimité dont les hommes ne peuvent percevoir l'éclair (Sur Jn 11,41. Cf. Ibid. II, 151-152).

4 – La résurrection de Lazare est le denier signe de Jésus avant sa passion. Celui qui va au-devant de la mort, veut auparavant voir la mort en face. C'est pourquoi il laisse expressément mourir Lazare malgré les demandes de ses amies ; il veut se tenir devant le tombeau de son ami, fermé par une pierre, et pleurer, bouleversé à cause de la terrible puissance de ce "dernier ennemi". Sans ces larmes au tombeau, Jésus ne serait pas l'homme qu'il est. Ensuite tout se précipite : d'abord vient l'ordre d'écarter la pierre (en dépit des objections), ensuite la prière adressée au Père, car le Fils implore encore d'en haut tout miracle qu'il opère, jamais ce n'est de la magie. Puis l'ordre : "Lazare, viens ici. Dehors !" Sa puissance sur la mort est une partie de sa mission ; elle ne sera pourtant un "plein pouvoir", même pour nous, que lorsqu'il mourra lui-même en exhalant l'Esprit Saint vers Dieu et vers l’Église. C'est seulement parce qu'il meurt de cette mort d'amour obéissant qu'il peut se nommer lui-même "la résurrection et la vie", et dire de lui la parole dépassant la mort : "Qui croit en moi, fût-il mort, vivra" (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, p. 58).

5 Le corps de Lazare est comme la preuve incarnée donnée aux hommes et à Dieu Trinité de la réalité objective de la mort. Il est entouré de l’affliction subjective de ses sœurs, mais objectivement, les sœurs considèrent la mort de leur frère comme définitive. Le Seigneur, lui aussi, pleure et frémit. Il pleure la perte terrestre de son ami humain ; il est tellement humain qu’il prend sur lui l’affliction humaine qui l’entoure, affligé qu’il est de la mort d’un ami et compatissant à l’affliction des personnes amies. La situation est parfaitement humaine et le divin s’y introduit maintenant d’une double manière : par le miracle avant tout, mais aussi par la figure de la résurrection du Fils qui se profile derrière la résurrection de Lazare. Le Fils remet d’abord le miracle au Père : c’est lui qui doit l’opérer. Mais parce que le Père est aussi vivant en lui que lui dans le Père, le Fils, après avoir invoqué le Père, assume la fonction de représentant du Père ici-bas : il est ainsi celui par qui le Père fait sur terre sa volonté, il est le Fils qui laisse s’opérer en lui la volonté du Père (Cf . Le mystère de la mort 68).

 

5e Dimanche de carême B (Jr 31,31-34; He 5,7-9; Jn 12,20-33)

1 - Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. Le Père sait que servir le Fils n'est rien d'autre qu'aimer le Fils. Il y a quelque chose de très délicat dans ce  mystère du Père qui nous honore. Lorsque quelqu''un arrive au ciel, lorsque le Père l'embrasse tout simplement avec amour et le traite comme son enfant chéri, l'homme concerné devrait se demander comment il en arrive à être à ce point surestimé; il pourrait en être gêné et se demander ce qu'il a fait pour mériter cela. Or cette gêne gâcherait tout. A notre grand étonnement, le Père nous compte comme mérite le service que nous avons rendu au Fils. Ce n'est qu'à l'intérieur de l'amour qu'on peut parler de mérite, parce qu'il renferme en lui un des plus beaux mystères de l'amour (Sur Jn 12,26. Cf. Jean. Les controverses II,202-204).

2 - Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Ce n’est pas le Seigneur qui se trouvera à l'endroit du serviteur, c'est plutôt le serviteur qui se verra assigner un endroit dans le domaine du Seigneur. Il y aura des moments où il saura cela avec précision. Il y aura d'autres moments dans l'obscurité où il ne s'en rendra pas compte. Mais même dans la nuit il retiendra cette parole mystérieuse du Seigneur : que le serviteur sera réellement là où est le Seigneur. Le serviteur peut avoir l'impression de s'être éloigné du Seigneur ou que le Seigneur s'est éloigné de lui, mais s'il est vraiment un serviteur et s'il n'a pas abandonné le service et s'il ne le résilie pas, il se trouve néanmoins là où est le Seigneur (Sur Jn 12,26. Ibid. II, 200).

3 - Celui qui hait sa vie ici-bas, la livre tout entière à Dieu pour qu'il en fasse ce qu'il veut. Lui, qui est la vie éternelle, nous comblera. Celui qui donne sa vie et la garde pour la vie éternelle trouvera sa vie d'ici-bas dans l’au-delà, car même la vie terrestre du Seigneur se poursuit dans la vie éternelle. Celui qui vit sa vie d'ici-bas dans le Seigneur participe déjà actuellement à la vie éternelle. S'il meurt, il emporte sa vie éternelle dans l'éternité comme quelqu'un qui vient de l'éternité, et ainsi sa vie éternelle dans l'au-delà ne pourra pas être sans relation avec sa vie éternelle d’ici-bas. Il continuera donc là-haut à aimer ceux d'ici-bas et à vivre pour eux dans la ciel (Sur Jn 12,25. Cf. Ibid. II,198-199).

4 – Cet évangile est le prélude de la Passion. Des païens veulent voir Jésus : au-delà d'Israël, sa mission englobe toutes les nations., mais elle ne s'achèvera que dans la mort : c'est uniquement de la croix (comme le dit la fin de l'évangile) qu'il attirera à lui tous les hommes. C'est pourquoi le grain de blé doit mourir, sinon il ne porte pas de fruit. Jésus le dit pour lui-même, mais aussi pour tous ceux qui veulent le "servir" et le suivre (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 54).

5 – Le Fils, qui a toujours à l’avance qu’il souffrirait, a cependant si bien laissé l’heure au Père qu’elle a fait irruption sur lui soudainement, violemment, avec la dernière rage. Il ne s’est pas entraîné pour cette heure, il n’a pas essayé de porter toujours plus de choses en direction de la croix comme un fakir qui peut parvenir à développer ses forces à l’étonnement de son entourage ; il aurait déplacé ainsi l’heure de sa mort, elle n’aurait plus été l’heure du Père (Das Licht und die Bilder 67-68).

 

5e Dimanche de carême C (Is 43,16-21; Ph 3,8-14; Jn 8,1-11)

1 - La femme adultère. Au centre se tient la femme dans son angoisse muette. L'importance que le péché avait pour elle n'apparaît pas; ni même si elle est contrite ou seulement honteuse à se trouver ainsi compromise. Elle se tient là comme une personnification de ce péché et doit s'attendre à la peine prévue pour ce péché. Pour elle, tout se passera comme cela doit se passer car la Loi est inexorable. Elle se trouve dans la situation du pécheur damné. Le Seigneur se trouve confronté avec le péché déclaré, tout d'abord avec le péché de la femme dénoncée publiquement, et ensuite avec le péché de tous les autres, dont nul ne souffle mot (Sur Jn 8,3-9. Cf. Jean. Les controverses I, 133).

2 - La seule qui avoue, c'est la femme. Elle ne le fait pas librement mais du fait qu'on l'a prise en défaut, que son aveu lui est extorqué au milieu de cette foule. Son péché est dénoncé et connu. Elle s'est confessée. Le Seigneur peut lui pardonner. En elle, le Seigneur reconnaît l'essence de la confession. Et il voit aussi le sacrifice que ce pardon implique pour lui. Il ne peut exiger du Père de pardonner à ces pécheurs  du simple fait que lui, le Fils, les aime. Il doit répondre d'eux en prenant sur lui leur péché. Dans son amour, il voit cette femme, il voit l'amour possible entre lui et elle. C'est pourquoi il voit en elle, comme en transparence, l'image de sa Mère (Sur Jn 8,3-9. Cf. Ibid. I,134).

3 - Moi non plus, je ne te condamne pas, lui dit Jésus. Après que la femme s'est confessée et que ses ténèbres sont dévoilées, elle comprend soudain qu'il n'y aura d'autre jugement que celui-ci : se présenter à la lumière. Elle sait maintenant que par la seule présence du Seigneur elle est comblée de sa grâce nouvelle. Son péché a disparu. Il ne s'est cependant pas évaporé, ni simplement réduit à néant; il n'a  disparu que parce que le Seigneur était prêt à s'en charger, à s'engager pour lui. Il a pris sur lui le péché de cette femme et c'est celui-ci qu'il veut porter. Où les autres sont allés, la femme ne le sait pas. Elle ne sait que ce qui s'est passé en elle-même. Elle comprend une chose : qu'elle se trouve seule et sans péché avec le Seigneur (Sur Jn 8,9-11. Cf. Ibid. I,138).

4 – L'évangile nous montre des pécheurs qui, sous les yeux de Jésus, accusent un autre pécheur. Jésus qui écrit sur le sol est comme absent. Deux fois seulement il rompt son silence : la première fois pour rassembler les accusateurs et l'accusée dans la communauté de la faute, la seconde fois pour prononcer son pardon – puisque personne ne peut plus condamner un autre. Devant sa souffrance muette pour tous, toute accusation devra aussi se taire, puisque "Dieu a enfermé tous les hommes dans la même désobéissance", non pour les punir, comme le voudraient les accusateurs, mais pour faire à tous miséricorde" (Rm 11,32). Si personne ne peut condamner la femme, ce n'est pas dû seulement à la première parole de Jésus, mais davantage à la seconde : il a souffert pour tous, afin d'acquérir pour tous le pardon du ciel, et pour cette raison plus personne ne peut accuser un autre devant Dieu (Cf. HuvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C. 55).

5J'oublie ce qui est derrière moi (Saint Paul). Paul est totalement subjugué par ce pardon de Dieu à travers la passion et la résurrection de Jésus. A côté de cette vérité, rien d'autre ne garde encore de valeur : tout est abandonné comme des "balayures" pour gagner l'événement de la passion et de la pâque du Christ. Il sait que ce qui est arrivé est notre véritable avenir, vers lequel notre vie se dirige ; et nous y allons par la voie directe sans regarder à droite ou à gauche, mais seulement avec "les yeux fixés sur le but". Le but est le présent : l'homme a été saisi par le Christ. Il poursuit ce but sans penser l'avoir saisi lui-même. Le chrétien ne regarde pas en arrière, mais toujours vers l'avant : par cette course, toute son existence reçoit son sens. Si nous allons vers le Christ, tout regard en arrière sur une faute passée pour s'en chagriner, ne peut qu'être néfaste, car elle a été pardonnée (Cf. Ibid. 56).

6Le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection (Ph 3,10). La connaissance du Christ est le concept le plus large qui se présente au croyant. Car le Christ est celui qui s'est fait homme, qui a vécu une vie parmi nous et comme nous, mais dans la perfection de son être divin et dans la pleine connaissance du Père et de l'Esprit. Il a accepté notre temps. Et tous les mystères du Père sont donnés au Fils, et l'Esprit ne lui cache rien non plus. Et tout l'enseignement que le Fils apporte aux hommes leur est révélé par son humanité, mais toujours de façon à ce que le croyant saisisse quelque chose et qu'il sache que dans ce qu'il a saisi se cache ce qu'il n'a pas saisi, que dans ce qui a des contours bien nets il entrevoit et cherche ce qui est plein de secrets et de mystères, et qu'il se livre lui-même à cette connaissance au point d'être constamment transformé par elle (Au service de la joie. Méditations sur l'épître aux Philippiens 103-104).

 

Rameaux. Procession des rameaux (Mt 21,1-11 ; Mc 11,1-10 ; Lc 19,28-40 ; Jn 12,12-16)

1 - Un ânon que personne au monde n’a encore monté. Le Seigneur montre donc qu’il sait jusque dans le détail ce qu’ils vont trouver. A savoir, ce dont il a besoin. Il a besoin d’un ânon. Et cet ânon est prêt. Le Seigneur le sait parce qu’il possède en permanence sur terre la pleine vision dont il a besoin pour sa mission. Il a besoin de cet ânon pour accomplir une prophétie de l’ancienne Alliance. Les disciples ne s’étonnent pas. Avec les différents miracles du Seigneur, ils ont perdu l’habitude de s’étonner. Il vient justement de guérir l’aveugle. Pourquoi celui qui peut faire cela ne saurait-il pas qu’un ânon sur lequel personne n’est jamais monté attend les disciples? Il y a des choses qui n’étonnent plus les croyants : on n’a plus besoin de poser des questions (Sur Mc 11,1-3. Cf. Saint Marc 512).

2 - Ceux qui sont là disent aux disciples : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon? » Les disciples ne doivent pas s’effrayer de la présence de témoins. Quelle assurance intérieure n’est pas donnée au croyant quand il reçoit du Seigneur lui-même la parole qu’il doit donner en réponse! Ainsi nous devons prendre la résolution de connaître toujours mieux la Sainte Écriture et toute la doctrine de la foi pour ne pas nous trouver dans l’embarras en présence de témoins qui nous demandent de rendre compte de nos actes (Sur Mc 11,4-6. Cf. Ibid. 515).

3 - La foule criait : Hosanna! Son acclamation est un chant de louange. Les gens louent le Seigneur tel qu’il est à son entrée à Jérusalem. Ils ne louent pas sa Passion; celle-ci n’appartient qu’au Seigneur pour le moment. Et le caractère festif de son entrée dans la ville appartient au Père, de même que sa Passion, sa mort, sa résurrection et son ascension, avec son incarnation et toute sa vie sur terre. Et si le Fils annonce au Père le début de sa passion comme une fête, nous devinons qu’il veut lui montrer qu’il fait volontiers son sacrifice (Sur Mc 11,7-10. Cf. Ibid. 517). 

4 – Combien sont nombreux ceux qui devraient louer Dieu et ne le font pas ! Comme est petit le nombre des saints ! Les autres ne peuvent pas louer, ils ont les cordes vocales enrouées (NB 8,600).

 

Dimanche des rameaux ABC (Is 50,4-7; Ph 2,6-11; Mt 26,14-27,66; Mc 14,1-15,47; Lc 22,14-23,56)

1 - Les trois apôtres à Gethsémani. Le Seigneur va prier seul dans l’angoisse. Il revient vers ses apôtres pour leur en faire part. Ils dorment. Ils sont tiraillés entre l’obéissance : « Priez », et le souci d’eux-mêmes (leur capacité de prière est petite). Ils ne sont pas prêts à entrer avec lui dans son angoisse. Ici se remarque la tiédeur de l’Église, mais aussi la faiblesse du Seigneur devant son Église. Il ne peut employer la force pour briser ce qui lui résiste. Non parce que Dieu serait faible devant sa créature, mais parce qu’il a choisi cette faiblesse pour s’en aller seul sur le chemin de l’abandon (NB 5,98-99).

2 – Les larrons crucifiés avec le Seigneur… sont pour lui des étrangers, des inconnus… Sans se lasser, le Seigneur associe à sa mort les hommes les plus étrangers. Et l’Église n’a pas le droit de refuser l’accès à l’Église et à ses sacrements, au moment de leur mort, à des hommes qui, comme les larrons, étaient apparemment loin de la foi, n’y avaient peut-être adhéré qu’extérieurement  et qui, comme les larrons, après quelques essais, s’en étaient à nouveau détournés. Ceux-là aussi, à l’heure de leur mort, peuvent recevoir la grâce de la conversion et,  par les derniers sacrements, être introduits à l’improviste au centre du mystère de la mort du Seigneur. Et le Seigneur prête assistance aux larrons au moment de leur mort en partageant, de manière divine, leur mort humaine. L’un des deux, il le sauve tout de suite  et de façon visible; l’autre, il le laisse cheminer sur la route des pécheurs, qui demeure invisible; tout ce qu’on sait de lui, c’est que le Seigneur est mort aussi pour lui (Sur Jn 19,18. Jean. Naissance de l’Église I,118).

3 L’un de vous me trahira. Tous se mettent à poser la question, y compris Jean : "Pas moi quand même?" Toute l’Église doit toujours participer à cette incertitude; personne ne peut dire avec assurance : ce n’est pas moi. Et si l’un tombe, tous sont concernés. Leur tristesse est justifiée ; si ce n’est pas eux, c’est l’un de leurs frères. (Sur Mt 26,20-23. Passion nach Matthäus 19).

4 – Chaque péché en particulier aggrave le sort du Seigneur… Il faut que nous sachions que nous rendons sa voie plus douloureuse par chacun de nos péchés… Le pénitent doit savoir que son péché (comme la gifle du serviteur) augmente les souffrances du Seigneur (Sur Jn 18,24. Jean. Naissance de l’Église I,37-38).

5 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Si le Fils est abandonné du Père, que nul ne songe que le Père lui aussi ne soit pas abandonné du Fils. Car si le Fils ne peut plus atteindre le Père, il est impossible que le Père puisse encore atteindre le Fils. Le Père aussi est abandonné à la croix et séparé de son Fils, séparé de lui.Il en est ainsi parce que l’amour est une unité et que dans l’amour il est impossible que l’un soit frappé sans que l’autre aussi soit frappé (Sur Jn 8,18. Jean. Les controverses I,150-151).

6 – Le Fils a quitté deux fois sa vie pour se mettre à notre service dans l’amour : en quittant la Trinité pour devenir homme, en quittant sa vie terrestre par sa mort. En se dépouillant ainsi deux fois, il a montré ce dont l’amour était capable. Il a montré aussi que l’amour est réduit à un mot sans contenu s’il ne peut aller jusqu’à donner sa vie pour se réaliser (Sur 1 Jn 3,16. Die Johannesbriefe 128).

7 – Placé dans un tombeau neuf, le Seigneur bénit toutes les sépultures jusqu’au jugement dernier. Le Seigneur met sa résurrection comme gage dans tous les tombeaux à partir du moment où, par sa mort, il a vaincu le monde… Le tombeau sert comme d’une sorte de lieu de rencontre secret sur terre entre le Père et le Fils. Le corps est laissé seul dans le tombeau avec la grosse pierre qui le ferme. Il est abandonné à Dieu. Il est inaccessible aux hommes. Les hommes ont fait leur œuvre; ils l’ont tué et mis au tombeau. Ce qui reste, c’est quelque chose de divin. Dans le corps ici couché est continuée une œuvre céleste commencée avant l’Incarnation. Pour Dieu, il n’était pas plus difficile de faire un corps là où il n’y avait pas de corps que de tirer d’un cadavre un corps ressuscité. Le sépulcre intact, jamais utilisé, renvoie à la virginité de Marie. Des deux côtés, quelque chose qui est déposé, semble-t-il par un Joseph. Des deux côtés, Dieu va faire éclater les lois humaines pour manifester sa vie. Il va briser les lois humaines. Le Fils se met à la disposition du Père… (Sur Mt 27,60. Passion nach Matthäus 202-205).

8 – Quand Jésus est tout petit, toute la vie de Marie baigne dans la grâce. Quand Jésus est devenu adulte, le plus dur pour Jésus est qu’il doit faire partager à sa Mère les souffrances incluses dans sa mission (NB 9, 1992).

9 – La plus grande douleur qu’on puisse infliger (au Père), c’est de tuer son Fils; mais en mourant, le Fils lui témoigne un amour si grand qu’il surpasse même cette douleur… Là où l’opprobre du monde infligé à Dieu parvient à son comble, là aussi l’amour du Fils pour le Père et la glorification du Père atteignent leur perfection. Là où le Père est le plus douloureusement touché, le Fils lui enlève toute souffrance. Après la mort du Fils par la main des hommes, le Père est plus riche en amour; car sa création lui est rendue par l’amour plus grand du Fils (Sur Jn 18,32. Jean. Naissance de l’Église I,562).

10Jésus accomplit une petite prophétie : s’asseoir sur le petit d’une ânesse. En accomplissant cette prophétie, il réalise ce qui est grand : la volonté du Père, ce qui est la chose la plus importante… Tout ce qui est petit dans la voie du chrétien participe à ce qui est grand… à condition toutefois que ce qui est grand s’humilie, devienne petit et quotidien et insignifiant (Sur Jn 12,14-15. Jean. Les controverses II,186-187).

11 – Le mystère de la souffrance substitution du Serviteur de Dieu s’étendra par sa grâce à certains des siens qui ont été sauvés par lui… Sans que ce soit de leur faute, il y a des temps où Dieu leur cache son visage : c’est la nuit de Jean de la croix, le crépuscule de Thérèse de Lisieux (Sur Is 54,6-10. Isaias 107).

12 – Sa mort sur la croix ne sera pas un trait final sur tout ce qu’il a réalisé jusqu’ici de sorte que rien d’entièrement nouveau ne pouvait désormais se produire. Sa vie au ciel sera le prolongement de sa vie terrestre et il n’y cessera pas d’agir comme il l’a fait ici-bas (Sur  Mt 5,18. Le sermon sur la montagne 55-56).

13 – La croix du Fils contient aussi en vérité celle du Père; la manière dont Dieu le Père est touché par le péché et comment il y remédie en intervenant constamment contre l’offense qui lui est faite. C’est pour ainsi dire la « croix » du Père que l’image de la colère lui soit attribuée dans l’Ancien Testament jusqu’à ce que le Fils en dévoile sur la croix le sens dernier (Sur Is 59,15-20. Isaias 155).

14 – (Le monde) ne saura pas que le point culminant de cette Passion n’est pas la mort physique du Seigneur, mais son ultime délaissement où, chargé de tous les péchés du monde, il est séparé du Père. Cette séparation qui ne durera que peu de temps aura, pour le Seigneur, le poids de l’éternité. Il se sentira sur la croix délaissé jusqu’à la mort, une mort infinie et éternelle, où tout instant et tout point de vue temporels ont totalement disparu. Ce qui pour les hommes ne sera que peu de temps représentera pour lui une éternité (Sur Jn 14,19. Jean. Le discours d’adieu I,165).

15Le repentir de Pierre. Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. Pourquoi suis-je encore en train de parler avec toi? Le souffle de ma bouche te touche comme un poison et te souille. Éloigne-toi de moi et défais ce lien impossible entre nous. Il fut un temps où j’étais un pécheur entre d’autres pécheurs, et je pouvais alors saisir le présent de ta grâce… comme le mendiant reçoit la petite monnaie qu’on lui jette. Je pouvais m’en servir pour acheter du pain et de la soupe, et ainsi vivre par toi. J’avais la joie de goûter la joie du repentir. Il m’était permis de savourer l’herbe amère de la contrition comme un bienfait de ta grâce. La douceur de ta grâce l’emportait sur l’amertume de ma faute. – Mais aujourd’hui? Que faire? Dans quelle cachette me glisser afin que tu ne me voies plus, que je ne te sois plus à charge, que l’odeur de ma pourriture ne t’incommode plus? Je t’ai offensé en plein visage et la bouche qui s’est posée mille fois sur tes lèvres divines a aussi baisé les lèvres du monde et prononcé cette parole : « Je ne le connais pas ». Et en vérité je ne le connais pas, cet homme. Si je le connaissais, je n’aurais pas pu le trahir ainsi : d’une manière si effrénée, si naturelle. Ou, si je le connaissais par hasard, en tout cas je ne l’aimais pas. Car l’amour ne trahit tout de même pas ainsi, il ne se détourne pas de l’air le plus innocent, l’amour n’oublie pourtant pas l’amour. – Que j’aie pu t’abandonner après tout ce qui s’est passé entre nous, prouve seulement une chose : que je n’étais pas digne de ton amour, que moi-même je n’ai jamais réellement possédé l’amour. Ce n’est pas de l’orgueil, ce n’est pas de l’humilité, c’est tout simplement la vérité, si je te dis : c’est assez. Je ne veux pas qu’un rayon de ta pureté s’égare encore dans mon enfer… Il y a une trahison qu’il n’est pas possible de réparer. Éternellement il en restera quelque chose, jamais mon regard ne pourra de nouveau rencontrer ton regard… – Cette fois-ci, je sais qui je suis. Cette fois-ci, c’est définitif… Laisse-moi seul. Que ta mère aussi ne me touche pas. Je ne suis pas pour vous un objet à regarder. Ne gaspillez pas votre pitié en moi, elle serait mal placée. Qu’il m’arrive ce qui doit m’arriver. A celui qui est là, à ta droite, tu as promis le paradis. Je le lui laisse de bon cœur. Il l’a bien mérité. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Soyez heureux, tous les deux ensemble, dans votre jardin céleste. Quant à moi, ne te torture pas à mon sujet. Je demeure celui qui est à gauche… Essaie de m’oublier… (HUvB, Le cœur du monde, éd. 1956, 156-161).

16 – Sur la croix, Jésus n’a rien perdu de son pouvoir de toucher les hommes. Ils répondent par la vérité ou le mensonge, l’amour ou la haine. Sa chair est tellement habituée aux hommes qu’il n’oublie à aucun moment de servir le prochain et d’entrer en communion avec eux (Sur Mt 27,38. Passion nach Mathäus 161).

17Les adieux. Il doit prendre congé de ses disciples. Il doit prendre congé de sa mission. Faire ses adieux à ses relations humaines, à sa Mère, au disciple bien-aimé, à tous ces gens touchants qui lui étaient attachés et qui croyaient en lui, pour lesquels il a opéré des miracles, qu’il a aimés de tout son amour humain. Plus il leur donnait, plus il les a aimés. Avec un cœur d’enfant. Il ne sait pas du tout ce qu’il doit leur dire à présent, jusqu’à quel point les préparer à la séparation, afin qu’ils la supportent mieux et conservent fidèlement son enseignement qui pour l’heure ne peut pas encore être entièrement embrassé du regard. Finalement il lui est impossible de se confier à eux parce qu’il ne peut en attendre aucun conseil. Il leur dit dans une certaine mesure ce qu’il doit dire en vertu de sa divinité. Mais en tant qu’homme il continue de se taire à cause de leur incapacité à le comprendre vraiment. Il dit oui au Père tout en étant néanmoins chassé de ce oui et rejeté dans l’angoisse, une sorte d’angoisse surhumaine car tout, que l’on considère le Père ou le péché du monde, est rempli d’angoisse (Cf. Au cœur de la Passion 8-10).

18 Début de la passion. Le Seigneur ne prend pas seulement congé des choses de ce monde, il commence à les voir disparaître morceau par morceau. Jean qu’il aime, il le sent à présent très éloigné ; car le disciple se trouve comme tous les autres de "l’autre côté". Lui est seul du côté de la Passion. Les autres, qu’ils croient ou non, qu’ils l’aiment ou le trahissent, sont tous ensemble de l’autre côté. Tous les ponts sont rompus. Jean, que le Seigneur continue de regarder avec tendresse lui est en même temps étranger parce que, dans le monde du disciple, la Passion n’est pas au centre ; dans les événements à venir, le Seigneur ne pourra jamais sentir qu’il se tient auprès de lui. Plongé dans la souffrance, le Seigneur ne peut comprendre que le disciple n’est pas dans cette souffrance (Cf. Ibid. 11-12).

19 – J’ai vu le Seigneur se rendant au mont des oliviers. Il s’occupe d’abord de ses disciples ; derrière eux, il aperçoit en quelque sorte les soixante-douze autres, et derrière ceux-ci la foule de ceux qui croient déjà et de ceux qui sont sur le chemin de la foi. Mais à chaque pas, il sait plus clairement : voici l’heure où il faut que je règle avec le Père toute la mission. C’est le moment des adieux, il va partir rejoindre le Père. Il était toujours en route vers le Père, mais maintenant, il sent que c’est la dernière fois ici-bas. A la croix, il entrera dans la déréliction totale ; mais pour l’heure, il se rend encore une fois vers le Père pour régler irrévocablement tous les éléments de leur accord. En tant qu’homme et comme celui qui attend la Passion, il est bouleversé au plus profond de son âme. Bouleversé pour le Père qui doit assister à tout cela, bouleversé aussi pour lui-même qui doit l’accomplir d’une manière que nul homme, pas même lui n’a connue jusqu’ici. Il devra donner le maximum d’une chose dont il ne sait pas pour l’instant s’il la possède ( Cf. Ibid. 41).

20 Marie pendant la Passion. La conception immaculée de la Mère, le Fils l'a préparée en tant que Dieu dans le secret, mais il lui faut dans la Passion payer encore le prix de la mission terrestre de la Mère, comme il paie le prix de la sienne. Au mont des oliviers, le Fils paie dans l'angoisse le prix de la mission de la Mère. Parce qu'il a d'abord souffert pour elle, il est permis à Marie de souffrir avec lui. A la croix, elle tremblera et elle sera angoissée, non seulement comme mère humaine, mais aussi comme participante à la même mission. A la croix, elle s'ouvre à ce que lui-même a rendu possible au mont des oliviers : à cette possibilité des croyants de participer à la Passion du Fils (Marie dans la rédemption 66-68).

21La passion. Le moment de la grande purification est arrivé. Certes, le Fils a pris sur lui les péchés tout au long de sa vie, il en a même pardonné là où il le pouvait. Mais ce qui était ainsi effacé n'aurait pas pu simplement disparaître si ce n'était par la grâce de la croix à venir. Pour le pécheur concerné, le péché était effacé ; pour le Seigneur par contre, il s'agissait de continuer à le porter jusqu’à la croix. Souffrir de se sentir délaissé par le Père, c'est le prix qu'il doit prendre sur lui pour le péché. Pendant toute sa vie, cela lui faisait mal que ces péchés aient été commis et aient blessé le Père. Il souffrait de l'éloignement entre le Père et le pécheur. A présent sur la croix, c'est sur lui que pèse le péché. Sur la croix, le Seigneur s'effondre sous le fardeau du péché (Cf. La confession 61-67).

22 – Puisque c’est le Fils qui, dans le plan du salut, aura à souffrir pour justifier que ce monde, même coupable, puisse finalement être jugé très bon, puisque c’est lui qui aura à en porter le poids comme un Atlas spirituel, il ne suffit pas de supposer qu’il acquiesce à la proposition du Père, mais il faut admettre que la proposition procède originairement de lui, que lui-même s’offre au Père pour soutenir et sauver l’œuvre de la création. Et il semble que cette proposition du Fils atteint le cœur du Père, humainement parlant, plus profondément que même le péché du monde ne pourra l’atteindre, qu’elle ouvre en Dieu une blessure d’amour dès avant la création (HUvB, Au cœur du mystère rédempteur 39-40).

23 – La rédemption n’est pas seulement guérison, elle est aussi l’accès de la créature à la vie trinitaire. C’est le dessein entier de Dieu qui veut l’entrée dans la vie trinitaire. Le Christ nous donne vraiment lui-même ce qui est sien parce qu’il a pris sur lui ce qui est nôtre, c’est-à-dire le péché (Cf. Ibid. 44).

24 - Passion du Christ et silence. Le Fils n’aurait aucunement mieux fait de se taire au jardin des oliviers ; le Père a besoin de cette ouverture pour être en communion avec lui. La scène du jardin des oliviers se retourne à la croix où le Fils remet son âme entre les mains du Père (NB 6,473-474).

25 – Jésus devant la croix réfléchit à ce qu’il pourrait faire avec ses membres s’il n’était pas cloué sur la croix (NB 6,244).

26 - Par l’Esprit du Christ, les prophètes ont acquis de plus en plus la certitude que le péché ne pouvait être expié que par la souffrance. Ils voyaient bien que les souffrances et la peine étaient des suites du péché, mais plus comme punition que comme expiation. Mais ils savent aussi que la punition ne suffit pas. Il reste toujours à l’homme, même quitte, sa propension au péché. Par l’Esprit du Seigneur, et non par eux-mêmes, ils comprennent que le Messie devra souffrir, que cette souffrance ne peut pas être la chose dernière, mais qu’elle servira à la glorification de Dieu, qu’elle doit aboutir absolument à la glorification de celui qui souffre (Sur 1 P 1,12. Die katholischen Briefe I,268-269).

27 – Plus le Fils souffre, plus le Père participe intérieurement à son œuvre et à sa souffrance (Sur 1 Jn 4,14. Die Johannesbriefe 174).

28 – Le Père à la croix : il pourrait l’épargner au Fils. Mais c’est comme si c’était lui maintenant qui disait au Fils : "Que ta volonté soit faite, non la mienne". Il y a une impuissance volontaire du Père devant le Fils (NB 3,180).

29 - Le Seigneur entre dans son ultime souffrance comme un humilié. Il porte sa croix non comme un fardeau qu'il a pris lui-même, qu'il a choisi selon ses forces. Il la porte comme quelqu'un qui s'est sacrifié, qui s'est donné, un humilié. Sur son chemin de croix, il nous montre que sa souffrance est une souffrance imposée comme l'est aussi à sa suite notre souffrance, qui finalement est aussi sa souffrance, elle ne nous est que prêtée, elle ne nous est pas remise pour être la nôtre. Il n'entre pas dans la souffrance avec des sentiments élevés, avec le sentiment que finalement il sera vainqueur. Il va à la croix comme un vaincu. Nous n'avons pas le droit de chercher à éviter la croix du Seigneur, même pas avec la conscience que le Père l'a ressuscité. Aussi longtemps que Dieu le veut, nous avons à porter la croix de la manière dont le Fils l'a portée : dans l'humiliation (NB 1/2,103).

30 – Le Fils devient homme, il quitte le ciel mais il reste Dieu tout en étant sur terre. Sa vie éternelle ne peut être touchée par le mal. Mais quand il subit la mort humaine, il s’introduit si profondément dans le mal qu’il souffre même la mort du méchant. Il finit comme peut finir l’homme le plus méchant qui soit, et cela par la force du mal sur la terre. Sa dernière souffrance est souffrance sous le fardeau excessif du mal, à quoi appartient aussi l’expérience d’être abandonné de Dieu. Sous ce rapport, il souffre la mort du méchant (NB 5,76).

31 – Les trois apôtres à Gethsémani. Le Seigneur va prier seul dans l’angoisse. Il revient vers ses apôtres pour leur faire part de son angoisse. Ils dorment. Il sont tiraillés entre l’obéissance ("Priez !") et le souci d’eux-mêmes. Ils ne sont pas prêts à entrer avec lui dans son angoisse. Ici se remarque la tiédeur de l’Église, mais aussi la faiblesse du Seigneur devant son Eglise. Il ne peut employer la force pour briser ce qui lui résiste. Non parce que Dieu serait faible devant sa créature, mais parce qu’il a choisi cette faiblesse pour s’en aller seul sur le chemin de l’abandon (NB 5,98-99).

32 – Finalement le Père aussi est obéissant au Fils quand il le laisse aller à la croix (Cf. NB 11,235-236).

33 – L’état religieux est né à la croix, là où le Fils dit : "Père, en tes mains je remets mon Esprit" (NB 11,390-391).

 

Dimanche des rameaux A (Mt 26,14-27,66)

1 - Prenez, ceci est mon corps. Maintenant il s’agit de contempler le grand miracle, le miracle au milieu des croyants, le miracle qui est là seulement pour eux, le miracle de la foi par excellence : "Prenez, ceci est mon corps". Le pain apparaît aux disciples exactement comme il était auparavant. Il est devenu le Corps du Christ. Et le Seigneur exige de leur foi qu’ils le reçoivent comme son Corps sans laisser place au doute. Il suffit qu’il le dise pour qu’il en soit ainsi. Et ils doivent prendre ce pain comme ils ont jusqu’ici mangé tout morceau de pain. Nous voyons en esprit cette assemblée d’hommes simples auxquels le miracle est présenté de façon inconditionnelle (Sur Mc 14,22-23. Cf. Saint Marc 637).

2 - Le reniement de Pierre. La servante le dévisage et dit : "Toi aussi tu étais avec Jésus le Nazarénien". Pierre le nia. Il ne veut pas être reconnu comme disciple. Il renie. Il fait donc la dernière chose qu’un disciple puisse se permettre, quelle que soit sa situation. C’est l’angoisse qui inspire à Pierre cette réponse pitoyable. Il a oublié que le Seigneur lui a dit qu’il ferait de lui un pêcheur d’hommes. Oublié qu’il est le rocher sur la solidité duquel le Seigneur compte. Au fond, c’est une déclaration d’incroyance. Et pourtant Pierre croit, mais encore très timidement. Et pourtant Pierre est un grand saint; car la croix du Seigneur va venir et alors le Seigneur prendra sur lui toute l’incapacité de l’apôtre ainsi que celle de tous les chrétiens (Sur Mc 14,66-68. Cf. Ibid. 680-682).

3 – Ce qui s’est produit une fois dans l’histoire – car la passion n’est pas un mythe, elle se tient "sous Ponce Pilate", sur le sol ferme de l’histoire – est pourtant la concrétisation de ce qui se produit du début jusqu’à la fin de la tragédie de l’humanité : Dieu est "frappé" et on "crache sur lui" avec mépris, tandis qu’il s’abaisse jusqu’au plus bas pour nous et afin de prendre sur lui nos ordures (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 59).

4 – Jésus sait qu’il doit souffrir le tout dans une solitude complète, en raison de quoi les disciples eux-mêmes dorment au mont des oliviers. Personne ne peut suivre réellement Jésus dans sa passion : "Tu me suivras plus tard" (Jn 13,36). La charge du péché du monde commence,dans la solitude, avec le Père qui disparaît ; le poids est insupportable, l’exigence excessive. Jésus doit prier : "S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi" : la coupe de la colère de Dieu contre le péché. Selon la volonté du Père, Jésus doit prendre sur lui ce qui est apparemment impossible : à notre place, "pour nous" (Ibid. 59-60).

5Il s’humilia plus encore (Ph 2,8). Il s’abaisse, il change sa condition divine pour la condition d’esclave, mais il le fait de lui-même, il choisit lui-même ce chemin, il décide, prend la résolution, ne se fait pas pousser. Lui qui est Dieu a, face au Père, la certitude que son amour envers le Père est assez grand pour supporter même cela : l’échange du ciel parfait contre le monde pécheur. Et dans ce choix personnel réside en même temps toute l’expression de son obéissance. Il s’abaisse, dans l’intention d’obéir. Il échange sa liberté divine contre la sujétion humaine, sa vie dans la béatitude contre la mort sur la croix. Il entre dans la mort de l’humilité. Il s’humilie pour être humilié. Il se transforme en esclave. Il veut se révéler lui-même comme un homme parmi d’autres, pour être là pour tous dans sa mort. Aussi vraie est sa vie dans le ciel, aussi vraie et univoque est sa mort sur une croix. Et toute cette vérité a été décidée dans l’obéissance au Père qui le laisse s’abaisser, de même qu’il s’abaisse lui-même. Le Fils a choisi la volonté du Père par obéissance, et cette obéissance le choisit pour le laisser mourir sur la croix (Au service de la joie. Méditations sur l’épître aux Philippiens 60-61).

6 – Au commencement, Jésus dit : "Mon âme est triste à en mourir". L’âme n’est pas pure nature, elle comprend aussi le surnaturel. Mais elle est si fortement unie au corps qu’elle tremble avec le corps, de même que le corps tremble avec elle. Les paroles sont d’abord adressées aux disciples. Il leur parle avant de parler au Père. Ils s’aperçoivent qu’il a peur, peur qui se manifeste sur son visage et dans ce qu’il dit, toute son humanité ne semble plus exprimer que la peur. Le Maître, qui voit plus loin que les disciples, tremble de peur et leur en fait part. Il ne leur cache pas son état d’âme (ce qu’on pourrait faire par pudeur ou par souci pédagogique), mais il leur dévoile le fond de son cœur : "Voilà où j’en suis" (Cf. Au cœur de la Passion 46).

7 Judas. L’amitié entre le Seigneur et Jean pourrait être en soi quelque chose de beau et de fondé. Mais moi, Judas, je sais seulement que lorsque je m’approche de cette réalité, elle m’étouffe. A présent, moi, dans mon opprobre, je ne trouve rien à redire à cette amitié. Naguère elle m’aurait été un motif de jalousie. Maintenant elle m’étouffe seulement et me condamne. A présent toute possibilité de fuite m’est ôtée, toutes les choses m’écrasent de plus en plus. Je reconnais a posteriori que je suis coupable. C’est la prise de conscience de ce qui a été fait de travers. ; on a mal misé, on a mal choisi. Ce n’est pas que Judas se sentirait extérieurement menacé depuis que le Seigneur a été livré et qu’il est conduit à la mort. Mais il est privé de tout soutien, de toute raison de vivre. Une espèce de vision diabolique le,poursuit. A partir de sa peur actuelle, tout le passé, toutes ses relations avec le Seigneur et avec les disciples, jusqu’aux choses les plus insignifiantes, tout baigne dans une lumière diabolique. Partout il voit les signes de la trahison, tout est plein de présages, il voit partout des symptômes de méchanceté, comme s’il s’était constamment empoisonné lui-même. Il se considère comme celui qui a agi pour le diable. Partout il constate que c’est trop tard. Il est bien loin d’un repentir chrétien. Il rejette la faute sur ceux qui l’ont mandaté. Il leur dit qu’il se désolidarise de son acte ; mais eux aussi le rejettent. Il connaît le Notre Père, il sait que Dieu pardonne les péchés, mais il ne va pas vers Dieu. Il entre dans la mort comme un homme traqué. Il éprouve une horreur absolue pour son propre corps. Il voue son corps à la perdition comme son esprit. Il meurt comme une forteresse assiégée de toutes parts et prise d’assaut, qui se dynamite elle-même (Cf. Ibid. 96-99).

8 Pilate. On peut le considérer sous n’importe quel angle, impossible de le classer. Il ne veut pas le mal. Il applique une mesure qui ne manque pas complètement son but, car il conclut que le Seigneur est en règle, qu’il n’y a rien à retenir contre lui. Mais arrivé là, il ne va pas plus loin. Conformément à son objectivité, il réunit le oui des disciples et le non des pharisiens présents. Pilate, sans être chrétien, est pourtant le modèle ayant le plus d’influence sur les chrétiens. Combien sont-ils à répéter après lui : "Je ne vois aucune faute en cet homme". Le Seigneur est très bien comme il est. Une bienveillance indifférente qui rejette la responsabilité sur les représentants de l’Église. Ces indifférents minent l’Église bien plus radicalement que ses ennemis. Lorsqu’un incroyant voit ce que le Seigneur signifie en vérité pour ces chrétiens, il lui est presque impossible de distinguer le Seigneur de cette Église. De vrais Judas sont bien plus rares dans l’Église que ces êtres d’une bienveillance indifférente comme Pilate (Cf. Ibid. 103-104).

9Simon de Cyrène – Simon n’est pas quelqu’un qui prie. Mais il est enrôlé là où le Seigneur n’en peut plus. Là où en quelque sorte il n’a plus la force, ni comme Dieu ni comme homme, de porter ces poutres de bois. Tombant sans cesse sous le fardeau, il montre que ses forces physiques sont semblables à celles de n’importe quel homme du même âge. Pour Simon, qui est bien portant, robuste et non affaibli par la souffrance, il n’est pas pénible d’aider à porter la croix. Son action lui est comptée comme acte d’amour, et donc comme foi vivante, comme prière. Le Père voit la défaillance des forces de son Fils. Il lui envoie de l’aide sous les traits d’un prochain. Et puisque le Fils souffre pour racheter les hommes, il lui envoie quelqu’un qui doit être sauvé, et il fait entrer cet homme, en raison de l’aide qu’il offre au Fils, dans la vie divine de la prière. Simon, qui n’est pas encore croyant, ne refuse pas son aide. Et tandis que Simon apporte son secours, l’Esprit peut prendre possession de son âme (Cf. Ibid. 112-113).

10 – Dans l’obéissance du Fils jusqu’à la croix, il faut bien distinguer : c’est sa volonté de faire la volonté du Père. Mais la raison et la source de sa volonté, c’est son amour pour le Père. Car il aime le Père à ce point que tout en lui est amour, même son obéissance. Lorsque, sur terre, quelqu’un qui aime accomplit la volonté de l’être aimé, il est rare que son obéissance lui pèse, car cet amour a le pas sur tout. Par contre, lorsqu’au mont des oliviers, le Seigneur prie : "Que ta volonté soit faite et non la mienne", il fait voir distinctement la raison de son obéissance. Bien sûr, son obéissance est encore une manifestation de son amour pour le Père, mais ici elle peut être saisie dans sa nudité et sa singularité, comme détachée du contour de son amour (Cf. Disponibilité 14).

11 – Le Fils est en marche vers la croix comme l’agneau du sacrifice qui n’ouvre pas la bouche, qui n’élève aucune revendication, même pas celle de comprendre. Il ne fait pas valoir qu’il serait certainement préférable de pouvoir œuvrer encore quelques années sur la terre, qu’il vient à peine de commencer, qu’il y aurait encore tant d’opportunités à rechercher pour le Père et son royaume. Finalement il renonce à ces opportunités et à toutes les vertus qsu’il pourrait encore développer au service du Père, pour la seule obéissance. C’est cela qui fait essentiellement partie de la croix ; plus essentiellement encore que toutes les souffrances physiques (Cf. Ibid. 71).

12 – La prière du Seigneur au mont des oliviers : "Non pas ma volonté, mais la tienne" est humilité parfaite, soumission de sa propre volonté à celle du Père. Cependant, il est fait état de sa propre volonté. S’il disait simplement : "Que ta volonté se fasse", il apparaîtrait alors comme ne possédant aucune volonté propre, comme si le Père lui avait bien permis de se faire homme, mais sans les difficultés qui résultent de l’opposition entre Dieu et l’homme. Un homme désarmé, sans moyens de défense envers Dieu. La mention de sa propre volonté est donc un signe de sa reconnaissance envers le Père qui lui permet de posséder une nature humaine complète. Ce n’est pas de la faiblesse qui l’amène à prononcer ces mots, ni de l’impuissance, mais de l’amour. Un amour qui sait ce que signifie « ma volonté », mais qui y renonce en faveur du Père. Un amour qui estime ce qui est du Père plus que ce qui lui est propre, qui fait ressortir l’obéissance et la représente dignement (Ibid. 123).

13 – La passion. Il suffirait que le Fils exprime le désir de vouloir sauver le monde d'une manière, il pourrait demander au Père quelque chose que le Père lui donnerait volontiers (douze légions d’anges, par exemple). Ce serait une autre forme d’obéissance, en tout cas plus facile. Mais le Seigneur ne pense pas à exprimer une telle demande. Il est important que Pierre sache et la puissance du Fils auprès du Père et la liberté de son renoncement à cette puissance. Le Fils sait qu’il ne demandera pas au Père les légions d’anges. Rien n’est plus éloigné de lui que de rompre le pacte qu’il a renouvelé au mont des oliviers. Et cependant le Fil garde toujours toute sa puissance auprès du Père. Et le Père est prêt, de son côté, à acquiescer au Fils, et il n’y aurait aucun espace de temps entre sa demande et son exaucement. Aucune circonstance de la vie du Fils ne change quoi que ce soit à ses relations avec le Père (Cf. Passion nach Matthäus 71-72).

14 - Le silence du Seigneur devant ceux qui l’accusent est pour lui une souffrance (Ibid. 115-116).

15 – Dans sa Passion, Jésus renonce à son omniscience (Sur Mt 26,50. Ibid. 67-68).

16 – L’eucharistie. Dernières paroles, dernières consignes avant sa mort. On aurait cru qu’il leur laisserait de grands plans et de grandes perspectives pour l’avenir. Au lieu de cela, tout paraît réduit au plus étroit : manger, boire. Ils ne scellent pas l’alliance avec des plans de dimensions planétaires mais par leur obéissance petite et simple (Sur Mt 26,28. Cf. Ibid. 32).

17 – Jésus devant ceux qui l’accusent. Ces accusations le touchent au plus intime : n’a-t-il donc pas accompli la mission que le Père lui a donnée ? Leurs accusations prouvent qu’ils n’ont rien compris. Aucune étincelle de son amour n’a rejailli sur eux. Il ne peut répondre avec son amour parce qu’ils montrent en tout qu’ils ne veulent rien en savoir (Ibid. 117).

18 – Nous ne pouvons pas demander quelque chose au nom du Fils sans le recevoir. Et de même si on demande quelque chose au Fils au nom du Père. C’est pourquoi quand le grand-prêtre adjure Jésus au nom du Dieu vivant, Jésus répond alors qu’auparavant il se taisait. Ainsi le veut la loi de l’amour du Fils. Par amour, il transmet au Père nos demandes, par amour déférent pour le Père il répond (Sur Mt 26,63. Ibid. 83).

19 – Dieu fait ce que Dieu veut. Il y a les plans des saints : la femme oint le Seigneur, les disciples lui posent une question sur l’endroit où célébrer la Pâque. Il y a le plan des pécheurs qui ont tout préparé par ruse. Le Seigneur est au milieu de tout cela : il obéira totalement au Père et il se rendra en même temps aux désirs des saints et dans les filets des pécheurs. Les pécheurs veulent sa mort, ils l’auront. Les saints veulent que le promesse s’accomplisse en lui, elle s’accomplira (Sur Mt 26,17-19. Ibid. 15).

20 – Le Fils a, toute sa vie, été guidé par le Père. Maintenant, dans la passion, les soldats conduisent Jésus là où ils le veulent, là où le Père doit d’une certaine manière le tolérer pour que la passion de Jésus s’accomplisse jusqu’à son terme. Même quand le Père laisse aux hommes le soin de traîner le Fils là où ils le veulent, le Fils demeure dans la volonté du Père (Sur Mt 27,27. Ibid. 139).

21 La cohorte rassemblée autour de Jésus. Les soldats n’ont jamais rencontré Jésus, ils ne savent rien de lui ni de sa mission. Mais l’heure de la rencontre est là et il faut qu’arrive alors ce qu’ils ont attendu toute leur vie sans le savoir. Ils doivent trouver l’accès à Dieu. Le Seigneur ne peut pas les convertir maintenant, ils ne l’écouteraient pas. Les soldats ont conduit Jésus où ils voulaient. Mais quand ils sont réunis autour de lui, Jésus reprend invisiblement la direction ; il conduit à présent ses ennemis au Père, contre leur volonté. Extérieurement, il sera encore jusqu’à la croix celui qui est conduit. Intérieurement, en son être essentiel, il est le guide qui les conduit tous par la croix jusqu’au Père. Extérieurement, ils sont autour de lui ; intérieurement, c’est lui qui s’empare d’eux (Sur Mt 27,27. Ibid. 139-140).

22 L’un de vous me trahira. Tous se mettent à poser la question : "Pas moi quand même ?" Toute l’Église doit toujours participer à cette incertitude ; personne ne peut dire avec assurance : "Ce n’est pas moi". Et si l’un tombe, tous seront concernés. Leur tristesse est justifiée : si ce n’est pas eux, c’est l’un de leurs frères (Sur Mt 26,20-23. Ibid. 19).

23 – Sur la croix, quand le Père se voile, c’est un service qu’il rend au Fils (Sur Mt 28,1. Ibid. 220).

24 – L’abandon du Fils sur la croix. Non seulement le Fils se croit abandonné, il est réellement abandonné. Il ne comprend pas pourquoi il est abandonné (NB 9,1464).

25 – A la mort du Fils, le chaos exprime la tristesse du Père. Le rideau du temple qui se déchire, le tremblement de terre, les rochers qui se fendent : c’est le contraire du monde bien ordonné lors de sa création. Par le péché, le monde court vers le chaos. Le Créateur pleure sur les hommes, sur le monde, sur toute son œuvre. Le rideau du temple se déchire : ce sont les débris de l’ancienne Alliance devant le visage du Père, voilà ce qu’ont fait les pécheurs avec l’offre du Père de vivre avec eux une Alliance ; c’est le Père lui-même qui déchire le rideau, interrompt l’ancienne Alliance comme n’étant plus valable. Et toute la création tremble devant le pas du Fils pour établir une nouvelle Alliance. Les rochers se fendent : même eux n’ont plus de consistance, ils sont bouleversés par une force plus grande qu’eux ; comme si tous les éléments de la création manifestaient la puissance suréminente de la faiblesse mortelle de la Parole de Dieu. Quelque chose de la sûreté de l’existence terrestre est enlevé aux hommes depuis la mort de la Parole. Une autre sûreté va commencer. Tristesse parce que le Fils que le Père a envoyé a été mis à mort par les hommes. Le ciel lui-même se cache, le Père se cache dans la tristesse. La tristesse appartient à la mort de Dieu-Homme qui est venu pour remplir toute l’espérance du monde et que les siens ont rejeté. Ce n’est qu’au bout de cette tristesse que se trouve la victoire (Sur Mt 27,51. Passion nach Matthäus 190-192).

26 – Toute parole du Fils est une parole de prière (Sur Mt 27,47. Ibid. 180).

27 – La crucifixion. Matthieu expédie le fait en six mots comme une chose sur laquelle il n’a rien à dire de plus parce qu’il veut s’attarder sur le partage des vêtements (Sur Mt 27,35. Ibid. 156).

28 – Prier sert à ne pas tomber dans la tentation ou, ce qui est le même, à accomplir la volonté du Père avec une sécurité intime (Sur Mt 26,41. Ibid. 51-52).

29 – A propos de la femme qui oint le Seigneur chez Simon, juste avant sa passion. Le Seigneur inclut pour toujours dans sa mission ceux qui ont rempli la mission qu’il leur a confiée ; ici cette femme, même si les représentants du Seigneur l’ont méconnue. Le Seigneur aurait pu tout faire tout seul. Mais ce n’est pas ainsi qu’il agit (Sur Mt 26,6-13. Ibid. 13).

30 – Les tombeaux s’ouvrirent (Mt 27,52). De la mort du Fils sort une force plus forte que ce que les hommes ont décidé ; le temps des morts dans les tombeaux est un temps d’attente, ils attendent le signe du Seigneur. La tristesse du Père, qui contient la victoire du Fils, secoue aussi les portes du royaume des morts. Le Seigneur communique la puissance de sa résurrection qui est la même que la puissance de sa mort. Les saints morts avant le Seigneur l’attendaient. Maintenant que le Seigneur est mort, ils sont devenus ses contemporains. Dans la mort du Seigneur s’ouvre le chemin du monde d’en-bas qui doit rendre ses morts (Ibid. 192-193).

31 – Apparition des morts après la résurrection du Christ. C’est quelque chose de réel, d’objectif. C’est l’annonce des apparitions ultérieures des saints dans l’Église. Ces apparitions des morts font partie de l’accompagnement de la résurrection du Seigneur ((Sur Mt 27,53. Ibid. 193).

32 Il y a en tout homme une place qui est préparée pour Dieu. Il y a en tout incroyant une attente de Dieu, plus ou moins consciente, plus ou moins refoulée. Mais ce lieu en lui ne peut pas ne pas être (Sur Mt 27,19. Ibid. 124).

33 – Le Fils est venu pour racheter le monde, et cela signifie : pardon des péchés, rendre les hommes au Père tels qu’il veut les avoir : purs. Cette pureté, seul le Fils peut l’opérer en rachetant les pécheurs par son sacrifice. Il paie le prix : sa vie. Son sang sera répandu pour le pardon des péchés, mais les siens doivent le boire. Prendre son sang, cela veut dire prendre sa croix ; la croix n’est pas un événement entre le Père et le Fils seulement. Prendre la croix, c’est ratifier l’alliance scellée définitivement. Dieu Trinité agit de manière souverainement libre, mais il inclut les hommes comme des invités, comme des hommes qui ont une charge, qui sont emmenés par lui (Sur Mt 26,28. Ibid. 32).

34 - Les trois disciples au mont des oliviers. Les disciples qui accompagnent le Seigneur au mont des oliviers ont certes un désir de lui appartenir qui pénètre tout leur être. Mais la chair est faible, et surtout leur esprit n'est pas encore formé. Le peu qu'ils ont compris est solide. Pour eux ce ne fut pas difficile d'accepter la foi nouvelle. C'était des gens simples, des rustres d'une certaine manière. Maintenant au mont des oliviers, ils sont saisis par le spirituel et ils ne savent que faire. Ils voient que le Seigneur entre dans une grande souffrance. Chacun des trois éprouve les choses de manière très différente. - Pierre ressent la tâche qui est angoissante. Il sait quelque chose de l’Église future, qu'il doit représenter. En voyant la souffrance du Seigneur, l'angoisse le saisit qu'il pourrait lui aussi sombrer dans la souffrance. Il voudrait bien aider, mais il ne sait pas comment. Il éprouve l'angoisse d'un homme qui, devant une catastrophe, voudrait trouver une solution radicale quelconque, mais qui ne voit aucune possibilité. Il ne peut pas surmonter son angoisse. C'est comme l'angoisse d'un paysan qui regarde sa maison en flammes et son bétail brûler. - Jean a l'angoisse de l'amour. Il a de l'angoisse pour le Seigneur. Et il craint de le perdre : il n'a peut-être pas été à la hauteur, il n'a peut-être pas tout donné, il n'a pas su au fond ce qu'était l'amour. Il ferait tout pour sauver l'amour, mais il ne voit pas ce qui peut arriver. - Jacques se trouve entre les deux. Il a une angoisse qui ne peut se formuler, qui ne peut se justifier, un malaise qui le saisit tout entier, corps et âme. Et il est contaminé par l'angoisse des deux autres. Il voudrait venir en aide aux deux pour qu'ils puissent aider le Seigneur. Il voudrait se prodiguer, mais il ne sait pas comment. - Ils dorment par pur désarroi. Ils laissent le Seigneur chercher seul la solution. Jean est tellement accablé d'angoisse et de tristesse que, comme un enfant, il s'endort en pleurant. L'exigence spirituelle démesurée les a tous épuisés (Cf. NB I/2,46-48).

 

Dimanche des rameaux B (Is 50,4-7; Ph 2,6-11; Mc 14,1-15,47)

1Avec un flacon d’albâtre contenant un nard pur de grand prix. C’était très certainement un très joli flacon. Il contient du nard pur et de grand prix. Le flacon et son contenu correspondent. Quand on rencontre le Seigneur, tout doit correspondre harmonieusement. La femme brise le flacon. Elle sacrifie l’objet précieux. Il ne peut servir qu’une seule fois. Nous brisons notre flacon en offrant au Seigneur notre vie. Cela peut se produire de diverses façons. Offrir est toujours un renoncement. Pour pouvoir donner au Seigneur le contenu de notre vie, nous devons renoncer à la forme personnellement choisie, répandre notre vie et attendre du Seigneur lui-même la forme nouvelle. Bien des choses se perdront dans notre vie, mais l’essentiel doit appartenir au Seigneur (Sur Mc14,3. Cf. Saint Marc 613-614).

2 - S’il était possible que cette heure passe. Le Seigneur qui ressent effroi, angoisse et tristesse, a aussi peur de l’heure. Cette peur peut avoir de multiples visages. Il est possible qu’il croie de façon purement humaine ne pas pouvoir tenir. Ce n’est pas seulement en Judas qui l’a trahi qu’il voit le péché, mais en tout homme. Il aura à le porter. Et à travers sa Passion, il éprouve la défaillance de tous. Pas un ne se tiendra dignement à son côté d’une manière tant soit peu chrétienne : même ses disciples ne lui offrent qu’une image de la défaillance.Et si eux déjà qui lui ont donné toute leur vie se conduisent ainsi, de quel poids sera alors le fardeau de tous les pécheurs? (Sur Mc 14,35.  Cf. Ibid. 650).

3 Et l’abandonnant, ils s’enfuirent tous. Cela semble incroyable qu’au moment du plus grand danger tous les disciples s’enfuient. Le Seigneur avait prophétisé la dispersion du troupeau. Et il les avait introduits dans sa Passion à venir tout en leur offrant l’espérance de la résurrection. Et voilà que tous l’abandonnent. Ils espéraient en une victoire du Seigneur qui aurait correspondu à leurs attentes. Cette fuite des disciples nous oblige à toujours reconsidérer que, même si nous avons la certitude de la victoire parce qu’elle appartient au Seigneur et qu’il l’offre aux siens, aucune sorte d’espérance humaine ne peut être attachée à cette certitude. Pâques n’est pas une victoire terrestre (Sur Mc 14,50. Cf. Ibid. 667-668).

4 – Au pied de la croix : Marie Madeleine et quelques femmes. Madeleine avait commencé à suivre le Seigneur dans une ouverture qui ne prévoyait pas de fin. En expulsant d’elle les démons et en la gagnant pour lui, le Seigneur la possède de telle sorte qu’elle le suit sans contrainte et sans questions. Mais l’accompagnement conduit à la croix. Une seule chose était exigée d’elle : suivre, cheminer, accompagner, comme simple conséquence d’avoir été délivrée. Sous la croix, Madeleine contemple le comportement de la Mère, elle se sait un peu portée par elle, de même qu’elle se sent portée par le Fils, mais d’une autre manière. Elle était la pécheresse de laquelle il a expulsé sept démons. S’il l’a purifiée, c’est comme par avance depuis la croix. C’est d’ici que le Seigneur a expulsé ses démons et d’ici qu’il l’a engagée à sa suite (Sur Mc15,40-41. Cf. Trois femmes et le Seigneur 29-37).

5 – L’attitude des hommes dans la passion est comme un amoncellement de tous les péchés concevables que les hommes commettent en Jésus contre Dieu lui-même. D’abord le sommeil des disciples qui devraient veiller et prier : un sommeil qui se prolonge à travers l’histoire de l’Église. Ensuite la trahison ouverte d’un disciple pour l’amour d’un profit matériel, et puis le reniement de l’autre, sur lequel l’Église doit être construite ; finalement la fuite lâche de tous. La fuite générale de ceux qui ont été appelés à suivre Jésus se fait dans une telle panique qu’on y laisse son dernier vêtement. Que la trahison se réalise par un baiser, cela se répétera aussi. Voilà pour les disciples. C’est alors le reniement par le peuple élu, dans le procès public, de son Messie, qu’il livre aux païens. Juifs et païens se surpassent en toute forme de raillerie, d’outrage physique et de torture, de mépris de la mission de salut de Jésus, jusqu’au calvaire (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 57).

6 – Au commencement, Jésus dit : "Mon âme est triste à en mourir". L’âme n’est pas pure nature, elle comprend aussi le surnaturel. Mais elle est si fortement unie au corps qu’elle tremble avec le corps, de même que le corps tremble avec elle. Les paroles sont d’abord adressées aux disciples. Il leur parle avant de parler au Père. Ils s’aperçoivent qu’il a peur, peur qui se manifeste sur son visage et dans ce qu’il dit, toute son humanité ne semble plus exprimer que la peur. Le Maître, qui voit plus loin que les disciples, tremble de peur et leur en fait part. Il ne leur cache pas son état d’âme (ce qu’on pourrait faire par pudeur ou par souci pédagogique), mais il leur dévoile le fond de son cœur : "Voilà où j’en suis" (Cf. Au cœur de la Passion 46).

7 – Pour Judas, l’affaire est totalement réglée. Non qu’il y penserait avec plaisir, mais elle est derrière lui. Les tourments de la décision sont passés. Son seul souci à présent est de la mener à bonne fin. Il est tellement absorbé par son plan et la façon de le réaliser qu’il n’a pratiquement pas le temps de devenir inquiet. Il est encore présent au début du repas et se sent sûr. Mais soudain il est confondu par le Seigneur. Et tandis que la bouchée de pain lui est tendue, il voit Jean appuyé sur la poitrine du Seigneur ; cette image lui inspire l’idée du baiser. C’est maintenant seulement qu’il distingue l’antagonisme total entre amour et trahison. C’est maintenant seulement, confondu par le Seigneur qui a auprès de lui le disciple bien-aimé, qu’il conçoit le projet de se servir de l’amour pour masquer la trahison (Cf. Ibid. 54).

8 – Tous fuient en même temps, mais chacun pour soi. Pierre est encore rempli des paroles qu’il a lui-même prononcées, des assurances qu’il est le premier à avoir données au Seigneur. A présent que le Seigneur manifeste une volonté de souffrir qui ne s’accorde pas avec la volonté de victoire telle que Pierre l’entend, celui-ci se sent dans une situation embarrassante qui, pour le moment, l’empêche de suivre le Seigneur plus avant. Mais entre le Seigneur et lui subsistent un lien et une attirance, c’est pourquoi il décide d’aller voir ce qu’il en adviendra du Seigneur. Tout en fuyant, il prend le chemin du Seigneur. En esprit il dit non, physiquement il le suit. Jean a pris sa décision avec la même hâte que les autres ; chez lui, c’est une sorte de panique d’amour. Il ne peut pas supporter de voir le Seigneur traité de la sorte. Il ne s’imagine pas ce qu’il fait au Seigneur en s’enfuyant lui aussi. Il croyait aussi que la Passion, la mort et la résurrection du Seigneur étaient des expressions purement symboliques. Il lui est impossible de se représenter que tout puisse soudain finir en tragédie (Cf. Ibid. 73-75).

9 Ils emmenèrent Jésus chez le grand-prêtre. Dans le fait d’être emmené, un certain sentiment de soulagement. Comme si la situation était déjà tellement critique qu’il n’y a plus rien à perdre. A l’issue de l’interrogatoire qui va commencer, le Fils de Dieu se retrouvera de toute façon vaincu. Il ne considère pas que les questions qui lui sont posées lui donnent une chance, il est attentif seulement au fait qu’il peut rendre témoignage au Père, même là où ce témoignage n’est pas accepté. L’essentiel au fond n’est même pas qu’il souffre maintenant, car il ne peut de toute façon convertir Caïphe et ses semblables ; il éprouve une joie de pouvoir encore une fois, au milieu de cette souffrance et de son impuissance totale, adhérer au Père. Joie de pouvoir prononcer dans un "au-delà", dans un « toujours-plus », des paroles destinées aux seules oreilles du Opère (Cf. Ibid. 77).

10 – L’intention qui pousse Pierre à suivre le Seigneur dans la maison du grand-prêtre était bonne au départ. Elle révèle son sens de la responsabilité. Mais ce début prometteur n’a pas de suite, il tourne court avant le moment décisif. Pierre n’est certainement pas venu avec l’intention de trahir. Il veut, si possible, apporter son secours. Mais dès qu’il flaire le danger, sa propre personne lui importe davantage que le Seigneur. Pour la première fois, l’idée vient aux disciples qu’il pourrait mourir d’une mort humaine. Ils ne s’y attendaient pas. Ils comprennent cette mort très tard, la résurrection plus tard encore, bien que le Seigneur leur ait annoncé les deux (Cf. Ibid. 80).

11 - Sur la croix, Jésus s’est dépouillé de sa forme divine pour n’être plus qu’un homme dans sa nudité. Au cours de sa vie terrestre, il trouvait le Père quand il le cherchait. Sur la croix, il n’y a plus qu’une recherche qui ne peut pas trouver. Il faut que la divinité diminue pour que l’humanité augmente (Cf. HUvB, AvS et sa mission théologique 152).

12 – Le Fils a la vision permanente du Père ; mais quand il prie le Père au mont des oliviers, il commence à devenir un chercheur. Il cherche le Père avec sa volonté humaine, il cherche la volonté du Père : "Non ce que je veux, mais ce que tu veux". Si au mont des oliviers, le Fils priait ainsi : "Père, nous sommes un, nous avons la même volonté, je veux ce que tu veux, mais tu veux aussi ce que je veux. Et ma volonté maintenant est de ne pas souffrir, c’est pourquoi je puis accepter que ta volonté se fasse", la semence de Dieu ne serait plus en lui. Il renonce à s’exprimer lui-même. Il n’impose pas au Père son humanité, il ne dit pas : "Tu n’es pas homme, tu ne peux pas savoir ce que c’est". Il renonce à ce qu’a d’unique sa personnalité pour la mettre justement à la disposition de la volonté du Père (Sur 1 Jn 3,9. Die Johannesbriefe 110).

13 – La mission de Joseph d’Arimathie vis-à-vis du cors mort du Seigneur est une vraie mission chrétienne. On reconnaît que les missions des croyants peuvent se faire même là où il n’y a plus guère de place pour une action chrétienne féconde. Ici le service d’un cadavre, quelque chose qui n’a plus d’avenir selon les apparences. Mais parce que c’est une mission de Dieu et un service au Seigneur et une œuvre dans la foi, il en sortira une vie chrétienne authentique et un fruit inespéré (Sur Mt 27,58. Passion nach Matthäus 199-200).

14 – Les plans tortueux des hommes veulent tromper Dieu : le serpent au paradis, les chefs juifs lors de la passion de Jésus (Sur Mt 26,1-5. Ibid. 9).

15 – Les enfants jouent tranquillement quand ils savent que leur mère est dans la pièce à côté. Le Fils a toujours su, en tant que Dieu, que le Père était là, comme tout près, on pouvait à tout instant lever les yeux vers lui. Sur la croix, cette conscience n’existe plus ; le Père est voilé. Et maintenant le Fils doit lutter en lui contre la possibilité divine d’aller au-delà et de s’assurer. Et cette possibilité est si bien maîtrisée qu’il n’y a plus là que le Crucifié (NB 3,283).

 

Dimanche des rameaux C (Is 50,4-7; Ph 2,6-11; Lc 22,14-23,56)

1 – Jésus ne se dérobe pas, il s’offre à tous les outrages des hommes. Au milieu de l’histoire des hommes, c’est son dessaisissement de lui-même jusqu’à la mort sur la croix, qui fait de lui le Seigneur de toute l’histoire. La Passion n’est pas un mythe, elle a eu lieu sous Ponce Pilate, elle se tient sur le sol ferme de l’histoire. Ce qui est arrivé une fois dans l’histoire est cependant l’illustration de ce qui se produit du début jusqu’à la fin de la tragédie de l’humanité : Dieu est « battu » et on « crache sur lui » avec mépris, tandis qu’il s’abaisse jusqu’au plus bas pour nous afin de prendre sur lui nos ordures (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 57).

2 – L’institution de l’eucharistie qui annonce la passion est accompagnée d’une déclaration de Jésus qui est une sorte de testament. Les disciples sont chargés de prendre soin de la venue du Royaume de Dieu : "Je vous lègue le Royaume". Mais cette tâche ne peut être assumée que dans l’esprit de Jésus : le plus grand parmi vous doit devenir comme le serviteur, et Jésus lui-même est là comme celui qui sert. Pierre sera le plus grand de par sa fonction, mais il ne pourra être le serviteur qui affermit ses frères que lorsque Jésus aura prié pour lui, le renégat. Ce que sera le service de Jésus en vérité est décrit avec les mots d’Isaïe : "Il sera compté parmi les pécheurs". Ses ennemis ont maintenant sur lui « la puissance des ténèbres ». Dans la force et l’assurance, sa Passion n’aurait pas été une souffrance complète, d’où l’agonie au mont des oliviers, que saint Luc décrit de manière si réaliste (Cf. Ibid. 57-58).

3 – Jésus souffre seul ; les disciples ne l’accompagnent pas. Chez Luc seul, un ange apparaît au mont des oliviers pour réconforter Jésus : un réconfort apporté là pour supporter l’insupportable : devoir boire la coupe de la colère de Dieu contre le péché. L’homme de Cyrène aide Jésus à porter sa croix, du moins extérieurement. Un dernier homme se tourne vers Jésus, l’un des criminels crucifiés avec lui, qui lui adresse une authentique requête. Il subit le même sort que Jésus, mais il distingue bien entre sa souffrance largement méritée et celle tout autre de celui qui n’a rien fait de mal. Ici un peu de la grâce de la souffrance de la croix peut se déverser dans un réceptacle déjà prêt. Elle continue de se déverser après la mort de Jésus : le centurion est touché par la grâce. Il est dit de plus que tous ceux qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. (Cf. Ibid. 58).

4 – Chez saint Luc, les paroles prononcées par Jésus sur la croix sont comme la traduction de ce que Dieu opère. C’est d’abord la prière au Père : "Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font". Les Juifs sont aveuglés, ils ne reconnaissent pas leur Messie ; les païens font ce qu’ils font par devoir professionnel : crucifier sur ordre militaire un prétendu criminel. Personne ne sait qui est Jésus en vérité. La prière de Jésus veut excuser les coupables et en trouve des raisons. La parole adressée au larron est une partie de la grâce du pardon qui est gagnée par la croix. La parole au moment de la mort : "Entre tes mains, je remets mon esprit", tient lieu du cri d’abandon. Même si le Fils ne ressent plus le Père, même si les mains du Père sont devenues insensibles, le Fils n’a pas d’autre endroit où se coucher en mourant. Dans les paroles de Jésus, Luc fait rayonner quelque chose de la grâce acquise par Jésus en souffrant pour nous (Cf. Ibid. 58-59).

5Père, pardonne-leur. Cette première parole du Seigneur comprend sa mission tout entière : n’est-ce pas pour obtenir du Père le pardon des pécheurs qu’il est suspendu à la croix ? Par la parole qu’il est lui-même et qu’il exprime dans cette courte phrase, lui, le Rédempteur, il relie les hommes au Père. Il les confie au Père, à sa miséricorde. C’est la grande confession : le Fils la fait au nom de l’humanité, en se mettant à sa place. En d’autres termes, il prend sur lui toute la faute. Ce qu’il veut, c’est que le Père accueille tous les hommes, qui sont pécheurs, comme des innocents. Par cette parole, le Fils ouvre la porte de la Rédemption. Lorsque la prière du Fils parvient au Père, le Père obéit au Fils, il pardonne réellement aux pécheurs. Cette parole du Fils renferme pour les hommes une promesse infinie. Quand un pénitent plein de contrition regarde vers la croix avant de faire sa confession, il sait que l’aide du Seigneur lui est assurée. Et le Père pardonnera parce qu’il exauce la prière du Fils (Cf. Parole de la croix et sacrement 23-29).

6 – Dans sa demande : "Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne", le Fils nous révèle quelque chose de son obéissance. Il possède une volonté propre ; boire le calice, pourrait-on dire, ne convient pas à cette volonté. Mais il la surmonte et donne la préférence à la volonté du Père. Il fait cela par amour. Par le même amour dans lequel il a assumé sa mission et l’a menée jusqu’ici, dans lequel aussi il souffrira et remettra son esprit entre les mains du Père (Le livre de l’obéissance 77).

7 - Souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume. Le croyant sait quelque chose qu’Adam ignorait : ce n’est pas seulement sa vie, c’est aussi sa mort qui reçoit en Dieu son sens. Le sens de tout est en Dieu. Sans lui, tout serait littéralement insensé. Mais quand quelqu’un cherche sérieusement à mettre le sens de tout en Dieu, il sera certes beaucoup plus conscient de ses propres limites, mais il rencontrera sans cesse des réalités qui ont leur vie en Dieu, qui ne sont accessibles à la raison ergotante mais uniquement à la prière. Elles s’ouvrent dans le dialogue entre Dieu et l’homme, où Dieu dit sa parole et où l’homme essaie de devenir totalement réponse à cette parole. La prière découvre de la sorte le royaume d’une vie supérieure, un royaume plein de la vie de Dieu, royaume dont le contenu, en dehors de la prière, paraît tout à fait irréel, à l’instar de bulles de savon et d’utopies. Si le sens de la vie humaine paraît déjà si incompréhensible et plonge constamment en Dieu, l’homme comprend alors que sa mort ne peut être exemptée de cette loi. Ce qui devient vivant dans la prière n’est si grand que parce que cela fait partie de la vie éternelle de Dieu qui fait voler en éclats les limites de note vie terrestre. Dieu ne nous a pas créés pour un temps mais pour son éternité (Le mystère de la mort 48).

8 - Entre tes mains je remets mon Esprit (Lc 23,46). L’Esprit qui était pour lui le garant qu’il était dans la volonté de Dieu, dans l’obéissance. En livrant son Esprit le Fils abandonne ce qui lui restait de plus cher. Quand il aura donné son Esprit, il sera vraiment dépouillé de tout. Il lui restera son âme humaine que la mort prendra sous peu (Passion nach Matthäus 184-185).

 

Jeudi saint. La Cène du Seigneur ABC (Ex 12,1-8.11-14; 1 Co 11,23-26; Jn 13,1-15)

1 – Si les chrétiens n’étaient plus conscients qu’ils ont à lutter contre le diable, leur christianisme tomberait dans un optimisme superficiel; une exaltation étourdie prendrait la place du sérieux de l’amour (Jn 13,2. Jean. Le discours d’adieu I,19).

2 – Dans la passion du Fils, c’est le Père qui doit faire la volonté du Fils, car comme tout le reste, il a aussi remis la Passion entre les mains du Fils… Le Père lui-même en quelque sorte accepte difficilement l’abaissement du Fils dans l’Incarnation et dans sa Passion. Il aurait pu atteindre tout à moindres frais, il aurait pu témoigner autrement de son amour subordonné envers les disciples et obtenir du Père plus rapidement l’œuvre rédemptrice. Le fait d’aller si loin, de se présenter face aux disciples comme leur serviteur, et face au Père comme un homme, est une invention de son amour suprême (Sur Jn 13,3-5. Ibid. I,20-21).

3 Vous m’appelez Maître et Seigneur. Reconnaître le Seigneur ne veut pas seulement dire le confesser comme Seigneur et Maître, mais admettre toutes les conséquences qu’implique cette confession : c’est-à-dire se laisser engager dans tout ce que le Seigneur exige de nous, exigences pour lesquelles nous devons nécessairement nous mettre à sa disposition. Reconnaître le Seigneur signifie ouvrir une porte qu’on n’a plus le droit de refermer. Il pourrait se faire que nous soyons engagés plus à fond que nous ne le désirions. Mais le  Seigneur nous ôte cette angoisse, il encourage (Sur Jn 13,13. Cf. Ibid. I, 40-41).

4 – La scène saisissante du lavement des pieds – scène certainement historique – a pour but d’ouvrir les yeux des disciples à ce qui s’accomplit en vérité dans l’institution de l’eucharistie et, à partir de là, en toute célébration eucharistique. Le lavement des pieds est la « preuve de l’amour qui va jusqu’au bout » (Jn 13,1). Pierre ressent cet acte d’amour comme totalement inadmissible, comme le monde à l’envers. Mais justement ce renversement est ce qui est le plus droit, ce que l’on doit d’abord laisser arriver pour soi, en acceptant d’être humilité par cet amour insurpassable, pour en prendre exemple et accomplir le même abaissement d’amour à l’égard de nos frères (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 59-61).

5Le Seigneur Jésus prit du pain (1 Co 11, 23-24). Il pose apparemment un acte tout à fait quotidien, mais par sa parole il y introduit tout le mystère de Dieu. Il le fait après avoir rendu grâce, après avoir établi de manière visible sa relation au Père et avoir inclus, dans son dialogue avec le Père, les personnes présentes, puisqu’elles ont, à présent, prié en union avec lui. Il rompt alors le pain qui est son corps. Il le dit. Lui en comprend le sens global ; les personnes présentes en saisissent aussi quelque chose, même si elles ne perçoivent aucune modification dans le pain qui se trouve là. Aux yeux des disciples le Seigneur demeure le même, tout comme le pain garde le même aspect, et pourtant le pain est devenu le corps du Christ ; il possède une vie, une force, une capacité d’action qui vient du Seigneur. Le pain est son corps. Sa parole a accompli la transformation et la foi des apôtres doit l’accepter. Le pain est mangé comme n’importe quel pain. Le Seigneur ne lui a pas retiré sa forme en tant que nourriture, mais il lui a donné un nouveau contenu. Il lui a donné la force de son corps (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens II,62-63).

6 – C’est un moment oppressant que celui où ce Verbe qui était au commencement auprès de Dieu, qui s’est fait chair et s’est incarné dans l’humain, n’est tout à coup à nouveau que parole, parole qui déclare : "Ceci est mon corps". La nouvelle et éternelle Alliance, le christianisme tout entier, les événements passés qui y préparaient et ceux qui arriveront encore, tout cela converge maintenant dans cette simple parole : "Ceci est mon corps". Et au moment où elle est prononcée, elle est entièrement accomplie. Et elle est prononcée par le Seigneur qui maintenant se tient "à côté" de son corps. A droite le Seigneur, à gauche le pain, auparavant l’incarnation, ensuite la mort ; au milieu de tout cela, cette parole. Cette parole qui embrasse la mission tout entière et la représente devant le Père. Et ainsi toute la Passion est déjà par anticipation dans cette parole. Une parole qui ne pèse guère ; selon les critères humains, ce n’est absolument rien. Un morceau de pain dans la main et l’ordre de le manger (Cf. Au cœur de la Passion, 16-17).

7 – Le Christ a vécu dans l’attente de l’heure du Père, dont il ne savait rien sinon qu’elle viendrait sûrement et qu’elle serait effrayante, mais dont il remettait le moment au Père. Le Fils ne peut faire des projets à long terme, la volonté du Père le retient par l’ignorance de l’heure. Ou bien, dans ce qu’il projette, il doit intérieurement être prêt à modifier ou abandonner ce qu’il envisage au moindre signe du Père. Par ailleurs, il y a les annonces de l’Ancien Testament, le Fils les connaît, il connaît également celles qui prophétisent sa vie, ses souffrances et sa mort. Il les connaît comme aspects de la volonté du Père. Les prophéties contiennent son inexorable volonté, que le Fils devra laisser s’accomplir (Cf. Disponibilité 24-25).

8 – Tout autre est le problème de savoir si Jésus avait "besoin" de connaître le chemin qu’il avait encore à suivre, ou s’il n’avait pas plutôt à accomplir sa mission dans une obéissance absolue à Dieu et par là à réconcilier le monde avec Dieu (2 Co 5,18) ; on peut se demander également si, à l’heure décisive, dont le contenu restait réservé au Père, il ne suffisait pas de s’en remettre totalement à la volonté divine. Avec le mot d’« obéissance », nous touchons à coup sûr à la disposition la plus intime de Jésus, et il est sans doute plus important et plus salutaire à l’obéissance parfaite de ne pas vouloir connaître à l’avance l’avenir, pour l’accueillir de la main de Dieu avec une parfaite fraîcheur quand il arrive (HUvB, La conscience de Jésus et sa mission, dans la revue Communio janvier-février 1979, p. 37-38).

9 – Dans la cène du lavement des pieds, le Seigneur a inclus tous les hommes : Jean, le disciple bien-aimé, Pierre qui a la charge du ministère, le traître Judas et la multitude de ceux qui lui sont étrangers et se sont détournés de lui. Son exemple est universel, car il a accompli le lavement des pieds pour tout homme (Kostet und Seht 183).

10 – Prière après la communion. Père, tu nous a donné ton Fils vivant et tu permets qu’il ne cesse de venir à nous dans l’hostie. Accorde-nous de l’accueillir dans toute sa force divine. Qu’en dépit de toutes nos déficiences et de nos faiblesses, il se sente en nous chez lui et puisse faire sortir de notre cœur ce que toi, tu veux. Accorde-nous de le suivre avec ardeur autant que nous en sommes capables. Tu donnes à beaucoup d’hommes aujourd’hui la grâce de le recevoir. Permets que chacun d’eux en emmène d’autres avec lui : ceux qui sont empêchés de venir ou ceux qui le connaissent à peine (Sur la terre comme au ciel 15-16).

 

Vendredi saint (Is 52,13-53,12; He 4,14-16; 5,7-9; Jn 18,1-19,42)

1 – (Le Père laisse souffrir le Fils injustement) pour nous le donner en exemple : on peut souffrir injustement (Sur 1 P 2,22. Die katholischen Briefe I,330).

2 – Et lorsque le Verbe de Dieu vit que sa descente en ce monde ne pouvait aboutir qu’à sa mort et à sa perte, lorsqu’il comprit que sa lumière devait s’anéantir dans les ténèbres, il accepta le combat et la déclaration de guerre. Et il imagina cette ruse inimaginable : plonger comme Jonas dans le ventre du monstre, et s’enfoncer jusqu’à la cellule la plus profonde de la mort. Faire l’expérience de la maladie du péché jusqu’en sa prison la plus sombre et vider le calice jusqu’à la lie… - Démontrer l’inanité du monde par l’inanité de sa propre mission. Manifester l’impuissance de la révolte par l’impuissance de son obéissance envers le Père. Mettre en lumière la faiblesse mortelle de cette défense désespérée contre Dieu par sa propre faiblesse mortelle. Laisser le monde accomplir sa volonté et par là accomplir la volonté du Père. Accorder au monde sa volonté, et par là rompre cette volonté… - Avec l’effusion d’une seule goutte de sang jailli du cœur divin adoucir l’océan d’amertume… Car la faiblesse du Verbe serait déjà la victoire de son amour pour le Père, et comme déploiement de sa force suprême cette faiblesse serait si grande qu’elle dépasserait de loin et absorberait en elle la pitoyable faiblesse du monde… Il voulait s’enfoncer à une telle profondeur que toute chute à l’avenir fût une chute en lui-même… - Il n’est pas de combattant plus divin que celui qui peut se permettre de vaincre par la défaite. A l’instant où il reçoit la blessure mortelle, son adversaire tombe à terre, définitivement touché. Car il atteint l’amour et il est ainsi atteint par l’amour. Et c’est en se laissant atteindre que l’amour prouve ce qui était à prouver : qu’il était justement l’amour. Atteint au cœur, celui qu’animait la haine reconnaît ses limites et comprend enfin cette vérité : qu’il se comporte comme il le voudra, partout il se heurtera à un amour plus vaste. Tout ce qu’il peut infliger à cet amour : injure, indifférence, mépris, moquerie, silence mortel, calomnie diabolique : tout ne fera que démontrer la supériorité de l’amour…- Car toute vie du monde s’incline finalement devant la mort et, courbée dans la faiblesse, doit passer sous son porche; et dans cette démarche elle reproduit enfin, bon gré mal gré, le geste du Fils de Dieu qui donne sens et figure à toute faiblesse. Tout autour de nous est tracée une frontière mortelle, et ceux d’entre nous qui croyaient encore pouvoir exclure Dieu de notre monde bien clos, ou l’y tenir enfermé, nous avons par là même démontré la force de son amour qui nous tient enveloppés dans ses bras infranchissables (HUvB, Le cœur du monde, éd. 1956, 38-40).

3 – Mais le plan de Dieu et, si l’on peut dire, la ruse de Dieu ne sont pas encore à leur terme; il y manque encore la pièce médiane, le moyen suprême. Il y manque encore le moyen de pénétrer à l’intime du monde… Alors Dieu créa son cœur et l’installa au milieu du monde. Un cœur humain, connaissant l’élan et la nostalgie des cœurs humains, exercé dans tous les détours et les cheminements, dans toutes les sautes d’humeur et les impulsions subites, dans toutes les béatitudes amères et les amertumes bienheureuses qu’un cœur humain peut goûter. Un cœur, cette créature la plus folle, la moins docile, la plus changeante de toutes. Ce siège de toute fidélité et de toute trahison, cet instrument plus riche que tout un orchestre, plus pauvre que le grésillement de la cigale… - (Mais) où est le cœur qui peut se protéger lui-même? Ce ne serait pas un cœur s’il avait coque et carapaces… Le cœur est sans défense parce qu’il est la source, c’est pourquoi tout ennemi vise au cœur. C’est là que demeure la vie, c’est là qu’on peut la toucher…- Ainsi le Verbe vint dans le monde. La Vie éternelle élut domicile en un cœur humain. Elle résolut d’habiter sous le frisson de cette tente, elle décida de s’y laisser toucher. Ainsi sa mort était-elle chose résolue. Car la source de la vie est sans défense. Dans le château fort de son éternité, dans sa lumière inaccessible, Dieu était inattaquable, les flèches du péché rejaillissaient comme des traits d’enfant sur l’airain de sa majesté souveraine. Mais Dieu dans le frêle abri d’un cœur : comme il est facile maintenant à atteindre! Comme il est vite blessé! Plus facile encore qu’un homme; car un homme n’est pas seulement un cœur; il est os et cartilage, muscle résistant et peau durcie; pour le blesser il faut au moins une intention mauvaise. Mais un cœur : quelle cible de choix! quelle tentation! Presque inconsciemment le canon du fusil se dirige de ce côté. Quelle nudité Dieu ne s’est-il pas donnée, quelle folie n’a-t-il pas commise!… Son cœur qui est sans défense ne le défendra pas…- Ainsi le Fils vint dans le monde, et son cœur l’avait traîné Dieu sait où… Signe incompréhensible érigé au milieu du monde, entre le ciel et la terre… L’océan divin contraint d’entrer dans la source minuscule d’un cœur humain… Dieu  trônant dans la gloire et le serviteur agenouillé dans la poussière désormais indiscernables l’un de l’autre. La conscience royale  du Dieu éternel ramassé dans l’inconscience de l’humilité humaine. Tous les trésors de la sagesse et de la science divines entassés dans l’étroite cellule de l’humaine pauvreté. La vison du Père éternel enveloppée dans l’obscurité de la foi. Le roc de la sécurité divine se risquant sur les flots de l’espérance terrestre… - Lorsque, fatigué et accablé par le poids du jour, le serviteur ici-bas tombe à terre, et dans un geste d’adoration touche le sol de son front, cet acte tout simple enferme le parfait hommage du Fils incréé devant le trône du Père… Mais jamais le Père n’a si bien aimé le Fils pour toujours qu’au moment où il aperçut ce geste las d’agenouillement… Et lorsque le serviteur, jouet de ses bourreaux, ruisselant de sang et couronné d’épines, cachait si bien sa face que le Père lui-même trouvait le meurtrier plus humain et l’absolvait, lorsque la foule grondante hurlait à la mort contre celui qui n’était plus le Fils, jamais n’avaient été accordés à la Majesté divine une gloire et un éclat si achevés, car, dans la face méconnaissable de ce réprouvé, se reflétait immaculée et rayonnante la volonté du Père (Ibid. 43-47).

4 – Je crois que l’expression le "sacrifice de la messe" restera obscure tant que nous n’aurons pas rencontré cette femme voilée sous la croix, qui est la mère du Crucifié et à la fois l’icône de l’Église. Elle assiste à l’autodonation du Fils, ne pouvant intervenir; mais elle est loin d’être passive; une action surhumaine lui est demandée : consentir au sacrifice de cet homme qui est le Fils de Dieu, mais aussi son fils à elle. Elle préférerait mille fois être torturée à sa place. Mais ce n’est pas ce qu’on exige d’elle, elle n’a qu’à consentir. Activement, elle doit se laisser dépouiller. Elle doit répéter son oui initial jusqu’à la fin, mais cette fin était virtuellement incluse dans le premier élan (HUvB, Au cœur du mystère rédempteur, 52-53).

5 – Ce n’est pas de lui-même qu’il s’en va, on l’assassine sauvagement. Sa mort n’est pas naturelle, tout au contraire. Éternellement, les hommes se tiendront devant cet écroulement, le plus terrible de tous, et ils sauront : c’est nous-mêmes qui avons tué Dieu, qui avons réduit au silence le Verbe de Dieu… Sa mort ne nous rappelle rien d’autre que notre propre faute… Jean cite le mot de Caïphe au sujet d’un seul qui meurt pour le peuple, seulement pour faire ressortir plus vivement l’opposition entre la volonté des acteurs et le sens secret du salut… Dans la mort du Christ, il ne saurait être question de tragédie, c’est simplement la révélation du péché (HUvB, De l’intégration, 280).

6 – Les coups de fouet que le Christ a reçus se redoublent et se répètent, car sa Parole est flagellée : "Ils abattaient leurs fléaux sur moi" est-il dit, "et ils ne le savaient pas" (Ps 34,15). Il fut flagellé par les fouets des Juifs, et maintenant il est fustigé par les outrages des faux chrétiens : ils multiplient les coups sur leur Seigneur, et ne le savent pas (Saint Augustin, dans HUvB, De l’intégration 283).

7 – Il faudrait… comprendre aussi le silence de Jésus dans la Passion comme un mutisme du Verbe de Dieu qui ne parle plus ni ne répond; il faudrait considérer la réduction du torrent à une petite rigole, à un écoulement goutte à goutte (comme une « réduction » de la Parole de Dieu)… L’urne de la Parole est vide, parce que la source qui est dans le ciel, le Père, la bouche éloquente a cessé de couler. Le Père s’est retiré (Ibid. 286).

8 - Les lectures de la liturgie d’aujourd’hui tournent autour du mystère central de la croix, qu’aucun entendement humain ne peut saisir complètement. Mais les trois approches de ce mystère ont un point commun : c’est que la merveille inépuisable de l’amour s’est accomplie « pour nous ». Dans la première lecture, le Serviteur de Dieu a souffert les outrages qui lui ont été faits pour nous, infligés pour son peuple ; dans la seconde lecture, le grand-prêtre s’est offert lui-même à Dieu dans la peur et les larmes pour devenir pour nous l’auteur du salut ; et le roi des Juifs, tel que le décrit la passion de Jésus selon saint Jean, a accompli pour nous tout ce que l’Écriture demandait, pour finalement, dans l’écoulement de son côté transpercé, fonder son Église pour le salut du monde (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 62).

9Le Serviteur de Dieu. Que des amis de Dieu intercèdent pour leurs semblables, c’est un thème fréquent dans l’histoire d’Israël : Abraham était intervenu pour Sodome, la ville pécheresse ; Moïse avait fait pénitence pendant quarante jours et quarante nuits devant la face de Dieu pour la faute d’Israël ; des prophètes comme Jérémie et Ézéchiel avaient souffert des épreuves pour le peuple. Mais nul ne l’a fait autant que le mystérieux Serviteur anonyme de la première lecture de ce vendredi saint : homme des douleurs méprisé par tous, que l’on considérait comme frappé de Dieu, mais s’il a été broyé, c’est "à cause de nos péchés". Et ce sacrifice produit son effet : "C’est par ses blessures que nous sommes guéris". C’est une vision anticipée du Crucifié. Pendant des siècles, ce Serviteur de Dieu reste inconnu et oublié par Israël jusqu’à ce qu’il ait trouvé un nom dans le Serviteur crucifié du Père (Cf. Ibid. 62-63).

10Le roi. Dans la passion selon saint Jean, Jésus marche royalement à travers sa souffrance. Souverainement il répond à Anne qu’il a toujours parlé ouvertement ; devant Pilate, il déclare sa royauté, une royauté qui consiste à témoigner de la vérité, c’est-à-dire à attester par son sang que le Père a aimé le monde jusqu’à la fin. C’est comme un roi innocent que Pilate le présente au peuple qui crie : "A mort !". "Dois-je crucifier votre roi ?", demande Pilate. Livrant Jésus pour le supplice, il fait faire l’inscription "le roi des Juifs" ; et ceci dans les trois langues du monde, irrévocablement. La croix est le trône royal d’où Jésus attire à lui tous les hommes. Le "mystère flamboyant de la croix" est la suprême révélation de l’amour de Dieu, l’homme ne peut que se prosterner dans l’adoration (Cf . Ibid. 63-64).

11Tout est accompli. Cette parole ne s’adresse à personne en particulier. Et pourtant elle s’adresse à tous. C’est une parole pour le Père, le Fils et l’Esprit saint, une parole pour tous les bourreaux du Seigneur, une parole pour son Église. Le Fils y récapitule toute son existence, mais aussi son état présent : il est à bout, il n’en peut plus, il meurt. Il témoigne devant le monde du sens ultime de son chemin, de sa mission : tout achever. Et en vérité, sa mission est accomplie. Le chapitre de sa mission sur la terre est terminée. "Tout est accompli" : un peu comme s’il n’y avait aucun rapport entre ce pitoyable événement qui se passe sur la terre et les desseins puissants du Père, aucun rapport entre la rédemption du monde et cette populace autour de la croix. Ce qui est achevé, c’est l’objet de sa mission : mettre fin à tout ce qui était et endurer lui-même cette fin pour libérer ce qui est nouveau : le chemin de la vie éternelle (Cf. Parole de la croix et sacrement 73-74).

12 – Le Fils, sur la croix, crie : "J’ai soif". Une prière, une attente est contenue dans ce qu’il exprime : celle que le Fils nous adresse à nous les hommes ; celle que le Père adresse au Fils de racheter le monde (Disponibilité 110).

13 – On peut donner beaucoup de titres à Marie. Marie, mère de l’Église : il est évident qu’il ne faut pas presser ce nom. On peut lui donner un sens obvie, par exemple en voyant quelque chose de marial dans la Femme de l’Apocalypse, qui est la Mère du Fils et la Mère des autres enfants quelle enfante, qui alors représentent les fidèles, c’est-à-dire au fond, l’Église. Dans ce sens, elle est supérieure, elle est première. Dans un autre sens, que le Pape connaît aussi bien que nous, elle est à l’intérieur de l’Église, membre de l’Église, comme l’a dit saint Augustin et comme on l’a répété : elle n’est pas en dehors de l’Église. On peut prendre ces images que vous connaissez : le cou, ou le cœur, ou autre chose, pour montrer qu’elle a une supériorité. Mais il y a les deux à la fois. Et je pense qu’il est bon et juste de marquer aussi cette supériorité par cet immense manteau de la Vierge qui englobe tous les chrétiens . Elle est vraiment la Mère des chrétiens, et donc de l’Église. Je pense qu’une telle image est indispensable : il nous la faut (HUvB, Au cœur du mystère rédempteur 78-79).

14 – La forme d’amour que le Seigneur a choisie pour notre rédemption est la croix. Le Père en avait réservé l’heure jusqu’au dernier moment et l’avait libérée seulement alors. Au mont des oliviers, le Fils prie pour que le calice s’éloigne ; le calice renferme la souffrance, il a sa forme déterminée et son contenu déterminé, qui doit être vidé dans toute son amertume. Forme et contenu sont assumés par le Fils conformément à son ministère ; que le calice soit vidé jusqu’à la dernière goutte signifie pour lui que, dans la douleur, il sacrifie sa vie jusqu’au bout pour le rachat du monde. Il y a donc là une relation indissoluble : entre Dieu et l’homme, entre le Fils et les pécheurs, entre sa souffrance expiatoire et notre faute… Sa mort est à présent aussi réelle que le fut sa vie, toutes deux dans l’amour (Ils suivirent son appel 97-98).

15 – Sous la croix, pour Marie, c’est une prière sans parole qui n’appartient qu’à la peur. Elle voit son Fils suspendu devant elle. Elle est au bout de ses forces, dans une participation qui ne laisse plus rien reconnaître de ce qui était autrefois. Elle le contemple et vit sa mort. Elle vit la fin de tout. Elle est placée dans la souffrance pour y éprouver des sentiments qu’aucun être humain n’a jamais éprouvés. C’est la nuit, la nuit de son divin Fils ; c’est à sa nuit à lui et non à la sienne quelle participe. Elle ne voit aucun fruit. Pendant qu’il meurt, elle ne voit pas qu’il sauve l’humanité. C’est une fin qui engloutit tout ce qui est avant elle. Elle a dit oui autrefois à l’ange qui lui demandait d’être la Mère du Messie. A ce qui se passe aujourd’hui, elle a dit oui. Oui à toutes ces choses atroces et apparemment oui aussi à cette mort. Son oui lui semble incompréhensible. Elle ne comprend pas que c’est précisément à cela qu’elle a dit oui. C’est son oui, mais elle ne s’imaginait pas qu’il pourrait devenir ainsi. Et pourtant, à présent, à la croix, c’est comme si elle avait toujours su que tel serait l’effet de son oui. Sans le comprendre, elle voit que le péché du monde entier pèse sur son Fils. Que ce péché pèse en même temps sur elle, elle ne l’éprouve pas pareillement. Elle ressent seulement qu’elle doit porter quelque chose qu’elle ne peut pas porter. Elle ne se sent ni protégée ni considérée ni sollicitée d’aucune façon de faire quelque chose. Elle voit la mort. Elle entend son Fils crier. Elle crie aussi. Mais ils crient tous les deux sans s’entendre. Aucun ne dit : "Vois, je suis près de toi", "Regarde, je souffre avec toi". Quand le Fils meurt enfin, elle voit seulement qu’il a fini de souffrir et que, pour elle, une fin a été mise quelque part à cette angoisse, une fin qui, pour le moment, semble définitive (Cf. Le monde de la prière 103-105).

16 - Marie marche avec le Fils sur le chemin de la croix. Elle le parcourt avec toute l’affliction humaine d’une mère devant partager la fin de son fils. Elle n’est pas dispensée de connaître aussi le chemin de la croix tel que le vit ici-bas une femme ordinaire, de goûter jusqu’à la lie la honte de son fils. Elle parcourt ce chemin avec les autres femmes en pleurs ; c’est un chemin difficile et douloureux. Elle aperçoit tous les tourments infligés au Fils, les préparatifs de la crucifixion. Il n’y a de place en elle pour aucune consolation humaine. Tout ce qu’elle peut imaginer n’est rien en face de cette pensée atroce : c’est à mon propre fils que cette fin est octroyée. A mon fils si bon, à mon fils bien-aimé que m’avait offert le Père. Quand le Fils la regarde, pendant un instant ce ne sont plus les horribles pécheurs qu’il voit, pour lesquels et par lesquels il meurt, mais l’humanité comme transfigurée dans la figure de sa mère. Elle aussi, il l’a rachetée, en la préservant du péché. Pour la Mère et le Fils, c’est un cadeau que de pouvoir souffrir ensemble. L’heure tant attendue est maintenant arrivée. Elle est infiniment plus terrible que tout ce qu’on aurait pu se représenter auparavant. Quand la Mère a dit oui à l’ange, elle a consenti à concevoir le Sauveur, mais elle a consenti aussi à sa mort. Marie laisse Dieu tout agencer. Elle le laisse libre de se servir d’elle comme lui le veut, dans la joie et dans la douleur. A la suite de son fils, elle devient la victime totalement sacrifiée. Au cœur de l’angoisse, elle ne fuit pas, elle ne se protège pas contre l’angoisse. Quand tout est accompli, une fécondité nouvelle est offerte à la Mère : parce qu’elle a voulu être sa mère, il lui est permis maintenant de continuer à vivre pour tous comme mère de la chrétienté (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 155-165).

17 - Le mystère de la rédemption. Le mystère est comme une source à laquelle on boit pour retrouver la santé, mais personne ne peut épuiser une source (Sur 53,8-9. Isaias 97).

18 – L’amour du Père. Lors du sacrifice du Fils, le Père s’est comme retiré pour que toute la lumière du salut brille sur le Fils (Themenheft 8).

19 – Le Père veut ce que veut le Fils parce qu’il a accepté toute la volonté du Fils sur la croix et l’a reconnue comme sienne. Même si le Père n’avait pas l’usage de l’incroyable offre d’amour du Fils, il l’accepterait quand même par amour pour le Fils parce que c’est l’amour qui le lui offre. Il ne ferait pas comme s’il pouvait s’en servir parce qu’entre le Père et le Fils il n’y a aucun "comme si" et parce que le Père veut montrer au Fils qu’il ne voit pas en l’offre du Fils une simple surabondance, il voit en elle l’expression de l’amour le plus authentique et le plus précieux (Sur Jc 2,21. Die katholischen briefe I,137).

 

Veillée pascale. Les sept lectures (Gn 1,1-2,2 ; Gn 22, 1-13. 15-18 ; Ex 14,15-15,1 ; Is 54,5-14 ; Is 55,1-11 ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ez 36,16-28)

1 - De toute éternité, le Père co-existe avec le Fils et le Saint-Esprit ; il se manifeste à eux de manière parfaitement divine et reçoit d'eux une réponse divine. Cependant, lorsque le Père créa le monde, il ouvrit tout grand le cycle de l'éternel pour inclure aussi dans l'existence le cycle de l'éphémère. Il fit sortir de lui quelque chose de son éternité, mais non pas de telle sorte que le créé demeurât sans relation avec l'éternité et formât une unité laissée à elle-même. Ce que Dieu créa, il l'entretint aussi en gardant avec son œuvre une relation continue; sa volonté de Créateur à l'égard du monde demeure inchangée et, dans l'acte de la création, l'être du Créateur devint accessible au monde. Le Créateur ne se retira pas, il ne devint pas indifférent, mais il attendit la réponse du créé (Le Dieu sans frontières 7).

2 – Lors de la création c’était tout spécialement le Père qui s’était manifesté ; c’était également lui qui, au paradis, était en relation avec le premier couple humain. Mais cela se passait en totale union avec le Fils et l’Esprit qui l’accompagnaient ; ce fut dès le commencement une révélation de Dieu, un, éternel et vivant. Lorsque Dieu pose un acte, et un acte aussi significatif que la création, il est évident que lui seul en mesure tous les effets, que celui-ci est à la dimension de son éternité. Il ne fait rien sans que son œuvre ne conserve une relation avec sa propre durée infinie. Il n’abandonne pas la créature à elle-même, il ne la repousse pas loin de lui. Et dès l’instant où il naît à l’existence, l’homme est un être tourné vers Dieu, un être qui sort de l’éternité et se retrouve en elle à la fin (Cf. La face du Père 125-126).

3 – Si le Père, lors de la création du monde, a ordonné toutes choses vers le Fils, le Fils est donc partout présent dans l’univers comme la destination de celui-ci. Le monde est un acte de Dieu, réalisé dans le dialogue entre le Père et le Fils, et l’Esprit qui plane sur les eaux est comme la présence de ce dialogue dans le monde. La présence du Fils comme de l’Esprit lors de l’acte créateur du Père nous fait pressentir à quel point l’amour divin qui s’actualise dans ce dialogue éternel peut être incommensurable ; à quel point aussi est incommensurable en Dieu le mystère auquel nous pouvons donner le nom d’obéissance : consensus d’amour parfait entre Dieu et Dieu (Le livre de l’obéissance 142).

4 - L’homme est à l’image de Dieu. Dieu cherche en l’homme son image. L’homme est une image pour Dieu, non pour lui-même, mais il peut avoir le pressentiment de cette signification qu’il a pour Dieu. Il ne devrait donc que chercher à rester ce que Dieu veut le voir être, persister dans une réponse aimante à Dieu, qui permette à Dieu de voir en lui son image (NB 6,523).

5 – Le mystère de la souffrance de substitution du Serviteur de Dieu s’étendra par sa grâce à certains des siens qui ont été sauvés par lui. Sans que ce soit de leur faute, il y a des temps où Dieu leur cache son visage : c’est la nuit de Jean de la croix, le crépuscule de Thérèse de Lisieux (Sur Is 54,6-10. Isaias 107).

 

Veillée pascale. Année A (Rm 6,3-11 ; Mt 28,1-10)

1Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent visiter le tombeau. A la première heure possible, Madeleine se rend au tombeau. Elle a un but fixé ; son dessein est d'embaumer le corps du Seigneur, mais elle veut d'abord aller voir le tombeau. Sa foi se trouve en un étrange suspens. D'un côté, le Seigneur est mort ; elle ne peut pas dire qu'elle agit explicitement sur son ordre. Elle ne peut pas non plus affirmer que c'est sur l'ordre des apôtres qu'elle fait le chemin jusqu'au tombeau. Et néanmoins elle en a l'ordre, comme personnel, donné pour elle. Elle a l'intuition de devoir aller voir le tombeau, sans voir clairement la portée de son acte. En voulant aller voir le tombeau, elle accomplit un acte de la foi, de l'obéissance immédiate à Dieu. Dans un certain sens, elle se rend aveuglément au tombeau afin d'y recevoir la lumière de la foi (Sur Mt 28,1. Cf. Trois femmes et le Seigneur 51-53).

2 – L'ange s'adresse aux femmes. Il les invite à s'approcher et à regarder la place vide où reposait Jésus. "Il n'est pas ici". Il n'est plus visible, tangible, localisable dans l'espace et le temps : il faut y renoncer. Nul dans l'histoire du monde laisse derrière soi une telle "place vide", comme celui qui fut enterré hier ici. Lui qui était entré avec un tel relief dans l’histoire n'est plus saisissable au sein de cette histoire. "Il est ressuscité comme il l'avait dit" ; il a, dans l'histoire close, pratiqué une brèche qui ne se fermera plus. Tous les gardes au tombeau n'ont pu empêcher cette brèche et plus on fait d'essais pour la boucher, plus elle devient surprenante. Ce qui est accordé aux femmes à la place de ce vide, c'est la joie du message aux disciples, une joie qui s'approfondit encore lorsque le Seigneur lui-même leur apparaît et renouvelle la mission. "Ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront". C'est là où tout a commencé, dans le quotidien d'une vie séculière, que la nouvelle vie doit commencer : dans ce qui est sans apparence est l'unique et l'inconcevable (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 67).

3 - Le messager de l’Évangile n’a pas à transmettre ses sentiments. Il n’a qu’à transmettre ; le reste, c’est l’Esprit qui s’en charge (Sur Mt 28,8. Cf. Passion nach Matthäus 233-234).

4 – Jésus vint à leur rencontre. Il s'agit pour l'homme de rencontrer dans sa vie le Dieu vivant et de soutenir le choc de cette rencontre. Il doit se laisser prendre par Dieu et se laisser abriter en lui, toujours par un oui fondamental; il doit donner à la Parole de Dieu plus d'importance qu'à sa propre vérité et se laisser façonner par Dieu avec toutes ses occupations et tous ses soucis profanes. Il vit alors dans la prière, dans la joie et dans la vérité (Cf. HUvB, AvS et sa mission théologique 51).

5 – Le service des femmes pour le corps de Jésus le matin de Pâques est tout à fait pur et aussi tout à fait naturel. Les chrétiens ont souvent perdu ce naturel quand il s’agit du corps du Seigneur, ils se comportent d’une manière très peu naturelle, comme si le Seigneur n’avait pas un corps humain, par exemple dans l’eucharistie. Tout serait si simple si l’on ne pensait qu’au service du Seigneur et aux choses dont il a besoin, comme font les femmes au tombeau (Sur Mt 28,2. Passion nach Matthäus 223).

6 – Partagés entre la foi et le doute, les disciples obéissent aux femmes et vont en Galilée. Il en sera toujours ainsi. La marche des disciples vers la Galilée n’a rien de triomphal. Le Seigneur veut que son Église reste toujours ainsi : prête à recevoir (Sur Mt 28,16. Passion nach Matthäus 245-246).

7 – Le service de l’ange et celui des deux Marie au tombeau. Ce service est un et sans couture. Chacun a sa mission propre. Aucun n’a besoin d’avoir peur de l’autre, de fuir l’autre, d’avoir mauvaise conscience parce qu’il est surpris par quelque chose d’inattendu qui se passe dans son service (Sur Mt 28,5. Ibid. 226).

8 – La mission des femmes le matin de Pâques. Cette mission semble sans importance : regarder du dehors le tombeau vide. Mais elles font ainsi ce qui leur est demandé pour l’instant. Et Dieu leur demandera tout autre chose, leur mission sera tout autre (Sur Mt 28,1. Ibid. 221).

9 – Dieu parle dans la souffrance ou dans la fatigue, tantôt de plus près, tantôt de plus loin, mais il fait entendre sa parole, sauf s’il a décidé de faire entrer quelqu’un dans la nuit complète, de se taire totalement et d’ôter au croyant toute possibilité de trouver une trace de chemin vers lui. Mais cette nuit n’est jamais le dernier mot de Dieu parce que Dieu le Père a ressuscité son Fils de l’enfer et qu’il ne veut pas que le monde sauvé n’ait part qu’à l’atroce de la passion, il veut qu’il ait part à tout le chemin indivisible du Fils. La lumière ne cesse de percer même les ténèbres les plus profondes, il ne cesse d’y avoir un matin, une joie, une résurrection (NB 10,2208).

 

Veillée pascale. Année B (Rm 6,3-11 ; Mc 16,1-8)

1 - Qui nous roulera la pierre? Dès l'aube, les trois femmes arrivent au tombeau, le premier jour de la semaine. Elles ne remettent rien à plus tard. Elles se trouvent devant une grande difficulté. Elles sont bien conscientes que leur force à elles ne suffit pas, même en s'y mettant à trois. Il apparaîtra que tout leur souci était vain. C'est Pâques et elles ne le savent pas. Elles portent encore avec elles pour ainsi dire toutes les peines de la Passion et de la mort, elles se trouvent dans toute la tristesse de Vendredi et du Samedi saints. Au fond tous nos soucis sont toujours des soucis de Pâques dont nous pouvons nous décharger sur celui qui a porté la croix et est ressuscité (Sur Mc 16,1-3. Cf. Saint Marc 701-703).

2 - La pierre roulée. Tout le message de Pâques commence chez Marc par de la stupeur. C'est incompréhensible, mais la tombe est ouverte. Aurait-elle été profanée? Aurait-on enlevé le corps du Seigneur? Aurait-on infligé au Seigneur une offense supplémentaire après la Passion du Vendredi saint et après le Samedi saint? Cela toucherait aussi les femmes, car elles lui sont liées au point que rien ne peut l'atteindre sans aussi les concerner. (Elles avaient du souci pour cette fameuse pierre à rouler, et quand elle arrivent elles constatent que la pierre a été roulée de côté). Il en va ainsi pour tous nos soucis : ils ne sont enlevés qu'une fois qu'on les a vus. Quand nous avons remis au Seigneur tout ce qui nous pèse sur un plan naturel, pour que notre souci devienne le sien, il l'assume (Sur Mc 16,4. Cf. Ibid. 703).

3 - Il est ressuscité. Il a donc accompli ce que nul homme n'a accompli. Il s'est laissé relever par le Père. Le Seigneur a souvent parlé de cet événement. Et pourtant quel effet produiront ces paroles sur les trois femmes? (Le message de l'ange) vient de façon inattendue, soudaine, entière. Il tombe à l'improviste. Et les femmes, ne pourront jamais saisir le contenu des paroles de l'ange. Même lorsque plus tard elles verront le Seigneur, elles ne saisiront jamais tout le contenu des paroles de l'ange. Celles-ci ont la plénitude du divin, du céleste, de l'éternel (Sur Mc 16,6. Cf. Ibid. 706-707).

4 – Les femmes qui (d'après Matthieu) s'étaient tenues comme représentantes de l’Église aimante au pied de la croix, continuent à jouer ce rôle au matin de Pâques. Il est au fond étonnant qu'elles ne se laissent pas décourager par les terribles événements, mais qu’elles poursuivent inébranlablement leur pieux projet d'embaumer le corps de Jésus pour le protéger pour ainsi dire, autant que c'était humainement possible, de la décomposition. Cela a quelque chose d'une naïve piété populaire qui, avec son instinct sûr, poursuit son chemin par-dessus tous les obstacles extérieurs et toutes les objections spirituelles. Et leur piété est récompensée par Dieu, car lui-même enlève les obstacles – la pierre est déjà écartée – et lorsque les femmes pénètrent sans façons et sans hésitation dans le sanctuaire du tombeau ouvert, l'explication qui les pacifiera devant le stupéfiant événement leur est ainsi préparée. Leur effroi est compréhensible, il est vraiment traditionnel dans la Sainte Écriture toutes les fois que l'homme rencontre une manifestation du divin. Le discours de l'ange est d'une beauté supraterrestre, on ne pourrait absolument pas parler d'une manière plus aimable et en même temps plus pertinente. La parole d'apaisement au début permet aux femmes de saisir ce qui est dit. Ensuite on insiste : l'ange sait ce qu'elles cherchent : cet homme déterminé, Jésus de Nazareth, qui est mort avant-hier sur la croix. Vient alors l'affirmation simple, comme si cela allait de soi : "Il est ressuscité ; il n'est pas ici", comme si l'on disait à un visiteur : la personne que vous voudriez voir est sortie. Il y a quelque chose de divin dans cette assurance paisible : c'est dans la logique de la croix que la résurrection suive. "Voici le lieu...", convainquez-vous vous-mêmes que celui que vous cherchez n'est plus là. Et finalement l'ordre d'annoncer la nouvelle aux disciples (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année B, p. 64-65).

 

Veillée pascale. Année C (Rm 6,3-11; Lc 24,1-12)

1 – Avec la mort de Jésus, la Parole de Dieu est à sa fin, l’Église a veillé silencieusement au tombeau, dans la fatigue de Marie transpercée par tous les glaives de la souffrance ; toute foi vivante, toute espérance vivante, a été déposée auprès de Dieu. Aucun alléluia prématuré ne retentit. L’Église qui veille et qui prie a le temps de se remémorer le long chemin que Dieu, depuis la création du monde, a parcouru avec son peuple à travers toutes les étapes de l'histoire du salut ; elle voit le salut même dans les situations les plus difficiles, comme dans le sacrifice d'Abraham, comme dans le passage étroit à travers la mer partagée, comme dans l'appel à revenir de l'exil ; et l’Église comprend que c'étaient de purs événements de la grâce (HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 65).

2 – Se rendant au tombeau de grand matin avec leurs aromates, les femmes trouvent la pierre roulée sur le côté, elles entrent dans le tombeau, mais ne trouvent pas le corps de Jésus qu'elles cherchaient. Elles sont consternées, car ce qu'elles ont trouvé n'a pour elles aucun sens ni humainement ni surnaturellement. Il en sera de même pour Pierre quand il se rendra au tombeau. C'est dire à quel point étaient restées inimaginables pour tous, même pour ceux qui étaient le mieux disposés, les paroles de Jésus sur sa résurrection le troisième jour. Pour aucun homme, pour aucune religion,il n'existe une prédisposition à comprendre un tel événement qui se produit en plein milieu du déroulement de l'histoire ordinaire, dans laquelle les défunts sont morts définitivement. C'est ainsi que les femmes ont besoin d'un rappel surnaturel de la prédiction de Jésus : quand il était encore en vie, il leur avait dit qu'il serait livré aux mains des pécheurs et qu'il ressusciterait le troisième jour. Pour les femmes, c'est comme si elles entendaient ces paroles pour la première fois. Ces paroles autrefois incompréhensibles prennent sens devant le tombeau vide et le rappel explicite qui en est fait. Ce qui autrefois était incompris est transformé par les anges en un pressentiment qui aidera à la compréhension (Cf. Ibid. 66-67).

3 – Du pur radotage. De retour du tombeau, les femmes rapportent aux disciples ce qui leur est arrivé et la rencontre des anges. Pour les disciples, ce n'est pas croyable. Il n'existe, dans l'expérience humaine, aucun cas qui rende vraisemblable une résurrection. Il peut y avoir des hallucinations, mais elles prouvent le contraire. Cette histoire de résurrection ne peut être que pur radotage. Pour beaucoup, elle l'est restée jusqu'à nos jours. - Pierre pourtant court au tombeau, il voit bien le linceul resté là. Que peut-on bien avoir voulu faire du cadavre ? Pierre revient du tombeau "étonné". Le chemin qui conduit plus loin, jusqu'à la foi, s'ouvrira quand le Seigneur donnera la grâce d'être vu et adoré avec les yeux de l'Esprit (Cf. Ibid. 67).

 

Dimanche de Pâques ABC    (Ac 10,34.37-43; Col 3,1-4; Jn 20,1-9)

1 - Tant qu'un homme ne croit pas, il n'a pas le droit à proprement parler de voir le Seigneur autrement que sur la croix, mort. Mon droit de le voir ressuscité commence quand je le laisse vivre en moi (Die Schöpfung 44).

2 - Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu : cela veut dire que moins encore que le Fils nous connaissons notre heure. Demain et tout notre avenir nous sont cachés parce qu'ils se trouvent inclus dans le secret du Fils. Nous ne sommes pas des marionnettes aux mains d'un étranger. Nous sommes des vivants qui vivons de la vie du Seigneur..., capables avec lui d'accomplir la volonté du Père. Si la vie du Fils lui-même, qui était pleinement soumis à la volonté du Père, est demeurée cachée en Dieu, nous n'aurons pas la prétention de vouloir tout connaître de la nôtre. Rendre grâce seulement parce que la vie a un sens dans le Christ qui est assis à la droite du Père (Sur Col 3,3. Der Kolosserbrief 88).

3 - Se savoir liés, de manière vivante, à la vie éternelle par la résurrection (du Christ)... Le Seigneur ressuscité n'a pas disparu dans un ciel inaccessible; tout comme lorsqu'il cheminait sur terre, il est toujours le pont efficace reliant le quotidien humain à Dieu. De même qu'il est près du Père, il est près de nous (Sur 1 Co 15,34. Première épître aux Corinthiens II,223-224).

4 - La résurrection de Jésus d'entre les morts signifie l'absolution pour le monde entier (NB 5,119).

5 - La résurrection est le but de la rédemption. Elle est la rédemption même. L'humanité n'est pas sauvée dans sa vie à elle mais dans la vie ressuscitée du Fils... Le Fils n'est pas une idée, il est le Ressuscité qui fait entrer ses frères dans sa résurrection (Le mystère de la mort 52-53).

6 - Personne n'a vu l'heure de ta victoire. Personne n'est le témoin de la naissance d'un monde. Personne ne sait comment la nuit infernale du samedi s'est transformée en la lumière du matin de Pâques. C'est en dormant que nous avons été transportés sur des ailes par-dessus l'abîme, en dormant que nous avons reçu la grâce de Pâques. Et personne ne sait comment l’événement lui est arrivé. Chacun ignore quelle main a caressé sa joue de telle sorte que soudain le monde blême éclata pour lui en vives couleurs et qu'un sourire involontaire s'épanouit sur son visage à cause du miracle qui s’accomplissait en lui... - Tu étais encore à genoux, il y a un instant, en larmes auprès du tombeau vide. Et tu ne penses toujours qu'à une chose : le Seigneur est mort, la vie si douce entre lui et moi a cessé. Tu te contentes de fixer le vide béant du sépulcre, un souffle glacé qui donne le frisson émane de ton âme, où repose le défunt, où tu l'as embaumé et enveloppé des bandelettes de ton respect qui n'attend plus rien. Tu veux entourer son tombeau d'un culte immortel, prier sans relâche, faire célébrer dans les églises des cérémonies autour d'un absent, un service sans espoir en l'honneur de ton amour défunt. Hélas, que signifie maintenant la résurrection? Qui le sait parmi ceux qui ne sont pas ressuscités? Que signifie maintenant la foi? Elle est scellée dans le tombeau. Que signifie maintenant l'espérance? Une pensée morne sans force et sans élan. Et l’amour? Ah, peut-être encore le regret, la douleur vide et inconsolée, la lassitude qui ne peut même plus s'affliger. - Ainsi tu es fixée dans le vide. Car en fait le tombeau est vide, toi-même es vide, mais, par là-même, tu es déjà pure, seule une raideur t’empêche de regarder en arrière. Tu regardes fixement devant toi, et derrière toi se trouve la Vie! Elle t'appelle, tu te retournes et tu ne la reconnais pas; ton œil désaccoutumé de la lumière est incapable de la percevoir. Et soudain un seul mot : ton nom! Ton nom propre, celui que tu aimes tant, sortant de la bouche de l'amour, ton être, ton essence, toi-même, jailli des lèvres qu'on croyait fermées à jamais. Ô parole, ô nom, ô toi, mon nom propre! Dit à mon adresse, émis dans un sourire et dans une promesse, ô fleuve de lumière, ô foi, espoir, amour!- Dans le temps d'un éclair, je suis devenue l'être nouveau, je le suis, je le peux, j'en ai le droit, je suis rendue à moi-même pour pouvoir me jeter dans le même instant, dans le même transport d'allégresse, aux pieds de la Vie. Je suis la Résurrection et la Vie! Qui croit en moi, qui est touché par moi, qui entend son nom de ma bouche, celui-là vit et il est ressuscité des morts. Et c'est aujourd’hui ton jour de naissance,  le plus neuf, le plus jeune de tes jours, pour toi il n'y en aura jamais de plus jeune que ce jour d'aujourd'hui, où la Vie éternelle t'a appelé par ton nom. - Maintenant je sais qui je suis, maintenant je peux l'être, car mon amour m'aime, mon amour me fait don de la confiance... Va  et annonce à mes frères! Déjà je vois tes ailes battre avec impatience, va, ma colombe, ma messagère de Pâques, va porter l'annonce à mes frères. Car voici l'état de résurrection et la vie : répandre le message, porter la flamme. Être disponible dans ma main pour la construction de mon royaume dans les cœurs...- Et lorsque les disciples ivres de bonheur cherchent à le voir de leurs yeux, à le palper de leurs mains, il s'esquive et leur indique la voie à suivre : Allez et portez le message! Et il les entraîne dans un tourbillon à perdre haleine. Et enfin, le soir, ils sont réunis dans la salle, le cœur brûlant, et, pleins de son amour, ils se racontent les uns aux autres les événements du jour. Et, pendant qu'ils parlaient encore, le voici au milieu d'eux, qui les salue : La paix soit avec vous! (HUvB, Le cœur du monde 169-173).

7 - Marie-Madeleine a le cœur fidèle. De manière féminine, par besoin de se sentir proche du Seigneur, elle se soucie de la tombe du Seigneur. C'est lui qui lui a enlevé ses péchés, lui qu'elle a perdu. Par sa conversion, Marie s'est tellement libérée d'elle-même qu'elle n'est plus qu'un espace pour l'amour. Elle avait péché à cause d'un amour détourné; l'amour véritable l'a libérée. Elle a expérimenté de manière exemplaire que la contrition chrétienne est tout autre chose que le regret stérile d'une faute commise. Marie commence sa besogne tôt le matin, "comme il faisait encore sombre". C'est l'amour qui la pousse à vérifier si la tombe est en ordre. Elle sait de quoi le Seigneur l'a délivrée, de sorte qu'elle est constamment prête au sacrifice, plus que d'autres, et ce n'est pas un hasard si elle apparaît la première près du tombeau (Sur Jn 20,1. Cf. Jean. Naissance de l’Église I, 174-175).

8 - Marie-Madeleine avec son message court chez les deux disciples. C'est une femme simple; elle se sert de son intelligence humaine. Son amour pour le Seigneur, qui est un amour vivant, ne réclame pas de miracle. Il lui suffit de pouvoir œuvrer dans l'amour du Seigneur. Elle ne pense pas à exiger quelque chose d'extraordinaire.  Elle est évidemment prête à accueillir tout miracle qui lui viendrait du Seigneur. Mais sa pensée n'est plus aux miracles. Si le corps du Seigneur n'est plus là, c'est, pense-telle, qu'on l'a emporté. Et elle ne sait pas où on l'a mis. Elle-même ne s'est pas mise à sa recherche. Sa tâche pour le moment, n'est rien d'autre que ce message (Sur Jn 20,2. Ibid. I,179).

9 - Les deux disciples courent, l'un et l'autre aussi vite que possible, mais dans l’Église l'amour court toujours plus vite que le ministère. Il voit plus vite les tâches à remplir, il est toujours prodigue de lui-même. Le ministère, même en déployant sa plus grande rapidité, n'arrive pas à rattraper l'amour. Le ministère doit s'occuper de tous, il doit autant que possible les entraîner tous, tenir compte de tous. Il ne peut pas seulement amener au Seigneur ceux qui se hâtent le plus; il doit se soucier de tout le troupeau qui lui a été confié, de ceux qui sont lents et tièdes (Sur Jn 20,4. Cf. Ibid. I,180-181).

10 - (Le disciple)... ne se met jamais en avant. Il ne demande pas à tout instant à son ami quel service il pourrait lui rendre ou quels sont ses désirs... Par ces questions indiscrètes, il mettrait en lumière plutôt son propre amour au lieu de penser à celui qu'il aime. Ce n'est pas la même chose si quelqu'un prie pour adorer Dieu ou s'il prie pour rappeler au Seigneur qu'il est est là et qu'il attend ses faveurs. Le vrai amour se tient prêt pour le moment où l'on voudra s'en servir. Jean pose sa tête sur la poitrine du Seigneur au moment où le Seigneur a besoin de lui. Maintenant qu'il a reconnu que le Seigneur est vivant, il sait que celui-ci viendra le chercher au bon moment, quand il aura besoin de lui. L'amour ne se fait jamais remarquer (Sur Jn 20,5. Ibid. I,183).

11 – Marie de Magdala, la première, a vu le tombeau ouvert. Pierre et Jean courent ensemble au tombeau, et pourtant pas ensemble parce que l'amour (Jean) est plus rapide, plus insouciant que le ministère (Pierre), le ministère qui doit se soucier de beaucoup de choses. Mais pour l'examen du tombeau, l'amour cède le pas au ministère. C'est Pierre d'abord qui voit le suaire plié et juge qu'aucun vol ne peut avoir été commis ici. Puis le ministère cède la place à l'amour qui voit et qui croit. Les disciples s'en retournent chez eux. Mais la femme ne s'en retourne pas chez elle, elle reste à l'endroit où le mort a disparu et le cherche. La place vide devient lumineuse, délimitée par deux anges qui se tiennent à la tête et aux pieds. Mais le vide lumineux ne suffit pas à l'amour : elle doit avoir l'unique aimé. Elle le reçoit dans l'appel de Jésus : Marie ! Par là tout est comblé, le cadavre cherché est l'éternel Vivant. Mais il ne faut pas le saisir car il est en route vers le Père : la terre ne doit pas le retenir, mais dire oui : comme jadis à son incarnation, maintenant à son retour au Père. Ce qui devient la chance de l'envoi aux frères car donner est plus béatifiant que garder pour soi (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année C, p. 68-69).

12Célébrons donc la fête (1 Co 5,8). Cette fête est le jour de la victoire éternelle sur le temps. Être chrétien est une fête quotidienne. Le Seigneur lui-même, quand il a fêté la Pâque, ne pouvait adopter une autre attitude que son attitude quotidienne de son obéissance au Père et de cet amour dont il a constamment vécu. La fête, c'est la joie festive de pouvoir accomplir la volonté du Père. La confession a été instituée à Pâques, mais elle a été payée avant Pâques, sur la croix. La confession est née de la souffrance du Seigneur. Par le péché, nous détruisons continuellement notre état de pureté. La confession nous permet d'aspirer de nouveau à la pureté. Nous n'avons pas besoin d'attendre Pâques pour nous confesser ; chaque fois que nous le voulons, nous pouvons faire que se réalise dans notre vie la fête de la résurrection (Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens I, 138-139).

13 – Le Fils a promis qu'il ressusciterait le troisième jour, une promesse à laquelle plus personne ne croit. Il a lui-même été privé, durant la passion, de toute vue sur la vie de la résurrection. Il pénètre obéissant dans la mort, sans regarder ni à droite ni à gauche. Pour les disciples, il y a une sorte de développement historique de la résurrection : d’abord leur incertitude, leur angoisse, puis, après le récit des femmes, une vacillation entre le doute et l'espérance, et enfin la soudaine certitude : "C'est vraiment lui, il est là !". Et à ce point, ils éprouvent quelque chose du caractère foudroyant de la résurrection. Pour le Fils, la résurrection signifie des retrouvailles avec le Père. Mais parce qu'il a souffert comme homme, c'est aussi dans toute la joie humaine qu'il vit ses retrouvailles avec le Père. Le Fils devait avouer le péché pour tous et recevoir l'absolution à la place de tous. L'absolution signifie que le péché est entièrement éliminé. L'élimination du péché est la parfaite possession du Père. L'absolution, c'est bien moins être détourné du péché qu'être tourné vers Dieu (Cf. La confession 72-74).

14 – Adam devait mourir et il ne pouvait rien contre la mort. Le Fils au contraire apporte la vie qui vient du Père ; et de cela sont un signe les résurrections qu’il a opérées au cours de sa vie. Bien sûr ceux qu’il a réveillés retournent à la même vie transitoire qu’auparavant ; mais il fallait que se manifeste ainsi la puissance fondamentale du Fils sur la mort. Lorsque le Fils lui-même est mort, le Père le ressuscite. Il ne le ressuscite pas pour lui restituer la vie divine, car les relations divines des Personnes n’ont pas été touchées par la mort du Fils. Il le ressuscite pour le constituer Premier-né d’entre les morts et pour se révéler lui-même à nouveau comme l’Origine de toute vie, en un miracle qui fait éclater toutes les mesures de la raison humaine. Car le Père communique la vie au Fils, non point selon les lois de la création établies par lui, mais à l’encontre de celles-ci, en faisant surgir de la mort la vie : de la mort pur nous constatable du Crucifié, la vie pour nous constatable du Ressuscité (Cf. La face du Père 87-88).

15 - Après la Résurrection. La Mère de Jésus est encore sous le coup de tout ce qu’elle a vécu, dans un état physique de complet épuisement. C’est presque en chancelant qu’elle entre dans ce nouveau monde, chancelant de joie et de gratitude et de ne pouvoir comprendre. Sa joie est si grande que, pas un instant, elle ne reste en elle, mais se communique. Elle la donne au Fils, elle la donne aux apôtres, elle la donne tout particulièrement à Jean, elle la donne à quiconque est sur son chemin, même à l’inconnu (Cf. Le monde de la prière 104-105).

16 - A partir du vendredi saint, la Mère souffre dans une nouvelle attente. La passion du Fils est terminée, et elle l’a accompagné jusqu’à ce terme. Elle a goûté jusqu’à la lie la déréliction et la perdition. Et pourtant elle sait qu’il est Dieu et qu’en tant que Dieu, il survit à toute disparition et à toute mort. Elle ne peut pas s’imaginer la résurrection. Elle n’a que la foi qui survit à toute mort. Elle comprend que même la mort ne peut pas mettre un terme à sa vie. Au matin de Pâques, comme jadis à l’apparition de l’ange, elle n’est à nouveau que pure attente. Elle n’attend pas d’apparition précise. Mais sa foi est si ouverte que n’importer quelle apparition peut s’y produire. Et voilà que son fils se tient déjà devant elle dans la gloire divine et il remplit l’espace de sa foi d’une plénitude au-delà de toute conception humaine. Le premier oui de Marie à l’ange, sa première joie à la conception, sa première exultation dans le Magnificat ne sont qu’un très modeste commencement humain, comparés à cette tempête du oui pascal et à ce feu du nouveau Magnificat. Ce qu’elle dit à présent est un cri de jubilation au-delà de tous les mots (Cf. La Servante du Seigneur, éd. 2014, p. 179-180).

17 - Prière au Ressuscité. Seigneur, nous te rendons grâce pour la fête de Pâques. Nous te rendons grâce qu’après ta mort et ta descente aux enfers, après avoir traversé toute déréliction, tu es revenu chez nous, tu t’es souvenu de notre petite déréliction et tu l’a vaincue par la plénitude de ta présence. Bien que tu aies souffert la mort dont nous étions la cause par le fardeau de nos péchés, tu reviens à nous comme un frère avec le don de ta rédemption. Tu ne nous fais pas payer de t’avoir mené à la croix, tu nous fait partager ta joie, tu fêtes nos retrouvailles comme si nous n’avions jamais été infidèles, comme si nous t’avions toujours attendu dans la foi et la confiance. Accorde-nous d’être des rachetés qui remplissent vraiment toute leur vie de ta rédemption, qui t’accompagnent partout et cherchent à faire ta volonté comme tu fais la volonté du Père. Nous te prions, accorde-nous ta bénédiction pascale et, en elle, la bénédiction du Père et de l’Esprit. Amen (Cf. Sur la terre comme au ciel 24-26).

18 - La résurrection de Jésus est sans doute la plus mystérieuse des œuvres de Dieu. Œuvre à la fois du Père et du Fils. Le Fils se laisse ressusciter par le Père, mais il est tellement lié à sa volonté qu’il s’éveille aussi lui-même dans le Père à cette résurrection. Et tandis que le Père le réveille, il lui rend tout ce que le Fils avait déposé chez lui (Passion nach Matthäus 164).

19 – Le désir que nous avons du Seigneur ne peut se développer et rester vivant si nous ne nous purifions pas de l’inauthenticité, de la fausseté qui nous habite au départ (Sur 1 P 2,2-3. Die katholischen Briefe I,289).

20 – La grâce de la rédemption telle que le Père l’offre au monde le jour de la résurrection, ne peut être pour le monde que le miracle absolu, que personne ne pouvait prévoir (HUvB, AvS et sa mission théologique 191).

21 – Tant que le Fils accomplit sa mission terrestre, il rend témoignage au sujet du Père et de l’Esprit. Dans la résurrection, il se rend témoignage à lui-même. Comme un artiste qui signe sa toile, comme un acteur qui après la pièce se présente devant le rideau. Le Fils peut le faire à la fin, quand il a abandonné tout ce qui lui appartenait : sa divinité dans la souffrance, l’Esprit qu’il a remis à son Père, son humanité qui s’est détachée de lui dans la mort. En ressuscitant, il montre que tout cela était l’œuvre de Dieu, que tout cela il l’a fait en tant que Dieu infini qui est en même temps homme parfait. Dans la résurrection, le Père et l’Esprit ne sont pas seulement agissants mais, comme le Fils, ils reçoivent aussi, ils reçoivent dans leur sein l’Homme-Dieu parfait comme une communion : c’est le don de soi eucharistique à la divinité du Fils devenu homme,il introduit sa chair et son sang dans l’échange trinitaire. Parce que le Fils s’est dépouillé de tout et qu’à la fin il n’a plus rien, il peut donner son tout à tous : au monde et à Dieu lui-même (NB 6,95).

22 – Marie de Magdala. La rencontre de Madeleine avec le Seigneur est pour elle une très grande humiliation. Qu'il voie tout, qu'il sache tout, ce qui a été dit et ce qui n'a pas été dit : que pour ainsi dire il ne voie pas seulement par devant ce qu'elle a dit et fait, mais par derrière ce qu'elle n'a pas dit et pas fait. Elle a en horreur le fait qu'il voie ainsi ce qu'il y a en elle de plus caché. Car tout d'abord elle ne s'attend pas à l'humiliation. Puis elle remarque que ce n'est que par l'humiliation qu'elle est entrée dans la grâce du Seigneur, que c'est par l'humiliation qu'elle est débarrassée de son péché, que c'est par l'humiliation qu'elle est introduite dans l'amour. Maintenant elle aime l'humiliation et dès lors elle cherche à être humiliée partout où c'est possible et elle cherche à s'humilier elle-même. Elle le fait en plaçant l'amour du Seigneur si haut au-dessus de son propre amour qu'en toute occasion elle s'abaisse pour l'élever, lui. Elle fait cela très discrètement. Elle le fait sans se faire remarquer. Dans sa prière, dans son travail, dans son amour. Madeleine aime l'humiliation. Toute sa féminité, tout son don d'elle-même à l'homme ont été repris par le Seigneur et dirigés sur une voie toute nouvelle. Lors de sa conversion, elle se sent touchée physiquement au plus intime d'elle-même. C'est avec son corps qu'elle a péché. Le péché est parti, mais l'humiliation est restée. L'humiliation d'avoir été reprise de cette manière par le Seigneur. Comme si le Seigneur s'était mis au début de son péché. Il le fait spirituellement et pourtant il le fait corporellement d'une certaine manière. Afin qu'elle apprenne le spirituel dans son faux don d'elle-même et son infidélité, il faut justement qu'elle devienne fidèle aussi corporellement. C'est à lui qu'appartient maintenant son corps par la chasteté qu'il lui a rendue. Ainsi, ce qui l'humilie, c'est justement la vertu qu'elle a reçue. Elle se sent comme nue devant Dieu et devant les saints, mais sans qu'il y ait là le moindre péché. Il n'y a là que des sentiments d'humiliation. Que les autres sachent qu'elle était une pécheresse n'a pas la moindre importance. Ce qui est le plus important, c'est qu'elle était une pécheresse devant le Seigneur et qu'il l'a lavée d'un prix qu'elle ne fait que deviner, qu'elle ne connaît pas (NB 1/2,116-117).

23 – Adrienne : Je crois que saint Ignace a parfaitement raison : l’Écriture suppose que nous sommes intelligents et que Marie a été visitée la première par le Ressuscité. Il suffit de le savoir. Pas besoin d’essayer de se représenter la scène : cela n’aurait rien à voir avec l’intelligence de la foi (NB 5,187).

24 – Dieu Trinité a seul été témoin de la Résurrection. Même Marie, qui est si proche du Fils, n’en a pas été témoin ; une fois la résurrection accomplie, elle a été mise au courant. Dieu montre par là qu’il confie à Marie comme à l’Église des mystères qui doivent demeurer mystères. Les croyants doivent croire comme cela leur est donné. Mais mystère ne veut pas dire simplement incompréhensibilité. La raison reconnaît qu’il y a là un sens, mais qu’elle doit en abandonner à Dieu la connaissance, elle comprend qu’elle ne comprend pas ce qui est compréhensible pour Dieu et qu’elle doit se contenter de savoir l’authenticité du mystère. Il est vrai que le simple va moins loin que le croyant cultivé dans la compréhension du mystère. Cependant le croyant cultivé ne comprend jamais tout. Il doit comprendre humblement ce qui lui est donné à comprendre, y compris en scrutant, en réfléchissant, en méditant ; mais en sachant toujours aussi que les limites ne peuvent pas être supprimées (NB 10,2281).

 

2e Dimanche de Pâques ABC (Jn 20,19-31)

1 - Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. (Le Seigneur) ne veut pas que nous nous occupions sans cesse de nos possibilités limitées : "Si j'étais moins pécheur, si j'avais plus de talents, une meilleure santé..." Il faut tout simplement faire ce que nous pouvons, sans déterminer jusqu'où nous irons (Sur Jn 20,21. Jean. Naissance de l’Église I,237).

2 - Les apôtres n'étaient pas au complet lorsque le Seigneur leur est apparu : il manquait Thomas... Thomas n'a pas vécu l'expérience des autres... Les autres ne racontent rien de plus que le fait d'avoir vu le Seigneur... Ils partagent un mystère qu'ils ne peuvent pas lui expliquer, bien que Thomas soit l'un des leurs... Tout ce qu'ils ont le droit de raconter, c'est qu'ils ont vu le Seigneur, et Thomas doit participer à leur joie d'avoir vu le Seigneur... A l'ouverture que lui font les autres, Thomas répond que pour croire il exige des preuves... et des preuves sensibles... Thomas, guidé par sa foi, demande ce qu'il faut demander... Au milieu de son incrédulité, il est vraiment à la recherche de la foi... Il ne dit pas qu'il ne croira pas, mais qu’il veut vérifier pour croire, vérifier par tous les moyens qui sont à sa disposition... "Puis il dit à Thomas : Porte ton doigt ici" (20,27)... Il lui offre ses mains et son côté, et par là sa personne tout entière... Le Fils s'abaisse, dans son humanité, jusqu'à devenir cette preuve que Thomas a fixée lui-même, au service de sa foi... L'humilité du Seigneur est tout humaine. Il agit comme s'il oubliait qu'il est Dieu et surtout que le Père est en lui... L'acte du Seigneur qui se montre est une grâce. "Ne sois pas incrédule mais croyant"... Le Seigneur ne tolère pas que ceux qui ont déjà la foi et ont vécu dans la grâce ne croient qu'à moitié... Tout à l'heure il semblait que le Seigneur s'abaissait et faisait des concessions à l'incroyance. Mais au moment où tout est préparé, le caractère inexorable de son amour devient évident et oblige à se mettre à genoux... "Mon Seigneur et mon Dieu"... L'homme qui était jusque-là avec toutes ses hésitations, n'existe plus; n'existe plus que celui que le Seigneur a fait de lui... Maintenant il vit tout comme dans un éclair : il faut que le Seigneur soit tout en moi (Sur Jn 20,24-28. Ibid. I,252-273 passim).

3 - Jean a vu d'autres miracles qu'il ne relate pas en détail. Le Seigneur a accompli tous ces miracles par amour, il les fit pour le Père et dans le Père, pour faciliter l’œuvre de la rédemption, pour attirer l'attention des hommes sur le fait qu'ici il se passerait quelque chose de plus qu'humain. Jean renonce à une énumération détaillée parce qu'il voudrait intégrer tous ces miracles dans la lumière de l'unique miracle qu'est la vie du Seigneur. Pour Jean, le miracle par excellence c'est que le Fils soit venu comme homme dans ce monde, qu'il ait partagé notre vie, qu'il ait tout fait pour nous montrer que le Père a daigné permettre à son Fils de vivre comme homme parmi les hommes (Sur Jn 20,30. Ibid. I,279).

4 - Il est impossible de ne pas être concerné par l’Évangile. Puisque toute mission du Seigneur s'y trouve, il s'y trouve aussi une tâche pour chaque homme. Qu'il le veuille ou non, chacun est placé par l’Écriture devant une responsabilité. La lecture de l’Écriture nous pousse tôt ou tard à une décision. Même ceux qui ouvrent ce livre pour une raison toute profane, sont saisis quand ils se mettent à le lire. Ils sont touchés par le feu du Seigneur. Ils sont "illuminés". On ne peut pas se dispenser de donner une réponse à l’Évangile, si éloignée que soit l'époque où on le lit (Sur Jn 20,31. Ibid. I, 286-287).

5 - Et toi aussi, Thomas, avance, sors de l'antre de tes douleurs, place ici ton doigt et vois mes mains; tends la main et mets-la dans mon côté. Et ne pense pas que ta souffrance aveugle soit plus clairvoyante que ma grâce. Ne te retranche pas dans la citadelle de tes tourments. A vrai dire tu crois voir plus clair que les autres, tu as en mains des preuves, tu tiens solidement une évidence irréfutable, et ton être tout entier crie : impossible! Tu vois la distance à franchir, tu peux mesurer l’écart entre l'acte mauvais et l’expiation, entre toi et moi. Qui oserait s'attaquer à de telles évidences? Tu te retires dans ta mélancolie, celle-ci du moins est à toi; tu te sens vivre dans le sentiment aigu de tes douleurs. Et si quelqu'un voulait y toucher, s'il essayait d'arracher leurs racines, il t'arracherait le cœur de la poitrine, tellement tu t'es identifié avec ta souffrance. Mais à présent je suis ressuscité. Et ta douleur que tu estimes sensée, ta vieille douleur, dans laquelle tu t'enfonces, par laquelle tu crois me prouver ta fidélité, dans laquelle tu penses être avec moi, elle ne vient plus du tout à son  heure. Car aujourd’hui je suis jeune et bienheureux. Et ce que tu nommes ta fidélité, c'est de l'attachement à toi-même. Possèdes-tu une mesure dans la main? Ton âme est-elle la règle de ce qui est possible à Dieu? Ton cœur, lourd d'expériences, est-il l'horloge sur laquelle tu lis les desseins de Dieu sur toi? Ce que tu tiens pour de la profondeur de pensée n'est qu'incroyance. - Mais puisque tu es si blessé et que la plaie de ton cœur a atteint le fond même de ton être, tends-moi la main et sens à son contact le battement d'un autre cœur; dans cette nouvelle expérience, ton âme s'ouvrira et évacuera son poison. Il faut que je l'emporte sur toi. Je ne peux pas renoncer à exiger de toi ce que tu as de plus cher, ta mélancolie. Rejette-la, même si c'est au prix de ton âme et si ton moi estime qu'il va mourir. Rejette cette idole, ce froid bloc de pierre dans ta poitrine, et je te donnerai à sa place un nouveau cœur de chair qui battra au rythme du mien...- Comprends-le : lorsque ton cœur t'accuse, je suis pourtant plus grand que ton cœur, et je sais tout. Ose accomplir le saut dans la lumière, ne tiens pas le monde pour plus profond que Dieu, ne pense pas que je n'en finirai jamais avec toi. Ta cité est assiégée, tes provisions sont épuisées : tu es contraint de te rendre. Qu'y a-t-il de plus simple et de plus doux que d'ouvrir les portes à l'amour? Qu'y a-t-il de plus facile que de tomber à genoux et de dire : Mon Seigneur et mon Dieu? (HUvB, Le cœur du monde, 176-178).

6 – Pâques est la fête où l’Église reçoit le pouvoir de pardonner tout péché dont on se repent, c'est pour cela qu'elle reçoit de Jésus l'Esprit Saint. La confession n'est pas une pénitence, elle est un don reçu, personnellement, avec le pardon transmis par l’Église, qui nous rend purs comme des enfants nouveau-nés, nous qui sommes souillés (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 70).

7Tout homme à qui vous remettrez ses péchés... A ses apôtres transportés de joie, le Ressuscité est redevable d'une explication. Pour le fait qu'il est mort et néanmoins vivant. Qu'il a échoué et néanmoins vaincu. Qu'il a souffert et se trouve maintenant dans la joie. Qu'il les a abandonnés et se tient à présent au milieu d'eux. Il récapitule cette justification de son comportement dans l'institution de la confession. Comme si ce mot-clé suffisait à expliquer toute sa vie, son action et sa mort. Comme si les disciples n'avaient besoin de rien de plus pour être équipés en vue de leur mission. C'est par ces paroles, et uniquement par elles, que la Passion est expliquée. C'est en partant de la confession que les disciples doivent considérer et comprendre la mort et la résurrection du Fils, sa destinée tout entière (Cf. La confession 105-106).

8 – Le Père révèle la vérité de son être, l’urgence de sa demande, les chemins qui mènent à sa réalisation (chemins qui passent tous par le Fils), mais lui-même se tient caché derrière le Fils afin que la venue du Fils arrive chez les hommes à sa plénitude parfaite. Cette plénitude, nul n’est en état de la voir, c’est à l’Église qu’il revient de la voir et de la réaliser ; le Fils lui laisse en legs sa vision et son accomplissement. Elle peut en disposer comme d’un bien qui lui est légué en propre (même si elle ne peut transmettre la vison du Christ autrement que dans des définitions de foi). L’Église en tant qu’institution peut, dans un même souffle, dire qu’elle a reçu du Seigneur la grâce de voir, et admettre, peut-être à son grand regret, qu’elle ne voit pas. Elle voit, dans la mesure où il lui est permis de voir ce que voit l’Époux ; elle ne voit pas, pour autant que, comme institution, elle n’est pas une personne et n’a pas d’yeux humains pour voir ce qui lui est ouvertement montré et le communiquer sous cette figure (Cf. Le Dieu sans frontière 117- 118).

9Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits (Jn 20,30). Les paroles du Seigneur qui nous été conservées ne sont pas nombreuses, mais elles sont plus que suffisantes pour appeler chaque homme et le provoquer à répondre à Dieu. Et avant que l’homme réponde, il doit accueillir en lui la Parole, la laisser valoir telle qu’elle est, se laisser dilater par sa plénitude, et surtout percevoir sa revendication, le lien, l’obligation qui s’y rattache. Une fois que l’homme a reconnu ces attributs de la Parole, il devient capable d’en goûter la profusion… Il ne pourra jamais accueillir en lui la Parole dans sa totalité, car il n’est qu’une image et un miroir en face de Dieu et il ne pourra jamais rendre à Dieu tout ce qu’il a reçu de lui… L’incapacité de correspondre à l’infini de Dieu demeure. Chaque saint se heurte sans cesse à cette limite. Celui qui suit le Seigneur, celui qui prie en vérité, doit être rempli de son incapacité (Cf. L’homme devant Dieu 54-55).

10 - Il y a des choses du vivant du Seigneur que personne d’autre ne pouvait encore connaître que Dieu et ceux à qui il a donné part à sa mémoire. Jean aussi autrefois ignorait humainement beaucoup de choses qui lui furent montrées et données dans la vision de la mémoire de Dieu (NB 9,1492).

11 – Jean trouve son inspiration sur la poitrine du Seigneur. Il reçoit dans l’amour immédiat même ce que le Seigneur ne lui communique pas avec des mots. Qui appuie la tête sur la poitrine de celui qu’il aime n’éprouve pas seulement son amour qu’il connaît déjà, mais une foule de sentiments et d’intuition se déverse alors en lui, et peut-être atteint-il le plus intime de la conscience de l’être aimé. Quand Jean repose la tête sur la poitrine du Seigneur, celui-ci est rempli de la grandeur du Père ; quelque chose en dérive jusqu’à Jean, c’est cela qui l’inspire. Il voit quelque chose qui doit être inconditionnellement juste parce que l’amour du Seigneur le lui donne justement maintenant. Et cela n’a aucune importance qu’il n’écrira son évangile que bien plus tard, car le Seigneur a emporté Jean dans une certaine intemporalité, et Jean pense toujours à la grandeur du Père, même cinquante ans plus tard. La plénitude de l’instant de l’inspiration et si grande chez Jean qu’elle déborde sur tous les temps et qu’il peut toujours la ressaisir dans son origine parce qu’il a vu la Parole de vie, qu’il l’a entendue, qu’il l’a touchée. Ce qui sera finalement couché par écrit n’est qu’un petit morceau de ce qui lui a été donné : "Tous les livres du monde ne pourraient le contenir". Sur la poitrine du Seigneur, Jean se livre à l’amour du Seigneur. Il ne veut pas profiter, il n’accapare pas, il ne cherche pas à saisir l’inspiration. Il prend ce qui lui est donné et il se laisse envahir par l’amour, et l’amour peut prendre la forme de l’inspiration. Jean a en ceci quelque chose de féminin : il attend du Seigneur toute plénitude, sans jamais rien exiger (NB 6,459-460).

12 – Jean se tient sur la poitrine du Seigneur. Il donne au Seigneur le lait de son amour croyant (NB 5,266-267).

 

2e Dimanche de Pâques A (Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)

1Dans la deuxième lecture, Pierre prononce l'éloge mémorable de ceux qui aiment le Seigneur sans le voir et ceci non dans la contrainte d'une foi imposée. C'est une foi qui est portée par la vivante espérance fondée sur la résurrection de Jésus-Christ. C'est une joie qui ne veut nullement s'attacher à la jouissance du moment présent, mais qui fait l'expérience de lâcher prise constamment et de se hâter en avant vers le but. Ce n'est pas nous qui avons saisi : nous avons été saisis par le Christ (Cf. HUvB, Lumière de la Parole. Commentaire des lectures dominicales. Année A, 70-71).

2 - La joie de la foi : on ne peut pas la perdre même si, pour un temps, il y a devant nous une montagne qui la soustrait à nos regards (Sur 1 P 1,6. Die katholischen Briefe I, 258).

3 - La foi, si elle est reçue parfaitement, donne la certitude parfaite du salut des âmes. Parce que nous ne cessons d’y mêler notre péché, elle doit être sans cesse éprouvée et purifiée. Le Fils, dans la nuit de la croix, a rendu au Père la vision qu’il avait de sa vie terrestre et de sa vie éternelle. Il est mort dans la nuit impénétrable de la croix. Quelque chose de cette nuit est attaché à toute foi chrétienne, aussi vague et impersonnelle soit-elle, et non seulement a ses "plus hauts degrés" (1 P 1,9. Ibid. I,264-265).

4 – Insérer notre foi dans celle du Seigneur, de manière à ce que son but soit aussi le nôtre, et la volonté du Seigneur est le "salut des âmes