III. Thèmes majeurs des oeuvres d'AvS II

 

 

LA VIE ET L’ŒUVRE D’ADRIENNE VON SPEYR (1902-1967)

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Balthasar&Speyr

III

 

Thèmes majeurs

des œuvres d’Adrienne von Speyr II

 

Plan

 

1. Une certaine idée de Dieu

2. L’Esprit Saint (version 2022)

3. L'amour (version 2022)

4. Les lois du Royaume

5. Le diable

6. La foi

7. Marie

8. L'Église

9. La vie éternelle

 

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 1. UNE CERTAINE IDÉE DE DIEU

 

 

Plan : Introduction. 1. Le mystère de Dieu. 2. Accueillir Dieu

 

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Introduction

 

Un petit livre d’Adrienne a pour titre L’homme devant Dieu ; un autre : Le Dieu sans frontières. A part cela, Adrienne aurait aimé composer une dogmatique, nous dit Hans Urs von Balthasar, et d’ajouter : "A sa manière, elle l’a composée, ou du moins elle a fourni d’importantes contributions à une telle œuvre" (Adrienne von Speyr et sa mission théologique, p. 70).

Adrienne von Speyr a connu d’innombrables visions, extases et ravissements, au cours desquels ou après lesquels elle a eu la grâce de pouvoir dire ce qu’elle avait compris des choses de Dieu. L’essentiel de que disait alors Adrienne, le P. Balthasar l’a recueilli dans ce qu’il appelle les Œuvres posthumes : treize volumes (5.000 pages). Pour le P. Balthasar, ces Œuvres posthumes sont proprement mystiques, mais elles ne sont pas foncièrement différentes des œuvres "ordinaires" d’Adrienne (Cf. HUvB, AvS et sa mission théologique, p. 9o-92). Ces Œuvres posthumes constituent le cœur brûlant de l’œuvre.

Les textes reproduits ci-dessous essaient de donner l’essentiel de ce qui y est dit de Dieu. Ils ne sont pas tous d’Adrienne elle-même ; le ciel a permis à Adrienne de connaître de l’intérieur la vie devant Dieu d’un certain nombre de saints, de saintes et de personnages de l’histoire, et elle a pu aussi en communiquer quelque chose au P. Balthasar.

Dieu pour Adrienne, c’est toujours Dieu Trinité, même quand cela n’est pas dit explicitement. Dieu, ce n’est jamais « Dieu en soi », mais Dieu et les hommes, l’homme devant Dieu, l’homme en relation avec Dieu, Dieu infini, Dieu vivant, Dieu qui aime, Dieu qui vient, Dieu qui se révèle, Dieu qui attend. Dans les extraits des œuvres d’AvS qui sont reproduits ci-dessous, il sera donc surtout question de Dieu et de l’homme, des relations de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu. Dieu parle aux hommes, aux milliards d’hommes, qui vivent ou ont vécu depuis les origines. Quand Dieu parle – par lui-même ou par l’intermédiaire d’hommes et de femmes choisis par lui –, c’est toujours pour indiquer à l’humanité comment nouer avec lui des relations qui soient justes. Et la juste relation à Dieu commence quand on découvre que tous les humains sont "programmés" pour rencontrer Dieu, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou non aujourd’hui. Il resterait à poursuivre l’enquête dans l’ensemble de l’œuvre d’Adrienne.

Patrick Catry

 

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Pour les références

NB : Nachlassbände (Œuvres posthumes) dont la traduction française n’est pas encore parue.

 

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I

 

Le mystère de Dieu

 

 

Plan. 1. Léternel. 2. La grandeur de Dieu. 3. Dieu aime. 4. Dieu si humain. 5. Le Créateur. 6. Le dessein de Dieu. 7. La grâce de Dieu. 8. Les trois personnes. 9. Le Fils. 10. Dieu se révèle.

 

 

1. Léternel

La nature de Dieu est faite d'actes éternels

1. Le fait que les actes de Jésus révèlent l'être supra-temporel de Dieu, nous ouvre les yeux sur le fait que la nature elle-même de Dieu est faite d'actes éternels. C'est continuellement que Dieu le Père engendre le Fils. C'est continuellement que l'Esprit Saint procède des deux. Dieu se réjouit tellement de ses actes intra-divins - et des réponses qui leur sont données dans l'abandon du Fils et de l'Esprit - qu'il leur donne les dimensions de la vie éternelle. Tout ce que notre pensée - par suite de notre éloignement de Dieu lié à notre péché et au péché originel - introduit de limité dans ces actes divins est sans cesse à exclure ; et ce que les mots de l’Écriture font apparaître en Dieu de limité d'une certaine manière n'est qu'une concession à notre compréhension bornée. Par notre éloignement de Dieu, nous sommes tellement immergés dans notre temporalité avec son cloisonnement de jours et de nuits, d'heures et d'événements, que si Dieu nous emportait pour un instant, tels que nous sommes, dans l'événement éternel de la Trinité, nous ne pourrions même pas remarquer qu'il s'y passe quelque chose (NB 6,99).

 

Dieu est l’éternellement vivant

2. Dieu est, Dieu Trinité est, et ce qui en lui est "devenir" est le signe qu'il est éternellement vivant. Le Père engendre éternellement le Fils mais, dans l'engendrement, le Fils ne "devient" pas, il est. Le "devenir" en Dieu est confirmation de son être. C'est aussi parce que Dieu est immuable que le caractère vivant de son "devenir" ne peut être rien d'autre que son être. (NB 6,104-105).

 

Le mouvement éternel de Dieu

3. Dieu, par l'Esprit Saint, voit en nous les frères de son Fils. Et par le Fils et l'Esprit le monde est en mouvement vers le mouvement éternel de Dieu (NB 6,93).

 

Dans la vie éternelle on est totalement ouvert à Dieu

4. La vie éternelle en présence de Dieu veut dire aussi une vie après une confession parfaite, non seulement parce qu'on a laissé derrière soi tous ses péchés, mais aussi parce qu'on est maintenant totalement ouvert à Dieu (NB 6,519).

 

S'exercer à la vie éternelle avec Dieu

5. Dans le temple, les hommes devraient remercier Dieu pour leur existence, se laisser enseigner et remplir par lui, s'exercer à leur vie éternelle avec Dieu (NB 6,311-312).

 

Tout est toujours neuf en Dieu : l’éternel nous est offert

6. Nouvelle année. Il n'y a pas que l'année que Dieu veut nous offrir qui est nouvelle ; toujours neuf aussi est son amour pour nous, toujours neuve sa volonté de nous recréer, toujours neuve la pitié qu'il a pour nous. Le neuf signifie l'éternel qui nous est offert de la manière qui est celle de Dieu (NB 10, n. 2177).

 

Dans la vie éternelle de Dieu, tout reste toujours ouvert

7. Il se fera sans doute que dans la vie éternelle de Dieu, il y aura toujours tellement à adorer et tellement à regarder bouche bée que tout restera toujours ouvert et plein de promesses et de suspense (NB 10, n. 2225).

 

L’éternité. La fécondité toujours neuve de Dieu

8. Nous pouvons imaginer que nous offrons maintenant à Dieu une joie par exemple en nous réjouissant de son existence, en nous réjouissant de la joie qu’il nous procure quand il nous offre la foi. Mais plus profondément nous devrions toujours penser à la joie procurée à chacune des trois personnes par les autres. Une joie débordante. Cette plénitude débordante n’est jamais unilatérale et elle n’a pas besoin d’être complétée par la douleur et la tristesse pour ne pas dégénérer en ennui. Elle est en continuel jaillissement, elle ne cesse d’être différente, pour parler le langage de ce monde. Nous pouvons lire cette manière que Dieu a d’être toujours autre dans la profusion des choses de ce monde qu’il a créées. Peut-être n’a-t-il créé les nuages que pour que nous pensions pas qu’il est éternellement rayon de soleil. Et chaque nuage à son tour est différent, il n’y a pas au ciel de monotonie. Et les nuages fécondent la terre, l’hiver comme neige, l’été comme orage ; chaque pluie également a son caractère propre. Ainsi la fécondité de Dieu n’est bien comprise que comme toujours neuve (NB 9, n. 1938).

 

L’infini et l’éternité de Dieu

9. Étienne regarde ce qu'il y a dans le ciel et il voit ce qui est infiniment sublime, son exclamation en témoigne. Il ne prête pas attention au fait que quelque chose se passe pour lui, qu'il vit une expérience, que se dilatent ses connaissances jusque-là limitées, c'est pourquoi il ne dit rien de lui-même ni de son expérience ; il voit ce qui est autre, ce qui est nouveau. Il indique par là son chemin à la mystique future : ne pas parler de soi, mais de ce qu'il y a de nouveau en Dieu et qui doit être transmis. Étienne doit montrer que le ciel est infiniment grand et ouvert afin que les chrétiens n'aient pas la tentation de le présenter selon leurs propres mesures et rempli de leurs banalités derrière lesquelles disparaîtraient l'infini et l'éternité de Dieu (NB 5,36).

 

10. Il est offert à l'homme de participer à la vie éternelle de Dieu (NB 12,50).

 

La vie éternelle : participation infinie à l’amour

11. Dans le ciel, sans doute aurons-nous certains traits, mais nous serons tous aussi les uns dans les autres, parce que nous serons tous en Dieu. On vivra là dans une communion perpétuelle, ce sera plus qu'une fraternité, ce sera une unité dans le Seigneur. Ici-bas, on doit faire un choix parmi les initiés, les amoureux : lui pourrait le savoir, etc. Au ciel, un choix ne sera pas nécessaire parce que tout le monde connaîtra les choses de l'amour. Par cette participation infinie à l'amour qui remplira chacun totalement et le changera continuellement, ce qui est personnel ne sera pas étouffé; chacun restera lui-même, mais dans le sens donné par Dieu, parce que tous porteront en eux la semence de Dieu (NB 6,305-306).

 

Dans la vie éternelle, nous serons en face de Dieu dans l’amour

12. Dans la vie éternelle, nous serons en face de Dieu dans une continuelle disponibilité dont il fera un jeu d'amour toujours renouvelé, inlassablement (NB 6,566).

 

Dans l’éternité nous ne vivrons plus que de Dieu

13. Dans l'éternité, réellement, nous ne serons plus que dans la lumière de Dieu et nous ne vivrons plus que de Dieu (NB 6,563).

 

 

2. La grandeur de Dieu

 

Ce que Dieu est en lui-même

14. Dieu Trinité qui est sur le point de créer est encore tout à fait seul ; aucun homme n'est là qui pourrait répondre à cet acte trinitaire ; personne ne peut observer l'Esprit planant sur l'abîme ni la présence du Fils et, encore moins, sa propre création par Dieu. Ce que Dieu est en lui-même dépasse tellement la créature qu'il lui est impossible de l'enfermer dans des notions et dans des termes finis, ce n'est qu'indirectement qu'elle peut saisir et transmettre quelque chose de la lumière que Dieu veut bien lui communiquer (NB 5,41).

 

Dieu est Celui qui est toujours plus grand

15. Dieu est Celui qui est toujours plus grand , qui a toujours plus à donner, mais il ne met pas ce plus entre nos mains, il le garde dans les siennes (NB 12,30).

 

16. Zacharie et Jean d’Avila : ils font l'expérience, par ceux qui leur sont confiés, que Dieu est toujours plus grand, qu'il est un Dieu de grâce et qu'en même temps il est inexorable (NB 2,142).

 

17. Dans la parole de l'ange, Marie saisit la parole que lui adresse toute la Trinité de Dieu. En se livrant à cette parole qui lui est adressée, elle se sait accaparée totalement par Dieu, y compris son corps. Mais ce Dieu qui se fait connaître dans l'ange visible est pour le moment l'Invisible, Celui qui est toujours plus grand : Marie ne peut se représenter ni le Père, ni le Fils, ni l'Esprit. Et pourtant elle a senti dans l'ange l’atmosphère divine ; il se produit en elle une vraie connaissance de Dieu, bien que Dieu soit infiniment plus grand que ce qui apparaît dans l'ange (NB 12,163).

 

18. Sainte Catherine de Sienne a cette ligne unique : toujours devant Dieu, un Dieu de la contemplation et un Dieu de la mission. Sa difficulté personnelle la plus grande consiste dans le fait qu'elle ne perçoit pas exactement la relation entre les deux. Sa contemplation lui fait apparaître Dieu toujours plus grand et elle-même toujours plus petite (NB 2,112).

 

Dieu : inconcevablement grand

19. Marie de l’Incarnation : Dieu lui apparaît comme Celui qui est inconcevablement grand (NB 2,103).

 

Dieu reste celui qui domine tout

20. Dans le domaine de la mystique bien des éléments n'atteignent pas dans l’Église leur plein effet. Mais Dieu n'est pas lié au temps terrestre ; ce qui a été interrompu prématurément, des choses qui n'ont pas eu le temps de se déployer comme il fallait ou des choses dont on a interdit le développement (ces trois possibilités sont des conséquences du péché), il peut sans cesse les continuer par une nouvelle mission mystique qui commence au même point. Dieu Trinité n'est pas réduit à arriver à ses fins avec un petit nombre de missions mystiques ; devant tous les refus de l’Église et de certains croyants, il reste celui qui domine tout, qui connaît les refus de l'homme et qui est capable de l'accueillir avec sa grâce surabondante (NB 5,74).

 

Tout a son centre de gravité en Dieu

21. Est vrai ce qui est réel, et Dieu est réel. Et toute réalité que l'homme saisit, de quelque manière que ce soit, a son prolongement et son centre de gravité en Dieu lui-même (NB 5,72).

 

La vérité de Dieu

22. La vérité surnaturelle de Dieu, en tant que telle, l'homme n'est jamais en mesure de la voir totalement (NB 4,365).

 

La lumière de Dieu

23. Pour saisir quelque chose du divin, il faut toujours la grâce, et celle-ci requiert toujours du croyant qu'il renonce à lui-même. Qu'il renonce à ratiociner et à ergoter et à tout savoir mieux que les autres. La grâce submerge, c'est sa nature. Elle n'explique pas point par point, mais elle prodigue sa lumière comme le soleil. L'homme en qui Dieu se prodigue de la sorte devrait chanceler puisqu'il ne pourrait plus voir que la lumière de Dieu et non plus sa propre faiblesse. Il devrait renoncer à un équilibre, à un dialogue entre lui et Dieu comme entre partenaires, n'être que pur bénéficiaire, avec les bras ouverts, sans jamais pourtant pouvoir tout contenir parce que la lumière coule à flots partout, qu'elle demeure insaisissable et qu'elle est beaucoup plus que ce que peut saisir une seule personne. Comme si on tenait un petit récipient sous un puissant jet d'eau : il ne peut jamais se remplir parce que le jet est trop puissant (NB 6,520).

 

24. La lumière que Dieu crée au premier et au quatrième jour est la bonne lumière, celle qui guide, dont nous sommes reconnaissants ; elle n'a rien à faire avec le feu. Il n'est question pour le moment ni de justice ni de châtiment. La voix de Dieu, sa présence, ne sont accompagnées d'aucune "liturgie" comme au Sinaï avec des éclairs et de la fumée. Dieu est beaucoup plus proche que là, au sommet de la montagne, il est au milieu des hommes (NB 6,315).

 

25. Au commencement, quand Dieu créa le jour et la nuit, l'un et l'autre étaient remplis de lui. Toutes les aurores également et tous les crépuscules entre deux étaient remplis de lui. Si bien que l'homme ne pouvait jamais dire que les changements de la lumière le rapprochaient de Dieu ou le lui rendait étranger. Tous les changements appartenaient à Dieu, il en était si proche qu'il n'y avait pas de fluctuations. Quand les humains furent chassés du paradis, Dieu ne fut plus pour eux dans la lumière. Ce n'est que lorsqu'ils cherchent à s'approcher à nouveau de Dieu qu'il leur rend dans sa grâce quelque chose de la vraie lumière, afin qu'ils voient dans la lumière de Dieu la lumière terrestre et les choses terrestres (NB 6,234).

 

Une confiance infinie en la lumière de Dieu

26. Didyme l'aveugle est comme un enfant. Il l'est déjà sans doute du fait de sa cécité et plus encore peut-être parce que, avec la conscience qu'il a de sa cécité, il possède une confiance infinie en la lumière de Dieu. L'obscurité où il vit lui semble être en opposition absolue à la lumière de Dieu, mais cette opposition est dépassée par la connaissance de la lumière de Dieu dans la grâce de Dieu. C'est presque comme si Dieu, en lui retirant la lumière des yeux, lui avait donné la faculté toute gracieuse de vivre dans la lumière de sa connaissance. Il ne s'attribue pas pour autant un avantage par rapport aux autres, mais il a une conscience très nette du don excellent de Dieu. Le fait qu'il soit sans lumière est devenu pour lui par Dieu un chemin vers Dieu. Dieu ne lui a pris la vue que pour fortifier son œil intérieur et lui donner une certitude concernant les choses cachées en Dieu. C'est quelque chose de fondamental dans son œuvre bien que d'habitude il fasse peu de retours sur lui-même. Ce que Dieu lui a donné à voir, il cherche à le réaliser en toute sa personne en présence de Dieu et à ne plus jamais se regarder lui-même. Il ne pense pas que la lumière extérieure lui a été retirée pour pouvoir pénétrer en quelque sorte plus avant dans son propre intérieur par la lumière de la grâce, mais seulement pour transmettre la lumière de Dieu qu'il a reçue. Dieu l'a débarrassé d'entraves pour que, dans sa théologie, pour le profit de beaucoup, moins d'entraves soient perceptibles. Ce qu'il aime surtout en Dieu, c'est qu'il est lumière quand il se communique, dans la vie trinitaire, et il aime beaucoup aussi les relations de Dieu aux hommes qui débouchent chaque fois dans le commandement de l'amour (NB 1/1, 52).

 

La mesure de Dieu

27. Bien des chrétiens pour qui tout est en règle ici-bas cherchent à se tailler les choses de la Révélation et de l’Église à leur propre mesure, à les rapetisser, à les rendre sans surprises et banales, pour s'installer non seulement ici-bas mais déjà par avance dans l'au-delà, pour se mettre à l'abri de tout imprévu. C'est contre cela surtout que se tourne la mystique. Les choses de Dieu doivent garder la mesure de Dieu. Il faut que toute installation soit ébranlée. La nouveauté de Dieu ne doit pas seulement être annoncée, elle doit être manifeste. Cette nouveauté se trouve toujours dans le ciel et dans l'éternité; mais déjà les petits aperçus qui en sont accessibles au mystique sont si inattendus et si hors normes que tout croyant comprend que dans l'éternité il faut encore s'attendre à des choses beaucoup plus inconcevables, non avec une vague et molle attente de l'esprit qui consentirait à cette possibilité, mais avec la joyeuse espérance de celui qui est au courant. Le mystique se rend bien compte - et tout chrétien devrait le savoir avec lui - que sa parole est éloignée de la Parole de Dieu de toute la distance qui sépare l'homme de Dieu et que non seulement chaque parole de la vie éternelle signifie plus que ce qu'on peut en penser et en dire, mais aussi plus que toute vision et toute expérience qui en sont accordées à un homme ici-bas (NB 5,36-37).

 

La démesure de Dieu

28. La joie au ciel a quelque chose de la démesure de Dieu. Elle n’est pas fermée ; dans la plus haute plénitude, il y a toujours un espace ouvert pour l’espérance et l’attente (NB 9, n. 1865).

 

29. Dans les mots de l’Écriture se reflète la démesure de Dieu (NB 2,20).

 

La plénitude de Dieu

30. Jésus enfant grandit et dit ses premiers mots. Sa mère les lui apprend, mais la mesure de leur vérité se trouve en Dieu. Les mots que sa mère lui dit sont vrais. Mais chaque mot que le Fils reprend en tant que Parole du Père contient une vérité plus grande parce que divine. Chaque mot subit une extension qui va jusqu'à la plénitude divine. Quand sa mère perçoit quelque chose de cette plénitude, elle mesure la distance qui sépare Dieu de l'homme, mais aussi que la vérité de la foi est toujours plus grande (NB 6,19).

 

31. L'Ave Maria quotidien, même répété d'innombrables fois, ne s'use jamais. Le mystère se rapproche, dans son caractère de mystère il devient plus digne d'être aimé, il nous fait pressentir la plénitude de Dieu. Surtout son amour (NB 6,60).

 

32. Pour saint Augustin, Dieu est d’emblée une idée de plénitude, de grandeur, de vie (NB 2,98).

 

La sainteté de Dieu

33. Les saints : par elle-même, leur sainteté ne serait rien si elle n’était nourrie constamment par la sainteté de Dieu (NB 9, n. 1889).

 

34. Aucun saint n'est pensable en dehors de Dieu. Les faux prophètes cherchent à se donner sans Dieu l'apparence de la sainteté (NB 2,15).

 

35. L’âme d’un saint a toujours sa place en Dieu ; on ne peut aucunement la détacher de Dieu. Partout où l'on voudrait isoler un phénomène particulier de sa vie spirituelle, on rencontrerait cette relation avec Dieu. Chaque saint est saint par Dieu. Et on ne peut pas pénétrer Dieu du regard pour s'approcher du saint de ce point de vue. Pour s’en approcher par derrière pour ainsi dire. On ne peut pas non plus aborder un saint de front parce qu’il ne peut se décrire en dehors de Dieu. Là où l'on penserait avoir saisi une bribe de lui, on aurait dû saisir aussi une bribe de Dieu, ce qui est impossible (NB 1/2 28).

 

L’homme n'est pas capable de saisir le Dieu vivant tel qu'il est en lui-même

36. Pour les hommes de l'ancienne Alliance, il est important qu'en présence des irruptions fulgurantes de Dieu, ils éprouvent toute leur foi comme quelque chose de provisoire et d'inchoatif. Ils doivent toujours s'attendre à ce que Dieu peut, d'en haut, forcer à nouveau les limites de leur foi dont ils peuvent avoir en quelque sorte une vue d'ensemble. Même la sphère des prescriptions de la Loi, strictes et explicites, reste dans son ensemble un monde de pressentiment et de provisoire. Pas seulement parce que l'ancienne Alliance doit rester ouverte à la nouvelle qui va venir, mais parce que, de toute évidence, aucune lettre ni aucune Loi n'est capable de saisir le Dieu vivant tel qu'il est en lui-même. La lettre et la Loi de l'ancienne Alliance sont davantage le signe que Dieu a saisi l'homme plutôt que la garantie que l'homme est arrivé à des relations définitives avec Dieu (NB 5,50).

 

37. Les pensées de Dieu sont toujours plus grandes que les nôtres (NB 6,447).

 

Une sphère qui appartient à Dieu seul

38. Paul devenu chrétien fait l'expérience de Dieu dans une sorte de ravissement, il ne peut pas se rendre compte exactement de ce qui lui est arrivé, de ce qui s'est passé en lui pour qu'il devienne capable d'entendre et de voir. Comme tout chrétien, il vit en présence de Dieu avec les limites de sa connaissance même si sa connaissance nous paraît énorme. Ce qu'il doit atteindre, c'est la sphère qui appartient à Dieu seul, cette sphère est en même temps celle de l'obéissance où seul Dieu peut inviter les siens, il n'est donc permis à personne de s'introduire de force. Dieu, qui ravit les siens des manières les plus diverses, ne donne pas à Paul de comprendre le mode de son propre ravissement. Paul sait qu'il s'est passé quelque chose et il sait ce qu'il a appris. Sa vision est pour lui le souvenir qu'il a en quelque sorte atteint un certain degré ; une ouverture lui a été accessible mais qui ne livre pas son dernier secret. C'est au fond la vision d'un château fort imprenable. Il est tout à fait conscient que l'état, la vision, le château fort sont des réalités. Pas du tout des fantômes, ni des produits de ses rêveries ou de son imagination. Des réalités de Dieu, que Dieu montre, pas plus. Dieu ravit Paul pour lui faire voir quelque chose de précis : le ciel, afin qu'il ait la certitude de sa réalité mais aussi de ses propres limites (NB 5,31-33).

 

La grandeur de Dieu

39. Jésus peut nous apparaître. Mais si magnifique que ce soit, ce n'est finalement pas commensurable avec ce que Dieu est en lui-même. Plus on perçoit quelque chose de la grandeur de Dieu, plus on voit aussi qu'on est soi-même néant. Il y a une comparaison incessante. Mais justement avec le désespoir de ne jamais pouvoir être à la hauteur, on apprend également la grande nécessité de se donner un mal maximum et d'être totalement disponible (NB 8, n. 94).

 

40. Au ciel, nous devenons participants de Dieu ; la distance entre l'homme et Dieu n'est pas supprimée, au contraire la vénération est plus achevée et par là plus profonde. Bien qu'au ciel nous ne soyons plus des pécheurs, mais des enfants de Dieu purs, la distance entre nous et Dieu est encore plus évidente qu'ici-bas. Ce n'est pas non plus le souvenir de notre péché d'autrefois - qui souligne la distance - qui nous empêcherait de sentir une plus grande proximité de Dieu, mais c'est notre connaissance de Dieu qui sera plus grande et le sens que Dieu est toujours plus grand en sera augmenté au-dessus de tout. Nous pourrons alors voir aussi Dieu dans sa grandeur quand il sera tout proche de nous. Et même plus il sera proche de nous, plus il sera élevé au-dessus de nous (NB 11,340-341).

 

 

L’Église prépare les mourants à la vision de Dieu

41. Dans les prières pour les agonisants, l’Église veut préparer les mourants à la vision de Dieu. Ceux qui disent les prières et ceux qui les répètent ne voient pas Dieu mais, dans la foi, ils savent que cette vision existe (NB 5,180).

 

Quand un homme meurt, son âme vit en Dieu

42. Quand le chrétien meurt, sans doute son cadavre est-il là, mais ce n'est pas lui. Il vit dans le souvenir des hommes et son âme vit en Dieu (NB 6,533).

 

C'est Dieu qui détermine la manière dont il veut rencontrer le mourant

43. C'est Dieu qui détermine la manière dont il veut rencontrer le mourant. Le sens de la foi n'est pas que j'aie une mort facile, mais que j'entre dans la mort comme un vivant, de la manière dont le Seigneur me l'accordera. Peut-être dans l'obscurité, la souffrance et l'angoisse et en n'y voyant plus rien. Mais peut-être aussi dans une dernière annonce de la Bonne Nouvelle (comme Étienne) : "Je vois le ciel ouvert" (NB 6,284).

 

Comment Dieu prépare notre place dans le ciel

44. Dieu prépare dans le ciel pour le croyant une place d'amour, une place toute personnelle. Si un ami m’annonce par courrier sa visite et dit qu'il s'en réjouit, sur quoi porte sa curiosité et ce qu'il souhaiterait surtout voir de mes affaires, je lui préparerai sa chambre et j'y mettrai les affaires qu'il souhaite voir. Il doit les trouver en son lieu propre, pas seulement d'une manière impersonnelle en quelque sorte. C'est ainsi que Dieu prépare notre place. Si nous arrivons à lui dans l'amour, ce qui nous attend là c'est l'amour que Dieu aussi a mis là en nous attendant de sorte que cela ressemble à une nouvelle rencontre (NB 6,308).

 

Être mûr pour la vision de Dieu

45. Au purgatoire, quand on a fini de brûler, on est mûr pour la vision de Dieu. On fait déjà l'expérience de Dieu avec une telle proximité qu'elle est la porte de la vision (NB 6,384).

 

Voir Dieu au ciel

46. Au ciel, on ne voit pas Dieu du tout mais tout est rempli de lui. Et on a le sentiment qu’on ne devrait faire que deux pas ou un pas en direction de Dieu pour percer le voile très fin qui nous sépare encore de lui (NB 9, n. 1130).

 

47. "Voir Dieu" doit se comprendre dans le sens qu'au ciel l'amour nous inonde et nous touche si fort, nous remplit tellement, que tout est entrepris et réalisé par lui. Au ciel, tous sont porteurs d'amour. Ils le portent comme une possession, mais une possession qui est destinée à être échangée. Ce principe d'unité dans l'amour sera sans doute toujours la première chose que comprendra de Dieu celui qui entre dans l'éternité (NB 6,72-73).

 

48. Car la vision de Dieu au ciel n’est jamais quelque chose de terminé, comme si l’accomplissement de mon existence terrestre ne réservait plus rien pour l’éternité. Il y a la plénitude dont on est rendu digne par la vie terrestre et le purgatoire et la rédemption ; mais cette plénitude qui est atteinte n’est pas un point final, elle est un point de départ de la vie céleste. Seulement, au ciel, le désir ne va plus jamais dans le vide, il aboutit toujours à une nouvelle plénitude (NB 9, n. 1562).

 

49. Pour la vision de Dieu au ciel, il y a sûrement une différence encore entre les saints et les autres rachetés (NB 9, n. 1799).

 

50. Au ciel, Dieu se communiquera à chacun d'une manière si unique qu'en regardant une créature, nous découvrirons sans cesse de nouveaux aspects de la vision de Dieu. Nous découvrirons sans cesse de nouveaux aspects de la vision de Dieu. La relation de Dieu à chaque personne sera elle-même si variée, si inépuisable, qu'elle se répercutera à l'infini et que, dans toute l'éternité, elle ne pourra jamais devenir quelque chose de routinier (NB 6,564).

 

La grandeur de Dieu

51. La prière à l'Esprit Saint a une particularité : plus que d'habitude on pressent la grandeur et l'immensité de Dieu (NB 5,167).

 

L’humiliation de Dieu

52. Quand on a pu deviner la grandeur de Dieu, il est d'autant plus affreux de voir sur la croix à quoi il a été réduit. L'amour de Dieu comme tel doive être déshonoré, humilié (NB 10, n. 2060).

 

La grandeur de ce que Dieu veut montrer

53. Il y a des saints qui n’arrivent que par ceux qui les dirigent à saisir toute la grandeur de ce que Dieu veut leur montrer (NB 2,143).

 

La gloire de Dieu

54. Le danger des miracles extérieurs se trouve toujours dans la curiosité, dans la sensation, dans toute l'agitation qui se forme autour du miracle. Ce sont des choses que Dieu n'a pas méritées en quelque sorte et qui ne peuvent servir à augmenter sa gloire. Mais ce qui appartient à sa gloire, il peut toujours le susciter en un lieu de pèlerinage ou ailleurs en faisant bon accueil à la foi de petites gens et à leurs espérances pour en faire quelque chose de plus grand, quelque chose d'apostolique, d'efficace, une semence qui lève là où le sol est préparé, mais où peut-être aucun œil ne voit le fruit sauf justement l’œil de Dieu (NB 10, n. 2210).

 

55. Il n’y a dans notre destinée rien de fâcheux, rien qui ne contribuerait pas à la gloire de Dieu (NB 9, n. 2006).

 

56. Seigneur, je voudrais te servir et, pour la plus grande gloire de Dieu, je voudrais faire tout ce que tu attends de moi (NB 11,29).

 

57. Saint Basile : il tend à faire le maximum pour la plus grande gloire de Dieu (NB 2,164).

 

Le mystère de Dieu

58. Abraham : il est l'homme devant le mystère de Dieu. Le mystère lui est confié comme un tout. Et au départ, il doit le porter sans savoir où il va. Le fardeau voilé dont il est chargé reste pour lui inexpliqué. Il doit vivre en vénérant ce qui lui a été confié, il doit grandir près de la connaissance du mystère sans l'entamer, sans l'explorer, sans se creuser la tête. Et le mystère ne gagne pas en évidence avec le temps. Il doit apprendre à vivre avec le mystère intouchable. Il est éduqué pour qu'il vive en vénérant ce qui reste mystère. Il y a sans doute peu d'hommes à qui il a été autant demandé de ne faire qu'un avec leur mystère et qui durent acquérir cette union au mystère en obéissant à Dieu. Quelqu'un qui a l’expérience de l'obéissance, qui dit oui au contenu de la promesse parce qu'il veut déjà ce que Dieu veut (NB 2,177).

 

59. Paul a l'avantage d'être apôtre et ses révélations sont d'un autre genre que celles qui viendront plus tard dans l’Église. Cependant le mystère qui lui est montré n'est pas épuisé par ce que Paul en dit ; plus tard Dieu peut à nouveau en rendre visibles d'autres parties, non plus certes avec l'autorité de l'apôtre, si bien que l’Église aura compétence pour contrôler des révélations de ce genre, ce qu'elle n'a pas le droit de faire pour l'apôtre (NB 10, n. 2087).

 

60. Saint Robert Bellarmin. Pour lui, prier, c'est chercher. Chercher Dieu et chercher le chemin que Dieu prévoit pour l'orant. Pour lui, Dieu demeure mystère même quand il se donne (NB 1/1, 151).

 

61. Gerson (1363-1429) : pour lui, la vérité de Dieu n'est pas expérimentée surtout comme une vérité qui a des conséquences dans le monde, mais comme le mystère qui demeure impénétrable et qui pourtant se reflète essentiellement dans le monde sans que le croyant puisse dire comment. Dans les mystiques, il voit des personnes qui ont eu la chance de posséder réellement l'au-delà dès ici-bas ; ils pouvaient voir s'ouvrir les mystères de Dieu, quelque chose de l'être illimité de Dieu leur était accessible dans la foi ; comme créatures de Dieu, ils pouvaient être introduits dans la vérité de leur Créateur. Il prie beaucoup et avec application, en ce sens qu'il fait attention à percevoir réellement la voix de Dieu et à ne pas confondre ses propres désirs avec les plans de Dieu ; il voudrait être toujours, sous la main de Dieu, celui que Dieu désire (NB 1/1, 105-107).

 

Notre mystère et le mystère de Dieu

62. Notre mystère, que nous ne connaissons pas, nous devons le remettre dans le mystère de Dieu, que nous connaissons encore beaucoup moins (NB 4,64).

 

Caractère mystérieux de la relation de Dieu à l'homme et du croyant à Dieu

63. Saint Jean de la croix doit constamment signaler le caractère mystérieux non seulement de la relation de Dieu à l'homme, mais aussi du croyant à Dieu (NB 2,75).

 

Nous ne savons ni ce qu'est Dieu, ni ce qu'est l'homme

64. Nous ne savons ni ce qu'est Dieu, ni ce qu'est l'homme, ni ce qu'est l'acte créateur de Dieu qui engendre l'homme, ni pourquoi l'homme n'est pas bon si Dieu l'a créé bon. Au ciel, ces voiles seront un peu levés, nous verrons en Dieu comment l'homme était pensé et, en l'homme, comme Dieu se révèle en lui. Le mystère du Christ, qui est Dieu et homme, et qui guide notre foi ici-bas, restera au ciel ce centre qui éclairera toute chose (NB 6,565).

 

65. Les mystères des âmes devant Dieu et les mystères de l’être de Dieu lui-même (NB 9, n. 2015).

 

L'être inépuisable de Dieu

66. Au beau milieu de l'ancienne Alliance, Dieu peut déjà révéler à des voyants sa nature d'avant le monde, il peut le faire d'une manière si vivante que le voyant expérimente quelque chose de l'être inépuisable de Dieu lui-même tel qu'il était avant même qu'Adam soit, quelque chose qui n'a ni espace ni temps, quelque chose qui est au-dessus de toute la création ; l’infini absolu de Dieu apparaît au-delà des conditions limitées de la créature (NB 5,43-44).

 

Comment est Dieu ?

67. Adrienne, étudiante en médecine : « Je ne sais pas du tout qui sont les hommes qui savent comment est Dieu. Il y a des moments où je pense : peut-être quelques protestants, quelques catholiques, quelques juifs » (NB 7,136).

 

Des mystères réservés à Dieu

68. Le Christ est Dieu. Quand il prophétise de sa voix humaine, une parole est émise que les hommes entendent certes comme parole venant de Dieu, ils pensent la saisir avec une certaine profondeur - comme les prophètes -, alors que lui-même, comme Dieu, en connaît bien plus et tout ce qu'il y a de caché dans cette parole, ses ultimes mystères au sein de l'éternité, et il sait en même temps que ces mystères ultimes sont réservés à Dieu et ne peuvent être saisis par les croyants. Il doit donc adapter sa parole à sa mission humaine, il doit se résigner à ce que la foi des hommes reste grevée de faiblesse et d'hésitation, et qu'elle impose à sa parole des limites et des réductions (NB 5,65).

 

Ce que Dieu ne veut pas montrer

69. Ce qui est très important dans la sainteté de Marie, c’est qu’elle n’a pas besoin de se faire du souci pour les choses que Dieu ne veut pas lui montrer. Elle reçoit avec son intelligence humaine ce qu’elle doit recevoir, elle ne refuse pas non plus de comprendre autrement si Dieu le demande. C’est la caractéristique de la pureté de son esprit (NB 9, n. 2034).

 

70. Ne pas vouloir y voir plus clair que Dieu ne l'a prévu (NB 1/2, 39).

 

Le jardin de Dieu

71. Si, dans la contemplation, nous ne sommes pas à nous-mêmes un obstacle, le Fils nous prend avec lui vers le Père, il nous donne des ailes pour voler aussi loin que la foi le permet. Il nous ouvre le jardin de Dieu et là tout est beau. On peut s'arrêter aux premières roses autant qu'on veut, puis aller au parterre suivant, toujours plus loin dans le jardin. Il n'est rien dit par là de la qualité de la contemplation ; il n'est question que de son objet. Nous avons la liberté de nous arrêter à loisir auprès des mystères de Dieu. Il n'est pas plus parfait d'avoir atteint le dernier parterre que de rester auprès du premier (NB 10, n. 2116).

 

Les mystères de Dieu

72. Saint Joachim apprend la grossesse de sa femme à une époque où il s’était éloignée d’elle. Si déjà auparavant il était rempli de vénération pour les mystères de Dieu, il sait maintenant que Dieu est encore plus mystérieux qu'il se l'était imaginé (NB 1/2, 32).

 

73. Dieu a l'absolue liberté de communiquer, de la manière qui lui plaît et à l'heure qui lui plaît, des mystères qu'il n'avait pas communiqués jusqu'alors (NB 5,52).

 

Comment Dieu se comporte envers les hommes

74. Comment Dieu - Père, Fils et Esprit - se comporte envers le monde, nous ne pouvons pas nous en faire une idée. En tant que croyants, nous pouvons croire aux mystères de Dieu et les tenir pour vrais. Mais Dieu, quand il le veut, peut donner très soudainement à l'homme une illumination sur la manière dont Dieu se comporte envers les hommes, et non seulement sur la manière dont l'homme vit pour Dieu (NB 5,41).

 

En Dieu, des mystères insondables

75. Le bien et le péché demeurent en Dieu des mystères insondables qu'on ne peut pas non plus percer à jour dans la confession et que personne n'a le droit de vouloir pénétrer totalement (NB 3,91).

 

Le caractère mystérieux de Dieu

76. Beaucoup plus profondément que tout autre croyant qui suit le Christ dans l’Église, Marie voit le caractère mystérieux de Dieu et de son monde sans qu'elle soit introduite dans ce monde là où le Fils ne le veut pas. Certes elle a vu l'ange et, par cette apparition dans sa sphère à elle, elle a été infiniment dilatée ; mais justement c'est par cette dilatation unique qu'elle sait définitivement qu'elle a toujours à se tenir à sa place ; il ne lui appartient pas de réfléchir plus qu'il ne faut et de savoir à l'avance ce qui va se passer, mais d'être toujours prête pour le Seigneur à tout instant, dans une attente virginale (NB 5,21-22).

 

Dieu est inconcevable

77. Dieu est inconcevable. S'il accepte pour nous le titre de roi, c'est pour nous être plus concevable et donner à notre service davantage de dignité et de joie (NB 10, n.2277).

 

Dieu dans le lointain

78. Adrienne : « Depuis que j'ai connu le Christ, j'ai beaucoup appris. Je me suis beaucoup rapprochée de lui. Mais en me rapprochant de lui, je sais mieux que Dieu est toujours dans le même lointain. Il n'y a aucun "rapprochement", même si on apprend toujours à mieux aimer et à mieux louer » (NB 8, n. 130).

 

L’incompréhensible en Dieu

79. Dieu confie à Marie comme à l’Église des mystères qui doivent rester tels. Mais mystère ne veut pas dire simplement incompréhensibilité ; la raison reconnaît sans doute qu'il y a là un sens, mais elle doit en laisser la connaissance à Dieu en fin de compte ; elle comprend qu'elle ne comprend pas ce qui pour Dieu est compréhensible et qu'elle doit se contenter de savoir la véracité du mystère. C'est pourquoi il n'est pas question non plus que l'homme puisse constamment repousser les limites de l'incompréhensible jusqu'à ce que cet incompréhensible soit tout à fait clair et que lui-même possède une foi libérée du mystère. Certes le domaine du mystère sera d'une certaine manière plus étendu pour des hommes tout simples que pour des croyants cultivés ; leur intelligence porte moins loin. Mais celui qui comprend davantage ne comprend jamais tout. Il doit comprendre humblement ce qui lui est donné de comprendre, également en cherchant, en réfléchissant, en méditant, mais tout en sachant que les limites ne peuvent être supprimées (NB 10, n. 2281).

 

La totalité n'est qu'en Dieu

80. Tant que nous sommes ici-bas, nous ne pourrons jamais mesurer pleinement la portée d'une seule sentence du Seigneur. Nous voyons un reflet. Dans ce qu'il dit, nous voyons une vérité, nous l'ajoutons à d'autres, mais la vérité en sa totalité n'est qu'en Dieu. Nous voyons des fragments qui proviennent tous de la vérité, nous ne voyons pas l'ensemble (NB 6,408).

 

Ce qui est voilé en Dieu est beaucoup plus grand que ce qui est dévoilé

81. Il nous est difficile de dire dans quelle mesure nous pouvons comprendre une personne, en tout cas notre compréhension reste limitée. Quoi que nous comprenions, la certitude reste en nous qu'il y a beaucoup de choses que nous n'avons pas comprises et que l'ultime mystère de la liberté de l'autre nous demeure caché. A combien plus forte raison cela vaut-il pour Dieu. Si nous regardons le Fils comme notre prochain, ce qui est voilé en lui reste beaucoup plus grand que ce qui est dévoilé ; si nous le regardons comme Dieu, tout ce qu'on peut concevoir de lui est encore beaucoup moins à la hauteur (NB 6,78).

 

Un aspect de Dieu

82. Une vie chrétienne peut être comparée à une méditation. Toute vie de saint peut ainsi être regardée comme une méditation, à savoir comme l'aspect de Dieu que Dieu a imaginé pour la personne concernée (NB 1/2, 265).

 

La liberté de Dieu

83. Dieu demeure toujours libre et ne se laisse jamais immobiliser (NB 9, n. 1276).

 

84. Dieu demeure toujours libre aussi de faire se dérouler les événements autrement que nous ne l'attendions, et ceci également éveille en nous le sens de la vie éternelle (NB 3,199).

 

85. Dieu peut toujours agir de manière totalement libre et tout à fait autrement par rapport à nos habitudes. Le sens de ce qui est exigé se trouve toujours en Dieu, il le donne, il le met dans ce qu'il exige. Nous devons prendre soin surtout de ne fermer à Dieu aucun accès, de ne pas canaliser à l'avance ses voies. Qu’on reste toujours prêt aussi à accueillir ce qui est tout à fait inattendu, s'il en est décidé ainsi soudainement. Même si cela devait être lié au sentiment que tout ce qui s'est passé jusqu'à présent était vain. Laissons à Dieu la vue d'ensemble du passé comme de l'avenir (NB 11,332).

 

Le choix de Dieu pour nous

86. Dans le choix de Dieu pour nous se trouvent les sexes : lui-même a choisi irrévocablement pour l'être humain qu'il soit homme ou femme (NB 3,190).

 

Dieu exige toujours de l'homme quelque chose de nouveau

87. Dieu exige toujours de l'homme quelque chose de nouveau. Autre chose de celui qui a vingt-et-un ans que de celui qui en a vingt-deux. L'homme devrait constamment s'adapter à la foi (NB 6,36).

 

Les trésors de Dieu

88. Vianney a eu dans sa jeunesse une expérience de prière. Un jour, il a dit un Notre Père sans beaucoup d'insistance, avec la disposition d'esprit où l'on se dit : je vais encore vite prier un peu maintenant. Et tout d'un coup il remarque que la prière devient vivante en lui. Qu'elle devient en lui la clef qui ouvre toute la richesse de Dieu. Que, par la prière, Dieu nous donne la possibilité d'avoir part à ses trésors (NB 1/2, 88).

 

Dans la main de Dieu

89. Marie sait qu'on ne lui demande rien d'autre que son oui. Et Dieu s'occupera de tout ce qu'il faut. Et ce oui n'est pas simplement au-dessus de ce monde et au-delà de ce monde. Il y a aussi dans ce oui un achèvement de son état de créature, de sa manière personnelle de dire oui à tout ce qui est bien dans le monde et dans sa vie. Une soumission totale à Dieu, la volonté de se mettre totalement au service de Dieu, mais aussi un acquiescement à tout ce qui est bon dans son œuvre. Elle sait naturellement que, dans l'attente d'Israël et dans sa propre foi, il s'agit des choses les plus sérieuses, les plus importantes : c'est dans ces choses qu'elle s'engage par son oui. Mais, à part cela, elle sait aussi qu'elle est une créature de Dieu à laquelle le Créateur reconnaît sa nature et ses joies et sa vie humaine quotidienne, elle sait aussi que Dieu ne lui parle pas seulement par les grands événements mais aussi par les plus insignifiants. Et parce qu'elle est totalement une, ces deux sphères ne sont pas séparées. Il n'y a pas en elle une part consacrée à Dieu et une autre qui lui est laissée ; il n'y a que des manières différentes de considérer son unité intacte. Par son oui à Dieu, elle ne choisit pas une existence claustrale éloignée du monde ou une forme particulière d'ascèse. Ce qui, en elle, était et reste n'est pas renié, car cela provient de Dieu et est relié au bien qui vient de lui. Il y a dans son oui une telle totalité que tout a sa place dans cette totalité. Sans doute devra-t-elle passer par des renoncements et des moments difficiles, mais tout se trouve dans la main de Dieu et, d'elle-même, elle ne fera rien pour offrir à Dieu quelque chose d'autre qu'il veut lui laisser. Elle ne reniera ni sa nature, ni ses aptitudes, ni sa vie telles que Dieu les lui a donnés aussi longtemps que Dieu ne le demande pas expressément. Elle ne précipitera pas son don d'elle-même, ni ne disposera de choses dont Dieu, pour le moment, ne veut pas disposer apparemment, mais dont cependant il peut disposer à tout instant : peut-être dans le sens du renoncement, mais peut-être aussi dans le sens d'un encouragement plus grand. Dans la servante du Seigneur subsiste donc aussi l'être humain tel que Dieu l'a créé et tel que, selon sa volonté, il doit être et rester (NB 1/2, 150).

 

90. Mes actes sont marqués par l'Esprit si je suis dans la main de Dieu (NB 11,39).

 

91. Si l’Église n'était pas tellement dans la main de Dieu, Dieu aurait peut-être inventé d'autres formes, plus claires, d'action commune. Mais elle est l'épouse du Christ (NB 10, n. 2208).

 

92. Adrienne : « Ce que je vis personnellement est entièrement et réellement dans la main de Dieu - je puis le dire aussi objectivement qu'on peut l'être vis-à-vis de soi-même. C'est pour moi un tel cadeau, infiniment grand, immérité, et je ne fais vraiment rien pour cela » (NB 8, n. 45).

 

93. Fidèle de Sigmaringen : il est tellement dans la main de Dieu que son propre destin lui importe peu ; il en arrive pour lui-même à une totale indifférence (NB 1/1, 166).

 

94. Saint Jean Fisher se sait tellement dans la main de Dieu que tout ce qu'il rencontre, il le regarde comme permis par Dieu (NB 1/1, 123).

 

95. Se savoir comme un jouet dans la main de Dieu ; Dieu peut abîmer le jouet et puis le réparer de telle sorte qu’il ne reste aucune couture (NB 9, n. 1644).

 

96. Un saint sur terre connaît de sa sainteté ce que le chrétien connaît de lui-même. Par la grâce du Christ, il est dans la main de Dieu, la foi le protège pour l’empêcher de se perdre (NB 9, n. 1607).

 

Le bon moment pour Dieu

97. Le bon moment pour Dieu, c'est toujours le moment présent (NB 3,386).

 

Le lieu de Dieu

98. Quand Dieu créa le monde, il fit pour l'homme un lieu qui devait être en même temps un lieu pour Dieu lui-même. Dieu se promène dans le paradis où vit Adam. Dieu a créé le monde à partir du chaos et l'a établi dans une proximité intime avec lui ; il y a l'instant où le monde arrive à l'existence, et Dieu peut se reposer en lui. Le lieu de Dieu est aussi bien le ciel éternel que la terre temporelle qui vient de naître (NB 6,50).

 

La distance qui nous sépare de Dieu

99. Parce que nous sommes des élus et que nous n'avons le devoir de servir que dans le cadre de notre élection, Dieu nous offre à l'origine la joie de la louange et, pour pouvoir apprécier cette joie comme il faut, le respect. Dans le concept de respect est résumée toute la distance qui nous sépare de Dieu. Il est le Saint, nous sommes pécheurs. Mais pour que cette pensée ne nous écrase pas, Dieu nous offre la louange, l'amour et la joie avant même que nous ayons conscience de la distance (NB 11,339).

 

100. Quand, dans l'ancienne Alliance, les prophètes entendent des voix ou qu'il leur est donné de voir des images, quand Élie est nourri au désert ou quand, dans un duel, un homme de guerre reçoit une force extraordinaire, les rencontres de ce genre avec le monde divin ne sont toujours qu'inchoatives. Elles restent le signe de la distance entre Dieu et l'homme, elles augmentent la crainte d'un Dieu vivant et terrifiant, même si c'est l'expérience d'une victoire, d'un bonheur ou d'un amour. Le monde de Dieu apparaît comme un monde prodigieux, les expériences qui en sont faites sont ponctuelles et elles ne peuvent absolument pas former un tout. Elles sont certes comptées comme expériences mystiques dans lesquelles s'est manifestée la force de Dieu, quelque chose est arrivé qui a forcé les limites du monde de l'homme, mais l'image du monde divin ne devient pas un tout avec tous ces fragments. Toute rencontre avec le surnaturel se passe en un lieu nouveau et imprévu ; le contraste est souligné entre la puissance de Dieu et l'impuissance de l'homme même quand, pour un instant, l'impuissance de l'homme est si bien utilisée par la puissance divine qu'elle paraît puissante (NB 5,50-51).

 

101. Dieu ne veut pas que l'homme puisse évaluer la distance qui le sépare de lui

Un chérubin à l'épée de feu va garder le paradis : il est l'instrument du châtiment de Dieu. Les relations de l'homme avec Dieu le Père sont suspendues ; mais les anges servent de médiateurs, plus tard ce sera le Fils, puis l'Esprit Saint qui parlera aussi bien dans le Fils que par les anges. Dieu lui-même chasse les hommes du paradis, il les met à distance, mais il place aussi l'ange pour garder la distance afin que les hommes ne s'éloignent pas toujours plus de Dieu. L'ange porte les armes de Dieu - l'épée et le feu - ce qui coupe et ce qui brûle. Il coupe, et à vrai dire de telle manière que les hommes ne puissent pas évaluer la distance qui les sépare de Dieu. Ni maintenant qu'ils sont séparés, ni plus tard quand ils seront réunis par le Fils, Dieu ne veut que l'homme puisse évaluer la distance qui le sépare de Dieu et ce qu'il faudrait pour revenir à lui (NB 6,315-316).

 

Ne pas souligner la distance qui nous sépare de Dieu

102. En tant que médiatrice de la grâce, Marie nous montre comment nous devons prier, comment nous pouvons parler avec le Fils et avec l'Esprit et avec le Père, sans souligner la distance qui nous sépare d'eux, cela ne ferait que nous éloigner de Dieu (NB 5,175).


 

103. Il y a toujours la différence infinie, inouïe, entre le saint et Dieu (NB 3,381).

 

Ce qu’il y a d’inépuisable en Dieu

104. Les tentations doivent être là pour pouvoir ensuite diminuer s'il s'ensuit un attachement plus ferme au devoir, à Dieu. Elles remplissent donc leur but en apparaissant comme en disparaissant. On reconnaît là ce qu'il y a d'inépuisable en Dieu, qui peut tirer profit tout autant de l'existence des choses que de leur non-être, qui a besoin tout autant de ce qu'il donne que de ce qu'il prend (NB 11,136).

 

Dieu infatigable

105. Le chrétien peut se fatiguer et s'engourdir dans son être de chrétien mais, dans le ministère, il y a pour le prêtre une force qui ne peut pas se fatiguer parce qu'elle vient du Dieu infatigable. C'est un fruit de la mort du Seigneur qui est mort en tant qu'homme afin que nous vivions et que, dans sa mort, nous possédions déjà le germe de la résurrection. Dans le Seigneur, la vie et la mort sont également l'expression de l'amour, de la vie éternelle (NB 6,111).

 

Dieu peut toujours demander davantage

106. Dieu peut toujours demander davantage ; avec un oui qu’on exprime, une quantité d'autres oui peuvent apparaître et se présenter l'un après l'autre. Quand on se met à suivre le Christ, des questions toujours nouvelles réclament une solution. Et face à l'infini de Dieu, les efforts sont sans fin. Plus je fais, plus je reconnais clairement que l'honneur de Dieu est plus grand que ce que je pensais quand je commençai (NB 11, 109).

 

Dieu est toujours capable de donner davantage

107. Si l'on définissait la méditation à partir du désir de Dieu qu'a notre propre esprit, le moment viendrait trop vite où l'âme serait remplie et voudrait s'arrêter. Elle est satisfaite beaucoup plus rapidement que Dieu. Dieu promet et accorde plus, mais il exige aussi davantage. C'est lui seul qui décide de la mesure de ce qu'il veut nous donner. On ne peut jamais non plus assez demander à Dieu parce que lui-même est toujours capable de donner davantage et il est disposé à le faire (NB 10, n. 2060).

 

108. Ce que Dieu accomplit est toujours plus grand que ce qui est attendu (NB 1/2, 268).

 

109. L'être humain appartient d'abord à Dieu. C'est à lui qu'il doit accorder dans sa vie le temps et la place qui lui reviennent (NB 12,61).

 

110. Dieu emprunte toujours une voie particulière (NB 12,90).

 

111. Dieu n'est pas lié à ses propres lois (NB 12,241).

 

112. Il est stérile de s'imaginer que Dieu pourrait se conduire tout autrement (NB 6,429).

 

Dieu est autrement

113. Adrienne à 30 ans : « Si je pouvais mourir maintenant, je pourrais alors voir de quelle manière Dieu est autrement et alors tout mon tourment serait terminé » (NB 7,279).

 

114. La vision de la Mère de Dieu par Adrienne en 1917 eut comme résultat pour elle la connaissance que le monde divin se montre. Depuis lors elle sut aussi toujours plus clairement que Dieu est autrement. Et pénible aussi était alors, dans les nombreux cours de religion où il était question de Dieu, d’entendre toujours parler une langue qui n’était pas la langue de Dieu (NB 9, n. 1637).

 

La grande décision de Dieu

115. La mission vient du Dieu infini, imbibée d'éternité, et elle se fractionne en décisions et en réponses actuelles et rapides. Lhomme ne peut prendre ses petites décisions qu'à l'intérieur de la grande décision de Dieu, et cela lui donne aussi un sentiment de sécurité. Les nombreuses actions de ceux qui appartiennent à Dieu sont abritées dans son activité englobante, elles ont là leur constance et leur demeure (NB 10, n. 2229).

 

Dieu est omniscient

116. Dieu est omniscient. Dieu sait tout. Mais il n'est pas dit qu'il fait toujours usage de son omniscience. Il peut pour ainsi dire la mettre parfois de côté (NB 11,411).

 

117. Celui qui prie sait que Dieu est omniscient. Non seulement Dieu le voit parfaitement, il voit aussi le prochain pour lequel il lui faut prier maintenant. Dieu peut révéler à celui qui prie une image plus complète de son prochain s'il le juge nécessaire, mais il se peut aussi que son savoir divin lui demeure fermé comme une inaccessible sphère de mystère. Celui qui prie doit alors demeurer dans l'abstrait ; tout se déroule dans un acte où il se donne lui-même et où il est reçu par Dieu ; il serait indiscret d'appeler les choses par leur nom, Dieu laisse dans l'obscurité la manière dont il utilisera la prière. Mais ce qui pour l'homme est abstrait est concret en Dieu et est toujours susceptible, si Dieu le veut, de devenir concret aussi pour celui qui prie, de représenter quelque chose qui lui est connu, qui lui sert d'indication pour sa conduite future (NB 10, n. 2221).

 

118. Maint péché qui peut paraître petit aux yeux du confesseur est souvent aux yeux de Dieu infiniment grand (NB 8, n. 535).

 

Dieu peut lire en moi

119. Dieu peut lire en moi, il peut tout connaître de moi, le dit et le non-dit, le connu et l'inconnu (NB 6,354).

 

Présence de Dieu

120. Dieu est là et n'est pas vu (NB 10, n. 2206).

 

L’omniprésence de Dieu

121. On est dans la solitude d'une forêt près de la mer ; on ne voit pas la mer, mais on sait qu'elle est là, on sait aussi l'omniprésence de Dieu et de son amour (NB 10, n. 2228).

 

Dieu seul sait ce qu’est la Parole divine

122. Ce qui est propre au Fils appartient au Père. Et Dieu seul sait ce qu'est la Parole divine, le contenu qu'elle a ; lui seul la voit nue et infinie et éternelle, dans sa portée divine illimitée. Et ces profondeurs de la Parole qui nous restent inaccessibles, il se peut d'ailleurs qu'elles ne soient pas exprimées ; elles font partie du silence de Dieu et de son mystère trinitaire, elles font partie de ce qui est issu de l'être de Dieu pour les autres personnes divines et n'ont de sens que pour elles, si bien que nous ne les percevons pas. Cette Parole secrète, qui n'est perceptible que dans l'échange divin en Dieu, pour Dieu, par Dieu, appartient au mystère du toujours-plus divin. Mais il peut se faire que Dieu enlève tout à coup un voile pour nous montrer l'une de ses paroles dans toute sa profondeur. Si nous voulions exprimer quelque chose de cette Parole secrète, nous pourrions seulement dire qu'elle est divine (NB 6,38).

 

La mémoire de Dieu

123. Il y a des choses du vivant du Seigneur que personne d’autre ne pouvait connaître que Dieu et ceux à qui il a donné d’avoir part à sa mémoire. Jean aussi autrefois ignorait humainement beaucoup de choses qui lui furent montrées et données dans la vision de la mémoire de Dieu. Dans l’Apocalypse il est en mesure de les transmettre (NB 9, n. 1492).

 

Les miracles

124. Il existe dans le christianisme une résistance aux saints : ils rendent trop proches la réalité de Dieu et de ses exigences, ils sont incommodes. Ce n'est que lorsqu'ils sont morts qu'ils peuvent vaincre en quelque sorte cette résistance par leurs miracles. S'ils ont quelque chose à dire, il est toujours tôt assez d'en prendre connaissance après leur mort (NB 11,441).

 

Les hommes confrontés à l’absolu de Dieu par les miracles

125. Le miracle majeur que le Fils de Dieu nous apporte est celui de l'amour et de la foi : par sa venue, l'amour et la foi peuvent devenir des miracles manifestes pour la rencontre de l'homme avec le ciel. Ses miracles matériels ne sont ainsi que des coups d’œil rapides dans le ciel, peut-être pour que nous puissions voir quelque chose plus facilement. Ou bien aussi pour que ceux qui viendront après, ceux qui cherchent, ceux qui doutent, ne cessent d'être confrontés à l'absolu de Dieu. Si nous étions comme la Mère, la rencontre avec le Fils nous suffirait totalement, comme pour elle a suffi sa rencontre avec l'ange. Ce n'est que parce que nous sommes pécheurs que nous avons besoin de preuves si manifestes (NB 6,227).

 

Les hommes en présence des miracles de la puissance de Dieu

126. La réception des miracles est double : il y a les croyants qui y voient l'expression de la puissance de Dieu, et il y a les non croyants qui, par l'expérience certaine de quelque chose d'étonnant, sont introduits dans quelque chose de plus grand. Les premiers sont fortifiés dans la foi, les seconds sont acheminés vers la foi. Il y a aussi ceux qui refusent : ils sont témoins d'un miracle ou ils en ont entendu parler et, a priori, sans discussion, ils l'expliquent d'une manière naturelle ou comme un hasard. Les miracles contribuent ainsi à la division des esprits (NB 6,226).

 

Les miracles de Dieu

127. Quand Dieu opère aujourd'hui un miracle ici-bas, on ne peut pas dire si c'est le Père, le Fils ou l'Esprit qui l'opère. Mais tant que le Fils vit ici-bas, nous savons que ce sont le Père et l'Esprit qui opèrent les miracles du Fils. Ce sont finalement des miracles de l'obéissance, des miracles qui sont l'expression du pur accomplissement de la volonté paternelle (NB 6,134).

 

Absolue faiblesse de l’homme vis-à-vis de la puissance de Dieu

128. Si l’Église était vraiment l’Église des saints, son attitude ne pourrait être autre que celle de l'absolue faiblesse vis-à-vis de la puissance de Dieu : obéissance absolue au Fils qui représente la volonté trinitaire de Dieu. Si elle accueillait la volonté de Dieu comme la puissance absolue, elle tiendrait sans cesse ouverte sa faiblesse pour y être réceptive de toute manière. Vis-à-vis de Dieu, elle ne devrait jamais lui montrer un amour indépendant, elle devrait au contraire toujours vivre et aimer unie au Fils (NB 4,429).

 

La force de Dieu

129. Saint Pierre Claver a peut-être senti comme nul autre le mystère de la force de Dieu, une force qui rend l'impossible possible en l'homme, qui écarte constamment les limites possibles, celles de l'esprit et de la pensée tout autant que celles du corps (NB 2,78).

 

130. Adrienne avait senti la force de Dieu qui agissait à travers elle (NB 8, n. 457).

 

La force de Dieu soutient les chrétiens

131. Les chrétiens doivent porter du fruit, s'offrir en sacrifice avec le Seigneur, coopérer aussi à ses miracles, ils doivent sentir que la force de Dieu les soutient, que des forces qui sortent d'eux entrent aussi dans l’Église afin qu'elle se révèle être vivante selon la mission qu'elle a reçue du Seigneur (NB 5,75).

 

Dieu triomphe du diable

132. Par sa mort sur la croix et sa descente aux enfers, le Fils montre qu'il est capable de porter plus de péché que l'enfer n'en peut contenir. Dieu triomphe du diable. Marie met son pied sur le serpent (NB 3,211).

 

Ce n’est pas Dieu qui s’abaisse à lutter contre le diable

133. Dans l’Apocalypse, ce n’est pas Dieu qui s’abaisse à lutter personnellement contre le diable, il engage pour cela un archange qui est du même rang que le dragon (NB 9, n. 1338).

 

La foudre de Dieu

134. La souffrance de substitution, pensée qui remplit totalement Adrienne et autour de laquelle tout est centré, est tout son bonheur. Ce qui donne le plus de joie en ce monde est de savoir que la souffrance peut être pleine de sens pour les autres, et qu'on peut prendre sur soi ou abréger la souffrance des autres. Elle dit qu'en certains cas on doit diriger sur soi la foudre de Dieu (NB 8, n. 77).

 

Les profusion des possibilités de Dieu

135. Le jour de la Pentecôte les apôtres reçoivent l’Esprit, ils en sont ivres et ils parlent de Dieu dans les langues les plus impossibles qui cependant sont comprises. Ils parlent de Dieu sous une forme si fraîche, si naturelle, qu’elle est adaptée à quiconque veut entendre. La profusion des points de départ et des possibilités de Dieu doit être évidente une fois pour toutes. Et chacun peut se sentir interpellé et peut collaborer. Chacun peut correspondre. Quand l’Esprit souffle vraiment, personne ne peut dire : “Moi, il ne m’a pas atteint” ; ou : “Je n’ai rien compris, c’était pour moi irréalisable”. Chacun doit comprendre (NB 9, n. 1988).

 

136. Supposons que deux personnes aient le même recueillement, la même bonne intention, la même prière, Dieu pourrait quand même utiliser leur intercession de manière toute différente. Pour l'un, faire comme si c'était peu, pour l'autre, comme si c'était beaucoup. Mais que cela ne soit pas une cause de tristesse, car on doit toujours partir du fait que c'est pure grâce d'une manière générale que Dieu accepte quelque chose. Et il est essentiellement libre justement. Cela donne aussi une image beaucoup plus juste de la profusion des possibilités de Dieu. Supposons que je prie pour la pluie, tu pries pour avoir du beau temps ; Dieu envoie du beau temps ; ma prière pour la pluie a pu être ajoutée à ta prière pour le beau temps (NB 10, n. 2088).

 

137. En raison d'une prière faite aujourd'hui, Dieu peut corriger quelque chose qui s'est passé il y a des milliers d'années, de même qu'il peut faire s'ouvrir et se remplir de sens un passage de l'Ancien Testament auquel on n'avait jamais prêté attention, qu'on n'avait jamais compris (NB 1/2, 170).

 

138. Dans les situations les plus diverses, saint Ignace est conduit de telle sorte qu'il a fait l'expérience par lui-même des diverses possibilités de Dieu (NB 11,116).

 

139. Madame Acarie a plusieurs manières de prier, mais chaque manière l'introduit plus profondément dans la multiplicité des manières qu'a Dieu de se conduire vis-à-vis de l'homme (NB 1/1, 158).

 

Ce que Dieu veut

140. Quand, par suite de la maladie par exemple, on ne peut plus prier ni méditer comme il faut, l'amour de Dieu est présent comme quelque chose d'infiniment tendre et en même temps rigoureux. On peut être tenu par cet amour de Dieu, se remettre entre ses mains sans problème et sans avoir une claire conscience de sa propre situation. On est faible et on sait quand même que tout est comme Dieu le veut (NB 10, n. 2178).

 

141. Nous ne choisissons pas (notre état de vie : mariage ou vie consacrée), nous n’avons qu’à regarder où Dieu nous veut. Dieu a choisi depuis toujours (NB 9, n. 1953).

 

142. Saint Jean de la croix : on devrait être totalement et exclusivement occupé du but où Dieu veut nous conduire (NB 1/1, 148).

 

143. Lukardis d'Oberweimar, cistercienne, stigmatisée (1276-1309) : Dieu la conduit par des chemins qui lui répugnent. Ils lui répugnent tellement qu'au début elle pense toujours que cela n'ira pas. Et qu'il n'est pas possible qu'elle doive être éduquée et conduite par cette sorte d'obéissance à Dieu. Comme si le tout était une erreur ou pensé pour une autre. Alors qu'elle voudrait une grande trajectoire, elle est conduite très à l'étroit sans qu'il lui reste aucune latitude. Elle doit faire les plus petits pas, l'un après l'autre, et chacun de ces tout petits pas doit lui apparaître comme sept lieues. Pour elle, c’est comme marcher sur place, comme piétiner ; il n'y a pas le moindre signe qu'on avance. Et quand ses yeux s'ouvrent et qu'elle comprend que Dieu veut réellement d'elle qu'elle soit tenue si étroitement, elle se soumet de manière touchante. Et elle essaie d'en rajouter encore, d'avancer encore plus lentement, de ne plus demander un vol de l'âme. Ne rien désirer d'autre que ce que Dieu lui mesure si parcimonieusement à ce qu'il semble (NB 1/1, 91-92).

 

144. L'ange a donné à Joseph la certitude que ce qui se passe est juste, il sait désormais : c'est ma route et ma route vient de Dieu. Et il prie toujours plus que Dieu lui montre les chemins qu'il doit suivre, non qu'il lui donne de comprendre parfaitement (NB 1/1, 35).

 

145. Saint Ephrem ne dirait jamais de lui-même : "Dieu m'a appelé à faire cela", mais : "J'espère humblement que c'est le chemin sur lequel Dieu m'a placé" (NB 1/1, 51).

 

En Dieu, il n'y a pas d'incertitudes

146. Pour Dieu, il n'y a pas d'incertitudes dans ce qui est à choisir. Dans ses desseins non plus (NB 6,153).

 

La vérité absolue ne se trouve qu’en Dieu

147. En péchant, l'homme devient l’esclave de la multiplicité et d'une dispersion incessante ; mais il sait que, pour sortir du mensonge, il doit s'accrocher à une vérité absolue qui ne se trouve qu'en Dieu (NB 2,198).

 

Une réponse de Dieu

148. Dans les coups du sort qui frappent Job toujours plus durement, il y a comme une réponse de Dieu à l’offre qu’il a faite de porter ce qu’on exige de lui. Job offre naïvement et simplement, Dieu prend effectivement (NB 1/2 29).

 

Dieu est au ciel

149. Le Fils apprend aux siens le Notre Père et il y range les unes après les autres les vérités de la foi : Dieu est au ciel, son royaume doit venir, etc. (NB 6,188).

 

 

3. Dieu aime

Dieu est amour

150. Quand on dit : "Dieu est amour", on exprime sans doute une idée humaine, mais Dieu qui entend cette phrase la remplit, fait qu'elle a en lui un effet, il réalise quelque chose à cause de cette phrase : comme s'il était obligé de ne causer dans le croyant aucune désillusion. Il prépare dans le ciel pour le croyant une place d'amour, une place toute personnelle, et cela en raison de la foi (NB 6,308).

 

151. Dieu est amour, il est vraisemblablement encore plus haut que toutes les finesses théologiques (NB 8, n. 184).

 

L’amour, c’est Dieu

152. L'Esprit donne son témoignage pour la constance de notre âme, pour l'éternité à laquelle nous appartenons. Il nous dit que nous sommes aimés et que nous avons le droit de rester dans l'amour, et l'amour, c'est Dieu (NB 10, n. 2219).

 

Amour et connaissance en Dieu

153. En Dieu, l'amour n'est jamais sans la connaissance, ni la connaissance sans l'amour (NB 6,433).

 

Dieu aime les hommes

154. Dieu aime les hommes parce qu'il les a créés. La raison pour laquelle il les aime est totalement divine, c'est sa propre satisfaction (NB 6,142).

 

Dieu aime tous les hommes

155. Dans la foi, il nous est permis de participer à tout ce qu'on aime, à tout ce qui nous intéresse ; et ce tout, en Dieu, c'est le monde entier parce que Dieu aime tous les hommes ; par la foi, on passe du particulier au tout ; par exemple par celui qu'on aime, on passe à tous ceux qui aiment ; par quelqu'un qui souffre à tous ceux qui souffrent ; par quelqu'un qui est joyeux à tous ceux qui sont joyeux (NB 10, n. 2065).

 

156. Dieu Trinité se penche vers l'homme, vers tous les hommes (NB 2,77).

 

L’amour personnel de Dieu pour moi

157. A la fin du purgatoire, rien d'autre n'apparaît que l'amour personnel de Dieu pour moi (NB 6,372).

 

Amour de Dieu et amour du prochain

158. Dieu exige notre amour pour lui comme notre amour du prochain ; cela veut dire que nous avons à lui témoigner cet amour à l'occasion de tout prochain, car il ne peut plus être séparé de tous nos autres prochains. Et si nous voulions entrer au cloître pour ne vivre que de l'amour de Dieu, nos frères et nos sœurs seraient encore là pour exiger irrévocablement de nous cet amour sous la forme de l'amour du prochain, et notre amour de Dieu devrait se laisser former par lui. Il n'y a aucune possibilité de fuir ce commandement, il reste là et il ne cesse de nous jeter dans les bras son objet, le prochain (NB 3,371).

 

L’amour de Dieu pour les hommes est aussi communication de sa vérité

159. L'amour céleste de Dieu est un amour qui est mû et qui met en mouvement. Un amour de communication, qui donne et qui prend aussi, qui est inséparable de la vérité et de la doctrine de Dieu. L'amour que Dieu nous donne n'est pas différent de celui par lequel il s'offre dans la vie trinitaire. Il est donc aussi communication de sa vérité, c'est un amour qui donne et qui prend en communiquant la vérité ; tout cela en Dieu ne fait qu'un et nous attire dans son unité (NB 6,443).

 

Dieu aime l'homme depuis toujours

160. Dieu aime l'homme depuis toujours. Il l'aime pour que l’homme, dans son amour, saisisse la foi. En dehors de l'amour de Dieu, l'homme ne peut pas croire. Il ne peut pas non plus y avoir une foi qui n'engendre pas l'amour. La foi et l'amour sont fondées sur l'espérance, une espérance qui est toujours comblée en ne cessant d'engendrer la foi et l'amour (NB 2,215).

 

Dieu veut nous accueillir

161. De Dieu qui est tout et que nous ne pouvons pas comprendre, il faut savoir aussi qu’il veut nous accueillir nous aussi dans son tout (NB 3,328).

 

Dieu ne laisse personne de côté

162. Dans l’Église, il y a de la place pour tout le monde : pour ceux qui sont doués et pour ceux qui ne le sont pas ; Dieu n'a laissé personne si inapte qu'il ne pût trouver un accueil dans l’Église (NB 5,195).

 

Le désir de Dieu pour les hommes et des hommes pour Dieu

163. Adrienne, interne en médecine : « Du Bon Dieu, je ne sais presque rien. Et du désir de Dieu qu'ont les gens, je ne sais presque rien non plus. Et du désir que Dieu a des hommes je ne sais rien non plus » (NB 7,192).

 

Dieu nous permet de l’aimer

164. L’auteur du Nuage de l'inconnaissance : chacune de ses prières se termine au fond par un merci. Pour le fait qu'on a le droit de prier, que Dieu ne nous repousse pas mais qu'il nous prend avec lui dans le combat, et que Dieu nous permette de l'aimer, de l'acclamer (NB 1/1, 118).

 

Dieu infiniment bon

165. Il y a chez le croyant une joie dans la distance, une joie qui ne cherche aucunement à en saisir davantage sur Dieu, à exiger, à désirer fiévreusement, mais qui se réjouit des choses telles qu'elles lui sont données. Parce qu'elles ont en Dieu leur pleine grandeur et parce que Dieu en dispose. Et Dieu est si infiniment bon qu'il nous en montre quelque chose. Celui qui trouve sa joie en Dieu sait qu'il ne sera jamais capable de se faire une idée du tout ; sa joie n'en devient que plus grande parce que, dans le fait qu'il comprend qu'il ne peut percevoir qu'un fragment, il y a aussi une part de la vérité divine. Trouver sa joie en Dieu repousse sans cesse nos limites parce que ce n'est pas nous qui créons cette joie, c'est Dieu infini qui la fait descendre en nous toujours plus profondément (NB 6,575).

 

Dieu est communion d’amour et de vie

166. Dieu est toujours communion d'amour et de vie. Et non seulement Dieu possède tout, il transmet aussi tout ce qu'il est et tout ce qu'il a : Dieu donne Dieu (NB 1/2, 156).

 

167. L'amour de Dieu s'abaisse à s'occuper de l'infâme saleté du péché (NB 6,493).

 

L’amour de Dieu veut toujours surprendre

168. Les hommes (avant la révélation de Dieu par le Fils) n’en savent pas plus de la Trinité qu’un enfant qui est baptisé. Ils n’ont pas été instruits. Il y a une invitation, mais ils ne savent pas à quoi Dieu va les initier. L’amour de Dieu veut toujours surprendre (NB 9, n. 1685).

 

L'amour chrétien provient de Dieu

169. L'amour de Dieu n'a rien de calculateur parce que, dans la Trinité, tout est pure surabondance. Le Fils incarné aussi aime de la même manière malgré toutes les déceptions qu'il connaît avec nous. Le commandement de l'amour du prochain qu'il édicte n'est pas une concession à notre faiblesse et à notre finitude ; l'amour qu'il ordonne découle immédiatement de son amour et il doit présenter, comme sa marque distinctive, la forme de la surabondance divine qui ne calcule pas. Le chrétien voit dans son prochain le cadeau que Dieu lui fait. Il est l'œuvre du Créateur, le frère du Rédempteur et, comme tel, il est confié au chrétien pour être aimé. Et cela de telle manière que le prochain, en éprouvant l'amour, soit incité à l'amour. L'amour chrétien provient de Dieu et, par là, il lui est assuré de se répandre inépuisablement, et même d'être d'autant plus abondant qu'il est plus utilisé. Notre amour du prochain qui provient de Dieu doit aller plus loin que le prochain, il doit retourner à Dieu, il doit aussi emmener le prochain dans ce passage à Dieu. Et cela en l'incitant à l'amour de Dieu (NB 6,113).

 

Nous représenter quelque chose de l’amour de Dieu pour le monde

170. Dans la foi, il n'est pas difficile de deviner l'amour du Crucifié pour nous et de deviner, par cet amour, quelque chose du don d'eux-mêmes du Père et de l'Esprit au monde. Et ce n'est qu'à partir d'ici que nous voyons combien il serait difficile pour nous, sans cet amour devenu visible du Fils, de nous représenter quelque chose du don de l'amour de Dieu pour le monde (NB 6,97).

 

La vie, un don de Dieu

171. Une vie humaine est un don de Dieu, quelque chose qui a beaucoup de valeur (NB 7,85).

 

Recevoir autant que Dieu veut donner

172. Saint Syméon le nouveau théologien : par la prière, il a acquis la faculté de recevoir autant que Dieu veut lui donner (NB 1/1, 280).

 

Dieu crée l’homme par amour

173. C'est dans l'amour que Dieu le Père crée l'homme, mais l'homme le déçoit et fait tout ce qu'il peut pour échapper à l'ordre établi par Dieu, un ordre qui faisait partie de l'amour de Dieu, qui unissait l'homme à Dieu. Le diable incita l'homme à se détacher de cette unité avec Dieu. Il se produit alors cette chose prodigieuse que Dieu le Père, dans son amour, envoie son Fils à l'humanité égarée (NB 6,98).

 

Dieu : ouverture constante de l’amour

174. Le mode d'être de Dieu Trinité est d’être jusqu'au fond ouverture constante de l'amour (NB 6,101).

 

Dieu vivant, Dieu amour

175. Dieu est éternellement vivant parce qu'il est l'amour. Non seulement il est capable de stimuler ce qu'il y a en nous d'éphémère par son existence éternelle, mais surtout il se maintient lui-même de manière inlassablement neuve dans la joie d'être éternellement toi et moi. Donc dans la joie commune. Si tu me fais plaisir sans en ressentir toi-même du plaisir, le plaisir pour moi aussi cesse très vite. En Dieu, l'amour n'est pas une aumône, une charité ; il n'est amour qu'en étant joie commune (NB 12,144).

 

Dieu l’a aimé le premier

176. "Charité bien ordonnée commence par soi-même". Naturellement, saint Ignace n'aime pas ce dicton. Il était radicalement d'avis que l'amour vrai commence par Dieu, et parce que Dieu l'a aimé le premier, Dieu prendra aussi soin de lui tant qu'il restera sur le chemin de Dieu (NB 11,162).

 

L'amour entre l’homme et la femme est créé par Dieu

177. L'amour entre l’homme et la femme n'est en rien étranger à Dieu mais, en tant qu'image de la vie divine, il est quelque chose qui est créé par Dieu et même quelque chose qui lui appartient (NB 12,36).

 

Dieu aime : Dieu permet nos œuvres et nos pensées

178. Dieu nous permet, dans son amour, que nous dessinions nos œuvres et nos pensées, notre foi et notre disponibilité, et il prend tout en lui, et il les fait appartenir à son ciel (NB 10, n. 2230).

 

Dieu fera tout dans l’amour

179. Il y a aussi dans les jours de maladie des moments où la mort semble toute proche ; on ne se plaint pas alors de tout ce qui est imparfait, inachevé, indésirable. Il y a la grande confiance qui a sa place dans la foi, et cette confiance est l'espérance que Dieu fera tout dans l'amour (NB 10, n. 2225).

 

Nous confier à l’infini

180. Parce que Dieu nous tient, nous n'avons pas besoin de nous attarder à calculer quoi que ce soit anxieusement, nous pouvons nous confier à l'infini (NB 10, n. 2113).

 

Au ciel, devant la face de Dieu, dans l’amour

181. Tous les habitants du ciel se trouvent devant la face de Dieu, Dieu les voit et eux le savent. Il arrive toujours exactement ce que Dieu veut maintenant pour chacun en particulier. Mais il n’y a en cela aucun ennui, tout est événement plein. Et on n’a plus besoin de s’inquiéter de son propre désir parce qu’il correspond toujours d’avance au désir de Dieu. Si déjà sur cette terre on fait toujours par amour pour quelqu’un ce qu’il désire de nous, combien plus fait-on au ciel par amour de Dieu ce qu’il nous dit. Tout l’air du ciel est tellement amour que chacun fait ce qu’il veut et qu’il demeure cependant relié de la manière la plus étroite à la volonté de Dieu (NB 9, n. 1907).

 

La patience de Dieu

182. Thérèse d’Avila a de la patience pour ses sœurs qui ne peuvent pas encore faire aussi bien qu’elle, mais Dieu a aussi de la patience avec elle en quelque sorte : il lui passe bien des choses à cause des difficultés qu'elle a eues au début et qu'elle a surmontées vaillamment (NB 1/2, 61).

 

183. Nous avons tous été sauvés par Dieu (NB 1/2, 22).

 

Le pardon de Dieu

184. Adrienne dit tout à coup : “Savez-vous ce qu’est le pardon de Dieu?” Elle m’explique plus précisément ce qu’elle veut dire : du matin au soir, à proprement parler, Dieu ne fait rien d’autre que pardonner, globalement et en détail, des choses grandes, moyennes et petites, toujours et partout. Et l’aspect douloureux du pardon ! Le secret de celui qui pardonne, il ne le montre pas à celui qui reçoit le pardon (NB 8, n. 278).

 

La miséricorde de Dieu est plus grande que le péché

185. Si je dois confesser un meurtre et que je le fasse le cœur contrit et affligé pour l'avoir commis, l’Église, au nom de Dieu, aura pitié de moi et montrera que la miséricorde de Dieu est plus grande que le péché et elle me pardonnera (NB 1/2, 204).

 

 

4. Dieu si humain

Les désirs de Dieu

186. Il est souhaitable que ma prière devienne comme "libre" (c’est-à-dire non centrée sur mes désirs), afin qu'elle soit utilisable pour les propres désirs de Dieu, qu’elle puisse être intégrée dans l’œuvre de rédemption du Fils (NB 3,200).

 

187. L'effet le plus déterminant de la souffrance de la croix est qu'elle obtient pour l'homme la grâce de souffrir avec le Seigneur dans son sens et, par là, de se libérer de son constant repli sur lui-même pour apprendre, en souffrant, à regarder Dieu et ses désirs (NB 6,267).

 

Les besoins de Dieu

188. L'homme est une pierre à bâtir que Dieu veut utiliser ; il la taille selon ses besoins et elle reçoit effectivement telle forme et elle peut être employée dans l'ensemble dont Dieu a besoin (NB 11,303).

 

189. Dieu a besoin, pour le monde, de l'amour du Fils sur la croix. Il a besoin de l'amour de celui qui est conduit par l'Esprit, il en a besoin pour celui qui est conduit, mais tout autant pour le monde (NB 6,449).

 

190. Dieu ne veut pas qu’on s'approche de lui par étapes. Le meilleur exemple est le oui de Marie auquel il est répondu par le fait que l'Esprit Saint prend possession d'elle totalement. En un rien de temps éternel, sans égard pour les lois humaines. Cette totalité produit alors des fruits selon les besoins de Dieu et non selon les besoins de Marie. Marie suit les chemins uniques que Dieu a tracés pour elle (NB 5,26).

 

191. Au ciel aussi Dieu a besoin d'êtres - et en premier lieu de la Mère du Seigneur - qui, sans questions, sans impatience, uniquement dans la parfaite humilité de l'amour, ne font rien d'autre que l'attendre (NB 6,568).

 

192. Dieu a besoin de gens qui vivent sa Parole avec soin (NB 1/2, 92).

 

Dieu a besoin d'être aimé par l'homme

193. L'un est devenu ermite parce qu'il sait que Dieu a besoin d'être aimé par l'homme. Et il rencontre un Dieu qui lui offre des choses qui étaient prêtes avant même que le monde existe. L'amour et la libéralité de Dieu sont si infinis qu'il n'hésite pas à partager à l'homme des trésors qu'il avait pour lui seul avant qu'il fût question d'un monde (NB 5,44).

 

L’amour dont Dieu a besoin

194. Saint Joseph de Cupertino : il voit l'amour de Dieu, le non de l'homme. Il aime et il voudrait aider. Et c'est de sa mission personnelle qui est d'aimer, de sa contribution à l'amour dont Dieu a besoin, que proviennent ses visions et toute sa mystique. Il vit dans une prière qui est si active dans la contemplation qu’elle pénètre partout où Dieu veut lui montrer quelque chose, elle inclut tout, elle supprime la limite entre ce monde-ci et l'au-delà. Quand il prie, il peut se trouver tout de suite au milieu des plus grands mystères de Dieu qui se révèlent sans problème à lui qui est une âme d'enfant, au milieu desquels il vit incontestablement comme s'ils étaient ses propres vérités (NB 2,157).

 

Dieu a besoin des hommes

195. David : il croit que Dieu a besoin de celui qui s'est tourné vers lui pour regagner ceux qui se sont détournés de lui (NB 2,167).

 

Dieu a besoin de chaque âme

196. Saint Pierre Claver (1581-1654) : dans sa prière et la vision céleste qui l’accompagne, ce qui le frappe à chaque fois de manière neuve et tout particulièrement, c'est que chaque âme ressort individuellement, c'est qu'à chacune une place est indiquée, que Dieu compte chacune, qu'il aime chacune et qu'il a besoin de chacune. Chaque âme est importante pour Dieu. Il voit dans ses protégés ceux qui sont attendus par Dieu (NB 1/1, 168-169).

 

Dieu a besoin de beaucoup de prière

197. Saint Otton de Bamberg : il prie presque tout le temps parce qu'il ne voudrait jamais se séparer de la mission de Dieu qu'il sent vivre très fort en lui. Son grand désir est de rester fidèle. Cependant il ne prie pas avec étroitesse d'esprit pour cette fidélité, il n'a pas le souci anxieux d'obtenir par sa prière un maximum de bénédictions pour lui ; il prie par la nécessité de l'amour. Cette nécessité est étroitement liée pour lui à la fonction qu'il exerce. Il est convaincu que, lorsque quelqu'un exerce une fonction dans l’Église, Dieu lui donne la grâce non seulement de l'exercer comme il faut mais aussi d'atteindre une plus grande intelligence dans l'amour et une plus grande intelligence de sa nécessité. Mais cette intelligence ne peut lui venir de nulle part ailleurs que de Dieu et donc par la prière. Il sait bien que Dieu a besoin de beaucoup de prière, mais il est également convaincu que lui, Otto, a besoin de beaucoup de prière pour percevoir la voix et les instructions de Dieu et s'y conformer (NB 1/1, 69-70).

 

Dieu a besoin d’elle (Marie)

198. Dans son destin de femme, de croyante qui a dit oui, Marie se laisse faire pour devenir ce pour quoi Dieu a besoin d'elle : être la mère de son Fils (NB 10, n. 2318).

 

Dieu a besoin de plus d’amour

199. Thomas a Kempis (1379/80 – 1471) : dans la prière, il apprend toujours plus profondément non seulement que Dieu a besoin de plus d'amour, il apprend aussi les voies que Dieu utilise pour entretenir la prière. Ainsi il veut conduire toujours davantage les hommes à Dieu par la Parole, les amener à la prière par la Parole. Le "Livre de l'Imitation" doit être une voie à cet effet, il doit remplir l’esprit humain de la prière, l'initier à la présence de Dieu. Il comprend absolument que Dieu a besoin de saints et que le premier devoir d 'un chrétien c'est d'être un saint (NB 1/1, 109).

 

Dieu peut en avoir besoin

200. Si Dieu donne la santé, c'est qu'il peut en avoir besoin ; là aussi il y a une grâce qu'on n'a pas le droit de gaspiller (NB 11,137).

 

Quand Dieu a besoin

201. Si Dieu me donne une place de servante, il ne peut pas être plus parfait pour moi de vouloir être une reine. Je ne ferais alors au contraire que m’écarter de la volonté de Dieu et me rendre coupable de désobéissance. Quand Dieu a besoin de quelqu’un pour lui donner des visions, c’est un service comme un autre, et personne d’autre ne doit se permettre de vouloir s’introduire artificiellement dans ce service (NB 9, n. 1289).

 

Dieu a besoin de ce qui m’appartient

202. Pour l’homme de l’Ancien Testament, Dieu prend afin de montrer sa puissance. Il demande : Pourquoi Dieu a-t-il justement besoin de ce qui m'appartient ? Réponse d’un chrétien : Bien sûr que Dieu a besoin de ce qui m'appartient, mais pourquoi se sert-il justement de mon indignité ? (NB 2,181-182).

 

Dieu a besoin de la réponse de l’homme

203. Dieu lui-même contribue de manière décisive à former en l'homme la réponse qu'il attend et dont il a besoin (NB 1/1, 494).

 

Dieu est reconnaissant

204. Récemment devant l'église Sainte-Marie (à Bâle), beaucoup de gens bavardaient amicalement et avec animation ; quand les gens entrent ensuite dans l'église et prient, ils ne sont sans doute pas tout à fait quittes, dans la prière, de leurs pensées précédentes. Et pourtant Dieu est reconnaissant qu'ils soient là au moins un instant et qu'ils représentent extérieurement des gens qui prient. Dieu est reconnaissant pour tout sacrement même quand l'homme ne fait pas tous les efforts qu'il faut pour correspondre (NB 10, n. 2244).

 

Dieu sait de combien de lumière ses créatures ont besoin

205. Dieu sait de combien de lumière ses créatures ont besoin. Cela console saint Ignace de penser que Dieu lui donnera à lui aussi, sa créature qui cherche à le servir, la lumière nécessaire pour que son chemin soit visible (NB 11,93).

 

La protection de Dieu

206. Ignace sait à quel point il se trouve sous la protection de Dieu (NB 11,129).

 

La paix de Dieu

207. Qui veut vivre dans la paix de Dieu, il est impossible qu’il vive dans la paix du monde (NB 9, n. 1971).

 

208. Saint Basile sait qu'en priant il ne cesse de recevoir la paix comme un don de Dieu. Parce que sa prière est humble, Dieu lui donne dans la prière la connaissance et il lui donne aussi de faire passer dans son travail, en toute humilité, la sûreté de sa juste intuition. Il sait chaque jour à nouveau qu'il ne peut compter sur lui-même, qu'il doit chercher auprès de Dieu toute assurance (NB 1/1, 54-55).

 

La discrétion de Dieu

209. Il aurait suffi à Dieu de faire un léger mouvement, Adam et Ève n’auraient pas mangé la pomme. Mais il y a une discrétion dans la présence de Dieu qui fait partie du réel de la création ; c’est pourquoi l’homme doit toujours se contenter de ce qui lui a été attribué pour son intelligence et aussi pour sa foi (NB 9, n. 1990).

 

Le travail de Dieu

210. C’est un vrai travail pour Dieu de se faire entendre sur terre, et plus encore de devenir homme. Notre endurcissement et notre manque d’intelligence sont si grands qu’il doit comme s’ouvrir un passage de force: avec les voix et les visions des prophètes, etc. Il faut beaucoup d’efforts à Dieu pour qu’il en arrive au point d’oser venir dans le monde. Et plus tard les saints sont chargés de réaliser son œuvre (NB 9, n. 1880).

 

211. Le saint : un homme en qui Dieu travaille (NB 2,84).

 

Dieu nourrit l'homme tout entier

212. A propos des saints qui ne se seraient nourris que de l'eucharistie (inédie) : Dieu assume simplement l'affaire. C'est la plupart du temps destiné à des personnes particulières, non à un grand cercle ; on en a fait trop de bruit pour saint Nicolas de Flüe. Souvent le signe est là pour mettre en lumière la sainte communion : on voit que Dieu nourrit l'homme tout entier, qu'il ne prévoie pas pour lui d'autre nourriture que sa propre nourriture ; pour quelque temps ou pour la vie, selon son bon plaisir (NB 11,442).

 

Les époux sont confiés l'un à l'autre par Dieu, ils sont responsables l'un de l'autre (NB 12,57).

 

Dieu a mis la main sur eux

213. A propos de la lévitation : il y a des saints qui doivent un jour s'apercevoir physiquement qu'ils vivent en dehors du monde fermé de l'espace et du temps. Dieu leur montre, presque pour les avertir, qu'il a mis sa main sur eux. D'autres fois cela peut se faire pour que ce soit vu par d'autres (NB 11,442).

 

La joie de Dieu

214. La joie de Marie lors de son Assomption au ciel : elle vit de la joie que les autres ont à son sujet, et elle leur fait don de sa joie. La joie de Dieu, la joie des saints, est si grande que la Mère ne peut faire autrement que de recevoir cette joie. Le pur accueil de la joie est sa réponse la plus profonde à Dieu et à tous les habitants du ciel. Et elle n'accueille au fond toute la joie du ciel qui lui est offerte que pour faire totalement plaisir à Dieu et aux autres (NB 10, n. 2333).

 

215. En créant le monde, Dieu le Père était heureux car il créait une œuvre qui devait trouver constamment son assentiment. Il plaça Adam dans la joie du paradis, et son dessein était que l'homme vive dans l'amour et la joie. Le péché a ruiné la joie et apporté la souffrance. Puis Dieu, par l'ange, a voulu entendre le oui de la Mère et ce oui devait résonner joyeusement parce qu'elle pouvait accomplir la promesse et voir le Messie, et parce que la rédemption et la nouvelle vérité au sujet de Dieu venaient dans le monde (NB 10, n. 2157).

 

216. Dieu le Père éprouve une joie éternelle à regarder son Fils qui, par son amour sur la croix, lui a ramené le monde entier (NB 6,574).

 

La joie en Dieu

217. La joie physique aussi peut servir à faire comprendre la joie en Dieu (NB 9, n. 1917).

 

Dieu se réjouit

218. Pour la plupart des chrétiens, la formule : "Dieu peut tout" est une affirmation vide de sens. Ils n'ont pas le courage d'entrer dans ce tout. Mais Dieu se réjouit quand nous le dévalisons (NB 1/2, 88).

 

La "souffrance" de Dieu

219. Nous n'avons ni concept ni mot pour la "souffrance" mystérieuse que notre péché cause à Dieu, si Dieu est immuable et toujours bienheureux et qu'il ne peut être lésé par sa créature. Et d'autre part il serait pourtant incompréhensible qu'il ne soit pas touché par la faute et par les malheurs de ses propres créatures, lui qui est l'amour infini. Cet amour est le feu que le Fils est venu jeter sur la terre et qui s'est transformé sur la croix en feu de la Passion. Dès le commencement il était là comme latent, on ne le remarquait pas ; ce n'est que dans l'explosion de la Passion et dans ses résultats - notre rédemption - qu'il devient perceptible et qu'on peut le suivre maintenant jusque dans l'éternité de Dieu (NB 6,266).

 

Dieu vulnérable et invulnérable

220. Sur terre, le Fils est tout à la fois sans protection (on peut l'outrager, on peut le tuer) et protégé : le Père est toujours avec lui et il est dans le Père. Ainsi Dieu est également vulnérable et invulnérable (NB 10, n. 2287).

 

L’humilité de Dieu

221. L’Esprit est, dans sa manière d’apparaître, comme l’humilité de Dieu : il nous mène, au-delà de lui-même, au Père et au Fils (NB 9, n. 1566).

 

Dieu et l’humour

222. Adrienne a le sentiment que Dieu joue avec elle à l'occasion. Comme s'il voulait la taquiner. Le P. Balthasar lui dit que l'humour ne manque certainement pas à Dieu et qu'il aime en faire usage à l'égard de ceux qui le comprennent. Elle rit et acquiesce (NB 8, n. 102).

 

 

5. Dieu créateur

223. Chaque œuvre de Dieu Trinité est faite en commun, mais de telle manière que c'est une personne qui agit et que les deux autres accompagnent et collaborent. Le Père est le Créateur du monde parce que l'acte du Créateur correspond à l'acte d'engendrer. De même qu'il engendre le Fils, il crée le monde. Les actions des personnes divines ad extra sont certes communes, mais elles sont opérées par une personne avec l'accompagnement des autres (NB 6,80-81).

 

224. Par la création du monde, Dieu est devenu un "Créateur" qu’il n’était pas "auparavant" (NB 9, n. 1562).

 

225. Lors de la création, Dieu a placé un être fini face à son infini (NB 12,108).

 

Dieu a fait aux hommes le cadeau du monde

226. Au commencement, Dieu a fait aux hommes le cadeau du monde pour qu'ils le gèrent, et cela en toute liberté. L'homme doit organiser librement le domaine que Dieu lui a confié (NB 6,540).

 

227. Dieu a créé les humains les uns pour les autres à des points de vue très différents (NB 9, n. 1993).

 

228. Quand Dieu créa le monde, il était d’humeur créatrice. Il fit quelque chose qui correspondait à sa force. Il se donna à lui-même pour la première fois la preuve de ce qu’il pouvait faire. Puis vint le péché et son œuvre fut pervertie par l’homme. Mais la force créatrice originelle de Dieu ne faiblit pas : il créa les sacrements d’où cette force continue à se répandre, et chaque sacrement recrée le pécheur en Dieu (NB 9, n. 1718).

 

229. Aux origines, Dieu a pris de l'argile pour façonner l'homme. Dans la main de Dieu, on est cette chose qui par elle-même n'a aucune prétention. Et tout ce qui est façonné par Dieu est toujours le meilleur (NB 11,283).

 

Comment Dieu nous a imaginés

230. Pas plus qu'on ne peut se représenter Dieu, nous ne pouvons nous représenter comment il nous a imaginés. D'Adam et Ève, nous ne connaissons que des bribes. Nous ne pouvons pas nous les représenter avant la chute. Pour nous les représenter, nous partons de nous-mêmes : comment nous aurions été si nous n'avions fait aucun péché. Mais justement alors nous n'aurions pas été nous-mêmes, nous aurions été tout différents. Nous ne savons donc pas comment au fond nous avons été pensés ; nous savons seulement avec certitude que l'image que Dieu avait de nous était autre que le chemin que nous suivons maintenant (NB 4,24).

 

Dieu a créé

231. Dieu a créé un monde magnifique. Ce n'est pas lui qui s'est détaché, c'est l'homme (NB 3,345).

 

Dieu n'a pas créé le monde dans la colère

232. La colère de Dieu, avec son caractère absolu, est pour ainsi dire incoercible. Elle est tellement entière, elle est tellement pure essence de colère, qu'il ne semble pas qu'elle puisse être influencée par d'autres propriétés de Dieu. Et pourtant Dieu n'a pas créé le monde dans la colère, et l'homme pourrait contribuer à ce que Dieu regarde sa création avec faveur. C'est dans cette possibilité que le Fils s'engage par son incarnation. Sur lui, le Fils éternel, le regard bienveillant du Père est posé depuis toujours ; maintenant il se dépouille de sa divinité et revêt l'humanité mais, avec lui, il attire aussi le regard d'amour du Père sur le monde (NB 6,311).

 

La joie de Dieu quand il crée

233. En Dieu rien ne se perd. Quelle qu'ait pu être l'activité de Dieu de toute éternité avant la création, les traces s'en trouvent dans les trois personnes quand elles créent le monde. Pour Dieu, il n'y a pas de passé, tout souvenir est présence. Rien ne finit en Dieu, mais tout continue d'être fécond dans un éternel présent. La joie de Dieu quand il crée exprime tout ce que contient sa vie éternelle. Et la force créatrice de Dieu, chargée de sa fécondité éternelle, est si grande que les choses qu'il crée portent aussi les traces de cette fécondité permanente, d'une manière cachée peut-être, si bien que sa fécondité interne n'apparaît pas tout de suite dans ses conséquences (NB 5,41-42).

 

C’est Dieu qui crée l’âme

234. Dieu s'est réservé depuis toujours de créer l'âme de l'enfant engendré. Dieu crée l'âme et lui donne en même temps un corps qui provient d'un acte humain de procréation. Dieu permet aux hommes d'engendrer un corps quand lui crée une âme (NB 6,56-57).

 

C’est Dieu lui-même qui a créé ce qui est personnel

235. Le ciel ne sera jamais quelque chose de purement général. Il sera pour chacun l'accomplissement de son amour personnel, préparé spécialement pour lui. Il n'y aura rien de monotone dans cette attente parce que c'est Dieu lui-même qui a créé ce qui est personnel et il le favorise (NB 6,308).

 

La création, un signe du Dieu éternel

236. Quelle était la contemplation de Dieu avant la création, nous ne le savons pas ; nous pouvons dire seulement avec certitude que le monde qui commençait est un signe du Dieu éternel qui ne commence jamais. Puis Dieu se repose de son œuvre quand elle est achevée. Ce qui a été fait est durable et Dieu peut pour ainsi dire jouir du fruit de son travail (NB 6,324).

 

237. Dieu veut le bien de sa créature (NB 6,353).

 

Dieu a créé l ‘homme ouvert à lui

238. Dieu a créé l'homme ouvert à lui, avec des questions qu'il adresse à Dieu et auxquelles il veut répondre. Dieu a prévu une conversation avec l'homme (NB 1/2, 157).

 

L'homme n'est pas créé par Dieu pour être abandonné

239. Dans sa conversation avec Dieu, tout en étant dépassé par Dieu, Adam peut malgré tout garder avec lui une certaine intimité. Adam croit comme quelqu'un qui est dépassé par la nature et la surnature. Les limites assignées à sa pensée ne sont pas du tout pour lui occasion d'angoisse et de doute parce que ce qui le dépasse absolument, c'est Dieu, qui le rencontre vraiment, qui lui fait bon accueil, qui le garde et se soucie de lui. Dans la suite des jours, il apprend à connaître l'éternité de Dieu qui accompagne et réalise tout changement. L'homme limité, qui vit dans ce qui est limité, est cependant créé par Dieu, il est devant Dieu, pour Dieu, et tout le fini est pour lui occasion et préparation de relations avec Dieu. L'homme n'est pas créé par Dieu pour être abandonné, il est placé par Dieu dans un monde qu'il a créé (NB 6,49-50).

 

Le temps, une invention de Dieu

240. Dieu lui-même est sans commencement ni fin. De son centre il pose l'acte de la création par laquelle le monde commence et l'homme en lui. Le temps qui s'écoule est une invention de Dieu, lui-même est dans l'éternité (NB 6,69).

 

241. La division du temps est un don de Dieu aux hommes (NB 6,138).

 

Dieu libre crée librement l’homme libre

242. Avant la création du monde, Dieu est libre. Mais dans son plan du monde, la création est nécessaire. Lui-même est engagé. Dieu donne à l'homme la liberté. Dans l'action créatrice de Dieu, il y a le fait qu'il ose (NB 12,68).

 

243. En laissant Adam agir librement, Dieu renonce à quelque chose. Il ne le retient pas auprès de lui, il ne fait pas valoir tout de suite son pouvoir absolu (NB 12,72).

 

Dieu et l’homme qui s’interroge sur l’origine

244. Dans toute la nature, la question de l'origine est constamment perceptible et s'impose au chercheur. Il pourrait aussi se faire que lorsque l'homme qui s'interroge se heurte à ce commencement et qu'il l’appelle "Dieu", ce soit déjà une réponse à une question précise que Dieu lui a adressée. Il se peut donc que dans cette révélation de l'origine, qui peut sembler purement scientifique, Dieu ait déjà touché celui qui pose la question d'une étincelle vivante de son être divin réel, de son être spirituel éternel. Il se peut que, sous le prétexte et sous le couvert de cette question d'origine, Dieu ait déjà saisi l'homme d'une saisie qui maintenant devrait être appelée nettement surnaturelle (NB 6,31).

 

245. Supposons que plusieurs chercheurs dans différents pays, s'occupant du même objet, travaillant avec les mêmes méthodes et les mêmes instruments, mais sans aucun rapport avec la culture chrétienne, rencontrent tous le même jour la question du commencement : l'origine de la vie. Tous en arriveraient à la pensée de quelque chose comme Dieu ; l'un l'appellerait Dieu, un autre l'incompréhensible ou la puissance de l'être, etc. Cette rencontre les obligerait tous à s‘engager, tous devraient s'occuper de la question, car leur propre vie est liée à cette cellule primitive. Chacun alors, selon son caractère et son tempérament, se ferait une idée de l'origine et l'honorerait d'une manière ou d'une autre, l'un en l'adorant, un autre en y renonçant, un troisième au contraire en la combattant et en la provoquant, et celui-ci irait peut-être si loin qu'il en arriverait à nier totalement l'origine, pour la provoquer. Chacun se ferait de l'origine l'une ou l'autre "idole", une "image taillée", parce qu'il serait convaincu de l'existence de cette origine, mais il ne reçoit de l'origine aucune indication obligatoire pour son image. Par contre si l'un d'entre eux découvre l’Écriture sainte, s'il apprend à connaître le christianisme, il voit alors que son image n'a nul besoin de se trouver en opposition à ce qui se révèle ici, que lui et les autres chercheurs ont tous un commencement. Il peut par là arriver à la foi (NB 6,33).

 

Dieu fait toujours ce qui est juste

246. Dieu ne désire qu'une chose, c'est qu'on soit de la manière dont il le veut, que toute question soit simplement mise de côté en lui ; il suffit d'être en lui pour trouver la réponse. Si nous avions répondu à ce désir de Dieu, nous aurions pu poser beaucoup de questions, et les questions auraient toujours été justes ; nous ne serions jamais sortis de nos problèmes avec de fausses hypothèses parce que Dieu lui-même aurait été le point de départ et, avec nos questions, nous aurions eu aussi la paix et la certitude que Dieu lui-même nous aurait données. Si nous supposons que Dieu fait toujours ce qui est juste, nous pouvons trouver beaucoup plus facilement les réponses à nos questions (NB 6,35-36).

 

Tout ce que Dieu décide arrive pour le bien de l'homme

247. Un homme peu croyant admet certes que Dieu le voit et l'entend. Il peut être mécontent de Dieu parce que sa volonté propre est pour lui bien établie et que Dieu ne s'y conforme pas. Il peut trouver Dieu "injuste". S'il est un croyant authentique et qu'il lui arrive une souffrance naturelle, il peut poser à Dieu la question du sens de cette souffrance ; mais il n'en restera pas moins soumis : il sait finalement que tout ce que Dieu décide arrive pour le bien de l'homme (NB 5,105).

 

6. Le dessein de Dieu

 

248. L'Esprit qui était présent à la création connaît dès le début le dessein originel de Dieu qui n'a été changé ni par le mal ni par le bien que les hommes ont fait par la suite. Mais pour réaliser le projet originel, le Fils devait rassembler en lui tout le bon et tout le mal du monde et mourir sur la croix en tant qu'homme, nu et abandonné par Dieu (NB 6,549).

 

249. Dans l’Église, chaque appelé a une responsabilité dans le Seigneur, dans l'Esprit, dans la lumière, dans les desseins de Dieu. De faux groupes, de faux ordres ont une faute collective (NB 4,41).

 

250. Saint Jean Eudes : pour lui, l'obéissance aussi bien que le zèle sont tout à fait liés à Dieu. Il obéit à un Dieu dont souvent il ne perce pas les desseins, il est zélé pour un service dont le sens n'est pas clair pour lui. Il doit faire beaucoup de choses, mais tout cela n'est pas totalement clair pour lui. Il obéit comme un enfant, il est zélé comme un enfant, mais ce qu'il construit sur l'ordre de Dieu, ne reçoit jamais dans son esprit la dernière netteté (NB 2,175).

 

251. Un ami d’Adrienne et du P. Balthasar, Robert, est très malade. Réflexion d’Adrienne au P. Balthasar : N’est-ce pas que nous ne voulons pas prier pour la vie de Robert, mais tout confier à Dieu ? S’il veut nous en faire cadeau, ce sera pour nous une joie, mais nous ne voulons pas essayer de prolonger sa vie contre le dessein de Dieu (NB 9, n. 1519).

 

252. Les anges conseillers sont au courant des desseins profonds de Dieu (NB 9, n. 1560).

 

253. Les enfants (innocents) meurent par la puissance maligne d'Hérode et pourtant le sens de leur mort n'est pas épuisé par ce fait. Si Hérode avait pensé avoir atteint le Messie par le premier enfant qu'il a fait massacrer, s'il l'avait atteint de fait, les autres meurtres n'auraient pas eu lieu. Il ne pouvait certes pas atteindre le Seigneur parce que aucun homme ne peut contrecarrer les desseins de Dieu (NB 10, n. 2156).

 

254. Le dessein de Dieu : se communiquer au monde par amour (NB 6,533).

 

255. S'il est vrai que le dessein de Dieu est parfait et que, avec notre existence, nous correspondons à un dessein de Dieu, il doit aussi y avoir une perfection qui nous est destinée, une perfection en devenir parce que nous sommes des êtres en devenir. Et comme nous sommes dans la détresse, Dieu nous envoie son Fils qui reste Dieu tout en étant homme, il lutte avec nos difficultés et en vient à bout, mais il en est tellement harcelé que finalement il meurt sur la croix, et pourtant, tant qu'il était homme, il n'a jamais cessé un seul instant d'être parfait (NB 6,105-106).

 

256. Connaissons-nous vraiment les desseins de Dieu ? (NB 8, n. 163).

 

Le plan de Dieu

257. Le plan de Dieu inclut le monde entier et le monde ne pourra plus jamais sortir de ce plan (NB 5,279).

 

258. On pourrait parler jusqu'à la fin du monde de la sphère de la sainteté qui est celle de Dieu, cela ne servirait à rien parce que l'impénétrabilité fait ici partie du plan de Dieu (1/2,23).

 

259. Quand quelqu’un entre dans l’éternité, au fond il y était déjà éternellement. Il se trouve bien dans le plan de Dieu, il y a son origine, et le plan de Dieu dure depuis l’éternité (NB 9, n. 1714).

 

260. Le premier homme fut placé dans l'existence comme cela correspondait au plan de Dieu, avec la faculté de se développer en direction de Dieu ou en s'éloignant de lui ; il ne lui a pas été demandé s'il voulait être créé. Il est simplement placé là et il est requis de son humilité de le reconnaître (NB 10, n. 2155).

 

Le projet de Dieu sur nous

261. Au ciel, nous serons totalement tels que Dieu nous a projetés. Là il nous aura introduit totalement en lui tandis que maintenant c'est en tant qu'êtres en devenir, en route vers l'éternité, que sa grâce nous est offerte (NB 6,107-108).

 

L’accès à Dieu prévu pour nous

262. Pour chacun : trouver l'accès à Dieu qui est prévu pour lui (NB 2,19).

 

 

7. La grâce de Dieu

 

La grâce unit le monde à Dieu

263. La grâce est une sorte de voie lactée qui se répand du ciel sur la terre et unit le monde à Dieu. Celui qui prie est sur terre, Dieu est au ciel, et la grâce est la distance toujours franchie. Elle va, elle souffle, elle se répand. On ne peut pas préciser le lieu où la grâce quitte l'espace céleste pour entrer dans l'espace terrestre. On peut seulement dire : ici la grâce sort de Dieu le Père, ici tel ou tel saint y collabore, ici se trouve l'homme qui la reçoit. Ce que Dieu fait et ce qui se passe en nous ne peut ni se mesurer ni se comparer (NB 6,61-63).

 

L’atmosphère de grâce qui émane de Dieu

264. Le regard sur l'égalité de nature des personnes nous rappelle Dieu tout entier avec l'atmosphère de grâce qui émane de lui (NB 6,80).

 

La grâce de rencontrer l’absolu de Dieu

265. Quand Dieu, le Très Saint, crée des saints et les forme, il leur ouvre, à partir de points de départ les plus variés, la voie qui mène à lui, dans son absolu, et ils les rend capables par sa grâce de rencontrer ce qui est absolu (NB 2,198).

 

L'offre de la grâce de Dieu est toujours là

266. La décision de Dieu de nous sauver et l'accroissement de notre péché se superposent sans cesse ; sous la garde de Dieu, qui ne veut pas que nous péchions, nous ne cessons de le faire. Nous ne voulons pas ce qu'il veut ; mais nous savons que sa volonté prévaut sur la nôtre. Nous sommes libres, mais nous savons très bien que notre liberté devrait se diriger d'après la volonté divine ; nous nous lions dans le péché, mais nous restons conscients que nous aurions la liberté de ne pas pécher. Il s'ensuit une sorte de course entre la volonté salvatrice de Dieu et notre volonté de pécheur. Dans tous nos excès, l'offre de la grâce de Dieu est toujours là parce que le Christ a fondé son Église pour qu'elle ne cesse de présenter cette offre à l'humanité, de lui présenter dans le temps la volonté supra-temporelle de salut de Dieu qui était présente depuis toujours (NB 6,265).

 

La grâce de Dieu

267. La grâce de Dieu s'offre des manières les plus diverses à ceux qui sont choisis pour l'expérience mystique, mais en tout cas de telle manière que le but premier est une obéissance absolue (NB 5,17).

 

268. Quiconque vit vraiment dans la grâce se trouve dans une relation "sponsale" avec le Seigneur et il a part à la grâce de la Mère de Dieu. L'un peut expérimenter cette grâce de manière mystique, l'autre non ; et pourtant la grâce est essentiellement la même. Les missions sont différentes. A une ouvrière d'usine ou à celle qui vit dans un autre milieu prolétaire Dieu ne donnera pas les mêmes grâces qu'à une religieuse dans un cloître fermé ; et pourtant la mission de l'une n'est pas moins sponsale que celle de l'autre (NB 5,27).

 

269. A la Pentecôte, les apôtres ne reçoivent pas chacun sa grâce, ils reçoivent aussi l'effet de son feu dans les autres. Dieu donne toujours plus que ce qui revient à chacun, il donne d'une manière ecclésiale (NB 10, n. 2153).

 

270. Celui qui est dans la grâce ne veut plus, pour rien au monde, se disperser dans l’infini du péché. Il veut avoir part à la grâce unique et immédiate de Dieu (NB 4,76).

 

271. Saint Jean Eudes et saint Pierre Canisius : ils se sentent devant Dieu comme de petits enfants ; les deux connaissent aussi, dans leurs heures les plus pénibles, la certitude de la grâce et en même temps aussi la certitude de comprendre, dans le cadre des limites que chaque fois Dieu impose à leur esprit (NB 2,175).

 

272. Nos actions, même les plus désespérées, peuvent soudain, par la grâce de Dieu, devenir les plus fécondes (NB 2,140).

 

273. Saint Basile : il implore la grâce de Dieu pour les pécheurs, pour lui-même, pour le monde entier (NB 2,165).

 

274. Marie, la Mère de Jésus, et Marie de Béthanie font toutes deux ce qu'elles peuvent en laissant faire ; les deux ne font qu'ouvrir les écluses pour l'afflux des grâces de Dieu (NB 1/2, 44).

 

275. Pour tout ce qu'il exige, Dieu donne aussi sa grâce (NB 1/2,133).

 

276. La grâce, c'est ce que Dieu tient de lui-même à la disposition des hommes, mais aussi ce que l'homme demande à Dieu (NB 1/2, 156).

 

277. Malgré tout le mystère qui l'entoure et qui se passe en elle, Marie n'oublie pas qu'elle est une créature à qui Dieu montre la force de sa grâce. Dieu la porte dans sa grâce autrement qu'il a porté Ève parce que le Fils veut accomplir avec elle le sacrifice de sa vie parmi nous et de sa mort pour les hommes (NB 1/2, 185).

 

278. Marie occupe une place particulière parmi les saints : elle est celle qui fut si comblée de grâce que Dieu a habité en elle, celle par qui il est devenu homme. Par son oui, elle est intégrée dans le plan de l'incarnation de Dieu, qui est le fondement de l'ancienne comme de la nouvelle Alliance (NB 2,32).

 

279. Une ouvrière d'usine, qui est dans une situation difficile, peut recevoir de Dieu des grâces particulières pour le supporter et rayonner quelque chose. On ne fera peut-être pas d'elle une grande sainte, mais on parlera d'elle dans sa commune et elle sera peut-être ainsi pour beaucoup, discrètement, une lumière et un réconfort (1/2, 232).

 

280. La seule chose qu'on peut toujours mieux établir avec la grâce de Dieu, c'est son propre péché et son indignité (NB 8, n. 64).

 

281. On ne peut pas recevoir une grâce de Dieu et lui demander ensuite : explique-la moi. La grâce est comme telle remplie et on doit se laisser remplir de sa plénitude (NB 9, n. 1724).

 

282. La grâce de Dieu peut être une réponse à la disponibilité générale de l'âme tout entière (NB 12,131).

 

283. Il ne manque rien bien sûr à la grâce de Dieu, ce n’est qu’en moi qu’il manque quelque chose, moi qui ne la laisse pas entrer ! L’accueil de la grâce aussi doit se faire avec la grâce de Dieu (NB 8, n. 260).

 

284. Les grâces de Dieu portent en elles-mêmes leur interprétation. A Dieu qui m'a accordé une grâce, je ne peux pas demander : "S'il te plaît, explique-moi maintenant cette grâce !" La grâce porte en elle son inspiration et sa mission (NB 12,130).

 

C’est sur le priant qu’arrive la grâce

285. C'est toujours tourné vers quelqu'un que Dieu est tourné, vers un priant, c'est sur lui qu'arrive la grâce. Dans la prière, on ne saisit toujours que quelque chose de Dieu mais, dans ce quelque chose, on reçoit la grâce de Dieu tout entière (NB 10,110).

 

Un cadeau de Dieu

286. Souvenir d’Adrienne : « Quand je me rappelle mon enfance ou certaines années de ma jeunesse, chaque minute au fond était un cadeau de Dieu, ou du moins une relation avec lui » (NB 7,250).

 

287. Saint Ignace commence au fond chaque nouvelle tranche de sa vie avec le même enthousiasme. Comme si, chaque fois, il réalisait quelque chose de grand, comme s'il recevait chaque fois de Dieu un cadeau particulier, quelque chose qu'il avait désiré le plus passionnément (NB 11,134).

 

288. Dieu fait aux époux un cadeau merveilleux en les remettant l'un à l'autre (NB 12,60).

 

 

8. Les trois personnes

 

De toute éternité Dieu est trois personnes pour être l'amour

289. De toute éternité Dieu est trois personnes pour être l'amour. Sans doute l'amour pose-t-il des actes mais, pour cela, il lui faut du temps, beaucoup de temps, mais du temps qui ne rend pas les amoureux étrangers l'un à l'autre, au contraire le temps les rapproche toujours plus l'un de l'autre afin qu'ils reçoivent toujours plus pour pouvoir donner plus abondamment. En partant de l'amour, on comprend que Dieu ne veut pas connaître d'autre temps que l'éternité (NB 6,103).

 

La relation des personnes en Dieu est toujours comblée

290. Le Fils qui, de toute éternité et pour toute l'éternité, vit avec le Père en tant que Parole du Père ne perd jamais sa propriété d'être Parole. Pour le Père, le Fils est toujours également digne d'être aimé, toujours également précieux ; entre eux, rien ne s'épuise, rien n'est jamais dépassé, rien de la Parole de Dieu ne perd de sa force. La relation des personnes en Dieu est toujours également comblée, et ainsi la Parole de Dieu, qu'elle soit exprimée ou secrète, est toujours également actuelle, en service, adorante, disponible (NB 6,39).

 

Jamais en Dieu il n'y a deux personnes sans la troisième

291. Au Thabor, les trois disciples qui perçoivent la voix du Père parlant du Fils assistent à une révélation de Dieu Trinité, car pour que la voix sorte de la splendeur, l'Esprit doit être là. C'est toujours l'Esprit qui ménage l'échange entre le Père et le Fils. Jamais en Dieu il n'y a deux personnes sans la troisième (NB 6,94).

 

Le mystère de Dieu Trinité

292. L’Église est une institution publique dans laquelle le Christ a mis le mystère de Dieu Trinité (NB 5,45).

 

293. Une béatitude sans la Trinité n'a rien à voir avec Dieu (NB 4,43).

 

Penser Dieu concrètement : les trois personnes

294. Quiconque pense concrètement "être humain" pense soit à l'homme soit à la femme. Quiconque pense Dieu concrètement pense le Père, le Fils ou l'Esprit (NB 6,96).

 

Imaginer Dieu en lui-même : les trois personnes

295. Nous sommes trop habitués à imaginer Dieu, dans sa plénitude et dans sa grâce, tourné avant tout vers le monde, et nous oublions alors que cette plénitude et cette grâce s’adressent d’abord à Dieu lui-même, se déversent et se comblent constamment en lui-même. Chacune des trois personnes est constamment occupée à combler : elle comble le ciel, la durée, l’adoration, l’amour, la réciprocité et finalement aussi le monde. Mais que le monde soit comblé n’est qu’une chose parmi d’autres (NB 9, n. 1938).

 

 

9. Le Fils

Le Fils et la logique de Dieu

296. Quand le Fils de Dieu s'est incarné, il n'a pas été là tout de suite un homme fait, il a suivi un chemin. Il fut d'abord là dans les promesses, puis dans le sein de sa Mère ; il connut ensuite sa croissance ici-bas, il est allé vers la croix et, par sa mort, jusqu'à l'ascension. Tout son chemin est un chemin logique, bien que cette logique, Dieu seul la connaisse totalement, et il nous en montre quelque chose selon qu'il lui semble bon (NB 5,193-194).

 

Mieux connaître Dieu par le Fils 

297. Le Fils de Dieu est devenu homme afin que par ce qu'il a d'humain nous apprenions à mieux connaître Dieu. L'image de Dieu en Israël était celle d'un Dieu unique ; dans son passage au Nouveau Testament, cette image prend les traits beaucoup plus précis de Dieu Trinité ; par le Nouveau Testament nous sommes initiés à une connaissance plus profonde de Dieu. Bien des paroles des prophètes semblent en être restées à un niveau de compréhension de Dieu qui ne correspond plus à notre foi néotestamentaire et ne lui permet guère de s'enrichir parce qu'il leur manque le visage du Christ. Ce n'est que la foi néotestamentaire qui donnera à ces paroles leur plénitude. D'autres paroles de l'Ancien Testament sont déjà en route vers cette plénitude (NB 6,97).

 

Le Fils renvoie au Père

298. Pour nous approcher du Père dans la foi, nous devons partir de la parole de Dieu : parole de l'Ancien Testament qui parvient à son sommet dans le Fils. Et de même que nous devons considérer les paroles de l'Ancien Testament comme agrandies, dilatées, dépassées par le Fils, de même toutes les paroles humaines du Fils sont ouvertes sur l'infiniment plus grand de Dieu. Le Fils renvoie au Père. Nous avons les concepts humains de paternité et de filiation, mais nous ne pouvons les employer que comme des indices du mystère de Dieu. Le Fils lui-même désire cette application, il veut nous mettre sur le chemin du Père (NB 6,79).

 

L’absolue vérité de Dieu dans les paroles du Fils

299. Ici-bas le Fils ne parlera pas autrement qu'en conversation avec Dieu et pour le glorifier. Chaque parole qu'il exprime tire toute sa substance de la Parole qu'il est ; elle est remplie de l'absolue vérité de Dieu (NB 6,157).

 

Par le Fils, notre temps est devenu la demeure de Dieu

300. Par l'incarnation du Fils, notre temps est devenu la demeure de Dieu, le temps éternel s'est déversé dans notre temps ; et puisque le Fils est retourné au ciel, il a emmené avec lui notre temps dans le temps éternel (NB 10, n. 2177).

 

La révélation de Dieu par le Fils

301. Nous n'avons pas d'instinct naturel pour la révélation surnaturelle de Dieu dans le Christ. C’est l'Esprit en nous qui entreprend en quelque sorte la révélation de toute la Trinité (NB 10, n. 2054).


 

302. Le but du Fils : éveiller chez les hommes de l'intérêt pour Dieu (NB 6,158).

 

Le Fils veut nous introduire dans le mystère de Dieu

303. Le Christ veut nous introduire dans le mystère de la Trinité de Dieu. "Qui me voit voit le Père" et "Personne ne va au Père sans passer par moi". Certes le divin s'est tellement approché de nous dans le Fils de l'homme que nous sommes enclins à oublier la divinité du Fils au sein de la Trinité. Maintes formes de notre prière sont presque des familiarités bien souvent, elles ne regardent pas la majesté divine infinie, elles sont un produit de notre imagination et de nos pieux désirs (NB 6,116).

 

Le Fils invite les croyants à se mouvoir avec naturel dans le monde de Dieu

304. Le Fils invitera les croyants à rester comme des enfants devant le Père. Ils ne doivent pas constamment se poser des questions et souligner leur indignité, mais recevoir simplement et comme des enfants la conscience d'être des enfants de Dieu. Ils doivent se mouvoir avec naturel dans le monde de Dieu et ne pas mettre constamment des limites dans leur prière, parler de leur impuissance, de leur inclination au péché ou d'y penser. Même s'ils gardent quelque part le sentiment de leur tendance au péché et donc de leur indignité, il leur est quand même permis de recevoir avec gratitude le don de leur dignité d'enfant devant Dieu (NB 6,165).

 

Dieu dépose le Fils dans le sein de Marie

305. Dans l'incarnation, le ciel et la terre se rencontrent. Le Fils a besoin pour cela d'une aide humaine, sa Mère. Dieu le dépose dans son sein et elle devient un symbole de l'humanité qui accueille le Fils. Et en même temps le symbole de l'humanité qui est adoptée par le Fils. Elle est la créature qui est disposée à apporter sa contribution à l'incarnation de Dieu et qui reconnaît ici-bas le Fils comme Dieu (NB 6,183).

 

Dieu se penche sur nous : le Fils

306. Le Fils, en tant qu'incarné, nous montre la grandeur de l'amour de Dieu, à quel point il se penche sur nous (NB 6,185).

 

S’engager vraiment vers Dieu par le Fils

307. Sur la croix, le Fils de Dieu porte le péché de tous ceux qui ne veulent pas s'engager vraiment vers Dieu (NB 6,262).

 

Dieu a choisi la souffrance du Fils pour nous montrer son amour

308. En regardant la souffrance du Seigneur sur la croix, nous apprenons que la souffrance sur la croix est l'expression de l'amour intra-divin. Dieu a choisi cette expression pour nous montrer le mystère de son amour ; pour pouvoir se révéler, l'amour souffre (NB 9,329).

 

309. Plus j'ai à m'occuper profondément des choses de Dieu, plus je dois me tenir humblement devant la croix (NB 4,227).

 

310. Il est impossible de servir de manière confortable un Dieu qui, pour nous, s’est rendu la vie si inconfortable (NB 9, n. 1721).

 

311. La foi nous dit : "C'est pour toi que Dieu est entré dans la souffrance". Dieu a souffert du péché pour les pécheurs (NB 6,359).

 

Le Fils est le fondement posé par Dieu

312. Le Christ est le fondement posé par Dieu lui-même de manière définitive ; c'est suivant ce fondement que nous devons concevoir notre construction, notre vie personnelle, et il n'y a de vie véritable que si elle s'accorde avec le fondement. Ainsi le Christ, en tant que fondement, est juge des vivants et des morts ; en construisant, nous remettons à son jugement notre vie et notre mort. Dans tout ce que nous construisons durant notre vie, il y a une relation au fondement ; tout ce que nous construisons aboutit à son tribunal. Il n'est aucun instant qui n'ait ce jugement à l'arrière-plan de même qu'il n'en est aucun qui n'ait à l'arrière-plan la mort (NB 6,319-320).

 

Le Fils ouvre une porte sur la vérité de Dieu

313. En chacune des circonstances de sa vie, le Fils ouvre une porte sur la vérité de Dieu Trinité (NB 6,433).

 

Dieu est devenu homme

314. Il y a le mystère que Dieu soit devenu homme. Celui qui est devenu homme ne cesse pas d'être Dieu (NB 6,479).

 

315. Il n'est pas facile de se représenter que Dieu est devenu totalement homme (NB 6,491).

 

L’incarnation du Fils de Dieu : pour que Dieu devienne pour nous une réalité

316. L’existence historique du Fils de Dieu dans le temps est là pour nous montrer sa réalité éternelle. Nous n'étions plus sensibles à la réalité et à la vérité cachées en Dieu, sa Parole devint donc chair pour que Dieu devienne à nouveau pour nous une réalité (NB 6,497).

 

Dieu reste au milieu de nous

317. Il y a dans l'incarnation une promesse de l'eucharistie, la promesse que Dieu reste au milieu de nous (NB 6,529).

 

Le Fils est venu pour planter en l’homme la semence de Dieu

318. Le Fils va devenir homme, il apprendra ainsi à connaître la nature et le mode de pensée des hommes, leurs désirs, les limites de leur intelligence, leur humeur, les points d'ancrage en eux pour la foi ; en tant qu'homme il agira sur les hommes et il pourra ainsi planter en eux la semence de Dieu pour qu'elle lève (NB 6,558).

 

La révélation de Dieu par le Fils

319. Dans la nouvelle Alliance, du fait de la révélation de Dieu par le Fils, le monde de Dieu est presque comme un monde connu dans lequel on ne cesse de pénétrer plus profondément (NB 5,51).

 

L’expérience de Dieu par le Fils

320. Le Christ concentre en lui toutes les expériences de Dieu faites ici-bas avant lui et la somme de toutes les expériences chrétiennes qui suivront (NB 5,53).

 

Voir Dieu dans le Fils incarné

321. Dans l'ancienne Alliance, la connaissance de Dieu authentique et profonde était rare, isolée. Dans la nouvelle Alliance, ce n'est pas seulement le mystique qui voit Dieu dans le Fils incarné, c'est l’Église en tant que telle. Son savoir est sûr même si humainement elle peut encore beaucoup se tromper dans le détail (NB 5,54).

 

Par le Fils, Dieu s’est fait tout proche de nous

322. Le grand mystère de l'incarnation de Dieu : c'est par amour que Dieu s'est fait si proche de nous les hommes (NB 2,162).

 

Le Fils a libre accès à notre existence

323. Le Ressuscité arrive les portes fermées. On remarque maintenant que son corps, son lieu, ses déplacements ne sont plus soumis aux lois de notre monde : il a changé de condition par rapport à notre temps. Auparavant nous aurions pu fermer nos portes pour nous protéger de lui, maintenant nous ne le pouvons plus, il entre dans notre espace, il fait irruption dans notre temps avec son temps à lui. Dieu a maintenant libre accès à notre existence ; il n'y a plus de souci à avoir : notre fin lui appartient (NB 6,70).

 

L’incarnation : un mouvement du ciel vers la terre

324. Sens de l’Épiphanie. L'incarnation est un mouvement du ciel vers la terre ; Marie est le lieu où ce mouvement s'arrête un instant, l'auberge accueillante où le Fils passe ses années cachées. Les rois qui viennent l'adorer sont le début d'un mouvement opposé, du monde vers le Seigneur et, par lui, vers le Père, qui ne cesse de s'étendre. Les rois sont ainsi, pour le Fils, la preuve que ça a réussi pour Dieu de se rendre visible dans un homme. C'est une première reconnaissance, autre que celle de la Mère (NB 10, n. 2159).

 

Le Fils veut apporter le monde à Dieu et Dieu au monde

325. Marie se donne totalement à Dieu, mais dans ce don est contenu le don d'elle-même aux hommes. Son double don d'elle-même à Dieu et au prochain imite, dans la mesure où c'est possible, le double don de soi du Fils qui, en tant que Rédempteur, veut apporter le monde à Dieu et Dieu au monde (NB 10, n. 2291).

 

Le Fils veut ramener le monde à Dieu

326. Par sa mort et sa résurrection, le Fils va rechercher fondamentalement le monde pour le ramener à Dieu ( NB 10, n. 2292).

 

La vie du Fils sur terre, sa mort, sa résurrection : une œuvre de Dieu

327. Le Fils a livré tout ce qu'il avait : il a déposé sa divinité dans les souffrances, il a rendu l'Esprit au Père, il s'est défait de son humanité dans la mort. En ressuscitant, il montre que tout cela était une œuvre de Dieu (NB 6,95).

 

Par le Fils, une certaine idée de Dieu

328. L'incarnation est précieuse comme possibilité d'interpréter Dieu ; son sens est de nous donner une occasion de nous faire une idée de Dieu (NB 11,237).

 

La langue de Dieu : la croix

329. Apprendre la langue de Dieu, qui est la langue de la croix du Seigneur (NB 11,250).

 

 

10. Dieu se révèle

Dieu nous invite chez lui

330. Dieu ne veut pas rester dans une solitude éternelle, il nous invite chez lui (NB 10, n. 2274).

 

Dieu a donné aux hommes de participer à sa vie divine

331. Dieu a créé les premiers humains en un lieu de ce monde, mais en même temps il les a fait participer à sa vie divine de l'amour trinitaire. Il se promenait dans le paradis, donc en un lieu du monde, et il donna aux hommes des sens pour le voir et comprendre sa présence et sa parole (NB 5,48).

 

Des dons célestes que Dieu veut partager

332. L'Esprit est ici-bas le médiateur des dons célestes que Dieu possède et crée pour nous, et qu'il veut partager. Ce n'est jamais la divinité qu'il partage, ce sont ses attributs qui ne perdent rien de leur origine divine en étant transmis, mais qui le font venir en nous pour qu'il agisse (NB 6,442).

 

Le but originel de Dieu : faire participer les hommes au dialogue trinitaire

333. Toute l'organisation du salut par Dieu - incarnation du Fils, vocation des apôtres, envoi de l'Esprit, fondation de l’Église, organisation des formes d'ordres - est clairement destinée au but originel de Dieu : faire participer les hommes au dialogue trinitaire (NB 6,546-547).

 

Les idoles, première étape vers la reconnaissance du Dieu vivant

334. Les dieux des païens sont une preuve qu'il existe une connaissance naturelle de Dieu, mais ils révèlent en même temps les impasses où s'engage cette connaissance si elle reste en dehors de la révélation centrale de Dieu. Mais si le Dieu vivant se révèle dans l'histoire d'Israël et dans le Christ et dans toutes les voies du salut qui s'y rattachent, il montre ainsi qu'une révélation "naturelle" ne suffit pas à l'homme. Elle peut être une première impulsion, une chiquenaude qui met tout en branle ; mais s'il n'y avait rien de plus, l'homme, très vite, mettrait à nouveau à la place de Dieu ses propres images, des images de lui-même. Les idoles sont le signe évident que l'homme sait que Dieu s'est réservé son lieu, mais il sait aussi qu'il est incapable de garder libre pour Dieu cette place. La connaissance naturelle de Dieu peut le conduire jusqu'au point où la connaissance surnaturelle doit commencer si cela doit rester authentique (NB 6,32-33).

 

Dieu veut offrir au monde ses mystères divins

335. C'est dans son éternité que Dieu a prévu de donner au monde qu'il allait créer les mystères de ses échanges divins (NB 5,22).

 

Dieu peut ouvrir son infinité

336. Toute parole de Dieu participe à son infinité, il peut aussi ouvrir son infinité de telle sorte que nos propres paroles peuvent en manifester quelque chose (NB 5,30).

 

Dieu utilise comme il le veut la parole dite en son nom

337. Celui qui, dans un dessein d'apostolat, dit une parole de foi ne sait jamais exactement comment cette parole sera reçue. Il prie pour qu'il la dise comme il faut et qu'elle soit reçue comme il faut et qu'elle agisse selon la volonté de Dieu. Mais même si la parole qu'il dit est pour lui tout à fait objective et claire, elle est rarement utilisée par Dieu pour agir selon l'idée limitée que s'en faisait celui qui l'a dite. Cette parole est donc chargée d'un contenu que Dieu lui donne ; elle agit dans l'auditeur autrement qu'on ne s'y attendait, elle sera peut-être utilisée pour servir de base à d'autres mots et pour comprendre d'autres choses (NB 5,213).

 

La langue de Dieu. Dieu peut ouvrir le ciel à un enfant

338. Comment peut-on faire comprendre aux gens qu’ils doivent grandir dans la prière ? C’est comme pour une langue étrangère : on enseigne à l’élève mot après mot la langue de Dieu et des saints. Et tout d’un coup il parle cette langue couramment. Mais ceci n’est possible que si on lui enseigne très clairement les rudiments. Dans une relation de moi à toi. L’élève entend aussi comment le professeur parle la langue avec d’autres, il écoute et il acquiert de l’aisance. Le professeur peut être Dieu lui-même ou la Mère de Dieu ou un prêtre. Ce n’est pas nécessairement une personne humaine. Dieu peut ouvrir le ciel à un enfant (NB 9, n. 1945).

 

Le langage de Dieu

339. Par l’Esprit, Marie a comme été rendue réceptive au langage de Dieu (NB 9, n. 2017).

 

Dieu est libre de se communiquer comme il veut

340. Dieu est libre de se communiquer de manière mystique à un humain avant qu'il ait reçu le baptême. C'est ainsi que Paul entend la voix et voit la lumière, et il n'est baptisé qu'après ; dans les Actes des apôtres, d'autres reçoivent l'Esprit Saint comme le signe qu'ils doivent être baptisés. La mystique appelle le baptême (NB 5,139).

 

La Parole de Dieu s'adresse aux hommes

341. Que dans le Dieu éternel il y ait une Parole est l'expression de l'amour en Dieu : la Parole est engendrée dans l'amour, il lui est répondu dans l'amour, elle sert à l'échange de l'amour trinitaire. Ce que le Fils fait au ciel en tant que Parole, il continuera à le faire sur terre en devenant homme, d'une manière adaptée aux hommes. Mais maintenant c'est réellement la Parole de Dieu qui en lui s'adresse aux hommes, qui s'exprime, que nous accueillons comme Parole de Dieu et à laquelle nous répondons quand nous prions, quand nous vivons par elle (NB 6,21).

 

La correspondance entre Dieu et l’homme

342. Il y a entre l'homme et Dieu une sorte de correspondance (NB 6,429).

 

Dieu doit mesurer sa révélation à l’homme

343. Dieu ne peut pas se permettre de faire exploser l'être humain avec ses forces divines, il doit mesurer sa révélation à l'homme (NB 4,404).

 

344. Les innombrables paroles de Dieu sont nécessaires pour éveiller un écho dans l'âme (NB 12,46).

 

La révélation de la vérité de Dieu

345. La "Révélation" est la vérité de Dieu et ce qu'il enseigne au monde. Elle reste sommaire à bien des égards, elle ne remplit pas tous les coins du domaine spirituel. La "mystique" dans l’Église peut développer bien des points qui à l'origine ne sont qu'esquissés. Le critère principal de l’authenticité de la mystique est qu'elle rende plus vivant le contenu de la révélation (NB 5,34-35).

 

Toute révélation naturelle de Dieu est un aspect de sa révélation surnaturelle

346. Il ne peut pas y avoir de révélation naturelle de Dieu qui ne serait pas un aspect de sa révélation surnaturelle. On peut considérer la création comme un tout composé d'êtres purement naturels, mais tous, par eux-mêmes, en tant qu'images et signes de Dieu, renvoient au-delà de leur nature. Chaque plante, chaque pierre. Dans quelle mesure l'homme, avec sa raison naturelle, est capable de lire ce langage des signes est une autre question (NB 6,29).

 

La volonté fondamentale de Dieu est de se faire connaître, déjà dans la création

347. On ne peut pas dire que la création en tant qu'acte de Dieu est une affaire naturelle ; car derrière elle se trouve la volonté libre et puissante de Dieu de se révéler lui-même. Et dans toute la création - en dehors de l'homme comme en lui-même - cette volonté de Dieu de se faire connaître jusqu'en ses profonds mystères intérieurs apparaît cachée et pourtant évidente. Quand Dieu se révèle à Adam au paradis et plus tard au peuple d'Israël et finalement à tous les hommes dans le Christ, c'est sans doute quelque chose de nouveau, mais ce nouveau aussi correspond à la volonté fondamentale de Dieu, qui est une et la même, de se faire connaître et de se communiquer (NB 6,31).

 

Dieu s’exprime

348. Le Fils est la Parole du Père : en lui Dieu s'exprime (NB 6,37).

 

Le contenu divin de la parole de Dieu est au-dessus de ce que nous en comprenons

349. Nous avons une idée de l'être des choses, et même de la parole de Dieu, mais nous ne pouvons ni la saisir, ni la décrire, ni l'assimiler. Plus une vérité est en Dieu, plus elle est élevée, plus elle lui appartient, moins nous pouvons la comprendre. Le ciel de Dieu, tel qu'il est réellement, est aussi élevé au-dessus de nos représentations de son ciel que le contenu divin de la parole de Dieu est au-dessus de ce que nous en comprenons (NB 6,40).

 

Dieu se voile ou se dévoile

350. Le chrétien sait par la foi que Dieu est Père, Fils et Esprit. Les théologiens essaient une foule de définitions et aucune cependant ne convient réellement. Pour chaque personne ils énoncent des propositions qui sont exactes, et qui cependant ne le sont pas, parce que les personnes sont les unes dans les autres en une seule nature et elles ont tout en commun. Dans le ciel non plus on ne pénètre pas directement dans le mystère de Dieu. On ne peut pas dire au fond que Dieu se voile ou se dévoile. Qu'il se dévoile, cela veut dire très souvent qu'il répand sa lumière, quelque chose de son savoir ou de sa décision sur les êtres. Ils se trouvent maintenant dans cette lumière et ils la reflètent. Ils sont à chaque fois ce que Dieu veut. En tout cas il leur donne sa lumière afin qu'on doive penser à Dieu quand on les rencontre (NB 6,65).

 

Les anges, intermédiaires entre Dieu et l’homme

351. Les anges servent d'intermédiaires de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu, et il est impossible de marginaliser leurs missions (NB 6,45).

 

Dieu se révèle par ses saints

352. Dieu Trinité se sert d'un saint pour se révéler ici-bas de manière plus évidente. Et le Fils de Dieu est le saint par excellence (NB 6,95).

 

Dieu se sert de tout pour se révéler

353. La vie est une belle journée en Dieu malgré tout ce qu'il y a en elle de laborieux, parce que Dieu se sert de tout pour se révéler (NB 10, n. 2135).

 

Le Fils s’exprime par l’Eglise

354. Le Fils qui est devenu homme est vivant, il ne peut s’exprimer que par une Église vivante. Tous les vrais saints sont l’expression de l’incarnation de Dieu (NB 9, n. 1794).

 

Dieu ne cesse de se révéler

355. Dieu ne cesse dans toute l’éternité de se révéler et de se donner (NB 9, n. 2023).

 

356. Dieu est infini et il veut révéler à ceux qui s'aiment des traits toujours nouveaux de son amour (NB 12,106).

 

La puissance d'imagination de Dieu pour se révéler dans l’Eglise

357. Dieu aime tellement le monde qu'il veut toujours lui montrer de nouveaux visages de son amour. Il le fait aussi tout au long des siècles chrétiens bien que tout soit déjà contenu dans la Bible. Tout y est, mais personne ne connaît toute la plénitude de l’Écriture. Lourdes aussi y était contenu sans que quelqu'un ait pu s'en douter. La petite Thérèse aussi, qui nous montre son quotidien et sa petite voie et ouvre par là une vue nouvelle sur l'amour de Dieu. Le curé d'Ars aussi, qui nous montre comme pour la première fois ce qu'est la confession. Il la débarrasse du dégoût des chrétiens et en fait une révélation rayonnante de l'Esprit Saint. La puissance d'imagination de Dieu est constamment à l’œuvre pour arracher l’Église à son embourgeoisement (NB 5,234).

 

Le lieu où Dieu habite : l’Eglise

358. L’Église est le lieu où Dieu habite particulièrement dans le monde (NB 5,151).

 

Dieu demeure dans le monde. LÉglise

359. L’Église est le lieu où, par Jésus Christ, Dieu demeure dans le monde : aussi bien dans la communauté que dans l'individu. La plénitude de l’Église serait que toutes les créatures se tiennent devant Dieu. Les vrais chrétiens se tiennent ouverts devant Dieu, réceptifs à son Esprit, attentifs à ses directives. Également vis-à-vis des autres, ils se tiennent ouverts et prêts à vivre en communion avec eux. Dans cette situation, ils sont aussi bien milieu que passage : milieu en tant qu'ils donnent Dieu au monde et les hommes à Dieu par l’Église ; passage, puisqu'ils transmettent aux hommes qui ne croient pas encore le milieu qui est Jésus Christ et qu'ils portent devant Dieu les préoccupations de l'humanité (NB 6,466).

 

360. C'est justement là où est l’Église que Dieu est le plus (NB 1/2, 259).

 

Devoir de l’Église : rendre aussi purement que possible l'image de Dieu

361. Tout ce que Dieu fait vit de son sens, de sa vérité, de son être. L’Église est vraie dans la mesure où elle accueille sa vérité. Moins elle s'occupe d'elle-même, plus elle est perméable à l'action et au sens de Dieu, plus elle devient le miroir de Dieu. Elle n'a pas besoin de se faire une image d'elle-même ; en tant que miroir, elle doit seulement rendre aussi purement que possible l'image de Dieu (NB 6,494).

 

Donner à l’Église une impulsion vers Dieu

362. Si l’Église était comme elle devrait être, chaque saint aurait le pouvoir de donner à l’Église une impulsion vers Dieu(NB 4,455).

 

L’Église. Le jardin de Dieu. L’entretien avec Dieu

363. Henri de Nördlingen (+ après 1379) : en dirigeant les âmes, il se laisse en même temps diriger parce que, en chaque âme qu'il dirige, il voit une âme tournée vers Dieu, qui livre sans bruit les mystères que Dieu lui confie et les transmet à lui, le directeur, afin que ce qui lui est confié soit utile à l’Église. Il a une grande vénération pour les âmes : il les aime et il voit en elles le jardin de Dieu qu'il doit en quelque sorte arroser pour pouvoir en cueillir les différentes fleurs et les porter à d'autres. Partout où Dieu est aimé, il voit l’Église et il voudrait qu'elle se développe, qu'elle atteigne son plein accomplissement. Il voit la plus haute vérité dans l'amour et le plus haut amour dans l'entretien avec Dieu (NB 1/1, 101-102).

 

La beauté doit révéler Dieu

364. L'être humain est comme ébloui par la beauté de la forme de l'autre sexe : elle doit lui révéler Dieu (NB 12,147).

 

Comment Dieu se révèle

365. Peu importe que l'éternel se voile ou se dévoile davantage dans une action particulière, Dieu agit toujours pour que ce soit le mieux pour notre salut. Un peu comme il en est pour les amoureux : peu importe qu'ils soient habillés ou déshabillés, à moitié ou totalement, l'amour n'est pas moindre dans un cas que dans l'autre (NB 6,99).

 

366. Plus nous sommes innocents, plus grande est notre ouverture à tous les modes de révélation de Dieu et des choses célestes. Dieu a différentes manières de se faire connaître et il peut arriver au même but de différentes façons. Il est important de le savoir afin qu'on ne s'attache pas à une manière plutôt qu'à une autre. Ce que Dieu donne et la manière dont il le donne est toujours ce qu'il y a de mieux (NB 5,189-190).

 

367. Même la révélation la plus simple (saint François avec ses oiseaux) doit nous conduire à Dieu et nous faire souvenir de lui (NB 4,371).

 

Entendre la voix de Dieu : les prophètes

368. Les prophètes entendaient la voix de Dieu de telle sorte qu'ils comprenaient, dans un domaine déterminé, de quoi il s'agissait, et ils pouvaient aussi l'exprimer. Ce qu'ils disent laisse entendre leur étonnement d'avoir été choisis pour entendre et transmettre ; même quand ils étaient convaincus qu'une parole leur avait bien été adressée, elle n'avait cependant jamais cessé de les surprendre eux-mêmes ; il y avait en elle des dimensions entières qui n'appartenaient qu'à Dieu et qui leur restaient inaccessibles (NB 5,65).

 

L’ancienne Alliance

369. Dans l’ancienne Alliance, Dieu prépare la rédemption non seulement par des mots qui descendent du ciel, mais tout autant par des actes d'hommes, par des signes avant-coureurs, des préparations, de petits événements qui portent la signature de Dieu et révèlent ses plans et ses chemins (NB 1/2, 168).

 

L’Ancien Testament : quelques voix isolées en provenance du monde de Dieu

370. Avant l'incarnation, l'homme pécheur était trop faible pour se détacher efficacement du péché. Dans l'Ancien Testament, il avait sans doute la promesse et la Loi, mais la grâce n'avait pas encore la pleine réalité présente que possédaient le monde terrestre, le péché et la tentation. Quelques voix isolées se faisaient entendre en provenance du monde de Dieu par la tradition et par les prophètes. Mais l'effort pour mettre un terme à la désunion entre Dieu et le monde des hommes dépassait les forces de l'homme. En devenant homme, le Fils a surmonté la distance (NB 6,115).

 

Quand un prophète entend la voix de Dieu

371. Les prophètes obéissent à la Loi, cela va de soi pour les Juifs. Mais quand un prophète entend la voix de Dieu et reçoit une mission, son devoir d'obéissance reçoit un tout autre visage. Son obéissance devient personnelle, elle est difficile à faire comprendre aux autres, étant donné qu'elle l'oblige d'abord lui-même. Il peut la reconnaître tout de suite ou rester longtemps incertain ou se défendre avec entêtement jusqu'au moment où il se soumet. Mais l'obéissance du prophète le dépasse toujours lui-même. Que le Dieu juste puisse trop en demander est, pour chaque prophète, presque incompréhensible et souvent insupportable. Car en tant que Juif croyant, il essaie au moins, dans sa fidélité personnelle à la Loi, dans ses obligations de prière et dans ses obligations rituelles, d'observer la juste mesure entre Dieu et l'homme, entre l'exigence et la pratique. Il sait certes que Dieu est infiniment plus grand et plus puissant que lui, qu'il voit beaucoup plus loin ; mais le pacte d'alliance, il semble pourtant d'une certaine manière qu'on peut en faire le tou ; Dieu apparaît comme le partenaire qui doit, tout comme l'homme, s'en tenir aux clauses du contrat, et qu'on aurait pour ainsi dire le droit de l'avertir au cas où il semblerait oublier une clause (NB 6,167).

 

Discuter avec Dieu dans l’Ancien Testament

372. Dans l’Ancien Testament, une certaine discussion des prophètes avec Dieu est pardonnée qui n'est plus permise quand on suit le Christ. Parce que, dans l'ancienne Alliance, Dieu apparaît comme un partenaire qui se trouve en vis-à-vis, il concède que le prophète se comprenne aussi comme un partenaire et discute avec Dieu. Des explosions de rébellion, une conduite hésitante, même la désobéissance restent souvent impunies, pour mettre finalement en évidence la plénitude de la grâce qui sera offerte aux chrétiens (NB 6,168).

 

Dans l’Ancien Testament, Dieu renoue des liens avec les hommes

373. Dans l'ancienne Alliance, Dieu renoue des liens avec les hommes, et d'abord par la foi (NB 5,48).

 

374. Dans l'ancienne Alliance, pour toute extension de la foi, Dieu intervient lui-même par une révélation nouvelle. En revenant avec les tables de la Loi, Moïse apporte la volonté de Dieu comme il l'a apprise, avec des précisions et des dimensions nouvelles. L'homme a davantage part à Dieu et on exige davantage de lui (NB 5,67-68).

 

375. Toute parole de Dieu stimule et ouvre (NB 5,188).

 

Nouvelle Alliance : Dieu est entré dans notre temps

376. Par la nouvelle Alliance Dieu est entré dans notre temps et l'a adapté à son éternité (NB 10, n. 2177).

 

De l’Ancien au Nouveau Testament : apprendre à mieux connaître Dieu par le Fils

377. Le Fils de Dieu est devenu homme afin que par ce qu'il a d'humain nous apprenions à mieux connaître Dieu. L'image de Dieu en Israël était celle d'un Dieu unique ; dans son passage au Nouveau Testament, cette image prend les traits beaucoup plus précis de Dieu Trinité ; par le Nouveau Testament nous sommes initiés à une connaissance plus profonde de Dieu. Bien des paroles des prophètes semblent en être restées à un niveau de compréhension de Dieu qui ne correspond plus à notre foi néotestamentaire et ne lui permet guère de s'enrichir parce qu'il leur manque le visage du Christ. Ce n'est que la foi néotestamentaire qui donnera à ces paroles leur plénitude. D'autres paroles de l'Ancien Testament sont déjà en route vers cette plénitude (NB 6,97).

 

Les apôtres reçoivent un cadeau qui vient de Dieu 

378. Les apôtres sont des croyants qui tout d'un coup, d'un ciel serein, reçoivent un cadeau qui les comble, dont Dieu seul est l'origine. Ils ne reçoivent pas ce don selon leurs mérites ou leurs efforts, mais sans conditions. Ce n'est pas non plus leur personnalité propre qui fait l'expérience d'un complément ou d'une surélévation, tout l'accent est mis sur l'intervention de Dieu (NB 5,145).

 

Comprendre ce que Dieu a fait depuis Adam

379. Ce n'est que l'enseignement chrétien qui ouvre au pécheur, par un regard rétrospectif, la compréhension de ce que Dieu a fait depuis Adam et dans l'ancienne Alliance pour préparer la rédemption par le Christ et la rendre possible (NB 12,155).

 

La "Révélation" : une entreprise de Dieu

380. La "Révélation" est une entreprise de Dieu contre le péché. Dans l'ancienne Alliance, le monde est retenu dans sa chute loin de Dieu et ensuite, dans la nouvelle Alliance, il est ramené au Père par le Christ. Il rattrape la boule qui roulait en suivant les lois de la pesanteur du péché et il la rapporte au Père. Mais le monde - chose curieuse, justement aussi en tant qu’Église - auquel la révélation de Dieu a déjà été adressée fait la tentative d'échapper à nouveau à tout prix aux mains de Dieu (NB 5,71).

 

Dieu nous ouvre l’éternel

381. Si, au cours du temps, Dieu ne cesse de rendre visible de manière neuve l'ouverture sur l'éternel, c'est parce qu'il connaît notre inconstance et la force d'attraction qu'exerce sur nous tout ce qui est frais. Mais quand il s'agit de la force d'attraction de l'éternel sur l'éphémère, nous devrions comprendre que rien n'est obtenu avec un bref enthousiasme, mais seulement avec une persévérance dans le temps face à l'éternité qui persiste au-delà de tous les temps, une persistance qui devient nécessairement un accueil toujours nouveau de l'éternité dans le temps (NB 10, n. 2177).

 

Une manière pour Dieu de s’exprimer

382. Une apparition de la Mère de Dieu est pour Dieu une manière de s'exprimer (NB 5,185).

 

Dieu communique à chacun ce qu'il veut

383. Celui qui renonce librement au mariage afin d'être vierge pour Dieu sait qu'il aura part aux mystères de Dieu dans une plus large mesure. D'une manière à laquelle il peut sans doute se préparer en se mettant totalement à la disposition de Dieu, mais que Dieu réalisera totalement comme bon lui semblera. Dieu communique à chacun ce qu'il veut mais, dans ce qu'il communique, il y a aussi des allusions à ce qui n'est pas communiqué, à ce que Dieu ne donne qu'à pressentir et dont il omet de parler afin que le croyant sache qu'il existe un mystère auquel il n'a pas accès (NB 5,20).

 

384. Dieu a offert aux hommes la foi, l'espérance et l'amour (NB 6,188).

 

Les fleurs parlent de Dieu

385. Adrienne : « C’est l’époque (13 septembre) où les patients apportent des fleurs de leurs jardins, de toutes sortes, de toutes couleurs ; j’en ai des quantités, et hier j’ai passé un long moment à les arranger ; la pièce est magnifique ; j’ai retiré la plupart des tableaux pour n’avoir que les fleurs ; également des roses magnifiques dans un vase en cuivre ; souvent il me semble que les fleurs parlent si clairement de Dieu » (NB 8, n. 179).

 

386. Dieu nous est ouvert pour que nous nous élevions en lui (NB 12,107).

 

387. Rôle de l’Esprit : adapter le monde à Dieu (NB 6,399).

 

La mystique : Dieu se révèle

388. Le mystique voit Dieu qui se penche, Dieu qui se révèle (NB 2,76).

 

389. Toute expérience mystique authentique est une réponse à une offre de Dieu de faire connaître quelque chose de nouveau, de plus profond, du mystère caché de son amour (NB 5,77).

 

390. Parce que le Seigneur a confié l’Église aux hommes et que les hommes restent pécheurs, il doit donner à cette Église une vie constamment jaillissante. Une vie donc qui se dérobe aux idées des hommes. C'est ici que la mystique chrétienne est un cadeau à l’Église, un don qui échappe à toute mainmise, que Dieu distribue librement à ceux qu'il a choisis pour cela. La vie mystique est un plus qui est donné, une surabondance qui est soustraite au péché, soustraite à la finitude, soustraite à l'éphémère, mais qui est pourtant distribuée dans le fini et l'éphémère pour que l'infini et l'éternité rayonnent pour la foi d'une lumière nouvelle (NB 5,73).

 

391. L’Église ne peut pas sombrer. Cependant si la somme des péchés dépasse un certain seuil (qui n'est jamais humainement mesurable, Dieu seul le connaît), l’Église risque d'être soumise à nouveau aux lois de la pesanteur, c'est un combat pour sa survie qui s'engage. Dieu fait intervenir ici les éclairs de la mystique, Dieu intervient avec le contrepoids de la mystique (NB 5,71).

 

392. L'extase des mystiques est donnée par Dieu pour que son bénéficiaire ait part à quelque chose de la nature divine que Dieu désire communiquer. La manière dont est uni à Dieu celui qui qui se trouve en extase est totalement réglée par Dieu. Il choisit les hommes, il leur donne la disponibilité de l’obéissance pour accepter de lui tout ce qu'il veut donner, même si c'est lié, absolument et en tout premier lieu, à une dépossession d'eux-mêmes (NB 5,197).

 

393. Dieu est capable de dilater l'esprit humain et de le rendre capable de choses qui sont surnaturelles. Ainsi un prophète ou un mystique, dans l'extase, peut faire savoir des choses qui ne sont pas seulement des vérités humaines pieuses, mais des vérités divines absolues (NB 1/2, 170).

 

394. La prière du mystique est tellement absorbée par sa mission et soumise à elle qu'elle est très souvent infléchie : il voulait demander ceci et il doit demander cela. Quand ce genre d'impératif survient dans la prière, l'orant sait alors en toute certitude que Dieu veut lui communiquer quelque chose d'unique, au moins pour lui (NB 5,19).

 

395. La pure forme de la mystique chrétienne est un don de Dieu qui envahit des gens tout à fait indignes. Les signes d’authenticité sont d’une part la participation aux souffrances du Christ, d’autre part l’obéissance ecclésiale. Uniquement des visions et d’autres états extraordinaires sans participation à la Passion sous une forme ou sous une autre, cela n’existe pas (NB 8, n. 195).

 

396. Dans la mystique, il y a une consolation. Une consolation qui est adaptée aussi bien à la grandeur de Dieu qu'à la faiblesse de l'homme. Elle lui communique des choses qui sont nécessaires dans pour l'encourager et le rapprocher de Dieu ; elle lui donne ce dont il a besoin pour rester vivant, mais aussi ce dont il a besoin pour pouvoir mourir en chrétien. Quand, à sa mort, Étienne voit le ciel ouvert et le Fils à la droite du Père, il sait que le ciel est là pour lui. Dieu le lui montre pour l'y accueillir ; cela lui rend la mort plus facile, il entre dans ce qu'il voit et qui correspond à ce que sa foi lui a fait espérer. Il n'est pas nécessaire de montrer encore une fois la même chose aux martyrs qui viendront par la suit ; il suffit que le premier martyr l'ait vu. C'est en le sachant qu'ils peuvent se préparer à la mort (NB 5,35-36).

 

Les inspirations de Dieu

397. Les inspirations sont en sommeil en Dieu, et c'est lui aussi qui décide du moment où il va les communiquer à quelqu'un. Pour Dieu, une inspiration ne peut jamais se perdre ; il peut arriver tout au plus que quelqu'un se refuse à l'instant Dieu a décidé de se communiquer. La liberté de l'être humain est si grande qu'il peut toujours décider de se comporter vis-à-vis de Dieu de manière féconde ou stérile (NB 12,131).

 

 

II

Accueillir Dieu


 

Plan. 1. Écouter Dieu. 2. S’ouvrir à Dieu. 3. Chercher Dieu. 4. A la disposition de Dieu. 5. Ce que Dieu veut. 6. Le oui à Dieu. 7. Vivre en communion avec Dieu. 8. Dieu nous éduque. 9. La mission. 10. Le refus de Dieu.


 

1. Écouter Dieu

 

L’homme interpellé par Dieu

398. Le plan de la création de Dieu ne doit pas être séparé de son plan d'amour ; l'unité des deux réside dans le fait que l'homme est image de Dieu. Par ses propres forces, l'homme n'est pas en mesure de déchiffrer cette image, mais grâce à elle il se sent interpellé par Dieu, il sait qu'il porte en lui un mystère qui le dépasse et qui met en son être une tension qu'il ne peut pas apaiser ; il n'est pas livré à lui-même mais, avec sa liberté, il doit toujours penser aussi à l'infinité de Dieu, se tourner vers elle ou s'en détourner dans le péché (NB 6,523).

 

Écouter Dieu

399. Il faut seulement qu'une certaine attention à la voix de Dieu soit atteinte (NB 1/2 32).

 

Percevoir la voix de Dieu

400. Pour que nous puissions percevoir la voix de Dieu, il faut que soit enlevé ce qui nous empêche de l’entendre. J’enlève tout, non pour être vertueux mais pour que Dieu soit libre à mon égard. En moi, il y a comme un crible par les trous duquel je regarde Dieu. Si les trous sont bouchés, je vois moins bien, je vais chercher à les nettoyer. C’est dans la prière qu’on remarque le mieux où on a failli et ce qu’on doit changer, et non en se contemplant soi-même (NB 9, n. 1936).

 

Recevoir la voix de Dieu

401. Les chrétiens devraient cheminer sans exiger quoi que ce soit ; toute espérance leur est permise, mais Dieu seul peut prétendre à quelque chose ; l'homme doit recevoir la voix et le jugement de Dieu sans rien revendiquer : que sa parole se fasse reconnaître sous la forme d'une guérison physique ou seulement en esprit (NB 10, n. 2210).

 

Accorder plus d'attention à la voix de Dieu

402. Toute vraie prière connaît des instants où le croyant, de quelque manière que ce soit, se sent transporté dans un monde qui n'est plus le sien : certaines limites - de ses capacités, de sa compréhension, de ses sentiments, de ses attentes - disparaissent pour laisser place à quelque chose qu'il ne connaît pas, mais dont il est sûr dans la foi que cela appartient à Dieu. Ces instants peuvent avoir pour but de lui donner consolation et courage, de lui inspirer davantage de confiance ou peut-être de l'accompagner simplement dans la foi afin qu'il sache que son chemin est sûr. Le croyant comprend que ces expériences sont quelque chose qui lui est donné par Dieu lui-même, elles peuvent parfois atteindre un tel développement que ce qu'il a de personnel n'a plus d'importance. Il est totalement pris dans sa mission, et les expériences de Dieu lui sont données pour cette mission : elle en a besoin. Par ce qui est personnel, il a été entraîné à accorder plus d'attention à la voix de Dieu, à s'y adapter, à l'interpréter, à se laisser conduire par elle (NB 5,38).

 

403. Saint François de Sales exige de ceux qui lui sont confiés plus d’écoute de la parole de Dieu (NB 2,128).

 

Désirer entendre ce que Dieu a à dire

404. Saint Pierre Damien : sa prière est la prière d'un enfant. Il se tient devant son père, il sait qu'il est un enfant qui n'a rien d'autre à présenter que sa foi en la volonté paternelle de Dieu, rien d'autre que son obéissance, son don de lui-même, son désir d'entendre ce que Dieu a à lui dire pour s'y conformer (NB 1/1, 67).

 

405. Adrienne en vacances à Saint-Quay. Prière près de la mer. « A Bâle, après les consultations, quand on voudrait se reposer, on ne cesse encore d'être dérangé. Ici, c'est le repos si bien qu'on peut beaucoup prier. On n’est plus tourné vers le monde, on se tient constamment sans voile devant Dieu. On peut simplement écouter ce que Dieu dit, même si cela ne se laisse revêtir d'aucune parole et qu'il n'y ait que de l'amour qui soit communiqué » (NB 10, n. 2203).

 

Écouter Dieu dans la prière

406. Au sujet d’un homme d’Église : il n’est plus habitué à écouter Dieu vraiment dans la prière, celle-ci devient une sorte de pieux sommeil (NB 8, n. 786).

 

Accueillir la parole de Dieu

407. L'endroit où le ciel touche la terre en tel moment précis paraît insignifiant et secondaire. Une femme malade touche la frange du vêtement de Jésus et une force sort de lui. Une foule a faim et il la nourrit miraculeusement de pain et de poisson pour que les gens ne meurent pas dans le désert, ou simplement pour qu'ils aient la force d'écouter et d'accueillir sa parole. Et c'est pourtant dans ce secondaire que se révèle en même temps la grandeur de sa puissance. Il y a toutes ces rencontres apparemment fortuites avec des gens qui attrapent quelque chose de lui – une guérison, une parole de pardon – par quoi la vérité de Dieu entre dans leur vie. C'est par un petit coin qu'il commence et qu'il communique toute la grande joie de Dieu (NB 12,136-137).

 

Une réponse aimante à Dieu

408. L’homme devrait chercher à rester tel que Dieu veut le voir, à persévérer dans une réponse aimante à Dieu (NB 6,523).

 

409. Toute inspiration qui vient de Dieu oblige à une réponse adéquate dans notre vie (NB 6,172).

 

 

2. S’ouvrir à Dieu

 

L’homme est ouvert à Dieu

410. Job est comme un vase ouvert en face de Dieu. Pour lui, l'homme est béant et Dieu est béant. L’homme est ouvert à Dieu (NB 2,181).

 

Se tenir ouvert à toute révélation authentique de Dieu

411. La connaissance naturelle qu'on peut avoir de Dieu fait partie d'un ordre provisoire qui n'est pas mauvais en tant que tel. Dans quelle mesure l'homme et son image se projettent dans cette relation est secondaire par rapport au fait premier qu'il en voit les limites et en tient compte aussi longtemps qu'il n'est pas entré en contact avec la révélation plénière. Le mieux qu'il peut faire est de reconnaître que l'image de Dieu qu'il s'est faite est quelque chose qui lui correspond et, en tant que croyant qui en sait si peu sur Dieu, de se tenir le plus possible ouvert à toute révélation authentique de Dieu par lui-même (NB 6,33-34).

 

L’ouverture de l’âme à Dieu

412. Il y a l'adoration, l'ouverture totale de l'âme devant Dieu et l'amour pour lui au-delà de toute mesure et, dans l'amour, on se laisse remplir par Dieu (NB 6,76).

 

Se tenir ouvert à Dieu

413. Il y a des hommes auxquels le feu du purgatoire aura peu à faire parce que, depuis toujours, ils se seront tenus prêts pour Dieu, sans vouloir non plus devancer ses décisions. Ils voulaient rester ouverts à Dieu sans tout connaître à l'avance (NB 6,326).

 

Être ouvert à Dieu

414. Étienne, en mourant, voit le ciel ouvert et rien d'autre. Il le fait savoir à tous parce que sa mission le requiert ; il ne voit plus de distance entre le ciel et la terre, il ne voit plus que l'invitation et le ciel qui vient à sa rencontre. Étienne est tout ouvert à Dieu et Dieu s'ouvre à lui maintenant d'une manière visible (NB 6,283).

 

415. Quand Adam est créé, il reçoit de Dieu son corps et, dans ce corps, il n'y a rien qui l'empêche d'aller vers Dieu. Sa chair n'est pas opaque à Dieu, il n'y a pas non plus en elle de mise en garde. Adam ne se sentira pas à l'étroit du fait de son humanité. Il est doté de tout ce que Dieu lui fait connaître, de la manière dont Dieu veut être connu par l'homme (NB 12,169).

 

416. Marie : elle est ouverte à tout ce qui vient de Dieu (NB 1/2, 149).

 

417. Marie partage quelque chose de son mystère à ceux qui essaient de s'ouvrir totalement à la volonté de Dieu dans leur mission, sont reçus par Dieu et peuvent être féconds avec la Mère (NB 1/2, 274-275).

 

418. Combien d'entre nous sont ouverts à la Parole de Dieu, ouverts à la réponse de Dieu, enclins à l'amour de Dieu? (NB 4,341).

 

419. L’homme est ouvert à Dieu. Mais il arrive souvent que l’homme, dès sa jeunesse, fasse tout pour ne pas rencontrer Dieu (NB 8, n. 801).

 

420. Vivre ouvert à Dieu afin qu'on puisse entendre l'Esprit (NB 10, n. 2149).

 

S'ouvrir à Dieu (NB 3,44).

 

421. La contemplation de tableaux, surtout de tableaux conçus dans la foi, conduit l'esprit qui aime la beauté à de nouvelles possibilités de foi, le rend humble et par là plus ouvert à Dieu. On comprend que Dieu a besoin de tout et que tout a son sens en lui, que tous les dons qu'il fait aux hommes il voudrait les recouvrer développés afin qu'ils soient insérés dans l'échange de l'amour éternel (NB 10, n. 2231).

 

422. Saint François-Xavier ne peut pour ainsi dire rien penser, rien sentir, sans se heurter à Dieu. C'est en agissant dans l'amour que l'amour s'épanouit en lui et, dans cet amour, il s'ouvre à Dieu par le Christ (NB 2,96).

 

423. Pour saint Jean-Marie Vianney, la confession est avant tout un regard de Dieu sur l'âme, et toute l'ouverture de l'âme à Dieu ne sert en cela que d'instrument pour ainsi dire (NB 10, n. 2303).

 

424. Si aujourd'hui un chrétien est naïvement pieux, il dit les simples prières de l’Église qu'on lui a enseignées ; elles ont quelque chose de clair, de rassurant. Et voilà qu'il doit apprendre la contemplation. On lui dit : Ouvre-toi totalement à Dieu, fais-toi silencieux pour qu'il puisse te parler. Il ressentira alors aussi de la peur : y a-t-il vraiment ici un chemin ? Peut-on faire apprendre Dieu de cette manière ? Ne rencontrera-t-on pas que soi-même, ne s'induira-t-on pas soi-même en erreur ? (NB 10, n. 2090).

 

Être ouvert à la grâce

425. L'aveu dans la confession n'est pas dans ma bouche la compréhension totale de mon péché, mais l'acte par lequel je me livre à Dieu. Cet acte doit s'effectuer parce que je dois me dévoiler devant Dieu pour être ouvert à sa grâce. Mais ni le pécheur, ni même le confesseur n'ont besoin de peser et de mesurer le péché dans sa pleine objectivité et dans toute sa portée ; Dieu seul peut le connaître totalement, on ne doit jamais aspirer à cette totalité (NB 3,75).

 

L'Église : le lieu où l'on se rassemble pour s'ouvrir à Dieu

426. C’est si étrange d’adorer un enfant : Jésus enfant, tantôt seul, tantôt dans les bras de sa Mère. Mais il est Dieu justement. On voit en lui ce que serait une parfaite ouverture, comment on pourrait être totalement ouvert à Dieu si on voulait. Et c'est cela l'Église : le lieu où l'on se rassemble pour s'ouvrir. Quiconque fait partie de l'Église devrait faire ce que l'Église fait vis-à-vis du Seigneur. Il l'a fondée comme le lieu de l'ouverture (NB 10, n.2290).

 

Une ouverture à tout ce que Dieu donne

427. Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607) : tant qu'elle est seule avec Dieu, son extase est bonne, dans le cadre d'une obéissance stricte et une ouverture à tout ce que Dieu donne (NB 1/1, 157).

 

S’ouvrir totalement à Dieu

428. L'âme peut s'ouvrir totalement à Dieu. Tout ce qu'elle reçoit de Dieu est pure substance féconde (NB 12,111).

 

Transparents à Dieu

429. Au paradis, Adam et Eve étaient transparents à Dieu et l'un vis-à-vis de l'autre (NB 12,158).

 

430. Marie était si transparente à Dieu que tout en elle était aussitôt utilisable pour l'accomplissement de ses desseins. Cette transparence était amour pur qui recevait tout l'amour de Dieu sans ombre aucune. Et elle était ainsi la manifestation visible de l'amour de Dieu pour sa créature comme de l'amour de la créature pour Dieu. Un foyer d'amour (NB 10, n. 2154).

 

431. On devrait avoir la certitude qu'entre Dieu et nous il n'y a rien qui fasse de l'ombre (NB 7,76).

 

432. L’empereur Constantin : il cherche à être clair et honnête devant Dieu (NB 1/1, 46).

 

Entrer dépouillés devant Dieu

433. Dans la contemplation, nous abandonnons ce qui est nôtre, ce qui nous trouble, et nous entrons dépouillés devant Dieu afin qu'il dispose totalement de nous (cela fait partie des exigences de la foi) et, dès lors, c'est lui qui guide notre prière. Il nous est possible de prendre avec nous quelque chose qui nous est propre, mais seulement comme quelque chose qu’on offre et que Dieu peut accepter ou aussi négliger. Et si dans la prière il nous montre quelque chose de nous-mêmes, nous donne conscience de nous-mêmes, c'est alors une conscience qui vient par lui : elle n'est pas produite par nous, elle provient de la grâce qu'il met en nous (NB 5,173).

 

Être nus devant Dieu

434. Est fausse toute relation qui menace le naturel, qui empêche que nous soyons nus devant Dieu (NB 1/2, 99).

 

435. Être devant Dieu aussi clair que du cristal (NB 10, n. 2058).

 

Ne pas craindre de paraître devant Dieu

436. Adrienne, étudiante en médecine : « On devrait vivre de telle sorte qu'à aucun moment on ait à craindre de paraître devant Dieu » (NB 7,152).

 

La perméabilité à Dieu. L’humilité

437. L’humilité est le retrait de l’homme devant l’amour de Dieu, la simple perméabilité à Dieu, et le positif de cette attitude est donné dans l’amour de Dieu lui-même (NB 8, n. 878).

 

Humilité : ce qu’il fait est si minime devant Dieu

438. Il faut du temps à saint François de Borgia pour qu'il comprenne que ce qu'il fait est si minime devant Dieu que cela n'entre guère en ligne de compte (NB 11,401).

 

Humilité : une femme toute simple

439. La femme rencontrée par Ignace à Manrèse : « C'était une femme toute simple mais qui vivait tout près de Dieu » (NB 11,110).

 

Modestes devant Dieu

440. Plus sont grandes les exigences de Dieu, plus nous avons à nous montrer modestes devant lui (NB 4,453).


 

3. Chercher Dieu

 

La recherche de Dieu

441. Le Fils voit en l'homme une recherche de Dieu qui n'a pas encore abouti, il voit en Dieu la recherche de l'homme. Lui, le Fils, connaît la réponse des deux côtés, puisqu'il réalise par amour l'unité Dieu-homme. Mais pour cela il a besoin de l'Esprit, pas tellement comme le sien, mais comme l'Esprit qui demeure en Dieu et dans les hommes (NB 6,94).

 

442. Saint Ignace veut donner aux hommes le goût de la recherche de Dieu (NB 11,141).

 

443. La quête humaine de Dieu est toujours la réponse à une grâce divine (NB 6,529).

 

444. Dans ma recherche de Dieu, je ne m’arroge pas le droit d’établir moi-même des lois (NB 9, n. 1401).

 

Chercher Dieu

445. Au fond, ce que nous cherchons à tâtons, c'est toujours Dieu finalement (NB 6,236).

 

446. Je pourrais peut-être vous aider à chercher Dieu (NB 3,100).

 

447. Dieu nous trouve avant que nous le cherchions (NB 6,434).

 

448. Le Créateur attend de la créature qu'elle cherche Dieu, se tienne devant lui, revienne à lui (NB 1/2, 161).

 

449. On devrait apprendre à chercher Dieu en tout, à l'adorer aussi dans les prières obligatoires qui me plaisent peut-être moins (NB 11,248).

 

450. Un conseiller spirituel peut se chercher lui-même plutôt que Dieu (NB 1/2, 237).

 

451. Chercher Dieu et sa volonté (NB 7,274).

 

452. "Nous ne chercherions pas Dieu s'il ne nous avait pas trouvés", s'il n'avait pas mis en nous les conditions voulues pour le trouver. Ses inspirations sont pour nous compréhensibles. Il peut suivre plusieurs chemins : nous éclairer soudainement comme frappe la foudre, transformer et réorienter notre vie tout entière. Il peut, avec la même soudaineté, nous montrer quelque chose qui nous était déjà connu mais, à présent, cela nous apparaît irrévocable et urgent, et cela a des conséquences beaucoup plus profondes que nous ne le pensions. Mais il peut aussi procéder tout autrement (NB 10, n. 2148).

 

Désirer Dieu

453. L’Église désire Dieu ardemment en quelque sorte, et elle ne sait pas exactement si c'est au Fils qu'elle aspire ou à l'Esprit Saint ou à Dieu le Père. C'est l'Esprit qui clarifie les besoins de l’Église (NB 6,405).

 

454. Adrienne, étudiante en médecine : « Je voudrais entendre la voix de Dieu et je ne l'entends pas » (NB 7,129).

 

455. Les rapports avec le prochain devaient apprendre aux hommes à avoir des rapports avec Dieu, à désirer Dieu au moins autant que le prochain (NB 9, n. 1742).

 

456. Saint Ignace : son désir est devant Dieu comme une prière (NB 11,103).

 

457.