Apporter le feu sur la terre

20ème dimanche ordinaire

Jérémie 38, 4-10 ; Hébreux 12, 1-4 ; Luc 12, 49-53.

Les textes proposés à la lecture ce dimanche ne correspondent pas à un temps où beaucoup sont au milieu du repos de l‘été. En effet ce sont des textes qui évoquent les difficultés de celui qui s’est consacré à la mission, que ce soit le prophète Jérémie jeté au fond d’une fosse afin qu’il y meure, que ce soit la lettre aux Hébreux, que ce soit ce passage d’Evangile où le Christ évoque le feu du ciel à faire venir. Bref, rien que du lourd à porter.

 

Jérémie serait mort au fond de la fosse, si quelques amis n’étaient intervenus en sa faveur auprès du roi. Combien de prophètes n’ont-ils par souhaité passer à côté de l’épreuve de parler au nom de Dieu, comme Elie sur le chemin de l’Horeb et qui supplie Dieu de le laisser mourir. On peut aussi penser à Jésus à Gethsémani, selon Matthieu ou Marc. On peut aussi penser à Moïse ou Isaïe qui essaient de trouver des excuses pour ne pas être envoyés par Dieu…

 

Notre méditation peut porter sur les risques de la mission, de la vocation, celle des prophètes tout comme la nôtre. Ce temps de l’été, où l’on est moins contraint, est sans doute un temps propice à un retour sur soi, sur l’année écoulée et les soucis de la paroisse ou du service auquel on participe. On peut ici penser à la parole de Pierre : “et nous qui avons tout quitté, quelle sera notre récompense ? On peut aussi penser aux doutes de Jérémie : “je parle au nom de Yahvé, et il ne me protège même pas !” L’’intervention d’un serviteur auprès du roi montre à Jérémie qu’il n’est pas totalement abandonné. Nous pouvons penser au Christ sur le chemin de la croix : est-il abandonné de tous, même de Dieu ? La reprise du psaume “Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné” peut le donner à penser. (Matthieu 27 et Marc 15)

 

La seconde lecture, aux Hébreux, semble donner, sinon une explication, tout au moins une interprétation. Pour l’auteur de cette lettre, Jésus s’est soumis à cette situation, pour obtenir le salut de beaucoup. Pour nous racheter, pour que nous obtenions la gloire divine.

 

Que l’on parle de vocation, de service, d’appel ou de mission, cela ne prend sens que dans l’objectif, la destination de cet appel : ce n’est jamais pour soi, c‘est toujours pour quelqu’un, personne ou groupe. Ainsi l’histoire du prophète Amos commence-t-elle par un rappel tout simple : j’étais berger à Téqoa, je gardais les bœufs… C’est devant les rugissements du Seigneur qu’il répondit ! Il faut relire sa réponse à Amasias en 7, 14-15… Amos a proclamé beaucoup de dénonciations pour crimes sociaux/religieux… Amasias veut l’expulser du pays. Il y a très peu de prophètes dont les paroles vont dans le sens du poil des destinataires… A peine Jésus a-t-il ouvert la bouche que les officiels se dressent contre lui (Dès Marc 3,6 : scribes et pharisiens se rassemblèrent en vue de voir comment le faire mourir !). Les lectures de ce jour rappellent que la mission est source de bien des tracas pour qui l'accepte. 

 

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus sait qu’il dérange, et même il semble souhaiter avoir des paroles de feu. Il sait en particulier que ses paroles sèmeront la division dans les famailles et les populations. Cela se produira avec Paul entre chrétiens judaïsant et chrétiens d’origine païenne. Cela se produit aussi entre chrétiens de droite et chrétiens de gauche, entre partisans du mariage pour tous et manif contre le mariage pour tous. Que veut donc dire le Christ, sinon que le consensus n’est malheureusement pas le signe qui ratifie une mission. Cela nous rassurerait. Mais être signe de division ne signifie pas non plus que nous sommes en dehors des clous. La paix dont parle le Christ et la liturgie, ce n’est pas l’absence de tension, c’est autre chose, là où il y a place à l’amour, même dans la division. E.H

Fermer