Heureux de porter du fruit

6ème dimanche ordinaire

Jérémie 17, 5-8 ; Corinthiens 15, 12-20 ; Luc 6, 17 et 20-26.

Nous connaissons davantage les béatitudes selon Matthieu que celles de Luc dont nous lirons le paragraphe ce dimanche. Au premier abord nous découvrons qu’elles sont quatre, qu’elles sont accompagnées de quatre malédictions ou, plutôt mises en garde. De fait, Jésus met en garde ceux que la vie a protégé. Ils sont prévenus qu’ils courent à la catastrophe. Nous, nous aurions vite fait de les envoyer en enfer. Ce n’est pas la mission de Jésus, ni la nôtre.

 

Ce texte peut nous étonner et nous pourrions discuter sur ce que furent à l’origines les paroles de Jésus. Mais on peut aussi se demander quels motifs ont amené Luc à présenter ainsi les paroles de Jésus. Souvent on fait appel aux destinataires de Luc, sans doute des chrétiens de bonne société, chrétiens plus aisés que la moyenne, dans (et alentours) de la ville d’Antioche. On sait aussi que Luc à fréquenté l’apôtre Paul lequel n’était pas particulièrement tendre avec les chrétiens. Il était même exigeant quant aux pratiques chrétiennes.

 

Pour le style du texte, Luc est plus percutant que Matthieu. Ce ne sont pas des paroles « en général » mais particulièrement adressées à vous, les destinataires : « heureux vous, les pauvres, vous qui pleurez maintenant et en parallèle : « Quel malheur pour vous, les riches, les repus ! ». C’est une insistance de Luc qui permet de supposer que dans son auditoire, Luc avait des chrétiens de différentes origine. C’est une manière de relever celui qui est en bas de l’échelle sociale… une manière de relever le gilet jaune alors qu’on aurait plutôt porté attention au costume trois-pièces.

 

On notera que les “mis en valeur” ne sont pas ceux que la société qualifie habituellement. La société aime plutôt dire “heureux les riches, heureux ceux qui ne pleurent pas, etc.” Les disciples de Jésus sont donc appelés à honorer d’autres valeurs que celles de la société et, lorsque nous rencontrons des difficultés ou des obstacles, plutôt que de nous décourager, nous devrions être remplis d’espérance.

Certains traducteurs modifient l’adjectif “heureux” par l’expression “En avant les pauvres !”, manière d’inviter à se mettre debout et à avancer.

 

Il faudrait lire la suite du récit de Luc où il propose des mises en œuvre explicites : aimez vos ennemis, ne refuse pas ta tunique…. Si vous faites du bien à ceux qui vous aiment, quelle récompense en attendre ? Et Luc précise alors que Dieu est bon pour les ingrats et les méchants. C’est la suite de l’évangile, que nous lirons dimanche prochain.

 

Nous retiendront de la première lecture, tirée du prophète Jérémie que lui aussi oppose malédictions et bénédiction. L’image est complétée par celle de porter du fruit. Rien ne nous empêche de vérifier à quoi nous sommes attentifs, à quoi nous portons attention : qu’est-ce qui donne du fruit, qu’est-ce qui fait grandir ? Là encore, notre méditation doit nous entrainer vers la confiance, confiance en l’avenir confiants d’avoir planté notre vie dans la terre fertile que le Signeur a placée pour nous. E.H.

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