Dimanche 23 avril 2éme dimanche de Pâques

Actes 4, 32-35; Jean 19-31

 

La foi dans sa dimension sociale

 

La première lecture de ce dimanche dans l'octave de Pâques évoque la manière dont les premiers chrétiens ont essayé de résoudre -au moins dans un premier temps- l'inégale répartition des biens en vue de vivre.: personne ne se disait propriétaire de ce qu'il possédait, mais on mettait tout en commun Ils ont inventé un modèle d'économie communautaire. Ils ne sont pas les seuls, ni au premier siècle, ni au 20ème siècle (cf. les kibboutzim) à avoir essayé cette méthode. Cela n'a pas réussi, et l'on pourrait sourire de l'échec de ce modèle. Cela permet aussi de sourire devant le modèle prôné dans les doctes sphères de la post-modernité mondialisée. On peut même légitimement émettre quelques doutes sur la volonté réelle des classes dirigeantes d'établir une meilleure répartition des biens...

 

Que retenir donc du livre des Actes des apôtres? Sinon que pour les premiers baptisés, devenus frères de Jésus-Christ et fils d'un même Père, cela ne dispense pas d'un agir concret où se concrétise l'acte de foi... Leur attitude de recherche de partage est l'expression d'un refus de laisser la nature répartir inégalement la fortune. C'est un acte dignement humain s'il en est que de vouloir maitriser ou corriger les inégalités. Il existe sans doute des philosophies et des partis politiques qui prônent de laisser faire la nature, de donner aux puissants et de reprendre aux petits, mais ce n'est pas la philosophie des disciples du Christ. L'évangéliste Luc le résume fort bien dans le cantique de la Vierge Marie. Tout ceci est fidélité au courant prophétique auquel le Christ s'est rattaché. (Amos, Osée, le Deutéronome).

 

En quoi l'Esprit de Jésus est-il vainqueur du monde selon saint Jean? Certainement pas en s'éloignant du monde, en vivant à côté ou au-delà, en se retirant du monde (Jean 17,17) mais en étant  à l'œuvre dedans, pour qu'y brille la Lumière (Jean ch.1), ou comme le dit  Matthieu, pour y être levain dans la pate. Que vienne la paix, que vienne le pardon des péchés, ceci peut être compris dans une dimension purement spirituelle... Pour le Christ Jésus ceci se doit d'être incarné. Or aujourd'hui, beaucoup se replient dans la dimension religieuse "spirituelle", "communautariste" ou "ésotérique", par déception ou lassitude: un meilleur vivre ensemble, une meilleure répartition des richesses sembleraient mission impossible au XXIème siècle. Il faudra alors, se demander pourquoi Jean-Paul II dans sa dernière lettre sur l'Eucharistie, ou Benoit XVI dans sa première lettre "Dieu est amour" ont-ils donné une telle importance à l'œuvre sociale (de solidarité pour le premier; de devoir immédiat d’agir pour un ordre juste dans la société pour Benoit XVI)? Ce sont des prises de positon nettes pour dire que la foi chrétienne et son inscription dans le champ social sont deux dimensions inséparables, la charité étant autre chose qu'un vague sentiment de compassion. Les premiers chrétiens ont essayé; à nous aujourd'hui d'essayer à notre tour!

 

Note: Les exégètes parlent de "genres littéraires" pour classer les textes de la Bible.  Le récit d'apparition de Jean 20 appartient au genre "vision, apparition". Une des caractéristiques structurelles de ce genre, est de se terminer à chaque fois par un envoi, une mission à accomplir. Ainsi le prophète Elie à l'Horeb est envoyé oindre des rois. Ainsi Joseph est appelé à accueillir Marie et son enfant. La plupart des vocations de prophètes sont écrites dans ce style. De même dans le récit lu aujourd'hui, Jean n'en reste pas à la contemplation du Christ.... "De même que le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie".

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