Dimanche 6 août : la transfiguration

Daniel, 7, 9-10 et 13-14; Pierre 1, 16-19; Marc 9, 2-10
 

Le texte de Marc qu'il nous est donné de lire est la suite de la section des pains, décrite pour le 30 juillet.  Il est appelé par la Tradition "récit de la transfiguration". Transfiguration? chercher à décrypter un phénomène physico-gazeux sous-jacent au récit n'a guère d'intérêt. Laissons aux peintres le soin de dépeindre les sentiment et l'environnement des disciples avec Jésus sur la montagne. 

 

Le récit de transfiguration est un "genre littéraire" par lequel l'écrivain essaie de dire avec des mots l'expérience spirituelle de la rencontre avec Jésus et une certaine compréhension sur "qui est Jésus?". Nous avons ici un langage codé, un ensemble d'expressions assemblées par l'évangéliste Marc en vue de produire du sens, des expressions qui invitent à mettre en rapport ces quelques lignes avec d'autres récits de l'Ecriture.

 

Par exemple, la présence de Pierre Jacques et Jean renvoie au récit de Gethsémani (Mc 14,33), ainsi qu'à la guérison de la fille de Jaïre (Mc 5, 37); ce sont trois récits qui se réfèrent à la mort/résurrection du Seigneur. L'évocation de Moïse et Elie... une manière de dire que, autour de Jésus se trouvent présents et associés ceux qui symbolisent la Loi et les Prophètes... Jésus reconnu comme héritier et interprète fidèle de l'Ecriture... une manière de dire qu'on ne se trompe pas en suivant Jésus. On n'oubliera pas que Moïse et Elie sont deux personnages qui furent persécutés et contestés dans leur mission, ce qui arrive à Jésus, très vite dans l'évangile de Marc (dès 3,6). Enfin Moïse et Elie sont deux personnages bibliques dont la "disparition" en fin de vie demeure énigmatique, et dont on attendait le retour.

 

Emmenés à l'écart sur la montagne. Comme en bien d'autres occasions dans la Bible, évoquer la montagne, c'est évoquer le rendez-vous, la rencontre de l'homme avec son Dieu... c'est vrai en particulier pour Moïse et Elie. C'est vrai pour Jésus, et ici pour Jésus et ses disciples. Aujourd'hui, pour nous, même s'il n'est pas de montagne à proximité, nous sommes invités à prendre un peu de recul, de distance avec notre environnement (physique et mental) pour nous donner pleinement au dialogue avec Dieu notre Père.

 

La couleur signalée des vêtements : blanc plus que blanc: dans la littérature apocalyptique et la symbolique des couleurs, le blanc est réservé à Dieu et à son environnement immédiat. Attribuer à Jésus cette couleur, c'est lui donner le signe d'appartenance au monde divin.

 

Les mots "crainte (ou frayeur), nuée, ombre, voix" appartiennent au domaine des récits de rencontre avec le divin... Pensez au récit de l'annonciation, à l'annonce à Zacharie, aux récits de vocation dans l'Ancien Testament... ou encore l'appel de l'apôtre Paul (Actes 9).

 

Enfin, la phrase prononcée "celui-ci est mon fils bienaimé, écoutez-le" vient éclairer l'interprétation que l'on peut déjà donner au récit. Cet homme Jésus donne à comprendre qui il est : fils bienaimé de Dieu, porteur de sa Parole. Qu'est-ce que les disciples ont bien pu comprendre de la mission de Jésus. c'est comme à la fin de la section des pains.... (8, 17-21) ils ne comprennent pas, ou plutôt, ils voient trouble, comme l'aveugle qui vient à la rencontre de Jésus (8, 22-27). C'est le moment où l'on échafaude des réponses à la question "qui est Jésus"... mais pas de réponse convaincante.  Celui qui scrute avec attention le texte de l'évangile de Marc découvrira que l'expression "Fils de Dieu", pour désigner Jésus n'est jamais mise dans la bouche d'un homme... excepté le centurion au pied de la croix (Marc 15, 39). Pour nommer Jésus dans toute sa dignité, il faut l'avoir accompagné jusqu'au bout, jusqu'à la déchéance et son exclusion de l'humanité.

 

Sur la montagne, une chose semble sûre: "on est bien ici, avec Jésus". "Restons ici et plantons la tente!" La tente peut signifier l'itinérance. Mais ici, elle signifie plutôt la stabilisation: restons ici... Or, avec Jésus, il y a encore du chemin à parcourir jusqu'au chemin de la croix... mais les disciples n'ont pas envie d'aller jusque là. Marc nous montrera que, sur le chemin qui mène à Jérusalem (Marc 10, 52), il ne restera derrière Jésus, tout derrière lui à le suivre, qu'un pauvre aveugle que Jésus vient de guérir . Les autres sont sans doute là, mais à distance respectueuse. Et nous?

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