La moisson est abondante...

11ème dimanche ordinaire

Exode 19, 2-6 ; Romains 5, 6-11 ; Matthieu 9, 36 à 10,8

 

Le contexte des paroles de Matthieu

Après avoir parcouru villes et villages et enseigné, à la vue des foules rencontrées, “Jésus fut remué jusqu’aux tripes”. La traduction, en langage soft, dit que “Jésus eut pitié des foules…” Mais le mot pitié ne prend pas suffisamment en compte le sentiment dont parle Matthieu à propos de Jésus. Bien sûr il faut penser à une certaine impression de la foule d’être délaissée par la hiérarchie religieuse et politique au temps de Jésus. Cette insatisfaction s’exprimait par la recherche de prédicateurs charismatiques, comme Jean-Baptiste qui annonce, tout comme Jésus la venue toute proche du Règne. Certaines couches de la population suivaient des gourous, des chefs de bande, zélotes, sicaires etc.

Pour lire cet évangile, il faut aussi se dire que Matthieu écrit, dans les années 80 à des juifs qui viennent de subir l’humiliation de leur vie : la chute de Jérusalem, la ruine du Temple, la destruction par les romains de ce que fut le royaume de David, et l’espérance d’une restauration. On comprend mieux que les foules à qui Matthieu s'adresse soient fatiguées, abattues, sans personne pour les relever et les guider.

 

Relire les chapitres 8 à 11 de Matthieu

L’appel des Douze s’inscrit dans une séquence où Jésus manifeste son autorité sur les maladies et les éléments opposés à l’homme. Dans cette séquence des précisions sont apportées sur le “suivre Jésus” : « le Fils de l’homme n’a même pas où reposer la tête », ou encore « suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts ! » Il y a eu l’appel de Matthieu, et voici maintenant la première communauté créée par appel : de ces disciples, Jésus en fait des envoyés, des apôtres. Pour l’instant, envoyés à Israël. Il faudra attendre la résurrection pour qu’ils soient envoyés aux nations. D’autres précisions sont apportées sur la mission et ses risques. Les chapitres 9 à 11 de Matthieu ne sont pas des paroles mièvres, adressées à des cœurs langoureux. Ce sont des paroles fortes qui évoquent les risques de contradictions, de refus et de violences contre les prédicateurs… des souffrances aussi, telle l’opposition d’un père et de sa fille, de la belle-mère et de la belle-fille. Drôle de contrat d'embauche que de tant insister sur les difficultés du métier d'apôtre !
 

Et aujourd’hui ?

Il ne suffit pas d’ouvrir les yeux sur le contexte de l’évangile de ce dimanche, ni sur la dureté des paroles exigeantes de Jésus au sujet de la mise en œuvre de la mission, il faut encore en tirer les conséquences pour aujourd’hui. Il y est dit que Jésus prie, puis appelle les Douze. Il précise l’objet de la mission : proclamez que le Royaume de Dieu s’est approché, guérissez malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux et chassez les démons… 

 

La mission est en plein champ, là où les moissons poussent et non là où sont déjà engrangées les réserves. Il appartient aujourd’hui à l’Eglise, aux communautés d’Eglise de prier le Père d’envoyer des ouvriers à la moisson et, comme Jésus, de demander nommément à untel et untel de venir à la suite de Jésus.  Qui, où, quand, comment les Eglises appellent-elles nommément? Encore faut-il préciser l’objet du contrat d’embauche. Il ne peut se résumer à demander aux disciples de Jésus de célébrer des funérailles, ou de présider de belles liturgies. La responsabilité du baptisé, rappelée au jour de son baptême, est de vivre les trois dimensions de l'annonce, de la prière, du service: Roi, prêtre et prophète selon la prière baptismale. Aucune de ces dimensions ne peut être escamotée.  EH

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