La surprise du chef

25ème dimanche ordinaire

 
Isaïe 55, 6-9 ; Philippiens 20-27 ; Matthieu 20, 1-16
 

Nos bibles ont pris l’habitude d’intituler la parabole de ce dimanche « les ouvriers de la dernière heure » ou encore « les premiers seront les derniers ». Cela suffit-il à rendre compte de la richesse de la Parole de Jésus ? Un vigneron repart toutes les heures pour embaucher du personnel, sur un prix convenu. En fin de journée il paie chacun, sur la base d’une journée de travail, l'équivalent du coût pour une journée de nourriture. Les premiers embauchés sont étonnés de ne pas recevoir plus que les derniers, puisqu’ils ont travaillé plus. De multiples commentaires ont cours, les uns regardant du côté du vigneron/Dieu, les autres du côté des journaliers/nous. Les uns moralisant, d’autres faisant appel à l'économie, d’autres à la dimension spirituelle…

 

Le premier constat est que le texte fait référence à la présence de nombreux demandeurs de travail dans la société d’alors. En effet, l’arrivée des romains quatre vingts ans plus tôt a modifié le système économique. La concentration des propriétés dans les mains de quelques gros propriétaires avait acculé nombre d'habitants des campagnes à la famine, n’ayant plus de lopin de terre à cultiver.

 

Dans la société de Jésus, comme dans la notre, on s’étonne que celui qui a beaucoup travaillé n’ait pas davantage reçu. Le principe est tellement ancré dans nos consciences profondes que nous sommes devenus incapable d’entendre les Pères de l’Église, quand ils invitent à considérer autrement la répartition des biens de la terre. Jésus part d'une expérience du quotidien pour inviter à comprendre le rapport de Dieu à ses auditeurs. Lorsque Matthieu reprend ces paroles de Jésus pour les chrétiens d’origine juive, il n’ignore pas les conflits entre les croyants de la première heure, le juifs pure souche, et les croyants de la dernière heure, les baptisés d’origine païenne tout récemment introduits par Paul dans l’Eglise.

 

Sans doute est-ce là-dessus que Jésus comme Matthieu veulentt porter la réflexion. Matthieu pointe les rapports d’Eglise à Eglise, de communauté à communauté. Aux yeux de Dieu, nulle ne peut revendiquer une priorité pour cause d’ancienneté. Dieu donne à tous sa part d’amour (de grâce), sans distinction de qualité, de qualification, de présence au travail dans la vigne. Les Eglises de vielles tradition chrétienne ne peuvent reprocher aux jeunes Eglises quoi que ce soit, car c’et Dieu qui donne, et non les anciens. Matthieu doit penser à ce qui s’est passé dans les années cinquante, quand Paul a du monter au créneau pour faire reconnaitre les jeunes Eglises auprès des anciennes.

 

Mais n’en est-il pas pareil aujourd’hui ? Quand des nouveaux aspirent à pouvoir lire l’évangile avec des yeux neufs, va-t-on leur reprocher de ne pas parler la langue des pères ? Et s’ils se mettent en route sur un tard, doit-on leur faire sentir la différence ? Au nom de quoi ? Dieu lui-même s’est rendu proche de celui qui ne le méritait pas, et accorde autant de faveur au dernier qu’au premier. Rendons grâce au Seigneur pour son amour envers chacun.

 
Une fois ceci reconnu il est possible de faire une adaptation personnelle et moralisante sur les premiers et les derniers, et ne soyons pas plus exigeants que le maitre.
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