Le cœur et la raison, les deux tout à la fois

30ème dimanche ordinaire

Exode 22, 20-26 ; 1 Thessaloniciens 1, 5-10 ; Matthieu 22, 34-40

Aimer Dieu, aimer son prochain.

Aimer: affaire de cœur et de raison, les deux tout à la fois

 

Après le "rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", voici une nouvelle parole connue du monde entier : "tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements".

 

A ceux qui voudraient dissocier l'amour de Dieu et l'amour du prochain, Jésus répond de manière explicite en liant les deux. Le XIXème siècle chrétien a parodié cet amour du prochain en faisant l’éloge de certaines formes d’assistance qui maintenaient l’homme miséreux dans sa misère d’assisté. Et des courants de pensée ont accusé d’opium du peuple cette forme de charité qui refuse de voir les origines du mal qui atteint les pauvres, aimer n'est pas simple affaire de bons sentiments, mais de volonté et de raison.

 

Par exemple, à la question : « Faut-il que les bénévoles continuent à alimenter les réfugiés à Calais », une réponse commence à se faire jour : "non, puisque cela donne bonne conscience aux autorités qui ne font rien". L’amour du prochain doit-il sans cesse tendre la joue droite, la joue gauche et les fesses pour se faire fouetter ? Telle est sans doute une grave question où la raison interroge le cœur. L’actuelle crise financière interroge aussi la raison et le cœur. Après tant de déraison, faut-il encore s’apitoyer et soutenir ceux qui ont enfoncé le système dans l’impasse et font l’aumône pour des centaines de millions, sans aucune contrition, puisqu’ils continuent à spéculer sur les actions des banques qui s’en sortiront mieux, afin – déjà – d’en tirer de nouveaux bénéfices. Pendant ce temps on annonce des licenciements, des impositions supplémentaires, sans qu’on ne touche à aucun paradis (fiscal bien sûr!).
 

Aimer son prochain suppose qu’on prenne les moyens de le remettre debout, de lui redonner sa place au milieu de l’espace social. Pour cela il faudra créer des plans sociaux qui soient autre chose que des mises à l’écart, proposer des emplois qui ne mangent pas par les coûts de déplacement le peu de salaire acquis par quelques heures chichement accordées. Aimer son prochain est une affaire de cœur sans doute, mais aussi une volonté raisonnée de permettre aux derniers de grandir. Les solutions ne sont pas évidentes. Les chrétiens auraient tort de quitter le champ de l'organisation de la société, pour se contenter des bons sentiments.

 

Dans un contxte où le nombre de pauvres augmente, la prière demeure une force pour tenir dans la lutte contre la pauvreté et la misère du prochain (Benoit XVI). Lui et ses prédécesseurs ont écrit pour signifier que le "Sacrement de la Charité", c’est-à-dire l’eucharistie, demeure incomplet tant qu’il ne met pas en œuvre une solidarité aux limites du monde.

 

En annexe, voici deux citations qui relient  Dieu et son prochain, les deux tout à la fois.

 

Benoit XVI : « La prière que nous reprenons à chaque Messe: « Donne-nous notre pain de ce jour », nous oblige à faire tout notre possible, en collaboration avec les institutions internationales, publiques et privées, pour que cesse ou au moins pour que diminue dans le monde le scandale de la faim et de la sous-alimentation dont souffrent des millions de personnes, surtout dans les pays en voie de développement   (sacramentum caritatis, n°91)

 

Jean-Paul II : L'Eucharistie n'est pas seulement une expression de communion dans la vie de l'Église; elle est aussi un projet de solidarité pour l'humanité tout entière. Dans la célébration eucharistique, l'Église renouvelle continuellement sa conscience d'être «signe et instrument» non seulement de l'union intime avec Dieu, mais aussi de l'unité de tout le genre humain. Chaque Messe, même célébrée de manière cachée et dans une région retirée du monde, porte toujours le signe de l'universalité. Le chrétien qui participe à l'Eucharistie apprend par elle à se faire artisan de communion, de paix, de solidarité, dans toutes les circonstances de la vie. L'image de notre monde déchiré, qui a inauguré le nouveau millénaire avec le spectre du terrorisme et la tragédie de la guerre, appelle plus que jamais les chrétiens à vivre l'Eucharistie comme une grande école de paix, où se forment des hommes et des femmes qui, à différents niveaux de responsabilité dans la vie sociale, culturelle, politique, deviennent des artisans de dialogue et de communion (mane nobiscum n°27)
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