Le visage de Jésus

2ème dimanche de carême

Genèse 22, 1-18 ; Romains 8, 31-34 ; Marc 9,2-10
 

Récit de la transfiguration.

Lisons tout d’abord la dernière ligne pour nous rassurer de notre difficulté à comprendre et à croire : « les disciples ne comprenaient pas ce que voulait dire ‘ressusciter d’entre les morts’ … nous non plus ! Mais l’essentiel de cet évangile n’est pas là. Si nous lisons ce récit comme un fait historique relaté en forme de brève journalistique, nous passons à côté de la signification que Marc veut porter à notre connaissance, à savoir une expérience spirituelle intérieure des disciples, au cours de leur existence croyante : au milieu des doutes et des convictions, s’est dégagée en eux et pour nous la certitude que le Jésus qu’ils suivent (plus ou moins), sur les routes de Galilée est autre chose qu’un gentil copain faiseur de miracles.. Mais qui est-il ? Pierre a affirmé quelques lignes auparavant que ce Jésus était l’envoyé de Dieu, le Messie, selon l’expression hébraïque, celui qui vient conduire son peuple comme l’avait fait David avant lui. Pierre savait-il bien ce qu’il disait, avait-il tout compris ?

 

Lorsque Marc entreprend la rédaction de ce récit, les premiers chrétiens ont fait l’expérience de Jésus mort et ressuscité pour qui ils donnent leur vie. Mais ce Jésus n’a-t-il pas été condamné comme indigne de faire partie du peuple élu, comme blasphémateur? La réponse des premiers chrétiens au grand tribunal juif (le grand sanhédrin) est d’affirmer que Jésus dialogue avec Moïse et Elie, eux qui représentent dans cette formule symbolique l’ensemble de la Loi et des prophètes. Telle est la conviction des premiers chrétiens que Jésus est bien l’héritier de la Bible.

 

Nous ne devons pas être dupes de la forme particulière de ce récit. Il n’est pas aisé de rendre compte d’une expérience spirituelle, d’autant plus que cette expérience s’est faite dans la durée d’une vie humaine et croyante. Pour qui a l’œil exercé à décrypter les Ecritures, force est de constater de nombreuses références à la culture biblique : la blancheur du vêtement, le visage resplendissant, la nuée… Ce sont autant d’invitations à revoir l’apparition de Yahvé à l’Horeb pour Moïse et pour Elie. C’est une manière de dire que ce Jésus, homme qu’ils fréquentent, c’est aussi Dieu au milieu de nous.


Aujourd’hui, savons-nous aussi reconnaitre en Jésus celui qui nous vient, au nom de Dieu, apporter la Bonne nouvelle de sa miséricorde et de son amour pour toutes les générations. Il y a chez nous des moments d’illumination où tout semble clair dans notre foi, mais il y a aussi de nombreux moments d’obscurités où l’on cherche et l’on doute… comme les disciples, redescendant de la montagne et qui se demandent bien ce qui s’est passé pour eux, là haut, dans le moment de transfiguration.

 

Quand nous redescendons au milieu du monde des hommes, dans notre quotidien, comme pour les disciples, ne nous arrive-t-il pas de mettre les pieds en dehors du chemin où Jésus veut nous conduire ? C’est ce qui arrivera dans la suite du récit quand par trois fois le Christ explique son avenir et que les disciples discutent de tout autre chose… au point même de ne pas voir l’aveugle sur le chemin, et pire encore, de vouloir l’éloigner du Seigneur Jésus. L’Eglise, comme nous-mêmes, sommes probablement aussi aveugles que les disciples de Jésus sur le chemin à suivre, malgré les révélations reçues. E.H.
 

Fermer