Le prêtre-concile de Trente > Vatican II

Publication Nouvel Essor n° 237

 

Du concile de Trente à Vatican II

 Concile oecuménique Vatican II 1962-1965  
Concile oecuménique
Concile oecuménique

Le prêtre est toujours l’homme d’une époque. L’exercice de son ministère est marqué par les modes de pensée et de vie de la société dans laquelle il vit. Mais la définition de son identité et de sa mission s’enracine dans les Écritures et la tradition de l’Église, dont les conciles sont l’expression privilégiée.

 

Au XVIe siècle, le concile de Trente, dans un contexte de défense par rapport à la Réforme protestante, a fixé les traits d’un modèle de prêtre qui a marqué la vie de Église jusqu’à l’époque moderne. Quatre siècles plus tard, le concile Vatican II, dans un tout autre climat et dans une perspective pastorale et missionnaire, a apporté de nouveaux accents qui modifient notoirement le modèle précédent.

 

 

Le concile de Trente

Pour Trente, le prêtre est l’homme de l’Eucharistie. Il est ordonné au premier chef pour l’offrande du sacrifice eucharistique et pour la célébration du culte de Église Il reçoit directement du Christ, sans qu’intervienne la médiation de l’Église « le pouvoir de consacrer, d’offrir le vrai corps et le vrai sang du Seigneur et de remettre ou de retenir les péchés ». Le rôle du prêtre n’est pas présenté en référence à la communauté. La charge pastorale est minimisée. La fonction sacerdotale, définie en termes de pouvoirs, récapitule toute sa mission. On ne parle pas pour le prêtre de ministère mais de sacerdoce.

 

« Par son ordination, le prêtre est configuré au Christ, tête de son Église, source de sa vie et de sa mission »

 

Dans un contexte de chrétienté, on comprend que peu d’importance soit donnée à l’annonce de l’Évangile. En réaction très vive aux Réformateurs qui faisaient de la prédication la fonction essentielle du prêtre, le concile de Trente ne fait pas rentrer dans la définition du sacrement de l’ordre le ministère de la Parole. Nous sommes dans un schéma pyramidal dans lequel le prêtre est au-dessus de la communauté et concentre en lui toute la responsabilité de la vie et de la mission de Église

Le concile de Trente a été à l’origine d’une importante rénovation du clergé et du développement d’une profonde spiritualité autour du sacerdoce et de l’Eucharistie, basée sur la vertu de religion : le prêtre, religieux de Dieu, homme de prière et d’adoration.

 

 

Vatican II

Une des données les plus importantes de Vatican II est la remise en valeur de Église, peuple de Dieu et de la commune appartenance de tous les baptisés.

Fait significatif, dans la première rédaction du schéma sur Église, le chapitre sur la hiérarchie (chap. 2) venait avant celui sur le peuple de Dieu (chap. 3), conformément au modèle du concile de Trente. La proposition a été refusée par les Pères du concile et l’ordre des chapitres inversé. D’abord le peuple de Dieu, à l’intérieur et au service duquel se situent les ministres ordonnés.

Même insistance dans le décret sur le ministère et la vie des prêtres. Chapitre premier : « Le presbytérat dans la mission de l’Eglise », « Le Seigneur Jésus (…) fait participer tout son corps mystique à l’onction de l’Esprit qu’il a reçu. (…) Il n’y a donc aucun membre qui n’ait sa part dans la mission du Corps tout entier. Mais le même Seigneur, voulant faire des chrétiens un seul corps où tous les membres n’ont pas la même fonction, a établi parmi eux des ministres. »

C’est donc le peuple de dieu dans son ensemble qui participe à la mission du Christ, prophète, prêtre et roi. Sacerdoce commun de tous les membres de Église, sacerdoce baptismal. Nous le chantons : « Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée de saints. » Une donnée de l’Écriture mise en avant par les Réformateurs pour contester la doctrine de Église sur la fonction sacerdotale du prêtre. Cela explique que le concile de Trente l’ait passée sous silence. Elle permet cependant de situer autrement la place et le rôle du prêtre.

 

Configuré au Christ…

Par son ordination, le prêtre est configuré au Christ, tête de son Église, source de sa vie et de sa mission.

 

Au sein du peuple de Dieu, il a une charge spécifique : celle de signifier qu’il ne se donne pas lui-même sa mission, mais qu’elle lui est confiée par son Seigneur, qu’il la reçoit de lui. Le sacerdoce des ministres est au service du sacerdoce commun de tous les baptisés. Les ministres ont à reconnaître et à promouvoir la dignité et la responsabilité des laïcs dans Église (Constitution sur Église, n° 37). Dans Église, peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit, tous sont acteurs mais pas de la même manière ni au même titre. Commune responsabilité, mais responsabilité différenciée.

 

« Avec Vatican II, le ''ministère de la Parole'' est remis en valeur »

 

Au service de la communauté…

Le ministère du prêtre, ainsi situé au service de la communauté, n’est pas le seul. Il y a place et nécessité pour d’autres ministères, ce qui était l’habitude dans les premières communautés chrétiennes (voir les lettres de saint Paul).

Question de vocabulaire, Vatican II parle à propos du prêtre de « ministère » plutôt que de « sacerdoce ». « Ministère pastoral » soulignant ainsi le service de la communauté. « Ministère apostolique » mettant en valeur le lien avec le « ministère de l’évêque », successeur des Apôtres, dont il est le collaborateur. À ce titre, les prêtres « ont pour première fonction d’annoncer Évangile à toutes les nations ». Le « ministère de la Parole » est remis en valeur, et son articulation avec le ministère des sacrements et du culte est mieux soulignée.

Autre accent de Vatican II qui modifie la vision du concile de Trente : la spiritualité du prêtre n’est pas celle d’un religieux mais d’un ministre de Évangile Elle s’enracine dans son ordination et doit se nourrir de l’exercice de son ministère, notamment des multiples réseaux de relations dans lesquels il se trouve engagé et qu’il a charge de développer.

 

Résistances

La mise en œuvre du modèle du prêtre dessiné par Vatican II fait partie de la réception de ce concile dans Église Celle-ci n’est pas encore terminée. Elle connaît de résistances qui peuvent parfois être prises pour des retours en arrière. On les retrouve dans l’histoire de tous les conciles. On peut les rencontrer aussi aujourd’hui en ce qui concerne le ministère du prêtre, et notamment à propos de la commune responsabilité partagée avec les laïcs. Cette commune responsabilité ne procède pas d’un manque de prêtres mais bien d’une prise de conscience de la nature de Église : peuple de Dieu, corps du Christ.

 

 

Père Jean de Blangermont

 

 

 

 

 

 

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