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La crucifixion de Grünewald
Revisité par Arnulf Rainer (entre 1984-1989)



 La crucifixion de Grünewald "détail".

Symbole

Depuis sa « redécouverte » à la fin du XIX' siècle, le retable d'Issenheim, de Matthias Grünewald, et plus particulièrement la terrible Crucifixion qui constitue son panneau central, est devenu le symbole d'un mysticisme allemand douloureux et exacerbé, d'une identité spirituelle plongeant ses racines dans la piété fervente des siècles gothiques. Ce n'est certainement pas un hasard si l'Autrichien Arnulf Rainer (né en 1928) s'est « attaqué » à cette image. Cet artiste émerge dans les années 1950-1960 et se signale par la violence de propositions parfois proches de celles des Actionnistes viennois, dont la cible est l'Autriche elle-même, son passé impérial puis nazi, son refus d'un travail de mémoire, la longue complicité entre le pouvoir politique et un catholicisme intolérant, et sa vieille culture, notamment celle des images, attachée à cet ordre des choses.


Comme d'autres artistes adeptes de l'Anti-art, Rainer a recours au corps, y compris le sien, en tant qu'image, mais aussi en tant que véhicule de l'expression artistique; les photographies de corps ou de masques mortuaires sont recouvertes de griffures, ratures, balafres, taches, souvent portées avec ses doigts dont la trace reste visible. Rainer se veut proche de l'expressivité acculturée et compulsive qui est celle de l'art brut. Il expérimente la peinture à l'aveugle, dans l'espoir de capter une énergie individuelle profonde et authentique, libérée des conventions artistiques et du poids de l'histoire.


Images préexistantes
Son concept de übermalungen (surpeintures) consiste à recouvrir des images préexistantes. Très souvent, des images de piété, banales la plupart du temps ; mais il travaille aussi sur des reproductions d'œuvres religieuses de grands maitres. Son rapport au signe religieux est obsessionnel, allant jusqu’à adopter une forme en croix pour le format de ses toiles, et ambivalent. On sait qu'il est un grand lecteur des textes mystiques. Et ses « surpeintures » oscillent de la rage destructrice (sur l'image d'un crucifix, par exemple) à une forme d'incantation, ou d'exorcisme. C'est le cas ici. Comme si la peinture, purgée de ses automatismes culturels, purifiée, décantée, était capable d'exorciser l'image sacrée de tout le mal auquel elle avait pu être mêlée, et de renouer avec une transcendance réelle, originelle, source vive du christianisme - en amont des errances de l'Église - comme de tout grand art. Ces éclairs de couleur pure crépitant sur le visage du Crucifié de Colmar montrent que la défiguration peut être synonyme de transfiguration.
Manuel Jover
 

Article mis en ligne par E.H. Communication Diocèse    Publié Dimanche 01 avril 2012     - 722 visites

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