Ils discutaient entre eux!

19 ème dimanche du temps ordinaire

1 Rois 19, 4-8 ; Ephésiens 4,30 à 5,2 ; Jean 6, 4-51


Qui de nous n’a entendu ou utilisé l’expression “Je ne mange pas de ce pain-là !”.
Cette expression est probablement une bonne porte d’accès pour comprendre le “discours du pain de la vie” et la réaction des auditeurs à Capharnaüm. Arrêtons-nous d'abord quelques instants sur l’attitude du prophète Elie. C’est le découragement et la lassitude qui l’assaillent après avoir annoncé Yahvé le Dieu unique et dénoncé les travers d’Achab, Jézabel et leurs prêtres. Poursuivi par la soldatesque, il ne dit pas à Dieu qu'il ne veut plus manger de son pain, mais « je n’en peux plus, j’arrête, reprends ma vie ». Cette fidélité l’honore: il ne rejette ni ne renie rien de ce qu'il a cru et enseigné. Il exprime qu'il est allé au bout de ses forces: "Reprends ma vie!" Son attitude peut aussi interroger nos propres comportements quand, dans notre souci de vivre foi, espérance et charité, nous subissons l’indifférence et l’hostilité et que nous voudrions arrêter…

 

Elie doit faire une bien longue route, 40 jours est-il précisé, avant qu’il n’arrive à comprendre un peu mieux le Dieu qui l’appelle et l’envoie. La suite du récit, que nous n’avons pas dans nos missels, raconte la rencontre d’Elie avec Yahvé. Ce n’est pas le Dieu de la toute puissance qui se dévoile à lui, comme pour Moise à Sinaï, mais celui que l’on entend dans le silence et le souffle d’une brise légère… Voilà une image de Dieu bien différence de celui du Sinaï où Yahvé apparaissait à Moïse dans le bruit les orages et les tremblements de terre… Aujourd'hi, quelle image de Dieu nous habite ? Le Dieu de force et de puissance ? le Dieu dans le silence et la discrétion ?

 

Entrons maintenant dans le récit d’Evangile. Là aussi la liturgie ne nous livre que quelques lignes d’un bien long récit. A l’affirmation de Jésus “Je suis le pain de la vie” répondent le doute et le refus d’accueillir ce qu’il dit… avec de bonnes raisons, selon les scribes. Ces interlocuteurs savent ou croient savoir tout de Jésus, au moins de ses origines. Ils se refusent à l’étonnement que pourraient susciter les paroles de Jésus. Nous savons tous que l’étonnement, l’interrogation sont des clés d’ouverture pour un dialogue et une compréhension. Là, il n’y a rien en ce sens, et donc rien qui puisse faire avancer le dialogue entre eux et Jésus. La fin de l’évangile de ce dimanche, c’est comme une affirmation qui tombe à plat: le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée our que le monde ait la vie. Dimanche prochain, nous apprendrons qu’ils discutent entre eux (pas avec Jésus) au sujet des paroles…


S’il nous est donné de lire ces textes concernant Elie, Isaïe ou Jésus, le pain de la vie, ce n’est pas simplement pour raconter une histoire d’hier, c’est aussi pour nous inviter à entrer dans une attitude qui permette la rencontre de Yahvé (pour l’Ancien Testament), la rencontre de Jésus pour l’Evangile : rencontre et partage de ce qu’il dit, partage de ce qui peut donner nourriture à notre vie. Quelles sont donc les occasions que nous nous donnons pour entrer en dialogue avec Jésus, avec la Parole qu’il nous laisse ? Lectures d’évangile, seuls ou à plusieurs, lectures de commentaires, méditation, silence où il peut prendre place… A chacun, au creux de l’été, de faire de la place au dialogue avec Jésus, le Christ, le pain de vie. Abbé Emile Hennart.
 

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