Qui est le plus grand ?

25ème dimanche ordinaire

Sagesse 2, 12-20 ; Jacques 3, 16 à 4,3 ; Marc 9, 30-37


Dans la progression de son Evangile, Marc insiste sur les paroles de Jésus qui laissent entendre que le chemin qu’il propose n’est pas un chemin qui favorise les gloires humaines. Le chemin de service, le chemin du frère est tout autre chose, et l’on mijote déjà en haut-lieu, à Jérusalem, comment le faire taire. Avec ses disciples, sur le chemin vers Capharnaüm, Jésus s’en explique. Mais à quoi pensent ses disciples ?


"De quoi discutiez-vous en chemin ?" demande Jésus  C’est alors que les disciples se rendent compte de l’incongruité, de l’inanité de leurs conversations.


On pourrait très bien transposer la question pour nous-mêmes : de quoi discutons-nous au cours de nos journées ? Du dernier match de foot et des millions engloutis pour la vanité ? Du coût de la rentrée ? De quelle manière arrondir les fins de mois ? De l’intégrisme religieux, qu’il soit musulman ou catholique ? De quoi discutons-nous au long des jours ?

 

Marc précise qu'en entendant la question de Jésus, les disciples se sont tu, et qu'ils ont eu alors conscience de l’étroitesse de leurs discussions au regard du projet de Jésus : ils avaient discuté pour savoir qui était le plus grand ! Et nous ? Qu’aurions-nous dit : le PSG, Taittinger ou Arnauld ? Peut-être du Centre d’Action sociale, ou des licenciements de gens qui nous sont proches ?


Pour éclairer le débat, Jésus joue de la parabole, en plaçant au milieu du cercle un enfant. Nous ne sommes pas au temps de Victor Hugo où le cercle de famille condescendant entoure le dernier enfant de la famille. Nous sommes dans une civilisation -que nous avons peut-être connu-, où l’enfant à le droit de se taire à table, où il compte pour rien : “ce n’est qu’un enfant !”

 

Mettre un enfant dans le cercle des disciples est une parabole en acte qui invite à considérer les moins que rien comme appelés aussi à participer à la vie du Royaume, de la paroisse, à être au centre de nos préoccupations. Prochainement, au ch. 10, Marc rappellera cette autre parole de Jésus : "Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude". Il arrive parfois aux évêques et aux responsables de communautés de mettre le chômeur et l’immigré au centre de leur conversation, mais c’est rare. Et nous-mêmes ?
 

Nous ne sommes pas méchants au point de passer nos journées à chercher quel croc-en-jambe nous pourrions faire à un tel ou un tel pour prendre sa place, pour passer devant ! C’est pourtant ce qu’évoque la première lecture, tirée du livre de la Sagesse : “attirons le juste dans un piège !” Le monde est ainsi fait que nous ne portons plus attention au contenu de nos conversations.

 

Pendant que le Christ a l’esprit préoccupé par l’avenir de sa mission et la mise en œuvre de son message de fraternité (ou de solidarité) sous le regard du Père, les disciples et nous-mêmes avons d’autres centre d’intérêt, d’autres sollicitations, que celles qui proviennent de la nécessité, ou de l'écoute de la publicité. De quoi parlons-nous en chemin?

 

Il pourrait être intéressant de se mettre à plusieurs pour regarder et analyser nos sujets de conversation, au cours des derniers huit jours… Nous ne sommes pas mauvais, mais nous sommes toujours ailleurs. Comment l’Evangile de ce dimanche peut éclairer notre conversation, notre vie quotidienne… Et si nous en parlions autour de nous ? Abbé Emile Hennart

 

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