Tendre un piège à Jésus...

27ème dimanche ordinaire

Genèse 2, 18-2 ; Hébreux 2, 9-11 ; Marc 10, 2-16
Il n’est pas inutile de s’arrêter à la première information communiquée dans le récit concernant les questions posées par les pharisiens à Jésus. On retrouve la même teneur en Luc et en Matthieu. Pour les pharisiens, il s’agit de tendre un piège à Jésus, de “mettre Jésus à l’épreuve”. Pour entendre la réponse, de Jésus, il faut donc tenir compte du climat, du contexte de cet échange. En effet, on ne répond pas de la même manière à quelqu’un qui vous interroge par souci de mieux comprendre les commandements, et à quelqu’un qui vous interroge dans le seul but de vous enquiquiner. On ne sera donc pas étonné de voir Jésus ne pas répondre de manière personnelle, mais de renvoyer aux données de l’Ecriture : “Que vous a prescrit Moïse” ? Et de renvoyer ses interlocuteurs aux commencements de l’humanité quand Dieu les fit homme et femme, au livre de la Genèse.

 

Que de pages n’a-t-on pas écrites depuis que les 7 sacrements ont été institués au concile de Trente. Jusqu’alors, les serfs dans le haut Moyen-âge n’avaient pas accès au mariage tel qu’il était prôné pour les nobles, les ducs et les châtelains. Que des pasteurs ont été abusés en oubliant la miséricorde pour respecter la lettre de Moïse reprise sans discernement ? Que de paroles injustifiées n’ont-elles pas été prononcées ces derniers temps à l’occasion du débat sur le mariage entre personnes du même genre.

 

C’est une réelle question posée aujourd’hui, mais il semble qu’il y ait mauvaise réponse à une réelle attente : avoir les mêmes droits quand un enfant est présent dans ce couple ; avoir les mêmes droits en cas de décès du conjoint.. Le législateur a préféré modifier le dictionnaire universellement reconnu jusqu’à présent : “Mariage: union légitime d'un homme et d'une femme” (Le grand Robert). Cependant, utiliser les textes sacrés de la religion chrétienne et de la religion juive pour imposer aux non-croyants une règle religieuse ne peut qu’être regrettable. Cela ne change en rien la voie de sainteté proposée à ceux qui suivent le chemin de Jésus-Christ.

 

Ces mêmes croyants ont cependant le droit d’interroger les personnes qui ne font aucune différence au sujet de l’union entre deux hommes ou deux femmes et l’union entre homme et femme. Il y a là des principes philosophiques sur la conception de l’homme et de la femme. Il est regrettable que la déclaration des Droits de l’homme de 1789 ait ignoré “ce détail” : que l’on naisse homme ou femme, cela n’est pas indifférent aux rapports humains : suffit-il de dire qu’on est tous citoyens ? N’y a-t-il pas un respect de la différence qui n’a pas été pris en compte ?

 

Mais ce n’est pas la question posée à Jésus. On se souviendra seulement que son groupe était composé d’hommes et de femmes, contrairement aux règles de l’époque concernant les rabbis. Qu’on se souviene de la femme qui devait être lapidée sur la place du village, selon la Loi, et que Jésus lui a pardonné… et l’on peut multiplier les exemples où la miséricorde du Christ l’emporte su l’application stricte et rigoureuse des préceptes dits “sacrés”. Jésus n’a jamais fait passer les règlements avant le respect de la personne qui venait à lui. Au point même que la fin du récit (hélas considérée comme facultative dans le missel pour ce dimanche) présente Jésus faisant venir au milieu du groupe un enfant. Or les enfants n’avaient pas place dans le conseil des sages ou des anciens de cette époque. Cette accumulation de comportements de Jésus devrait nous amener à réviser les attitudes par trop absolues qui surgissent de nous-mêmes. “C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices” est-il répété dans l’évangile de Matthieu. Pourquoi donc notre esprit est-il aussi légaliste et notre cœur aussi peu sollicité ?

 

Quand Jésus en appelle au texte de la Genèse, il se réfère à un texte qui met en avant la dignité de la femme, ce qui n’était pas chose admise dans les temps anciens (et parfois aujourd’hui encore). La tradition judéo-chrétienne s’est référée à ce commencement avec l’expression : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra.” Ce n’est pas d’abord un règlement juridique qui inspire les origines, mais une attention amoureuse du créateur envers la créature.

 

D’une part, il donne toue sa dignité à la femme mais, dans le même temps, il donne aussi toute sa dignité au mariage. (avec ou sans la sacramentalisation). Le mariage est considéré comme acte d’amour et d’entraide. Il est hélas bien des fois ou le mariage tombe en lambeaux et c’est toujours un échec de l’amour. Faut-il ajouter l’opprobre et la condamnation à l’échec ? Telle n’est pas l’attitude du Christ, et nous devrions nous inspirer de la manière dont Jésus vit le rapport avec tout homme et toute femme : non selon les règlements et commandements en vigueur, mais selon l’amour ou la compassion qui peuvent lui être manifestés. E.H.
 

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