La lumière est entrée dans notre monde

Fête de Noël

La liturgie de Noël est emplie de références à la lumière, à commencer par la lecture d’Isaïe : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Les bergers du récit de Luc se trouvent enveloppés d’une grande lumière. Quant à l’Evangile de la messe du jour, reprise du début de l’Evangile de Jean il affirme : le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme. A ceux qui l’on reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu…

 

On ne peut oublier que la fête de Noël s’est bâtie sur une ancienne pratique du solstice d’hiver, du “sol invictus”, le soleil vainqueur de la nuit, mais ce n’est pas une raison pour bouder l’espérance venue de Dieu. C’est au vu de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ qu’est née la certitude d’un Dieu qui n’abandonne pas l’humanité dans sa nuit. C’était la certitude des disciples de Jésus. Pourtant eux aussi ont vécu les ténèbres, le passage par le doute. C’est au temps de Pâques que s’est forgée leur certitude, au creux de la nuit du tombeau.

 

Leur première annonce était que ce Jésus crucifié par les hommes, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Ils ont alors repris leur expérience, leur vie ave Jésus sur les chemins de Palestine, découvrant que la manière de vivre de Jésus, s’approchant des malades, des pécheurs, des exclus, c’était la meilleur manière pour Dieu de témoigner de son amour pour les pauvres et les petits… Notre cœur était tout brûlant tandis que cet homme leur rappelait ce vécu, prenant soin de signaler que les prophètes avaient depuis bien longtemps signalé quel était le sens d’une vie aux yeux de Yahvé ? Ces prophètes se sont souvent confrontés aux officiels du Temple et du palais royal, mais leurs écrits sont restés présents dans la longue tradition religieuse dont nous héritons aujourd’hui, plus de deux mille ans après.
 

 

Les conditions de naissance de ces écrits n’ont pas toujours été de lumière et de fête, mais souvent conditions d’existence difficile, que ce soit avec Moïse lors de la sortie d’Egypte, que ce soit avec Isaïe traversant le désert et découvrant un Dieu caché au fond du cœur, pour qui sait entendre le murmure d’une brise légère. C’est encore Amos quand il se fait sortir du pays pour oser reprocher aux grands de Samarie leurs comportements indignes du Royaume de Dieu. C’est encore Isaïe quand il parle de celui qui n’éteint pas la mèche fumante ou qui ne brise pas le roseau froissé… Ainsi est notre Dieu un enfant fragile au cœur de la nuit du monde, qui n’intéresse même pas le roi de son pays.


C’est bien tardivement que les évangélistes ont écrit le début de cette histoire de Jésus-Emmanuel, Dieu avec nous. Récits populaires qui ressemblent tellement à des contes qu’il devient difficile de les méditer. Que nous transmettent-ils, ces récits de l’enfance ? Des bergers qui veillent dans la nuit, qui entendent la nouvelle te font le déplacement… des mages, quelque peu illuminés qui entreprennent un long chemin pour voir l’enfant qui vient de naître. Nous avons trop entendu cette histoire pour nous émerveiller de leur déplacement à la suite d’une rumeur. Luc et Matthieu font reposer sur eux, leur certitude qu’il y a quelque part dans le monde quelqu’un qui entend, qui répond, qui se met en route. Ce peut être Jean-Baptiste, Pierre ou Jacques ou Jean. Ce peut-être chacun de nous même au cœur de sa propre nuit qui peut entendre quelqu’un l’appeler et lui répondre… me voici

 

Au cœur de la nuit du monde, ce sont des réfugiés, des sans-papier, des syriens ou des iraniens, des maliens ou des indiennes qui se révoltent ou des russes qui espèrent contre toute espérance ; c’est aussi le malade proche de chacun ou la famille dans le deuil, ou celui qui n’arrive plus à payer le sou pour que vive sa famille. . En parcourant les évangiles à la suite de Benoit XVI, nous découvrons bien des gens dont Jésus s’est approché, le lépreux que Jésus touche, le paralysé qu’il pardonne, le publicain qu’il appelle à sa suite. Aujourd’hui encore ils sont là ceux qui vont à leur rencontre : restos du cœur, saint Vincent de Paul, Salam ou la belle étoile. Ce sont aussi ces syndiqués de Doux, de Florange, de Samsonite dont on dit tant de mal (ou que l’on s’efforce de laisser dans le silence) et qui pourtant essaient de faire respecter ceux qui travaillent avec eux.

 

Ce sont aussi ceux qui cherchent à bâtir des lois au service de la population, à commencer par les populations les moins écoutées et les moins disponibles pour créer des groupes de pression. Noël, ce n’est pas le jackpot qui tombe au hasard, non, Noël c’est la volonté exprimée de faire que l’on devienne tous frères, que l’on reconnaisse que, déjà, des hommes et des femmes redressent les chemins tordus et aplanissent les chemins aux pentes abruptes pour que tous puissent marcher vers la Lumière. Bonne et heureuse fête de Noël. E.H
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1096 visites