La foule s’emporte contre Jésus

4ème dimanche ordinaire

Jérémie 1, 4-19 ; 1 corinthiens 12,31 à 13,13 ; Luc 4, 21-30


L’Evangile du dimanche est la deuxième partie de l’homélie de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Dimanche dernier nous avions quitté cette synagogue sur les acclamations de la foule… Trop beau pour être vrai, car immédiatement se lèvent des opposants qui entraînent l’adhésion de cette même foule en vue de tuer Jésus. Ces deux morceaux d’évangile ne font qu’un. Pour nous lecteurs du XXème siècle, c’est le moment de se rendre compte que les quatre évangiles signalent que, dès le début, il y a eu opposition à Jésus.

 

Pour s’en rendre compte, il suffit de relire le début du ch.3 en Marc, où les pharisiens et hérodiens sortent de la synagogue et complotent en vue de faire périr Jésus. Son message ne passe pas, dès le début et cela ne fera que s’amplifier, au point qu’à l’approche de Jérusalem puis dans son enceinte, les discussions avec les officiels de la religion sont accompagnées d’une note : “c’était pour lui tendre un piège”. Jésus n’a jamais fait l’unanimité autour de lui –précisons : dans les cercles officiels et bien-pensants". Pour Jésus, il en était comme pour les prophètes de l’Ancien Testament. Que Jésus s’intéresse au lépreux, à l’étranger, à l’exclus ou au malade, que Jésus s’intéresse au pauvre et à l’orphelin, cela a toujours dérangé.


Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux chacun peut dire sa vérité, mais est-ce bien "la vérité de Jésus". La proximité avec les migrants comment est-elle relayée? l’action pour plus de justice sociale est-elle soutenue sur ces réseaux…? J’ai encore aux oreilles les accusations de Matthieu pour les détracteurs de Jésus : vous êtes tatillons et fidèle pour payer votre impôt sur les plantes aromatiques… mais pour rechercher la justice, la miséricorde et la fidélité, vous semblez beaucoup moins empressés (cf. Matthieu 23, 23). Il serait temps de faire son examen de conscience sur ce à quoi les bons chrétiens que nous sommes font attention, ce pour quoi ils s’enflamment, et ce qu’ils délaissent.

 

L’extrait de la lettre de Paul aux Corinthiens, en particulier pour le début jugé comme “facultatif" par les rédacteurs du missel, mérite toute notre attention. Saint Paul, avec ironie, parle de l’empressement des chrétiens de Corinthe dans leur recherche de ce qu’il y a de mieux…. En fait, ils cherchent à réaliser des choses extraordinaires pour manifester aux autres chrétiens qu’ils leur sont supérieur, que l’Esprit en eux est plus grand que dans la masse de ceux qui ne font rien d’extraordinaire… c’est le prélude à un rappel sur l’importance de la charité : cette importance sera martelée au long des versets suivants : si je n’ai pas la charité je ne suis rien, je ne suis qu’un bronze qui résonne (bref, une cloche !). Au-delà de la gentillesse de deux versets, c’est une mise en garde qu’adresse Paul aux chrétiens de son temps (et du notre) qui ne mettons pas en avant dans notre vie les œuvres de Charité.

 

Quelques mots sur la première lecture, tirée de Jérémie. La lecture est choisie pour entrer en résonnance avec l’Evangile de Jésus à Nazareth, contesté et expulsé. Dès le récit de vocation, Jérémie est informé qu’il y aura une vive opposition contre lui mais, dit Dieu : “Ne tremble pas, sinon…” Et de conclure : “Ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi…”


A ces lectures concernant l’enseignement des prophètes de Jésus, il faudrait relire les exhortations de Benoit XVI qui appelle les chrétiens à étudier un peu plus . Ce devoir leur incombe pour demeurer fidèles à l’enseignement. A son niveau, Mgr Jaeger écrivait : “Je regrette que dans notre société l’émotion l’emporte sur le raisonnement et devienne, petit à petit, mode dominant sinon exclusif de réaction. Il faut, hélas, faire nombre, faire du bruit et constituer un groupe de pression pour être entendu. Par le fait même, les comportements deviennent excessifs et irrationnels”.


L’attitude des Juifs de Nazareth, elle aussi, fut irrationnelle, tout comme la pression pour faire plier Pilate en son tribunal, un certain vendredi saint. Puissent les chrétiens ouvrir leur cœur et leur intelligence en même temps. "Foi et Raison" disait déjà le pape Jean-Paul II. Abbé E.Hennart

 

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