Entre Juifs et païens, pas de différence

1er dimanche de carême

Deutéronome 26, 4-10 ; Romains, 10, 8-13 ; Luc 4, 4, 1-13
 

“Entre Juifs et païens il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers ceux qui l’invoquent”. Cette parole de Paul mérite que les chrétiens la lisent et la méditent. Il se dit tant de choses contre ceux qui ne sont pas comme nous, que nous en oublions que, aux yeux de Dieu, nous ne valons pas plus que les païens, et que les païens ne valent pas moins que nous. Inconsciemment nous en restons à la distinction entre nous et les autres, il y avait les grecs et les barbares, il y avait les juifs et les païens et, chaque civilisation avait à portée de main ce qui permettait de faire la différence entre nous et les autres.

 

Il semble que Paul ait eu à lutter à de nombreuses reprises, au nom du Christ de l’Evangile, pour abolir ces distinctions ces ruptures où il y aurait d’un côté les bons, c’est-à-dire nous, de l’autre les mauvais, c’est-à-dire les autres. Au moyen-âge il y avait les bons et les hérétiques, au temps des croisés, il y avait les croisés et les maures ; en Algérie il y avait les français et les arables (qualifiés de “bou…”). Aujourd’hui, il y aurait les bons français (considérés comme chrétiens) et les autres religions qu’il faudrait exécrer. Je n’exagère pas et il suffit de voir les mails circuler avec la rapidité du vent sur la toile, pour se convaincre qu’il y na quelque chose de malsain dans notre société et chez nos coreligionnaires. La conversion qui nous est demandée est de cet ordre, avoir sur tout homme le même regard qu’avait le Christ sur tout homme qu’il rencontrait.


Conversion du cœur et du regard afin que nous devenions semblables au Christ, lui qui a fait du juif et du païen son Corps. Conversion, c’est bien ce qui est proclamé tout au long de ce carême. Le message du synode avec le pape Benoit XVI en octobre dernier le rappelle : pour évangéliser, il faut d’abord s’évangéliser soi-même, se mettre au contact de la vie du Christ telle qu’el est décrite dans les évangiles. Nous devrions nous étonner que la première image proposée soit celle de Jésus qui s’assoit auprès de la samaritaine : Quoi ! Une femme, et qui lus est une païenne disent les apôtres d’hier… et ceux d’aujourd’hui. Le message, au §4 en rajoute, donnant des noms : Zachée, ou le centurion romain, ou l’aveugle de naissance : Nous pourrions continuer à parcourir les pages de l’Évangile pour illustrer combien, dans des conditions variées, la vie des personnes s’est ouverte à la présence du Christ.

 

Ce qui nous est demandé par le synode autour du pape aujourd’hui démissionnaire, c’est d nous convertir à la suite du Christ avant de vouloir évangéliser les autres. En même temps nous ne devons pas oublier le questionnement des apôtres sur les conditions posées par jésus : “mais qui donc peut être sauvé dans ces conditions… et la réponse de Jésus : “aux hommes, cela est impossible ; mais pour Dieu tout est possible” (Mt, 19, 25-26). Cela ne doit pas nous dispenser de faire carême, mais cela doit nous rappeler que la Vie avec Dieu est un don gratuit du Père pour nous. Il a voulu nous faire participer sa vie divine (Lumen Gentium §1) ou encore “ Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu'à ses amis, il s'entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie (Dei Verbum§2).

 

"Tout vient de toi, ô Père très bon… nous t’offrons les merveilles de ton amour'".

C’est un vieux cantique, mais il correspond à ce que firent les Hébreux, à la demande de Moïse, telle que le rapporte la première lecture. Ce devrait être notre attitude envers ce même Père, qui fait de chaque être humain, un peuple saint. Abbé Emile Hennart

 

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