J'ai vu... Va libérer mon peuple

3ème dimanche de carême

Exode 3, 1-15 ; 1 Corinthiens 10, 1-12 ; Luc 13, 1-9

 

Rencontrer Dieu, se convertir, mais de quel visage de Dieu est-il question à partir de ces textes ? Apprenons à lire la diversité et la richesse exprimées dans le texte de l’appel de Moïse.


Selon notre humeur ou notre spiritualité, chacun insistera sur un aspect de cet appel : tout d’abord la curiosité de Moïse qui l’amènera la rencontre de Dieu. Cela commence par l’histoire d’un homme qui s’est rangé, loin de la cour égyptienne, des intrigues de la cour, loin même de la civilisation. Une petite lumière brille dans les buissons et attire son attention. La curiosité lui fait faire un détour… Ainsi, la rencontre du Seigneur et de Moïse se fait par un évènement tiers. Cela peut aussi signifier que, aujourd’hui encore, la rencontre de Dieu peut se faire par un évènement tiers, auquel on porte intérêt, pour lequel on se déplace, se déroute… Qu’est-ce qui sollicite notre attention, nous déroute au milieu de notre quotidien… qu’est-ce qui détonne dans notre paysage au point de solliciter notre attention… ?


Le dialogue qui s’instaure ensuite entre Dieu et Moïse est plein de détails. Tout d’abord l’expression “ce lieu considéré comme terre sainte” : le lieu que tes pieds foulent est une terre sainte. Pourtant nous ne sommes pas en Terre sainte. Alors faut-il considérer tout espace de où je suis comme une terre sainte ? Et lorsque Moïse se sera déplacé, cette nouvelle terre que fouleront ses pas sera-t-elle considérée elle aussi comme terre sainte ? Et nous-mêmes, l’espace que nous foulons, peut-il être considéré comme lieu sacré ? Quelles conséquences faut-il en tirer ?

 

Quand Dieu dit “J’ai vu la misère de mon peuple…” Moïse ne le savait-il donc pas ? Ou bien pensait-il que Dieu ne s’intéressait pas aux conditions de vie de son peuple ? Et nous aujourd’hui, au moment ou le Secours catholique ou le CCFD ou bien d’autres organisations nous sollicitent : ne savons-nous pas, ne voyons nous pas la misère du peuple des hommes pour lesquels Dieu a envoyé un jour son Fils ? Cette belle histoire de la vocation de Moïse ne se contente pas de dire que Dieu voit, mais aussi que Dieu envoie : Je suis venu pour délivrer mon peuple. Va je t’envoie.


Est-ce la Parole d’un instant, est-ce la Parole sans cesse recommencée à l’adresse de ceux qui voient… J’ai du mal à imaginer Moïse continuer à vivre en ermite, à s’enfermer avec quelques humains, dans un espace réservé, pour entrer en prière, instaurer une liturgie divine dans son désert. Bien au contraire, Moïse va se lever, se mettre en route, prendre sa femme et ses enfants pour regagner l’Egypte (tout comme Joseph, avec Jésus et Marie, sur un âne !).

 

Nous connaissons le long itinéraire qui sera celui de Moïse en Egypte, puis à travers le désert, itinéraire durant lequel le peuple de Dieu fera l’expérience de la libération, de la purification. Il y recevra des règles qui, aujourd’hui encore, peuvent être des points de repères auxquels être attentifs. Pas seulement d’honorer Dieu, la messe du dimanche, mais vivre le service du frère, l’accueil du pauvre, de l’étranger, du sans rien… Le Lévitique et le Deutéronome comportent plusieurs fois ces appels. A nous aujourd’hui d’entendre et de suivre le trajet de Moïse, avec les hommes de notre temps. C’est ce que nous rappelle Paul dans la lettre aux Corinthiens : “ces évènements étaient destinés à nous servir d’exemple…”
Cet appel suffira-t-il pour que nous portions du fruit ?


L’Evangile nous rassure quelque peu en signalant l’extrême patience de Dieu à notre égard, quand nous ne produisons pas les fruits attendus. Est-ce une raison pour faire la sourde oreille aux attentes de Dieu sur les questions de justice et de paix ? Cet évangile est tout à la fois mise en garde et appel à la conversion. Pour les grands prophètes, l’appel à la conversion se caractérise par la miséricorde qui doit devenir notre boussole, parole qui sera reprise plusieurs fois dans les évangiles : la iséricorde et non les efforts de sacrifice ! C’était déjà inscrit dans l’Ancien Testament, par exemple au début du livre d’Isaïe : “Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, mettez au pas l'exacteur, faites droit à l'orphelin, prenez la défense de la veuve”. (lecture du mercredi de carême, 26 février). A lire les statistiques et rapports économiques, lire les documents de la fondation Abbé Pierre ou du Secours catholique, il y a encore du boulot pour que vienne ce Royaume de Dieu ! E.H.
 

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