Marthe et Marie sont-elles à opposer?

16ème dimanche ordinaire

Genèse 18, 1-10 ; Colossiens 1, 24-28 ; Luc 10, 38-42

L’évangile du dimanche précédent, 15ème ordinaire, avait présenté la demande d’un pharisien sur ce qu’il fallait faire pour avoir la vie éternelle… L’exemple donné était celui d’un étranger samaritain qui vient en aide à un voyageur tombé aux mains des brigands. Rien ne semble rapprocher le texte de cette semaine avec le texte précédent. Et pourtant ! De quoi est-il question, à première vue ? Marie est attachée à écouter les paroles de Jésus tandis que Marthe s’affaire pour offrir à son hôte un service digne de lui.

 

Si l’on prend le temps de parcourir les chapitres 9, 51 à 13, 20, on constate que la succession des paragraphes traite d’une diversité de situations aux quelles les disciples sont affrontés. Jésus traite de l’existence croyante : l’amour du prochain ; la prière, la gestion de l’argent, la vigilance, et nous aurions bien tort de séparer les unes des autres, car il s’agit ici, pour Jésus de faire l’éducation des 72 (chiffre que les Juifs utilisaient comme correspondant aux nations issues des fils de Noé (Genèse 10). L’enseignement d Jésus serait donc un enseignement adressée à toutes les nations de la terre… Dans le cadre de cet enseignement, l’histoire de Marthe et Marie peut prêter à contre-sens.

 

Peut-on dire que Jésus choisit l’écoute de sa parole (Marie) contre le service de la table (Marthe) ? En effet, Marthe voudrait que sa sœur se consacre aussi au service de la table. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Entre le service de la table et l’écoute de la Parole, Jésus invite à établir une hiérarchie entre les différentes activités. Nous devrions comprendre que, dans ce récit, Luc s’adresse aux premières communautés chrétiennes et qu’il les invite à ne pas se laisser déborder par les choses à faire, au point d’en oublier l’écoute de la Parole du maître ?

 

La suite logique de ce récit apportera une réflexion sur la prière. La tradition théologique restaurée au milieu du vingtième siècle a développé le souci de vivre les trois taches (ou fonctions qui furent celles du Christ : Parole proclamée, parole célébrée, parole vécue (résumée parfois par croire, vivre, célébrer). Privilégier l’une des composantes au détriment des deux autres ne sied pas aux fidèles disciples du Christ : il faut honorer les trois : a réception et l’annonce de la Parole, la méditation et la célébration ; enfin savoir vivre et faire vivre la Parole dans nos gestes quotidiens.

 

La première lecture renvoie au geste d’hospitalité d’Abraham ; la seconde lecture, du livre de Paul aux Colossiens, évoque le ministère de Paul : effort d’annonce en vue de la compréhension par les païens du mystère révélé désormais à tous. Nous savons combien Paul a été dévoré par le souci de faire connaître à tous, y compris aux païens, l’amour dont Jésus nous a aimés. A nous d’imiter ces modèles donnés dans les lectures : ne pas séparer le souci de la Parole du service à apporter au prochain, veiller l’hospitalité, enfin à la suite de Paul, développer une foi communicative. Nous aurons une pensée particulière pour les JMJ, rassemblement au Brésil cette semaine. E.H.
 

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