Discerner la volonté de Dieu...

22ème dimanche ordinaire

Jérémie 20, 7-9 ; Romains 12, 1-2 ; Matthieu 16, 21-27

Le langage de séduction employé par Jérémie pour évoquer la relation de Dieu avec lui peut avoir de quoi surprendre… sans doute parce que nous préférons les définitions doctrinales qui ne souffrent aucun sentiment. Or, l’alliance de Dieu avec son peuple est exprimée bien souvent dans l’Ecriture par ses dimensions amoureuses. Que ce soit Osée, prophète des premiers temps, et l’histoire de sa fiancée rebelle, que ce soit, à l’autre bout les livres de sagesse et le Cantique des Cantiques, il n’y a guère de pages où il ne soit parlé en termes de relation et d’amour. Même saint Jean dans ses lettres répète ce qu’est Dieu Amour. (A ne pas confondre avec un sentimentalisme affectif !).

 

Ceux qui auront suivi la conférence de Marie-Laure Rochette pour la rentrée en catéchèse, fin août, auront retenu qu’on ne peut parler de Dieu et le connaitre sans qu’il n’y ait en même temps expérience, expérience de la rencontre. Les grands mystiques ont parlé de cette expérience de la rencontre de Dieu. Jérémie n’entre pas dans les détails de cette expérience, mais il exprime aujourd’hui les conséquences inévitables qui lui incombent :  à cause de ce Dieu rencontré, je ne eux me taire sur ce qui se passe dans la société qui m’entoure, la société dont je fais partie : “Violence et pillage” crie-t-il à quji veut et ne veut pas l'entendre. Le feu qui est entré en lui le dévore au point de ne plus pouvoir se taire. Cette parole de Jérémie devrait interroger le croyant aujourd’hui sur sa manière de rendre compte de sa foi dans la société actuelle.  C’est quelque chose de ce langage que l’on retrouve chez le pape François quand il interroge les nations dans leur rapport à l’argent et aux pauvres.

 

L’extrait de lettre de Paul aux Romains est à lire sur le même ton. Il ne demande pas de vivre hors du monde, mais de savoir discerner la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait… Là aussi il y a source d’inspiration pour le croyant dans le monde.

 

Enfin l’Evangile de ce dimanche : il est la suite du récit de profession de foi de Pierre à Césarée. Qu’avait-il en tête quand il se met à dire à Jésus le chemin qu’il doit suivre ? L’alliance amoureuse de Dieu et de son peuple (de chacun des siens) ne donne pas droit à une béatitude éternelle dès ici-bas. Le Christ évoque la contestation permanente dont il devient la cible, jusqu’à être condamné à mort comme un malfaiteur. En Corée, le pape a béatifié 123 laïcs morts martyrs, dans l’avion il a évoqué la cause en béatification pour Mgr Romero (exécuté à l’autel par les tenants de l’ordre établi).

 

Que signifie pour chacun la finale de ce dimanche : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive”. Pour être saint, il ne suffit pas de se retirer du monde pour vivre dans un espace aseptisé ; il suffit de reconnaître que le Christ est venu au milieu des siens, non en séparé mais bien en endossant tout la condition humaine, avec les risques d’être incompris et rejeté. C’est sans doute cela, la folie dont parlait Paul au début de la lettre aux Corinthiens. Aimer est sans doute une folie, donner sa vie pour ceux qu’on aime aussi. Quel amour fou nous anime, en cette veille de “rentrée scolaire” et “rentrée sociale” ?

E.H.

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