Prendre le pain des enfants !

20ème dimanche ordinaire

Dimanche 20 aout 2017. 20ème dimanche ordinaire.

Isaïe 56, 1-7 ;  Romains 11, 13-15 et 29-32 ; Matthieu 15, 21-28

Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur… Je les conduirai à ma montagne sainte”. Il est possible qu’on ne soit pas étonné par une telle affirmation ! Pourtant ce texte rédigé au retour de l’Exil est une ouverture dans la rigidité de la distinction “circoncis-incirconcis” ou plutôt “peuple élu“ et “les peuples de la terre”. Jérémie avait parlé de la circoncision du cœur et ouvrait une autre compréhension à ce qui pouvait paraitre comme une loi d’exclusion à l’encontre des non circoncis (les étrangers de l’amour de Dieu). Au retour de l’Exil, différents courants théologiques naitront, parmi eux les pharisiens, rigides quand à la lecture de l’Ecriture, mais cependant plus ouverts que les sadducéens qui, eux, ne juraient que par l’observance et le culte.

 

On aura des traces de ces divergences dans le Nouveau Testament. Jean-Baptiste ne prêchait-il pas à tous en vue de la conversion ? Saint Paul sera confronté aux baptisés judaïsants qui refusent les païens baptisés mais non circoncis (Galates 5 et 6). Le court passage de la lettre aux Romains, lu en seconde lecture, laisse deviner qu’il y a conflit entre Juifs de pure souche et nations païennes. Or, précise Paul, les dons de Dieu sont gratuits. Cela pourrait semble de l’histoire ancienne, sauf que l’attitude distinguant les bons et les mauvais peut exister aujourd’hui encore. L’évangile de la cananéenne attire l’attention sur l’accueil ou le non accueil de quelqu’un qui ne correspond pas aux critères d’appartenance au bon peuple. L’histoire de la saint Barthélémy est un exemple récent du rejet des “non catholiques” par la France catholique (ou, plutôt, les catholiques de France). Encore faut-il mesurer ce qui est de l’ordre politique et ce qui est de l’ordre religieux lors des poussées d’adrénaline contre les étrangers !

 

Et aujourd’hui, n’y a-t-il pas volonté de distinguer entre bons migrants et mauvais migrants ? La cananéenne qui demande à ce que sa fille soit délivrée du mal ressemble étrangement à ces migrants dans les dunes de Calais ou l’arrière-pays de Troisvaux-Belval ! Ils demandent un peu d’eau et de quoi se laver.

 

Exceptionnellement, Jésus ne répond pas de suite à l’attente urgente. Ce sont d’abord les disciples qui demandent de la renvoyer. C’est un peu différent du récit fait par Marc ch.7 où c’est Jésus qui lui demande de laisser d’abord les enfants d’Israël se rassasier. Faisons la comparaison entre ce qui rejettent les réfugiés et ces disciples, chez Matthieu, qui veulent que Jésus rejette la cananéenne !

 

Et, pour ne pas en rester au Pas-de-Calais, regardons comment les paroles du pape François sont rejetées par les proches du Vatican. Laudato si ! n’est pas trop accepté par eux, ni beaucoup de ses discours envers les pauvres de nos sociétés dites modernes. Les disciples souhaitent ne plus entendre les cris de récrimination. Jésus, lui, fait la distinction entre les fils d’Israël et le reste du monde ! C’est alors que vient cette réflexion sur les miettes tombées de la table que les chiens se partagent ! Jésus passe donc outre la mission qui lui était jusque là dévolue, pour accorder la miséricorde à cette étrangère et à sa fille.

 

Aujourd’hui on peut toujours ériger des barrières pour nos enclos et refuser l’au-delà. Or il se multiplie bien des groupes humains en dehors de nos enclos. Faut-il donc comme l’ultra-droite américaine ne s’intéresser qu’aux bonnes gens à l’intérieur de l’enclos ou accepter d’ouvrir le risque à l’universel ?: Afghans, Erythréens, Vénézuéliens, Ougandais, Syriens, etc. Dans la première lecture d’Isaïe, le Seigneur promet de conduire les étrangers vers sa montagne sainte. Serons-nous avec lui, dans la construction d’un monde davantage unifié ? E.H.

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