Soixante dix fois sept fois

24ème dimanche ordinaire

Dimanche 17 septembre   24ème dimanche ordinaire

Ben Sira le Sage 27,30 à 28,7 ; Romains 14, 7-9 ;  Matthieu 18, 21-35

 

En parcourant l’évangile de ce dimanche, nous trouvons immédiatement scandaleuse l’attitude du serviteur de haut rang qui envoie à la condamnation le serviteur qui lui devait une petite dette… Il venait d’oublier que son mettre lui avait peu auparavant remise une grosse dette : “Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’ai eu pitié de toi ?”

La première lecture, de Ben Sira établit le rapport entre Dieu nous et notre aptitude à pardonner. Comment entendre ces deux lectures ? A titre personnel, mais aussi à titre collectifs, comme appartenant à la même humanité ?

Il est facile de parler de pardon, à distance, quant on n’est pas soi-même syrien ou Irakien. Il en est de même si l’on pense aux Colombiens et aux Farc, ou à la Birmanie, et, aux Rohingas, ou encore aux Philippines… ou, pour nous aux harkis, algériens et militants de l’OAS… Notre histoire comporte bien des histoires sur lesquelles nous faisons silence. L’oubli devient ainsi une manière de ne pas pardonner. Les états africains nous renvoient à la figure bien des silences entretenus sur la manière dont les européens les ont considérés. L’image des balayures glissées sous le tapis peut servir à relire notre propre vie à la lumière de l’Evangile : ce qu’on a passé sous le tapis ressort un jour ou l’autre,  et il faudra bien s’en expliquer. Faut-il pardonner 7 fois, ou soixante dis fois 7 fois ? C’était la question de Pierre. Jusqu’où faut-il aller si l’on veut suivre Jésus ?

Ce n’est pas une méthode de gouvernement que ¨propose Jésus. Il y a quelques années on a voulu faire une séquence mémorielle de l’histoire récente, impression de faire venir à la surface ce qui était sous le tapis. Sans doute était-ce nécessaire, mais cela ne suffit pas.

 

Je me souviens d’une assemblée de jeunes à Strasbourg, dans les années. ON venait du Struthof et l’on traversait la frontière. A voix basse nous échangions sur l’impression de double jeu : d’un côté la dimension officielle de l’accueil qui nous était fait, d’un autre côté le présupposé que ce n’était pas de vrais sentiments, que cela ne pouvait pas être sincère. Le service d’encadrement nous a rabroué. Ensuite nous avions écouté sous le soleil un discours du cardinal Béa sur la Paix… Qu’avons-nous compris alors ? Voilà ce qui ressort de ma mémoire au moment où je relis ces quelques phrases de l’Ecriture : Soisante dix fois sept fois ! Il faut donc du ponctuel accumulé dans la durée pour que cela devienne une ligne, une ligne de conduite, une ligne de miséricorde, selon l’expression du pape François.

 

Il faudrait aussi penser à l’Eglise et à ses gaffes. La manière dont les officiels de la curie mésestiment les propos du pape François laisse entendre qu’ils ont bien du mal à faire des paroles de l’Evangile des paroles de Vie. Quand on reprend le parcours en humanité de lois venues du fond des âges, on comprend qu’il faut du temps pour évoluer. Ainsi Caïn entend les restrictions mises par Dieu aux désirs de vengeance, ainsi la ; loi du talion vient-elle limiter à un pour un la réponse à la vengeance, ainsi aussi viendra dans l’évangile de Matthieu 5-7 : on vous a dit, moi je vous dis… aimez même vos ennemis. Tout n’est pas dit dans ces quelques lignes ; tout au plus est-il proposé de prendre ici encore un chemin de Jésus afin d’être accueillis par lui, à la fin des temps, pour le festin sur la montagne (cf. Isaïe). E.H.

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