Vous êtes les sarments de la vigne

5ème dimanche de Pâques

Actes des Apôtre 9, 26-31 ; 1 Jean 3, 18-24 ; Jean 15, 1-8

 

Première lecture : Nous avons un peu de mal à imaginer la scène : Barnabé qui amène à Jérusalem un nouveau converti auprès de la toute jeune assemblée d’Eglise avec Pierre et quelques autres. Il s’agit de Paul, tout nouveau converti à Damas et dont la réputation de persécuteur avait devancé son arrivée. C’est ce que raconte le livre des Actes. On retiendra l’expression : “Dès lors Saül allait et venait dans Jérusalem, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque.”

On peut se demander pour chez nous : à partir de quel moment un néophyte a-t-il droit à prendre la parole avec assurance ? Bref, voilà ce qui se passait alors, et “Eglise, réconfortée par l’Esprit-Saint se multipliait”.

 

La seconde lecture reprend une expression que Saint Jean répète bien souvent jusqu’à la saturation : “aimez-vous comme Dieu nous a aimés…Gardez ses commandements”.

 

Quant à l’Evangile proclamé ce dimanche, il évoque une des rares paraboles de l’Evangile de Jean : la parabole de la vigne. Jean nous ramène à un élément essentiel de la foi : nous ne pouvons vivre séparés de la source qu’est le Christ. Cette très belle image de la vigne et des sarments est probablement tirée de l’expérience ordinaire de la culture de la vigne, en particulier quand, à la fin de l’hiver, on doit redonner force à la vigne, enlever ce qui ne produit pas ou peu, relever ce qui peut porter davantage. Les branches inutiles, dès qu’elles ont séché, on les brulera.

 

A quoi fait allusion Jésus, et Jean à sa suite ? Très probablement aux épreuves que subissent les chrétiens, soit individuellement, soit comme communauté d’Eglise. Beaucoup de prédicateurs comparent la taille de la vigne aux temps de l’épreuve. L’Eglise d’aujourd’hui, comme celle d’hier est un organisme vivant qui doit être entretenue pour qu’elle réponde à la mission qui lui a été confiée par son fondateur : porter du fruit ; de toutes les nations faites des disciples… (Matthieu 28). Il peut lui arriver de souffrir, mais est-ce bien en vue de la mission confiée par le Christ ?

 

Répétée plusieurs fois, l’expression porter du fruit n’en prend que plus de sens. Il n’est pas question d’être “fusionnant avec le cœur de Jésus“, il est question de se nourrir de la sève pour pouvoir porter du fruit : la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. En lisant ce texte, nous devrions avoir en tête la parole de Jésus, en fin de ce même chapitre : “c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure”. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la première des résolutions du synode provincial d’aller vers, de sortir de nos lieux d’Eglise pour porter à tous la Bonne Nouvelle de l’Evangile (non pas un condamnation, mais une bonne nouvelle d’Amour).

 

Une autre expression revient plusieurs fois dans l’Evangile : “demeurez en moi comme moi je demeure en vous”. L’expression vient compléter l’image de la vigne. Le Père, le fils et nous-mêmes sommes nourris de la même sève. Ailleurs on trouve plus clairement exprimé le rôle de l’Esprit pour faire l’unité du corps qu’est la vigne. Ce qui nous relie au christ et aux autres membres de la vigne, c’est l’eucharistie. Si parfois des chrétiens font l’impasse sur cette rencontre avec le Christ et avec les frères, nous risquons de devenir comme une branche morte, qui ne produit plus de fruit, puisque séparée du tronc, du cep de vigne.

 

Pour avancer et grandir dans l’acte de foi et ne faire qu’un, il faut se souvenir des paroles du Christ : “mon Père et moi, nous ne faisons qu’un”, ou “qui me voit voit le Père, ou encore aimez-vous les uns les autres...” A nous de ressembler, autant que possible, à celui qui est notre maître et notre frère.

Abbé Emile Hennart

Croire, aimer, demeurer, devenir participant de sa vie divine (PE3)

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