Dimanche de la santé 10 février 2013

Donne moi ta parole

Le dimanche de la santé 
le 10 février 2013
"Donne moi ta parole"

 

donne moi ta parole : dimanche de la Santé 2013 donne moi ta parole : dimanche de la Santé 2013   Le dimanche de la santé sera célébré le 10 février. Le thème de cette année est « donne-moi ta parole ». Il est l’écho de l’évangile de ce jour. Jésus avait dit à Pierre « avance au large et jetez vos filets ». Celui-ci, tout en constatant que la pêche de nuit n’avait rien donné, mit sa confiance en Jésus et dit : « sur ta parole je vais jeter les filets ». La parole de Jésus est une parole libératrice, une parole de vie. Elle est un appel pour tous quand la santé est en question. Nous avons alors à mettre des mots sur les maux pour qu’ils puissent être supportés.

 

Témoignage : 

 

Des Maux pour le Dire

 

C’est très frustrant lorsque l’on se sent l'âme bavarde, de ne pas pouvoir énoncer ce que l'on voudrait dire et dans un monde où la communication règne en maître cela peut être un réel calvaire.

 

En France, six cent mille personnes, davantage les hommes que les femmes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, souffrent, comme moi, de bégaiement.

Ce qui choque les gens, c’est que le bègue achoppe plusieurs fois sur une syllabe. Les autres n'ont aucune idée du malaise suscité ou du fait que pour faciliter la vie de tout le monde, le bègue va finir par "trahir" sa pensée profonde. La moindre parole demandant énormément d’énergie, nous sommes plus fatigables que la moyenne. Donc pas de paroles inutiles ! Si vous saviez seulement l'organisation personnelle que cela demande dans la vie quotidienne ! Nous nous construisons une vie limitée autour de cet « handicap invisible » : études, travail, relations humaines. C'est le regard des autres, leurs moqueries, pitié qui accentue notre manque de confiance et nous enferme dans un mutisme.

Le bégaiement n'est pas un handicap, ni même une maladie, mais il handicape tous les aspects de la vie. La moindre visite chez un spécialiste devient redoutable. Combien se sont focalisés sur mon problème et n'ont pas pris en compte mes symptômes réels pour m'imaginer des pathologies plus "psychologiques"…

 

Elevée dans un foyer aimant, je n'ai compris ma "différence" qu'en fréquentant l'école primaire. Petit à petit, un mal être s'est insinué en moi. L'ensemble de ma scolarité fut pénible : chaque matin je partais en classe avec « une boule au ventre ». Il était difficile de faire autrement que d'ânonner une leçon que je connaissais pourtant sur le bout des doigts, quand le stress m'empêchait de sortir le moindre mot, ce qui me valait un zéro ! Les professeurs étaient indifférents, mes camarades très méchants.

 

Si je n'arrivais pas à prononcer un mot, je le remplaçais par un autre. Je ne compte plus le nombre de croissants achetés parce qu'il m'était difficile de demander un "pain au chocolat". Au collège, on m'a répété que je serais incapable de suivre de longues études. Sans la confiance de ma famille, j’aurai été orientée vers une voie que je ne souhaitais pas. Mais volontaire et déterminée, je n'ai pas baissé les bras.

 

Vers dix-sept ans, le bac approchait, j'ai voulu agir. Je suis allée voir une psychologue, croyant que j’en avais besoin. Ma rencontre avec un énième orthophoniste m’a fait prendre conscience qu’il s’agissait d’apprendre à contrôler mon souffle. Cela a été une révélation, et j'ai pu sortir de ma sphère de culpabilité chronique. Peu après, j’ai vu un reportage-télé qui présentait une association de bègues et en 2000, j’y ai donc effectué un stage. En plus d'apprendre une méthode pour combattre l’incertitude orale, j'ai pris conscience que je n'étais pas seule et je me suis fait mes premiers amis. J'ai pu enfin casser cette coquille dans laquelle je m'étais enfermée toutes ces années, rongée par la honte, l'angoisse, la peur du regard des autres. En rencontrant des personnes de tous âges, de tous pays, aux difficultés d'élocutions plus ou moins prononcées, je me suis rendue compte que je ne m'en sortais pas trop mal. La méthode ne guérit pas en profondeur, mais j'ai gagné en qualité de vie, j’en souffre moins. Cela m’a permis de vivre une expérience incroyable que peu de gens peuvent faire. En 2001, en tant que membre active de l'association, on m'a proposé de témoigner au travers d’un reportage télévisée et en direct sur le plateau. Je n’ai pas hésité une seconde.

 

Aujourd’hui, j’ai l’impression de devoir être plus compétente afin de prouver aux autres que je suis capable. Les attitudes méprisantes qui condamnent, jugent et ceux qui n’ont pas la patience de m’écouter, c'est souvent désespérant… Le pire, c’est quand des personnes bien intentionnées terminent nos phrases. C’est frustrant et même si notre interlocuteur ne comprend pas, on préfère accepter plutôt que de le contredire. Quant au téléphone, il est pour nous une véritable torture. J'ai longtemps trouvé tous les moyens pour l'éviter. Maintenant, cet outil est indispensable dans mon travail et je m’en sors plutôt bien : c’est une victoire pour moi.

 

Tout n’est pas gagné. Lors d’un événement imprévu : tours de table ou discussions animées, je me sens humiliée ne pouvant pas réagir, me défendre ou répondre du tac au tac. Comme je n'ai pas un "débit facile" et qu'il me faut chercher les mots adéquats, je préfère me taire.

 

Cependant bien loin de rester centrée sur ma souffrance, je suis capable d’écouter les autres. Car si, je suis limitée dans ma prise de parole, d'autres connaissent d'autres formes d'handicap et il ne s'agit pas toujours des plus visibles ou des plus connus. Mais pour tous, la route est longue, parsemée d'étapes et c'est à chacun d'en retirer le meilleur et s’accepter.

 

A la manière de St Paul, je dirais donc: « C’est dans mon point faible que je suis forte ».

 

Alicia Lieven

extrait du livret national de la Pastorale de la Santé - Donne moi ta parole 

 

 

 

 

 

 

 

le dimanche 10 mars 2013, journée de réflexion, de prière, de célébration, pour médecins, professionnels de santé, animateurs de la pastorale de la santé, des diocèses de Lille, Arras et Cambrai, au Nid du Moulin, 1 rue du moulin, à Gosnay (62199). De 9h30 à 17h

Thème : Quand Dieu se révèle dans le prendre soin. Le père Bruno Cazin animera la réflexion.

Inscription auprès de Marie-Claude Blary, Résidence Esplanade, App. 55, 1 rue F. Tattegrain, 62600 Berck sur Mer. Ou marie-claude.blary@orange.fr

 

 

 

 

Accueillir la parole est difficile aujourd’hui

 

Communiquer aujourd’hui ne va pas de soi. C’est pourquoi le père Jean Luc Brunin, évêque en charge du service dont dépend la pastorale de la santé, précise ainsi les enjeux du dimanche de la santé : « Aujourd’hui, trop de situations, de conditions de vie, de rapports sociaux ont un effet deshumanisant sur les personnes. La crise de notre société, si elle affecte les institutions, atteint surtout les sujets dans leur devenir humain. Dans ce contexte, la pastorale de la santé apparaît comme un véritable service d’humanité au nom du Christ Sauveur des hommes. Le dimanche de la santé, qui sera célébré le 10 février 2013, veut attirer notre attention sur la place de la parole dans les relations établies avec les malades, leurs familles et les soignants ».

 

Dans beaucoup de situations aujourd’hui on assiste à la disparition de la notion de voisinage et il devient plus difficile de devenir le prochain des hommes blessés. Dans ce contexte, la maladie, le handicap et le vieillissement sont souvent extrêmement désocialisants. La personne malade ou handicapée s’éprouve alors comme marginale, même dans sa propre famille. Dans ces conditions, pour ne pas gêner, elle parle le moins souvent possible, acquiesce à toute proposition pour ne pas déranger.

 

La parole permet d’exister dans la fragilité

 

Notre présence auprès des personnes fragilisées par la vie doit devenir l’occasion de susciter la parole. Cette parole est également nécessaire aux professionnels de santé et aux accompagnants des personnes en souffrance. Elle transforme le quotidien, permet d’exister dans la fragilité, restaure la relation, ouvre des chemins de retour à la sérénité.

 

Les exclus de la parole

 

Il y a ceux qui n’entendent pas la parole : les sourds et malentendants de toutes sortes, ceux qui ne peuvent pas et ceux qui ne veulent pas entendre ; ceux qui n’ont pas la parole ou pour qui la parole est difficile : les muets ceux qui ont du mal à s’exprimer, les personnes marginalisées socialement, ceux qui ne comptent pas. Le dimanche de la santé est là pour leur donner la parole.

 

Dans le dialogue offrir un espace d’accueil à la parole de Dieu

 

La parole appelle des messagers pour la porter. « Moi, je serai ton messager, envoie-moi » entendons-nous dans la lecture du livre d’Isaïe proclamée ce dimanche de la santé. Dieu a voulu avoir besoin des hommes. Il nous donne Sa parole pour que nous puissions la donner à notre tour au souffrant que nous croisons sur nos chemins. Dans le dialogue où nos paroles humaines s’échangent, s’offre alors un espace d’accueil de la Parole de Dieu. Elle s’inscrit ainsi dans la trame de nos paroles humaines pour les renouveler et les ouvrir à la rencontre avec le Seigneur qui est lui-même Parole –Verbe de Dieu « pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ».

 

Hubert Renard

 

 

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