C'est quoi la foi?

Fête de la nativité de Saint Jean-Baptiste

 

          C’est quoi la foi ? Une folie. Un choix. Un plongeon radical dans la confiance, la confiance en un autre, en l’Autre, en Dieu. Les saints s’en remettent à Dieu. Absolument. Les saints connaissent leurs propres faiblesses. Certes, ils ont des talents. Ils reconnaissent humblement que ce sont des dons de Dieu. Ces charismes doivent être mis au service de la gloire du Créateur. Mais les saints font une toute autre expérience que celle de la force et de la réussite… Ils et elles découvrent leurs pauvretés, leurs manques d’amour, leur égoïsme… Et c’est là, au cœur de la fragilité, que Dieu vient les relever, les accompagner. Quel mystère !

 

               Non pas qu’il faille vouloir être méchant ou mauvais pour rencontrer Dieu – Dieu veut que l’on vive la fraternité dans l’amour, le respect des autres, la vérité. Dieu veut le bien et demande toujours de donner le meilleur de soi – Mais depuis le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, tout l’homme est sauvé. La part obscure du cœur de l’homme est appelée à la lumière. Les saints font l’expérience d’avoir été guéris de leur misérable misère !

 

                Les saints ne se rêvent plus. Ils ne s’illusionnent plus sur leur personne. Un jour, ou plusieurs fois dans leur vie, ils ont découvert combien ils étaient capables de faire le mal. C’est saint Pierre qui renie Jésus, saint Paul qui martyrise des croyants, saint Augustin qui confesse ses excès… Tous les saints ont découvert la part de ténèbres enfouie dans leur conscience. Doucement ils ont compris qu’ils n’étaient pas tout-puissants. Seul Dieu est Tout-Puissant… Une Toute-Puissance plus forte que les plus fortes forces des ténèbres.

 

              Les saints n’ont plus peur de leurs pauvretés. Ils ont goûté au Salut. Dieu pardonne. Dieu est miséricorde. Et depuis qu’ils ont été intimement touchés par la Grâce, les saints nous montrent ce qu’est la foi. La foi est un choix. Oser croire que tout est en Dieu. Avoir une absolue confiance en Dieu. « Mon Dieu je m’abandonne à Toi » dit Charles de Foucault. Oui, un plongeon complet, un re-baptême, un constant baptême dans les eaux de la prière « Que ta volonté se fasse ».

 

              La naissance de Jean-Baptiste est un beau témoignage de foi. Les parents âgés sont restés fidèles à Dieu. Elisabeth et Zacharie, dans leur pauvreté, ont accueilli la Grâce. C’est à l’intérieur de leur misère que Dieu vient se révéler. Le couple jusqu’alors stérile va témoigner de la puissance de Dieu au cœur même de leur désert. Voilà pourquoi l’enfant ne portera pas le nom de Zacharie : cet enfant est reconnu d’un autre lignage. Il est presque un enfant du Ciel. Il n’est pas l’enfant du Ciel. Il n’est pas le Messie, le Sauveur. Mais sa naissance annonce déjà la venue du Fils de Dieu. L’enfant d’Elisabeth et Zacharie s’appellera Jean, comme pour dire qu’il vient d’ailleurs.

 

                 Les hommes et les femmes de foi, les saints savent que tout vient de Dieu et tout est pour Dieu. Seule la Grâce suffit. Ils n’ont pas peur. Ils n’ont plus peur. Dieu peut tout. « Rien n’est impossible à Dieu. ». Dès lors, ils et elles se lancent dans les projets les plus fous. Ils vont jusqu’à donner leur vie, la totalité de leur vie, puisque toute la vie vient de l’Etre suprême. Ils et elles larguent les amarres. Ô, bien sûr, il y a des réticences, des résistances, des « machines arrières toutes », mais une force les entraîne : le vent de l’Esprit. Les saints ne peuvent qu’hisser les voiles de leur vie sur le mât de la croix du Christ. Il faut partir, tout quitter, tout lâcher. Mettre l’entièreté de sa vie dans le bateau de l’Eglise et oser voguer vers les horizons, les terres inconnues du don de soi et de la fraternité. Très vite, les saints comprennent : ces terres inconnues sont celles des pauvres et des humbles de cœur.

 

                Il y a des terres vierges. Il y a des îles à découvrir, des pays à servir. Des pauvres à aimer. Jean-Baptiste, fils d’humbles villageois, s’en ira pour les terres désertiques. Il proclamera un baptême de conversion. « Changez vos cœurs, mes amis. Changez vos cœurs. Croyez au Royaume au milieu de vous ! » Au milieu de ce monde si souvent blessé, si souvent violent, le Royaume existe. Dieu est là. Les saints révèlent que le Royaume de Dieu - quel mystère ! - ne se trouve pas que là où tout brille, où tout est parfait… Le Royaume, c'est-à-dire la personne du Christ se trouve là où des hommes et des femmes de bonne volonté s’appuient sur leur foi pour que « là où se trouve la discorde advienne la paix, là où se trouve la haine, vienne l’amour ». C’est au cœur des combats humains que Dieu dit sa présence. La foi consiste à reconnaître cette présence. L’ayant reconnue, en rendre grâce ! En rendant grâce, se laisser transformer, modeler par la volonté divine qui emmène plus loin, plus loin… Toujours plus loin.

 

                Toujours plus loin dans le don de soi, dans l’appauvrissement de soi. Au fur et à mesure, le saint est dénudé, dévêtu de tout orgueil, de toute illusion. Jean avait pour tout vêtement une peau de chameau. Cette peau symbolise son extrême vulnérabilité. Il accepte de dépendre de Dieu. Il est dans une totale soumission à Dieu. Mais cette soumission est choisie. Cela peut sembler paradoxal, et pourtant c’est bien là que tout se joue. Choisir d’être soumis à une autre volonté. Jean est un exemple de disponibilité. Prophète, il désigne l’Agneau de Dieu… Il montre du doigt Jésus, celui qui sera le fragile parmi les fragiles, le pauvre au milieu des pauvres, l’homme-Dieu nu sur la croix au milieu des brigands.

 

                Luc est le seul évangéliste à rapporter la naissance de Jean. Il est aussi le seul à parler de cet épisode du Bon Larron. Jésus est au milieu de deux criminels. Pour l’un et l’autre, la peine est méritée ; tout au moins c’est ce qu’estime celui qui va se tourner vers le Christ pour implorer sa miséricorde. L’autre choisit la moquerie et l’enfermement. Jusqu’à la dernière seconde de vie, le choix est total. Jusqu’au dernier souffle, l’homme peut refuser ou adhérer à Jésus. Les saints savent que leur cause n’est jamais perdue. Dieu sauve ! Les saints s’en remettent au Christ parce qu’ils savent que seul le Christ a su faire l’entière volonté du Père, sans aucun détour. « Père, non pas ma volonté, mais ta volonté. » dit Jésus. Si Jean-Baptiste est un grand prophète, s’il est le précurseur, il n’est encore qu’un exemple. Seul le Christ est Sauveur.

 

                   Les saints… Où sont-ils ? Ici ! Vous en êtes. Je le crois sincèrement. En tous les cas je l’espère de tout mon cœur. Je vous encourage à poursuivre votre chemin de sainteté. N’ayez pas peur de vos pauvretés, de ce défaut lancinant contre lequel vous vous battez depuis tant de temps. Attention, il ne s’agit pas d’être laxiste et de se laisser aller à la dérive… Mais quand le mal est là, quand votre petitesse vous saute aux yeux, réjouissez-vous de savoir que Dieu est là avec vous, au cœur de votre combat. Bien sûr il se trouve dans le bien que vous faites puisqu’il en est l’inspirateur. Rendez-lui grâce ! Mais il est aussi dans nos lieux de fracture, d’incohérence, de médiocrité. Demandez-lui son aide. Demandez-lui, redemandez-lui, implorez-le maintes et maintes fois, autant que nécessaire, pour qu’il vous révèle son immense tendresse. N’ayez pas peur de vous-même. « Convertissez-vous » dit Jean… Oui, convertissez votre regard sur vous-même. Laissez-vous aimer et sauver tel que vous êtes.

 

                   Nous croyons au Dieu de l’incarnation, et non pas à celui de l’illusion. Soyons lucides sur nous-même et accueillons Dieu qui naît dans la crèche de nos faiblesses. N’ayons pas peur d’être aimés même là on l’on se détesterait. Dieu nous aime tels que nous sommes. La foi des saints repose d’abord sur cette découverte. Aimés tels qu’ils sont, les saints aiment leurs frères humains sans les rêver. Ils les accueillent avec leurs richesses et leurs pauvretés. Mais puisque les pauvretés peuvent révéler le Dieu de l’incarnation, les saints ne voient en leurs frères que des richesses ! Au final, le regard des saints est un regard ultra-positif sur la vie. Normal puisqu’elle est don de Dieu !

 

                Voilà, mes amis. Que Jean-Baptiste nous aide à renouveler notre foi, à revivre quotidiennement notre baptême vécu au nom du Dieu Trois fois saint. A propos de baptême, votre nom n’est plus Pierre, Paul, Elisabeth, Zacharie ou Augustin. Vous êtes enfants de Dieu, vous portez le nom du Père. Vous êtes de la lignée de la Sainte Trinité. C’est ça la foi !

Abbé Xavier

 

Article publié par Chantal Erouart - Délégué Communication de Lens-Liévin • Publié • 939 visites