La crèche aux émotions

Lens, église Saint-Léger - Messe de la nuit de Noël

Lens, église Saint-Léger

Dimanche 25 décembre 2016

Messe de la nuit de Noël

La crèche aux émotions

 

arc en ciel coeur(2).png arc en ciel coeur(2).png  Au cours de la veillée, nous avons placé sept notes de couleur représentant l’arc-en-ciel de nos émotions : la tristesse, la colère, la peur, l’émerveillement, la joie, le désir et l’amour. Au fond de l’église, des dizaines de santons avancent vers la crèche. Quels que soient leur âge ou leur situation, on dirait que les traits de leur visage dessinent la portée sur laquelle s’accrochent les notes de nos émotions. Le meunier est fatigué, des jeunes filles dansent, un couple de vieillards marche la main dans la main, un aveugle pleure la mort de son chien, un ravi chante à tue-tête, une mère sourit à son enfant… Dans la crèche du fond, ou dans celle que nous voyons ici où ne sont présents que des bergers, nous voyons et entendons toute la gamme de nos émotions.

 

Nous célébrons Noël, c’est-à-dire le mystère du Verbe incarné. Dieu prend chair. Le Tout-Autre se fait l’un de nous. Mais sa proximité n’est pas que physique, pas seulement charnelle. Devenant homme, le cœur de Dieu vibre comme le nôtre. Voici, pour exemple, sept notes d’Evangile…

 

Le violet ou la tristesse. Jésus pleure sur Jérusalem, il se lamente : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37)

 

L’indigo ou la colère. Jésus chasse les vendeurs du temple. Il réprimande les Pharisiens avec de sévères reproches : « Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, alors que l’intérieur est rempli des produits de la rapine et de l’intempérance. Pharisien aveugle ! purifie d’abord le dedans de la coupe, pour que le dehors aussi devienne pur. » (Mt 23, 25-26)

 

Le bleu ou la peur. La veille de sa passion, Jésus prie au jardin des oliviers. L’évangéliste Luc écrit : « S’étant mis à genou, Jésus priait en disant : ‘Père si tu veux écarter de moi cette coupe… Pourtant, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise !’ Alors lui apparut du ciel un ange qui le fortifiait. Pris d’angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient à terre. » (Lc 22, 42-43)

 

Le vert ou l’émerveillement. Jésus rend grâce à Dieu pour la foi des plus humbles comme celle de la pauvre veuve présente au Temple : « Vraiment, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour mettre dans les offrandes ; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Lc 21, 3-4)

 

Le jaune ou la joie. A Cana Jésus participe au banquet d’un mariage et s’associe à la joie des jeunes mariés. Il lui arrive d’exulter de joie : « A l’instant même, il exulta sous l’action de l’Esprit Saint et dit : ‘Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits…’ » (Lc 10, 21)

 

L’orange ou le désir. Jésus annonce : « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49)

 

Le rouge ou l’amour. Une phrase que Jésus prononce résume sa vie : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 15, 12)

 

Ce ne sont que quelques notes prises ici et là… Mais il faudrait prendre tout l’Evangile. L’ensemble forme une partition, une symphonie. Quand on lit l’Evangile, on découvre combien les émotions sont sublimées. Mais je vais trop vite.

 

En célébrant Noël, nous annonçons que Dieu vient partager la palette des émotions, de la plus sombre à la plus lumineuse. Une petite remarque à ce propos. Il faudrait gommer de notre inconscient les notions de négatif et positif, cette idée que les négatives seraient à chasser et les positives à entretenir. Evidemment certaines sont plus agréables que d’autres : on préfère nettement déguster en bonne compagnie une dinde aux marrons plutôt que de se retrouver seul enfermé aux fins fonds de la cave ! Il est plus agréable d’écouter tranquillement l’oratorio de Noël de Camille Saint Saëns plutôt que d’attendre un bus sous la pluie un jour de grève ! Mais si certains moments ou événements sont plus agréables que d’autres, il ne faudrait pas pour autant vouloir supprimer les mouvements de l’âme.

 

Notre humanité est ainsi faite : nous sommes marqués par des traits de caractère. Certains d’entre nous sont plus joyeux, d’autres plus timides, d’autres encore plus colériques ou impatients. Accueillons la personne que nous sommes, tels que nous sommes. Pourquoi vouloir transformer ce qui ne peut pas l’être, ce qui fait partie de notre être. Je ne suis pas en train de dire que l’enfant colérique doit profiter de sa nature pour sans cesse casser les pieds à ses parents, ni au poète d’ignorer la réalité. Bien sûr, nous avons toujours des efforts de conversion à vivre pour favoriser la rencontre avec les autres et mieux les servir. Mais plutôt que d’être trop sévère avec soi-même et de se battre contre des moulins à vent, il est préférable de s’accueillir et de s’aimer. D’ailleurs, n’est-il pas écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39). Il faut donc s’aimer soi-même. S’aimer avec son tempérament. Sachant qu’il ne s’agit évidemment pas d’un amour narcissique !

 

S’il est vrai que certaines émotions sont plus agréables que d’autres, toutes peuvent être vécues de façon évangélique. Nous venons de voir que Jésus les a toutes traversées. Et il les a toutes sublimées. La septième couleur, le rouge, l’amour, en lui transcendait toutes les autres. Jésus nous montre qu’il est humain, et sain, d’être parfois en colère ou de vivre des instants d’angoisse, qu’il est normal de rire et de pleurer, de jouir des plaisirs de la vie… Aucune émotion n’est mauvaise en tant que telle, aucune n’est à supprimer, mais toutes se doivent d’être motivées par l’amour. Et c’est cela que Jésus, le Fils de Dieu, apporte au monde en prenant la chair de notre humanité.

 

Chers amis, chacun de vos ressentis devient une occasion d’accueillir le Christ, parce qu’à chaque fois il vous est donné la possibilité de poser un acte d’amour ou de confiance.

 

Si la peur vous paralyse, non pas la phobie des araignées, mais la peur de perdre votre emploi ou votre maison, la peur de mourir, regardez Jésus ! Écoutez combien il est proche de vous, proche par son Eglise, par des amis. Proche dans le silence. Dieu vous aime et ne vous abandonnera jamais. Il vous donnera la force et les moyens de vous battre, de tenir et de gagner.

 

Si la tristesse vous assaille, si vous êtes seul, blessé, abandonné. Regardez Jésus. Regardez-le consoler la femme qui vient de perdre son fils unique. Regardez l’Eglise qui essaie d’écouter, dans les aumôneries de lycées, de prisons et d’hôpitaux, qui accompagne les deuils. Dieu ressent votre mal, il le vit. L’amour qu’il vous porte vous mène à votre résurrection.

 

Si la colère vous ronge, regardez Jésus. Avec lui votre colère peut aboutir à des actes de charité. Grâce à lui, elle peut être canalisée et sa puissance peut faire bouger les montagnes de l’injustice. Avec l’amour vous êtes capables d’agir pour la paix. Non pour votre reconnaissance, non pour votre ego, mais pour le bien du plus grand nombre. Vous êtes capable, grâce à l’énergie de vos sentiments de changer les choses, de supprimer les déséquilibres économiques entre les pays du Nord et ceux du Sud, vous pouvez sauver les gens qui meurent de froid ou de faim.

 

Si la joie est votre quotidien, regardez Jésus. Il ne garde rien pour lui. Avec délicatesse, il reste à l’écoute de celles et ceux qui peinent. Il raconte des histoires avec élégance. Il utilise l’humour avec finesse et jamais ne ridiculise les autres.

 

Si votre cœur brûle de désir, regardez Jésus. Il convertira vos attentes les plus nobles comme les plus hideuses parce qu’il vous montrera une manière de vivre l’attente. Il vous apprendra la patience et saura apaiser les tentations de possession en abandon de confiance. Lui seul sera votre espérance, votre unique aspiration : « Viens Seigneur Jésus, viens Emmanuel ! »

 

Si vous êtes contemplatifs et que la nature, les gens, les choses, le temps, la vie, les cultures et les arts vous semblent beaux, regardez Jésus. Il vous regarde et vous contemple. Vous êtes le sommet de sa création. Mais vous l’êtes dans la mesure où vous aimez comme lui. Vous l’êtes davantage quand vous visitez les gens abîmés par la misère. Quand vous souriez, et partagez le pain ou la poignée de main de vos frères.

 

Si l’amour est votre compagnon de vie, regardez Jésus. Lui seul peut vous apprendre comment arc en ciel coeur arc en ciel coeur  mieux le donner. Il vous apprendra le pardon, la miséricorde, la douceur. Il fera en sorte que cet amour connu de vous aujourd’hui soit décuplé, démultiplié. Et en toutes occasions vous aimerez plus fort, plus grand. Chacune de vos émotions sera l’occasion d’un progrès. Vous aimerez envers et contre tout. « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. » (Rm 12, 15) Votre cœur sera dans une paix profonde. Et vous serez envahis du désir de faire plus de bien. Ce ne sera jamais assez. Mais dans l’amour vous comprendrez que vous n’êtes pas Dieu, et que lui seul peut tout. Parce que lui seul est l’amour absolu.

 

Mes amis, il se peut que ce soir vous ressentiez une sorte de frisson. Une émotion profonde, simplement en regardant cet enfant, ce bébé. Ecoutez cette émotion, il se peut que ce soit Dieu qui, en elle, veuille s’incarner. Par vos notes de couleur, allez porter sa joie au monde, sa joie et sa paix !

Abbé Xavier

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