Le jardin du Père

Samedi 4 avril 2015 Homélie de la Veillée Pascale à Lens Saint Léger

Samedi 4 avril 2015

Lens Saint Léger, veillée pascale.

 

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Le jardin du Père

 

Hier soir, l’autel ici était nu. Pas de nappe, pas de fleurs. Désert. Dans une église, l’autel c’est le Christ. Hier soir, le Christ était nu. Lors de la célébration, nous l’avions couvert des maux de notre monde : la violence, la peur, la guerre... Le Christ portait sur lui tous les maux de la terre. En énumérant les souffrances du monde, nous avions le sentiment que le monde était absurde, que « La terre était déserte et vide » (Gn 1, 2). Comme au premier jour de la Genèse, nous étions dans le Tohu-Bohu. Les mots étaient brutaux. Ils ne formaient pas de phrases. Ils n’avaient pas de cohérence. La nappe, linceul qui recouvrait le Christ, était décousue. Vêtu de ce drap délabré, le Christ fut mis au tombeau.

 

Tout au long du Carême, nous avons médité une phrase proposée par le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) : « Du désert à la terre qui donne du fruit ». Cette suite de mots s’oppose à l’absurdité. Cette phrase dit notre Espérance. Lors du Mercredi des Cendres, avec les enfants, nous avions planté quelques graines dans cette jardinière placée ici devant qui, de dimanche en dimanche, est passée dans toutes les églises de la paroisse. Tous, nous constatons que la terre qui était noire et déserte, couverte de cendres, est maintenant recouverte d’herbe et de vie. Nous saisissons mieux la parabole annoncée par Jésus : « Si le grain de blé ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » (Jn 12, 24) Jésus, qui fut mis au tombeau, portant sur lui le drap noir et décousu de nos ruptures d’amour, les cendres de nos péchés, annonçait par cette métaphore, que sa mort allait tout transformer.

 

Mes amis, ce soir l’autel, le Christ, est vêtu de blanc. Regardez les fleurs. Regardez la vie ! Regardez la prolifération de la vie. Christ est ressuscité ! La vie a surgi. Un jardin nouveau nous est IMG_6525 IMG_6525  donné. Voici la terre promise au peuple de Moïse, l’Eden nouveau. Ce jardin où les fleurs exhalent leur parfum, où les arbres tendent leurs branches feuillues et où, bientôt, « tous les oiseaux du ciel viendront faire leur nid ». (Mt 13, 32) Ce jardin, c’est le Christ ! Cette vie qui nous entoure, cette végétation luxuriante, est le signe de notre recréation, ou récréation, c’est-à-dire, notre repos en Dieu ! Notre sabbat éternel. Un instant et un lieu qui surpassent le temps et l’espace, un au-delà de tout, l’éternité bienheureuse acquise par le sacrifice du Fils de Dieu. Autrement dit, par sa mort sur la croix et sa mise au tombeau, Jésus, le Fils de Dieu, lave l’humanité du péché d’Adam, et nous fait entrer dans le mystère du jardin trinitaire.

 

 

Mes amis, comment le dire ? La relation entre le Père et le Fils est comme un immense jardin. Dans cette relation, l’Esprit d’amour qui les unit nous donne la vie, belle, infinie. La création qui nous entoure en est le signe. Mais le jardin spirituel est infiniment plus grand que ce que nous voyons avec nos yeux. Le jardin d’Eden, le jardin de la relation trinitaire, la terre promise par Dieu à ceux qui entrent en alliance avec lui, est un jardin intérieur. La beauté des massifs de fleurs révèle quelle peut être la beauté de notre cœur. Pour qu’il le soit, pour qu’il soit beau, il suffit de suivre les commandements du maître jardinier.

 

Le matin du premier jour de la semaine, des femmes vont au tombeau. Elles voient un jeune homme vêtu de blanc. L’évangéliste Saint Jean raconte que Marie-Madeleine pensait qu’il était le jardinier. Marie-Madeleine reconnaît le Christ lorsque celui-ci l’appelle par son prénom : « Marie ». Alors elle se retourne et lui dit « Rabbi », ce qui signifie « maître » (Jn 20, 15-16). Car, en effet, Jésus est le maître jardinier. Lui seul sait quand il faut « séparer et extraire l’ivraie des épis » (Mt 13, 24-30). Lui seul sait faire pousser les fleurs de la joie et les arbres de la charité. En descendant dans le tombeau, Marie et les autres femmes, et plus tard Pierre et Jean, entrent humblement dans le mystère du jardin divin. Le Christ les fait passer dans un univers où tout est fécond. Où le mal qui entraîne la mort est vaincu. Les femmes et les disciples reçoivent la compréhension ultime de l’annonce faite à Adam : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin. » (Gn 2, 16) Tu pourras manger de la bonté, de la tendresse, de la franchise, de la fidélité, de la joie, de la paix… Tous les bons fruits qui sont dans le jardin de mon Fils, dans le jardin qu’est mon Fils. Il se laissera manger. Il sera une nourriture pour ta vie éternelle. Son corps placé sur l’arbre de la croix, mis en terre, porte les semences de la vie relationnelle avec l’Eternel.

 

Ce soir, en France, quatre mille neuf cents adultes choisissent d’entrer dans le tombeau du Christ.IMG_6588 IMG_6588   Sans doute connaissez-vous les films « Narnia » ou « Avatar ». Ou d’autres films de ce genre où il est question de jardins fabuleux. La thématique est toujours la même. Il est toujours question d’une initiation pour entrer dans un univers nouveau et rencontrer un Sauveur. Les héros entrent dans le jardin en passant par une porte étroite. Les auteurs de ces scénarios à grand succès n’ont rien inventé ; ils se sont inspirés de la révélation chrétienne. Pour les chrétiens, la porte est une pierre roulée. Encore faut-il oser descendre dans le tombeau. Encore faut-il faire comme ces quatre mille neuf cents adultes. Le baptême signifie cette descente. Les catéchumènes entrent dans le jardin de vie en acceptant de passer par la mort, la mort à soi-même. Il n’y a pas beaucoup de narcisses dans les bosquets du Paradis ! Les catéchumènes, ou plutôt les néophytes, les nouveaux baptisés, comme tous les autres baptisés, acceptent de conformer leur vie à celle du Christ. Ils choisissent d’aimer comme le Christ. Ils se consacrent à lui. Certains, certaines, engagent la totalité de leur existence en prononçant les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Tous choisissent de donner leur vie avec, pour, dans et comme le Christ. A la suite de Jésus, initiés par des frères et sœurs qui, eux aussi, apprennent à donner leur vie par amour, les nouveaux baptisés font le choix d’utiliser les outils du jardinier de la paix. Comme lui, ils osent le pardon sans rancune et sans condition, le pardon à l’ennemi. Le pardon qui relève. Comme le Christ, ils choisissent de partager leurs richesses et ils cherchent à servir les plus démunis. Pour cela, ils se mettent à l’écoute de leur humble maître. Ils méditent la Parole de Jésus qui, la veille de sa passion, s’agenouillait devant ses amis pour leur laver les pieds.

 

Les nouveaux baptisés ne sont pas baptisés un soir pour remplir leur album photos de jolis souvenirs. Ils se sont mis en route un jour parce que l’Esprit Saint les a conviés à une aventure. Celle de devenir parrain, ou marraine d’un enfant. Ou encore, l’aventure du mariage. Il arrive alors que le conjoint choisisse de cheminer vers la première eucharistie. L’humour de Dieu fait qu’il arrive aussi que certains (ou certaines !) pensaient être baptisé(e)s depuis longtemps. Quelle surprise alors de vivre un parcours et de savourer les trésors de la foi chrétienne. Merci aux accompagnateurs qui font découvrir le verger des sacrements, les fruits de la vie en Eglise. Cette vie ecclésiale n’a de sens qu’en vue de la mission. Le baptême engage à vivre des fruits de la Vie en Eglise. Il s’agit de témoigner de l’Espérance qui nous anime et d’oser des gestes prophétiques vers le monde, au cœur du monde. Non à la morosité. Non au désespoir. Non au repli sur soi. Les chrétiens sont des hommes et des femmes d’ouverture et de dialogue. En toute chose, ils cherchent la vérité et la justice. Ils refusent le commérage, le mépris, les calomnies. Ils accueillent l’étranger, se sentant eux-mêmes toujours étrangers dans le jardin immense de la miséricorde divine. Etrangers non pas parce que la miséricorde ne leur est pas offerte, mais, au contraire, parce que cette miséricorde leur est accordée malgré leur indignité. Témoigner au cœur du monde, c’est dire à chacun, témoigner que la vie gagne toujours. Que la mort est vaincue. Que l’amour toujours est le premier et le dernier, et il aura toujours le dernier mot !

 

Le dernier mot… Le mot « amour ». Oui, hier soir, lors de la célébration ce mot manquait. La nappe qui recouvrait l’autel, le Christ, n’était plus d’un seul morceau. « C’est l’amour qui fait l’unité ». (Col 3, 14). Aujourd’hui, en fêtant Pâques, nous comprenons que le Christ nous habille du linge blanc de sa résurrection. Ainsi nous portons le tablier du serviteur, du maître jardinier… Avec lui nous admirons et entretenons la création, les innombrables fleurs ou le jardin du Père, le jardin de la Vie.

Abbé Xavier

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