Maison intérieure

Homélie du 6 décembre - 2ème dimanche de l'Avent

Lens Saint-Léger, Le 6 décembre 2015

2ème dimanche de l’Avent

Maison intérieure

 

Tout doucement la crèche se construit grâce à vous. A savoir que les trois autres tours sont dans chemin pour l\'avent2 chemin pour l\'avent2  les autres communautés. Et nous poursuivons notre chemin d’Avent. La semaine dernière nous décorions la maison Eglise. Nous évoquions les projets de la paroisse, Maison Saint-Benoît, Maison Nicodème, Maisons Théophile et surtout la nécessité de vivre la mission. Aujourd’hui, pour nous préparer à accueillir le Christ, nous sommes invités à décorer notre « maison intérieure ».

 

Je commence par un événement qui date d’hier après midi. Une amie doit emménager dans les environs de Lens. Ayant eu un coup de cœur pour une maison, elle voulait avoir l’avis de plusieurs personnes. Nous nous sommes donc retrouvés pour une visite avec le propriétaire. Nous étions en avance de quelques minutes. Extérieurement la maison présente bien. La façade est jolie. La toiture semble en bon état. (Avec tous les travaux vécus dans la paroisse depuis quelques années, je commence à avoir un œil averti !). En attendant sur le trottoir, je me demandais quels mystères pouvaient bien contenir ces murs. La maison est-elle saine ? Ou y a-t-il un vice caché ? Il fallait y pénétrer pour en savoir plus. L’attente étant plus longue que prévue, ma question s’est un peu transformée. Elle restait la même : quels mystères pouvaient bien contenir ces murs ? Mais le sens avait changé. Je ne pensais plus aux aspects matériels, mais à la vie. Que s’est-il vécu dans cette maison ? Quelle est son histoire ? A-t-elle une âme ?

 

Lorsque nous sommes entrés, nous avons été agréablement surpris. Les murs et l’électricité, tout avait été refait à neuf. De fait, la maison présentait bien. Nous étions séduits. Mais… en visitant la cave, une planche de contreplaqué trop bien placée sous le soupirail a éveillé quelques soupçons. Je l’ai donc décalée de quelques centimètres. Et là, surprise : une énorme tache d’humidité. Qu’il y ait de l’humidité, ma foi, c’est un peu normal. Que l’on veuille cacher la vérité de façon aussi subtile, voilà qui remet en question la confiance que l’on voudrait accorder au propriétaire.

 

Mes amis, nous ne sommes pas réunis ce matin pour des considérations immobilières. Mais vous comprenez très vite l’analogie entre la visite d’hier et notre « maison intérieure », notre âme, notre conscience. Extérieurement, chacun d’entre nous montre ce qu’il a de plus beau. Les vêtements, les sourires, la sociabilité, la gentillesse… De fait nous sommes plutôt agréables à regarder et à rencontrer. Et c’est heureux. La façade est bien entretenue. C’est important. Nous donnons envie aux gens de mieux nous connaître, d’entrer un peu plus en confiance et en amitié avec nous. Il s’agit bien d’entrer. Et donc de laisser l’autre découvrir des éléments un peu plus intimes de notre vie, de notre personnalité. Dans la vie de couple, l’homme et la femme s’accueillent mutuellement et prennent le temps de découvrir tous les mystères de la personne choisie. Ce qui est vrai des couples est aussi vrai, dans des mesures différentes, avec les amis et toutes les relations. On se dévoile à l’autre au fur et à mesure du temps et de la confiance.

 

Quel plaisir, quelle joie, de dévoiler ses qualités encore cachées, ses talents culinaires, ses dons pour la musique, la patience avec les enfants, la générosité envers les plus démunis, etc … Jour après jour, l’autre découvre et s’émerveille des trésors de notre personnalité : notre créativité, notre sens de l’organisation, notre courage, et même ce que l’on croit être notre humilité. Et nous sommes heureux de montrer le meilleur de nous-même, d’être une si jolie personne, une si belle âme. Jusqu’au jour où…

 

Devenant tellement intime, l’autre descend dans notre cave. Une situation inattendue, un événement imprévu a permis à l’autre, le conjoint, l’ami, ou le proche, d’avoir accès à cet espace secret de notre conscience. Soudainement, l’autre découvre un contreplaqué bien posé contre le soupirail de nos fausses humilités. Soudain, il découvre quelques « humidités ». L’autre comprend ce que nous nous cachons à nous-mêmes, ces pensées et autres pulsions de violence que nous avions, jusqu’alors, si bien su maîtriser. Un jour une colère a mis en lumière la part sombre de notre personnalité. On se surprend soi-même. On se pensait plus calme, plus doux. Et voilà que l’on se découvre hargneux, à la limite mesquin. Ou bien c’est une réflexion presque sans importance qui vient réveiller en nous un souvenir douloureux, une vieille frustration que nous avions enfouie dans les fins fonds de notre conscience.

 

Ces propos ressemblent à de la psychologie. Souvent spiritualité et psychologie ont des points communs. Mais restons du côté de la spiritualité, ce qui n’enlève rien à l’importance de la psychologie. Introduisons la question de la foi dans cette réflexion sur la maison intérieure. La tache qui assombrit notre conscience, c’est la trace du péché. Nous sommes marqués par le péché. C’est le mystère du mal. Nous aimerions qu’il en soit autrement mais c’est ainsi. L’homme est atteint par l’œuvre de Satan. Seuls le Christ et Marie, sa Mère, n’ont pas été marqués par le péché. Leur maison intérieure est parfaitement saine. Marie, mais nous en reparlerons dans quinze jours, est la Maison de Dieu, parce qu’en elle, tout est pur. Le Christ, lui, plus encore que la maison, est le Temple nouveau. Il est Dieu. Il est le roc solide, la pierre qu’aucune moisissure, aucun champignon d’orgueil, aucune tentation ne pourra abîmer. Seuls Marie et Jésus sont dans la lumière absolue, la lumière divine.

 

Quant à nous, une part de notre existence est atteinte par le péché. Le premier réflexe est souvent de vouloir nous voiler la face, pour rester dans l’illusion de nous-mêmes. Poser une belle planche de contreplaqué sur nos jalousies, mensonges et autres perversions. Pourtant la foi nous invite à une autre démarche. Celle du courage et de la vérité. Oser retirer le cache et regarder en face l’ampleur de la tache. Mais ne pas la regarder seul. Sinon on va être effrayé. Car, c’est vrai, dans la cave de nos existences, malgré tout le bien que nous faisons, l’orgueil a toujours su tirer profit. Et c’est assez bouleversant de comprendre que beaucoup de nos rencontres ont à voir avec la vanité. Et si nous regardons cela seul, nous risquons de désespérer de nous-mêmes. Est-ce ce que Dieu veut ? Bien sûr que non.

 

La prière est le moyen. Il nous faut demander l’aide de l’Esprit Saint pour regarder nos vies avecimages images   vérité et amour. Car la lucidité sans amour, c’est l’enfer. Lucidité et Lucifer sont deux mots très proches. Faire la lumière sans demander le secours de l’Esprit Saint, le don de l’amour divin, est insoutenable. Seul le regard miséricordieux de Dieu sur nous, nous console et nous réconforte de nos manquements, de nos petitesses, de nous souillures intérieures. Le Christ nous a sauvés de la mort. Il a vaincu toutes les forces ténébreuses. Avec cette foi en lui, avec la force de son amour qui pardonne tout, nous pouvons oser un regard sur nos médiocrités. Le but étant de soigner le mur intérieur. Sans doute y aura-t-il toujours de l’humidité – c’est impossible d’empêcher l’eau de couler par le soupirail les jours de grande averse – mais avec la force de Dieu, nous emploierons un autre moyen que l’hypocrisie. Nous colmaterons les brèches en posant le ciment de sa tendresse. Dieu sauve. Dieu fait tenir la maison intérieure. Le Christ est le rempart de notre vie, notre roc, notre force.

 

Et nous n’aurons plus peur de montrer notre faiblesse. Ce que nous cachions si bien deviendra notre trésor. Notre faiblesse sera notre force. Non pas que nous soyons fiers du péché. Mais nous témoignerons de la consolation de Dieu pour nous, de l’œuvre du Père miséricordieux. « J’étais faible et il m’a sauvé » dit le psalmiste. Non seulement nous n’aurons plus peur d’emmener les gens vers la cave de notre existence, mais nous aurons à cœur de leur montrer le soupirail par lequel entre la lumière de Dieu. Si l’eau est passée par là, si la mort a fait son œuvre en utilisant ce chemin, combien plus la vie et la lumière sont entrées en nous par ce même chemin. Christ est descendu dans la mort, aux enfers, et il est ressuscité. Désormais tout est chemin de vie !

 

Chers amis, je ne sais pas si vous devez emménager dans quelques jours. Vous l’aurez bien compris, si c’est le cas, il faut sans doute bien observer tous les recoins de la maison. Mais la question n’est pas tant le fait de changer de maison. La vraie interrogation est : qu’en est-il de notre maison intérieure ? Quel est le recoin qu’il faudrait balayer, recimenter, réparer, regarder avec les yeux de Dieu ? Quelle est la faille pour laquelle nous pouvons louer Dieu de venir nous sauver. Vous savez que le soir de Noël, la liturgie ose affirmer : « Bienheureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! » Il faut l’oser ! Dieu vient naître dans la crèche, dans la froideur de nos caves humides. Chers amis, quelle est donc la tache humide de notre conscience pour laquelle nous voudrions rendre grâce à Dieu ? Comment Dieu vient-il consolider nos maisons intérieures ? Voilà peut-être la question à laquelle nous pourrions répondre maintenant en écrivant l’intention de prière pour nous-mêmes sur la papier blanc que l’on pourra ensuite envelopper, comme un bonbon, avec le papier de couleur, pour décorer la crèche.

 

Abbé Xavier

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