Relecture chrétienne du film Gravity

au lycée Saint Paul de Lens

 

RELECTURE CHRETIENNE DU FILM GRAVITY,

Lycée Saint Paul de Lens,

le 17 décembre 2013

 

 

Introduction.

Merci pour votre accueil. Je remercie Isabelle, votre directrice, et la commission pastorale du lycée pour le choix de ce film et du thème d’année : « Changer son regard. »

Lorsque j’ai vu ce film, j’ai été très touché. Je l’ai donc conseillé à mes amis. Certains sont allés le voir et ne l’ont pas trouvé si génial que cela. De fait, si l’on en reste à une lecture littérale, l’histoire est assez basique, presque creuse. Hormis les effets 3D, les prouesses techniques que supposent les prises de vue en apesanteur, et le charme de Sandra Bullock pour les garçons, ou celui de Georges Clooney pour les filles, le film semble ne rien avoir d’exceptionnel.

Peut-être partagez-vous ce sentiment ? Si c’est le cas, j’espère vous faire changer d’avis. Changer de regard ! Car ce film est un film symbolique. Je crois même, mais c’est une lecture personnelle, que c’est un film chrétien. Je pense que l’auteur veut nous faire méditer sur un passage d’Evangile de Saint Jean, celui dans lequel il relate la rencontre de Nicodème avec Jésus. Voilà qui tombe très bien puisque, ici, à Lens, l’Eglise vient de mettre en route un projet qui s’appelle « Maison Nicodème ». Et le logo de l’association Maison Nicodème a été réalisé par une élève de ce lycée. Je profiterai donc aussi de l’occasion pour vous présenter ce logo.

Peut-être penserez-vous qu’il y a un peu de prosélytisme de ma part, pourtant, croyez-le bien, mon intervention se veut respectueuse des opinions de tous. Le propos que je tiens ici mériterait un débat. Nous n’en aurons pas le temps, mais je me tiens à votre disposition pour en reparler avec celles et ceux qui le souhaiteraient.

Une chose encore. Toujours à propos de changer son regard, ou changer son point de vue… Si l’on pense que l’Evangile est un livre ancien, il se peut qu’avec la relecture de ce film, on puisse aussi changer d’avis…

 

  1. Lecture du film

Gravity raconte l’histoire d’une femme qui réalise une sortie dans l’espace, ou plutôt dans le néant. Tout est silence. Tout est noir. C’est un monde de vide. Mais, est-ce l’espace qui est vide ou le cœur de cette femme ? La première chose que l’on entend est une inquiétude à propos de l’examen cardiaque de cette femme. Son cœur ne va pas bien. Ce film raconte une histoire de cœur, une histoire d’amour. Le docteur Stone n’a plus de famille. Sur terre, personne ne pense à elle. Elle n’a plus de raison de vivre. Elle a perdu sa fille. Le vide physique dans lequel elle évolue n’est jamais que l’image de son vide intérieur, son vide existentiel. Son corps et son cœur sont en apesanteur.

Elle est comme tous ces gens qui, suite à un échec professionnel, une rupture, un deuil, une maladie,… ne trouvent plus le goût à la vie. Se lever le matin est pénible. Ils portent un poids énorme sur leurs épaules. Le poids, c’est la masse attirée par le sol. Le poids est la résultante de la gravité… De la gravité de l’existence ! Il y a des moments lourds dans la vie. Ce film est construit sur le modèle de la croix. Il y a la dimension horizontale (le scénario ou le temps chronologie appelé « chronos »), et aussi, la dimension verticale (les nombreux symboles ou le temps de la révélation appelé « kairos »). Le temps, que l’on peut lire sur la montre du commandant, c’est l’heure dont parle Saint Jean dans son Evangile, un temps d’une autre dimension !

Habituellement, lorsque l’on traverse une période douloureuse, on se tourne vers le ciel. On prie le Christ ou Bouddha. D’ailleurs, ils sont présents dans les stations spatiales : une icône de Saint Christophe chez les Russes. Le Saint porte le Christ enfant (léger) sur ses épaules et l’aide à traverser un cours d’eau. Et une statue de Bouddha chez les Chinois. Quand on a mal, on cherche une réponse dans les étoiles… On regarde de la terre vers le ciel habituellement. Ici, du début à la fin du film (sauf à la dernière image où elle se tourne vers le ciel), on a un autre point de vue : on regarde la terre. Tout est déplacé, inversé, pour changer le regard et, du coup, c’est la terre qui devient le point de mire. C’est à croire que nous avons le point de vue de l’Au-delà.

Malgré sa souffrance intérieure, le docteur Stone reste attentive à la souffrance des autres. Elle met son intelligence et ses savoirs au service de la chirurgie. Elle est en train de réparer un satellite de communication. Il y a un problème de mémoire. Il y a une très belle analogie entre le satellite lui-même et ce qu’elle est… en réparation. Elle répare, elle soigne un satellite fait pour communiquer, et au final l’engin est détruit. La majeure partie de la structure (son propre corps, ou sa carapace) vole en éclat silencieusement. Il n’y a pas de bruit puisqu’il n’y a pas d’air. Par contre, à la fin du film, c’est elle, la femme, qui est guérie, qui est debout et qui marche. La capsule (le cœur de l’engin, ou son propre cœur) a été abîmée mais pas détruite. Quelqu’un a pris du temps pour s’occuper d’elle et la remettre en chemin. Le commandant lui a parlé, l’a écoutée.

Grâce au commandant, elle a même appris à communiquer avec l’au-delà. Elle a commencé à prier, « Personne ne m’a appris ces choses-là » (et pourtant elle va les vivre) dit-elle avant de demander au commandant d’embrasser sa fille pour elle. Et de lui dire qu’elle a retrouvé sa chaussure. Cette chaussure était cachée sous le lit, autrement dit, la possibilité de marcher était cachée sous le confort inconscient d’un endormissement. Le satellite a explosé et à la fin on va voir les débris tomber sur terre, comme des langues de feu, comme une Pentecôte. C’est le signe chrétien d’une renaissance. Mais je vais trop vite !

Elle accomplit son travail jusqu’à ce moment terrible de l’accident où elle perd prise, et ne peut plus rien contrôler. Elle part en vrille, elle le dit. On sent pourtant une femme intelligente, qui a du caractère. Quelqu’un capable de maîtriser ses émotions. Elle sait s’adapter. Elle apprend vite. Quelqu’un qui a caché le vide de son existence sous des kilos de distinctions, toutes plus honorifiques les unes que les autres. C’est une femme qui impressionne. Elle ressemble à ces femmes bardées de diplômes, restées célibataires parce que les hommes qu’elles côtoient ne se sentent pas à la hauteur. Elles font peur. Le docteur Stone doit avoir des doctorats +++ de physique et de médecine ! Ce n’est pas n’importe qui. Cette femme s’est donné les moyens de réussir. Peut-être pour oublier. Et là, d’un seul coup, tout devient hors contrôle. C’est terrible cette expérience : tout bascule. Elle tourne à l’infini. Elle a perdu la mainmise sur les choses. Elle ne voit plus rien, elle n’entend plus rien, elle est seule. Elle se voit mourir.

Arrive celui qui parlait tout le temps. Avez-vous remarqué comment il lui tournait autour ? Séduction ? Pas vraiment. Il s’était approché doucement et lui avait demandé la permission de l’aider. Il prend l’initiative de la rencontre. Il est humble et serviable. Le commandant Matt Kowalski parle, parle… Il ne cesse pas de parler. Il raconte des anecdotes, il raconte des histoires… Il est la parole incarnée. Il parle et il rassure. Sa voix est douce, sa voix est sûre. C’est un sage. Il vit sa dernière mission avant la retraite. Plusieurs fois, il dit qu’il la « sent » mal cette mission, mais cela ne l’empêche pas de s’amuser. Il est à l’aise dans l’espace. Il fait des pirouettes gracieuses dans le vide. Les ténèbres ne lui font pas peur, plus peur. Il les a déjà vaincues, déjà traversées. C’est un homme en paix. Un homme de paix. Un homme discipliné, obéissant. Sitôt qu’il reçoit un ordre de la base, il obéit, il fait la volonté de son supérieur. Il est juste, il ne culpabilise pas. Il pardonne. Il parle beaucoup, c’est vrai, mais les histoires qu’il raconte sont comme de petites paraboles. Ce sont des histoires d’amitié, des histoires d’amour. Kowalski est évidemment la figure christique du film.

Le commandant rejoint le docteur Stone. Ils s’entrechoquent. C’est violent. De fait, la rencontre avec le Sauveur est un choc percutant quand on la fait. Il la prend dans ses bras, puis s’attache à elle. Commence alors son salut. Sur l’affiche du film, il est écrit « Ne rien lâcher ». En fait, c’est lui qui ne va jamais la lâcher, elle, jamais. Elle, elle va devoir lâcher prise, d’ailleurs il le lui dit clairement dans l’une des toutes dernières paroles qu’il lui adresse : « Il va falloir que vous appreniez à lâcher prise. ». Magnifique parole ! Lui qui est libre de tout (les pirouettes étant le signe de sa légèreté et de la Grâce), ne va pas la lâcher. Il s’attache à elle. Voilà une bien jolie expression : « s’attacher à quelqu’un ». Ils s’encordent ou s’accordent ! C’est, selon moi, l’un des plus beaux passages du film. Désormais, leurs destins sont liés.

Ensuite, il l’entraîne avec lui. Il l’emmène. C’est un véritable accompagnement, comme vous avec les élèves. Jusque-là, il la vouvoyait. Il l’appelait par son nom de famille : « Stone », ce qui veut dire « pierre » en anglais. Une pierre c’est lourd. C’est une pesanteur. Dans l’Evangile, le premier apôtre que Jésus appelle c’est Simon. Mais Jésus lui dit : « Tu es Simon, je t’appellerai Pierre » pour signifier la solidité de l’Eglise qu’il fonde sur lui et tout le poids des responsabilités à assumer. Stone, c’est une vie qui a du poids et le commandant Kowalski écoute le poids de cette vie. Il lui demande son prénom. A partir de cet instant, il l’appelle Ryan. C’est un changement de nom. C’est à ce moment-là qu’elle lui révèle la perte de son enfant, l’accident idiot, injuste. Kowalski se tait. Lui qui parlait tout le temps, écoute. Et lorsqu’il reprend la parole, il la tutoie. C’est la même personne, mais avec une nouvelle identité. Soudain elle existe autrement, elle existe pour quelqu’un. Ce changement de nom est le signe du baptême. C’est au baptême que l’on donne le nom d’une personne.

Qui dit baptême dit mission. Une nouvelle direction, un nouveau sens à la vie. Ryan n’est plus dans la spirale d’une rotation infinie, elle est entraînée dans une direction. Le mouvement prend un sens. En orbite, elle tournait autour de la terre. Le commandant lui dira textuellement : « Il faudra que vous arrêtiez de tourner autour du pot ». En fait elle tourne autour de la terre sans jamais atterrir, sauf à la fin. Elle tourne autour de sa vie. On comprend qu’elle doit regarder la réalité en face pour l’accueillir et non la fuir. Le commandant lui donne la direction, il faut descendre vers la terre (encore une fois, c’est un film vertical), descendre en soi. Vraiment, c’est une très belle symbolique d’accompagnement. Qui connaît le chemin pour retourner vers la station spatiale, vers le salut ? C’est le commandant qui, tel un aîné dans la foi, pourrait presque mettre dans sa bouche les paroles du Christ : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14,6).

Arrive cet autre moment absolument terrible où le drame recommence. Cette fois le commandant est au bout de la corde et elle de l’autre côté. S’il reste accroché, tous les deux vont périr. Parce que c’est un homme d’expérience, il analyse très vite la situation, il voit tout de suite le problème. Il lâche. Il lâche prise, il lâche sa propre vie, pour que Ryan puisse assumer la sienne. Il se sacrifie. Il lui demande de ne pas le retenir. Un peu comme le Christ face à Marie-Madeleine : « Ne me retiens pas, je dois retourner vers mon Père… » (Jn 20,17). Le commandant donne sa vie. Il s’en va. Il s’en va doucement, les mains ouvertes, presqu’en croix. Habillé de blanc, on dirait qu’il danse. Il part sereinement. La dernière parole qu’il prononce est une contemplation : « Comme c’est beau, je vois le soleil se lever sur le Gange. C’est merveilleux ». C’est la troisième fois qu’il s’émerveille. La parole d’émerveillement du commandant ressemble à la Parole de Dieu dans la Genèse : « Et Dieu vit que cela était bon. » (Gn 1). Ici le commandant parle du Gange, le fleuve sacré des Hindous, mais plus tôt dans le film, une des rares images qu’on voit de la terre de manière assez précise, d’abord il y a l’Italie avec Rome, et ensuite c’est la Terre Sainte, toute proche du Delta du Nil. Du haut du ciel, quelqu’un contemple la création…

Au fait, c’est un lever de soleil que le commandant contemple. Il avait déjà dit : « L’aurore, c’est ce que je préfère. » L’aurore, c’est un nouveau jour. Un nouveau jour pour elle qui est en train de naître (comme Nicodème), et pour lui qui passe dans l’au-delà de l’au-delà ! Non plus dans la 3D, mais dans une quatrième dimension !

Avant cette dernière parole, tout en s’éloignant, il lui donne des conseils. Il lui détaille ce qu’elle devra faire. Donc il continue à lui montrer le chemin, l’itinéraire à suivre, tout ce qu’elle va devoir faire pour être sauvée. Elle n’est pas sortie d’affaire ! Elle a encore pas mal de chemin à parcourir ! Son chemin de croix n’est pas terminé. Mais c’est une battante, c’est le moins que l’on puisse dire ! Elle va de lieu en lieu jusqu’au moment où, à bout de souffle, elle parvient à rentrer dans la capsule. Et là, elle respire enfin. Et elle prend la position fœtale, comme si elle entrait de nouveau dans le sein maternel, dans le lieu de la protection. Nicodème demande à Jésus : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère ? ». Non renaître c’est autre chose, il faut renaître d’esprit. « Nul, s’il ne naît d’eau et d’esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » (Jn 3, 4-5) lui répond Jésus. Les cordons de sécurité ressemblent au cordon ombilical. Magnifique scène de renaissance. Durant quelques instants, une immense paix entre en elle. Plus rien ne l’agresse.

Mais elle ne peut pas rester dans cet état… Il faut poursuivre le chemin. La capsule doit être désarrimée. Il faut quitter le ventre maternel ! Elle poursuit donc mais cette fois, c’est le parachute qui l’empêche de partir. Il y a de la résistance. Il faut encore se battre. Le combat ne fait que commencer, elle doit lutter contre les forces opposées, les choses auxquelles elle s’accroche encore consciemment ou inconsciemment… A moins que ce ne soient les évènements, ou parfois des personnes, qui nous retiennent et empêchent l’expression de notre liberté. Je dis « notre », car vous l’avez compris, Ryan nous ressemble ! Nous devons aussi quitter la sécurité et la toute-puissance de nos « voitures ».

Elle poursuit. Elle ressort et les démons (les débris) sont plus nombreux, plus virulents. « Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il parcourt les régions arides en quête de repos, mais il n’en trouve pas. Alors il se dit : ‘Je vais retourner dans mon logis d’où je suis sorti’. A son arrivée, il le trouve inoccupé, balayé, mis en ordre. Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, ils y entrent et s’y installent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. » (Mt 12, 43-45). C’est un vrai combat spirituel : tout ce qui est montré à l’extérieur se passe dans son être, en elle. La lutte est encore plus acharnée. Surtout lorsque plus tard, voulant mettre les moteurs en route, elle constate le manque de carburant. Cette fois, c’est vraiment la fin. C’est le désespoir. La solitude, l’abandon.

Il n’y a plus rien à faire. Autant mourir ! Autant en finir au plus vite. Et donc elle ferme l’oxygène. Elle est en train de se suicider. Elle pleure. Et c’est peut-être la plus belle scène. La larme coule du visage de cette femme et, grâce aux effets de la 3D, vient se projeter sur le spectateur qui ne peut plus être un simple spectateur. Il est mouillé par l’histoire. Il est mouillé dans l’histoire. Justement au moment où elle fait le choix de s’éteindre, elle entend une radio. Depuis la terre, un homme joue avec son chien. Et on le comprendra après, avec un bébé. On entend les rires d’un bébé. Il y a eu une naissance ! Son seul contact avec la terre c’est le chien. Elle imite le chien. C’est terrible. Elle hurle à la mort. Elle est en train de se déshumaniser. Elle perd son humanité en aboyant, en criant son désespoir. C’est vraiment un hurlement de mort. Elle va mourir. Elle pleure. Et la larme magnifique dans laquelle se reflète le visage de cette femme, tout son être, toute sa vie, cette larme vient vers nous. On pleure avec elle. Puis elle s’endort dans la mort ou presque. Mais…

Mais « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. » (Mt 5, 5). Heureux ceux qui pleurent la profondeur de leur orgueil. Heureux ceux qui comprennent combien l’on ne peut se sauver seul. Heureux ceux qui, constatant leur masque, leur carapace et leurs limites, implorent de l’aide. Il existe des larmes de vérité. Des larmes libératrices. Cette eau - qui n’est qu’une larme à ce moment-là -, cette goutte va devenir ensuite l’étang, le lac dans lequel elle va plonger, l’eau salée de son salut, de son baptême.

Dans la scène qui va suivre, le commandant réapparaît avec son sourire et son humour. Kowalski, on ne le comprend qu’après, apparaît en songe. Au début, on ne sait pas que c’est un rêve, même si son entrée dans la capsule est pour le moins étrange, impossible. Justement, on est dans le mystère. A la frontière entre la réalité et le surnaturel. Il arrive et il boit du vin. « Je vous le déclare : je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père » dit Jésus à ses disciples au moment de sa passion (Mt 26, 29).

Qui apparaît dans les songes ? C’est quoi une vision ? C’est quoi un ange ? Ryan appelle sa fille Sarah « Mon petit ange ».

Je me permets de vous relater une rencontre avec une amie. Jeune femme dynamique, mère de plusieurs enfants, tout semble aller impeccablement dans sa vie. Sa vie de couple, son métier, sa famille, tout est OK. Sauf qu’elle a traversé le désespoir, seule, le sentiment noir qui ronge l’âme. Un jour qu’elle était en voiture, à bout de force, elle a eu envie de donner un coup de volant pour se jeter dans le canal. Au moment où elle allait faire le geste fatidique – pourquoi, elle ne le sait pas -, elle a regardé dans son rétroviseur intérieur. Là aussi l’interprétation symbolique pourrait être forte (elle a regardé l’intérieur de sa vie peut-être). Et en regardant dans le rétroviseur, elle a vu son enfant assis dans le siège-auto. In extremis, elle a repris ses esprits et sa route. En reprenant l’événement avec elle, j’ai osé lui dire que c’est l’amour qui l’a sauvée. L’amour pour son enfant parce que seul l’amour sauve. Et l’amour prend visage. L’amour s’incarne. « Dieu est amour » écrit Saint Jean dans une lettre (1Jn 4,16). Depuis le mystère de l’Incarnation, depuis le mystère de Noël, Dieu prend nos visages.

Dieu se révèle avec humour, avec discrétion. Il se donne à voir, à comprendre, par des personnes, par des événements, puis il disparaît. Le commandant Kowalski dit une parole : « Atterrir, c’est décoller. » Il montre les gestes à faire (remettre l’oxygène, allumer la lumière…) puis il n’est plus là, en tous cas plus visible. Comme à Emmaüs (Lc 24,31-33), le « revenant » se fait reconnaître, laisse des paroles et des gestes puis disparaît. Dorénavant, Ryan a quelqu’un à qui parler. Elle s’adresse à lui sans le voir. Elle prie. Dans le songe, le commandant lui avait aussi dit combien il comprenait sa souffrance. « Vous avez perdu votre fille. Il n’y a pas de plus grande douleur. » Il reconnaît honnêtement ce qu’elle vit, ce qu’elle est. Il la regarde en vérité. J’aime beaucoup l’expression : « envisager quelqu’un », dans le sens de regarder au visage, et de lui ouvrir un chemin. Mais pour cela, il faut aussi interroger la liberté : « Vous avez le choix ! »

Pour la remettre en route, il dit cette courte et magnifique phrase : « Atterrir c’est décoller. » Avec ces quelques mots nous sommes au cœur du Mystère chrétien. Si l’on veut atteindre le ciel il faut vivre incarné, avec le poids de la vie. On ne vit pas dans les nuages. La foi chrétienne, c’est assumer son réel. « Atterrir c’est décoller », c’est vivre l’Incarnation, le mystère de Noël. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit divinisé. Souvenez-vous du point de vue : depuis le ciel vers la terre. C’est un mouvement descendant. Un mouvement d’incarnation. « Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous » dit le prologue de l’Evangile de Jean (Jn 1,14). Tout au long du film, on part du ciel pour aller vers la terre. La quête spirituelle n’est pas de fuir le réel, même en faisant de belles prières : « Mon Dieu libère moi de cette situation… », mais d’assumer le réel : « Mon Dieu aide-moi à traverser cette situation. Aide-moi à ne pas m’enfermer dans la haine, le mépris, la désespérance…». Ryan dit : « Fini de rouler sans but. » La vraie libération, la vraie naissance, ou renaissance, c’est l’acceptation de soi. Et savoir que ce « soi » est aimé dans sa totalité. Voilà ce que le commandant Kowalski nous dit lorsqu’il nous dit d’atterrir pour décoller. Vraiment, je trouve que c’est très fort !

Elle trouve donc la solution. Et après d’autres péripéties, sa capsule descend enfin vers la terre. En traversant l’atmosphère, la capsule prend feu. Ça tremble de partout. Elle dit : « Fini de rouler, maintenant je suis prête. » et elle reconnaît : « C’est une sacrée histoire. ». Elle fait l’expérience du baptême du Christ, un baptême de feu. « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu » (Mt 3,11) dit Jean le Baptiste à propos du Christ. Comme l’or dans un creuset, le corps et l’esprit de Ryan passent l’épreuve du feu. C’est la fin de son chemin de croix. Elle reste la même personne et pourtant, tout en elle est transformé. Tout est nouveau. Et elle tombe dans l’eau.

Cette fois, c’est clair… Si l’on doutait encore des intentions de l’auteur du film, ici on ne se pose plus de questions : il s’agit bien d’un baptême. Une immersion. Elle risque de se noyer, et elle doit encore quitter le vêtement qui l’alourdit. Dans la symbolique chrétienne, c’est le vêtement du péché, l’ancienne peau qu’il faut quitter pour revêtir l’homme nouveau ! Renaître. Elle arrive sur la berge et que fait-elle avant de se remettre debout, de reprendre sa stature humaine ? Elle gratte le sable. C’est le geste de la création, le geste du mythe de la Genèse : « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2, 7)

Jusque-là elle était en flottement, parce qu’elle était en apesanteur. Elle était à côté de sa vie. Elle était assise ou allongée. Maintenant, elle réapprend à marcher. Du ciel tombe une pluie de météorites en feu… Je vous le disais tout à l’heure, on dirait une Pentecôte avec la venue des langues de feu. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! C’est un baptême que j’ai à recevoir, et comme il me PESE jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,49) dit Jésus.

Encore une chose. Avez-vous remarqué qu’elle change de drapeau. Non pas qu’elle veuille renier sa patrie, mais elle est obligée de porter une autre combinaison. Le drapeau russe est sur son bras. La catastrophe est arrivée par leur faute. Les Russes sont responsables, mais c’est aussi grâce à ces « ennemis » qu’elle est sauvée. Et même, le salut s’universalise avec les Chinois. Les différentes langues entendues au cours du film ont aussi à voir avec la Pentecôte. Le Salut est pour toutes les nations.

Le docteur Ryan Stone demandait : « Qui sera là le jour de ma mort ? Personne. Pour qui ma vie compte ? » Et elle termine en disant : « C’est un sacré voyage ». Le Christ nous révèle que notre vie compte pour toutes celles et ceux que nous aimons et qui nous aiment. Peut-être n’avons-nous pas conscience que c’est le Christ qui les aime à travers nous, plus fortement qu’on ne pense.

Autrement dit, Ryan nous révèle que nous parcourons tous un chemin de sainteté...

 

  1. Questions pour nos vies

A quel moment dans nos vies a-t-on fait l’expérience de quelqu’un qui nous guidait, qui nous donnait sa vie ? Il y en a d’ailleurs certainement plusieurs : nos parents, tel ami, mon conjoint, d’autres… Quels sont les gens qui ont tout lâché pour nous, pour moi ?

Et moi, pour qui je donne ma vie ? Est-ce facile de lâcher prise ? Quel est donc ce parachute qui, au lieu de me protéger, m’empêche d’être libre ?

Et quels sont les moments forts de ma vie, les bouleversements, les passages ? A quels moments ai-je été en apesanteur, à bout de souffle ?

Qu’est-ce qui m’a redonné courage ? Qui a eu pour moi, le visage de l’Amour ? Qui sont mes « anges » ? Qui porte les traits du Christ ?

Voilà quelques questions que soulève le film. On pourrait les résumer en une seule : A quels moments de ma vie, ai-je fait l’expérience de Nicodème ?

 

 

  1. Nicodème…

C’est le moment de vous montrer le logo de la Maison Nicodème. Réalisé par l’une de vos élèves, ce montage résume d’une autre façon ce que contient le film et permet de vous expliquer le projet pastoral que nous désirons vivre en Eglise à Lens. Merci pour votre patience et votre écoute.

 

Montage présentant le logo.

 

Abbé Xavier LEMBLE

 

 

 

 

Article publié par Chantal Erouart - Délégué Communication de Lens-Liévin • Publié • 1255 visites