La Famille humaine

Homélie du 4 janvier 2013 - Epiphanie et voeux de la paroisse

 

La famille humaine

 

colombe colombe   Bonne année ! Tous mes vœux à toutes et tous !

 

Peut-être que cette prière sera la plus belle façon de vous exprimer mes vœux.

 

Je demande, pour cette année et pour chaque jour, je demande à l’Esprit Saint de nous envahir de sa puissance. Je lui demande de faire de notre Eglise, une famille, une cellule de vie aimante. Je lui demande de nous faire le cadeau qui honorera le Christ présent dans l’étable où nous sommes. Je demande à l’Esprit Saint d’être le quatrième mage. Je lui demande d’être chargé de cadeaux. Non plus de l’or, de l’encens ou de la myrrhe. Je lui demande, pour vous et pour moi, la paix et la joie. La joie de servir, la paix du cœur. La paix qui transforme les épées en socs de charrues, et la joie qui évangélise. Je demande à l’Esprit Saint de nous accompagner maintenant et sitôt que nous sortirons de cette église. Qu’il soit le guide sur le nouveau chemin, l’autre chemin, le chemin qui évite la perdition. Je demande à l’Esprit Saint de nous éloigner d’Hérode et de toutes les tentations de pouvoir. De toutes les erreurs, de tous les désirs de reconnaissance. Qu’il gomme, qu’il cisaille l’histrion, la part de nous-mêmes qui ne cherche qu’à se faire remarquer. Qu’il chasse et nous délivre de nos démons intérieurs. Je lui demande de convertir nos cœurs et de nous rendre meilleurs. Je lui demande une nouvelle Epiphanie. Oui, je lui demande de nous révéler la présence de Dieu dans nos vies et dans la vie de nos proches. Je lui demande de nous le faire rencontrer au cœur de notre cœur, au tréfonds de notre conscience. De nous donner le désir ardent de prier. De prier silencieusement, paisiblement, longuement. Que soudainement, le feu prenne, que la brûlure devienne vive. Que nous soyons martyrisés par l’amour trop grand. Que nous étouffions d’amour. Que nous ruisselions d’amour. Que nous ressentions la douleur d’être infiniment aimés. Que nous pleurions d’amour.

 

Je demande à l’Esprit Saint de venir, de revenir visiter nos communautés. Qu’il fasse de nous des apôtres. Des fous. Des fous d’amour. Qu’il nous donne d’aimer sans cesse, qu’il nous aide, non pas à dire ce qu’est l’amour, mais à en vivre. Qu’il fasse de nous des proclamateurs d’Evangile, c’est-à-dire des hommes et des femmes dont l’intelligence et la force sont toutes entières tournées vers les plus humbles, les plus souffrants. Je demande à l’Esprit Saint de nous appauvrir pour que nous ne soyons jamais plus arrogants. Je lui demande de nous rendre capables d’une plus grande charité. Je lui demande de faire de l’Eglise du Christ un peuple qui aime et qui pardonne. Non pas un peuple qui juge et qui croit savoir, mais qui accueille et qui accompagne. Je demande à l’Esprit Saint de nous faire davantage entrer dans le mystère des Béatitudes, la joie des pauvres. Que le quatrième mage nous apporte la sagesse du silence pour contempler, et la force d’un cri pour dénoncer les injustices. Que pour autant, il ne nous rende pas violents, mais doux et miséricordieux. Je demande à l’Esprit Saint la grâce d’aimer toujours. De ne jamais nous enfermer dans une rancune. D’ouvrir des espaces de dialogue. Je lui demande de nous aider à oser l’unité, le rapprochement.

 

Je demande à l’Esprit Saint d’agir dans nos paroisses, mais aussi dans nos familles. Dans la famille humaine. La famille mondiale. Je lui demande de nous aider à stopper les guerres, les meurtres, les barbaries. Les horreurs. Je lui demande de réveiller le cœur de l’homme. Je lui demande de faire émerger des artistes. Des créateurs de beau, des donneurs de sens. Je lui demande de faire de chaque homme, de chaque femme, quelles que soient sa culture, sa langue, sa nation, un artisan de paix. Je lui demande de permettre la fraternité. Je lui demande d’envoyer des prophètes pour annoncer que la justice ne se donne pas pour l’intérêt d’un camp mais pour le bien de tous. Je demande à l’Esprit Saint de venir visiter les Bethléem d’aujourd’hui, les crèches d’aujourd’hui, les bidonvilles d’aujourd’hui.

 

Je demande à l’Esprit joyeux de faire sourire les enfants, rire les malades, marcher les boiteux. Je demande à L’Esprit Saint non pas des miracles, mais la possibilité de vivre notre réelle humanité, telle que Dieu l’a imaginée, créée, donnée. Je demande à l’Esprit Saint de réveiller les cœurs. Je lui demande de faire de nous et de toute personne, un humble fétu de paille sur lequel le Christ enfant pourra se reposer. Ou brailler. Ou sourire. Je demande qu’il sourie car le Christ a assez pleuré, assez hurlé. Je demande la joie. La joie et des éclats de rire. Des rires et des danses. Des danses, de la musique. Pas du bruit, de la musique. Et des chants. Je demande à l’Esprit Saint de nous inspirer des chants de louange. Non pas des gamineries, mais des accords, des arpèges, des mélodies, des symphonies qui parlent de l’amour créateur. Je lui demande de nous faire chanter en chœur, en harmonie. Je demande à l’Esprit Saint des chants d’Epiphanie.

 

Je lui demande encore de faire grandir l’amitié entre les peuples. D’ouvrir les frontières pour que nous nous enrichissions de sciences inconnues, que nous partagions les richesses, que nous apprenions la vie, les us et coutumes des ailleurs. Que nous cessions d’être repliés sur nos sécurités, nos réalités, nos petits espaces. Je demande à l’Esprit Saint d’ouvrir grands nos cœurs, nos vies, nos maisons, nos paroisses, nos églises. Je demande à l’Esprit Saint de souffler son grand vent, de tout bousculer, de tout remuer. Je demande à l’Esprit Saint de nous taquiner, de nous provoquer. Je lui demande d’agir avec humour et discrétion comme il sait si bien le faire, mais aussi avec puissance et autorité. Je lui demande de nous donner des prêtres, des religieux et des religieuses, qui nous inviteront à aller plus loin dans le don de nous-mêmes. Je lui demande d’aider les couples à tenir, à vivre leur fidélité, d’accompagner ceux qui vivent un échec. Je lui demande des adultes et des jeunes « droits dans leurs bottes » pour oser la vérité. Je demande à l’Esprit Saint de conseiller et d’accompagner les dirigeants dans leurs responsabilités. Je lui demande de mettre sur nos routes des exemples. Non des héros, mais des saints.

 

Je demande beaucoup mais je ne demande pas assez. « Demandez, vous recevrez. » nous dit le Christ. Dieu est grand. Demandons grand. Mais c’est en Eglise qu’il nous faut demander. Non pas seul, mais ensemble. Il nous faut demander ensemble ce que nous sommes sûrs de recevoir, justement parce que la demande est collective. Elle n’est pas un caprice, mais un désir partagé par toute l’Eglise. Et Dieu ne sait pas refuser ce que demande l’Epouse de son Fils.

 

Alors, nous demandons que cette prière soit exaucée. Nous demandons à l’Esprit Saint qui nous l’a inspirée de nous rendre acteurs de la réalisation de ces souhaits. Nous demandons à l’Esprit Saint de nous rendre sages, de nous rendre mages ! De faire de nous les marcheurs, les pèlerins, les quêteurs de la vie. Nous demandons à repartir par un autre chemin. Un chemin plus aventureux. Un chemin où l’on risque de devoir tout offrir de soi. Un chemin de croix. Mais un chemin de joie. Nous demandons, ensemble, à l’Esprit d’amour de nous apprendre à nous y abandonner.

 

Nous demandons à l’Esprit Saint de faire de nous ce que le Christ lui a demandé : qu’il fasse de nous la famille de Dieu… Qu’il divinise la famille humaine !

Abbé Xavier

 

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