La quête sans blague!

Lens, église Saint-Léger Homélie du 2ème dimanche du T.O. - B

 

 

La quête, sans blague !

 

 

101493197_o 101493197_o  Il paraît qu’il existe beaucoup de blagues à propos de la quête. Personnellement, j’en connais bien peu. En fait, je ne les retiens pas, sans doute parce que c’est un sujet trop sérieux. Je ne vois pas comment l’on peut aborder le sujet si essentiel de la quête par l’humour. La quête est tellement au centre de la vie du croyant ! Pour le coup, ce n’est pas une blague, la quête est indispensable pour devenir un homme de foi.

 

Regardez Samuel. C’est un tout jeune croyant. Il cherche Dieu. Il est aux aguets, disponible, prêt à se lever plusieurs fois dans la nuit pour répondre à l’appel de Dieu. Sage et obéissant, il met en pratique les conseils d’Elie. Il ose une parole : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Commence alors, pour lui, une aventure folle. Il devient prophète. Il devient serviteur d’Israël. Cette vocation ne le mettra pas à l’abri des dangers ou des sarcasmes. Mais il restera fidèle à son Dieu. Jusqu’à sa mort, Samuel restera à l’écoute de Yahvé. Durant toute sa vie, Samuel sera resté en quête d’absolu.

 

Tout aussi forte est cette recherche des disciples de Jean. Avez-vous entendu leur requête ? Je dis bien re-quête. Déjà ils étaient chercheurs de Dieu en suivant le Baptiste, maintenant ils poursuivent leur route en questionnant celui que Jean désigne comme « l’Agneau de Dieu ». Les deux disciples osent approfondir, aller plus loin et posent cette question : « Maître, où demeures-tu ? ». Autrement dit, mais ils le comprendront plus tard, ils demandent à Jésus, le chemin qu’ils doivent suivre. Car, et c’est tout le mystère, toute la révélation donnée par le Christ : la demeure du croyant est un chemin. Jésus le révèlera au soir de la Cène : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

 

Voilà pourquoi la quête est essentielle. Elle est constitutive de la vie de foi. Ce n’est pas une boutade. Le croyant ne peut pas se satisfaire d’un acquis, d’un savoir aussi érudit soit-il. L’homme de foi est comme qui dirait un scientifique qui ne peut pas se reposer sur des connaissances anciennes. Il ne peut pas rester immobile, certain de posséder la vérité une fois pour toute. Le croyant est un marcheur. A l’instar d’André et de son compagnon, il avance de questionnements en questionnements. Il accepte d’être déconcerté, parfois bouleversé. Il accepte qu’il y ait des ruptures. Elles sont souvent douloureuses, mais elles permettent un nouveau regard sur la réalité. Le croyant ose la remise en cause, sur ce qu’il croyait connaître de lui-même et de Dieu.

 

Cette dynamique de la quête nécessite une très grande capacité d’écoute. On ne peut pas rester sur un sentiment, sur une impression. Que dit l’autre réellement ? Que dit Dieu à travers sa Parole, ou à travers les évènements ? Il faut chercher le sens. Et pour cela, il est bon aussi de demander conseil aux anciens, aux sages, aux personnes expérimentées. Elles ont déjà traversé certains déserts, découverts de profonds secrets, appris l’exigence de l’amour. Car absolu et amour sont bien liés. Nos aînés dans la foi, les grands mystiques, mais pas seulement, nos parents ou amis qui ont été éprouvés par la vie et qui sont restés fidèles à Dieu, savent que l’absolu se trouve en dehors des évidences. En dehors des sentiers battus. Bien souvent il se montre par surprise. Soudain un amour fou les a saisis. Jusqu’alors, ils tenaient leur vie, ils étaient les maîtres de leur destin, et voici qu’un nouveau chemin, comme un appel à un plus grand amour, les a envahis. Pour les uns ce fut de résister à la violence et de ne jamais haïr, pour les autres une démarche de pardon, pour d’autres encore, un don de soi par le biais d’une association ou d’une œuvre caritative.

 

Aujourd’hui, les appels ne manquent pas. Resterons-nous à l’abri dans notre train-train quotidien sécurisant ? Sauverons-nous notre conscience en participant à telle action charitable programmée et à la messe dominicale ? Ou oserons-nous aussi une aventure encore plus grande ? L’Eucharistie nous nourrira-t-elle au point de nous décider à suivre des chemins inconnus ? Va-t-elle nous inviter réellement à mettre en pratique l’Evangile ? C’est-à-dire, accueillir les migrants, soigner les malades, visiter les prisonniers, servir les derniers, sortir de nous-mêmes.

 

La quête est essentielle dans la vie du croyant parce qu’il ne s’agit pas de donner, mais de se donner ! Sans blague, c’est sérieux.

 

La quête c’est aussi dire aux autres ce qui nous remplit de bonheur et de joie. André s’en va chercher son frère Pierre. Il ne sait pas encore que grâce à son témoignage, il permet à Jésus de trouver le premier pape de l’Eglise. André est heureux de sa découverte. Il entraîne son frère102cweb 102cweb   dans sa joie. Il lui fait découvrir le Messie. Et le Christ va bouleverser la vie de cet humble pêcheur, au point d’en changer le nom. La suite, on la connaît : Pierre sera souvent désorienté, parfois même remis en place par Jésus. Il sera même capable de renier son ami, faisant alors l’expérience de sa pauvreté la plus profonde... Mais c’est ainsi qu’il devient le roc, le Képhas de l’Eglise que Jésus veut fonder. Pierre s’est laissé transformer. Pierre a marché. Pierre est allé au bout sa quête, jusqu’au martyre.

 

Dimanche prochain, et les trois dimanches suivants, ici même, sera redonné le spectacle « Bâtir sur le roque ». Vous le savez, il s’agit d’une mise en scène sur la base d’une partie d’échecs. Le Roque étant un coup magistral qui donne un avantage à celui qui l’utilise. Ce spectacle permet de dire comment le Christ, la Lumière du monde, livre un combat contre les ténèbres. Il y a un an environ, les acteurs se sont mis en route pour une aventure dont ils ne pouvaient prévoir les fruits. Je crois pouvoir affirmer que tous sont heureux d’avoir cherché un chemin nouveau pour témoigner de l’Evangile. Chers amis, je vous invite à venir voir ce que leur confiance a produit. Je vous invite à sortir de chez vous, à occuper votre dimanche après-midi autrement. Oh pas simplement ici ! Cette invitation dépasse largement le cadre de ce spectacle. Beaucoup de personnes sont seules le dimanche. Le groupe « Brin de causette » attend que nous les rejoignions. Beaucoup de malades souffrent de solitude chez eux ou à l’hôpital... Plutôt que de nous ennuyer seuls, sortons les visiter. Un coup de fil, une lettre, c’est aussi une façon de sortir de soi et de chez soi.

 

Ce n’est évidemment pas une leçon de morale... C’est tout simplement l’Evangile. C’est la dynamique de la foi. Le croyant est un marcheur, un quêteur. Il cherche toujours à faire le bien. Sans cesse. Il marche. Tiens, à propos, après le Credo, vous verrez trois ou quatre personnes passer dans les rangs avec un panier. Puisqu’ils se sont mis en route, encourageons-les en remplissant leur panier. Blague à part, la quête, c’est essentiel !

 

Abbé Xavier

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