Dixit

Homélie de la Toussaint

 

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Dixit

 

 

Je vous propose une homélie interactive. Un petit jeu intitulé « Dixit ». Peut-être le connaissez-vous. C’est un jeu de société amusant à base de devinettes. Je vais vous donner quatre citations et vous allez essayer de retrouver leur auteur. Vous avez, et c’est même conseillé, tout à fait le droit de demander l’aide de vos voisins. Je vous les annonce et je vous donnerai la réponse seulement ensuite. Vous avez compris le but du jeu ? Vous êtes prêts ?...

 

Première citation : « Etre saint, c’est mettre Jésus au cœur de sa vie et en vivre. » Le jeu consiste aussi à demander aux voisins ce qu’ils pensent de cette affirmation. Je répète la phrase : « Etre saint, c’est mettre Jésus au cœur de sa vie et en vivre. » De qui est cette phrase ? Qu’en pensez-vous ?

 

… (Quelques secondes)

 

Deuxième citation : « Pour être saint, il faut déjà y penser. Ensuite il faut le vouloir. Et puis il faut s’y entraîner… »… De qui est cette phrase ? Vous avez une petite idée ?

 

… (Quelques secondes)

 

Troisième citation : « Un bonheur, c’est ce qui rend heureux, donc Jésus est un bonheur ! »

 

… (Quelques secondes)

 

Quatrième citation, la dernière : « La sérénité, la joie, la tolérance… Voilà les fruits des Béatitudes ! »

 

… (Quelques secondes)

 

J’aurais dû vous dire de réviser avant la théologie !

 

Celles et ceux qui, parmi nous, ont participé à la petite réception d’hier soir ont sans doute trouvé… D’abord, je vous confesse ceci : hier, je n’étais pas vraiment inspiré pour préparer cette homélie. Dans ces cas-là, je fais appel à l’Esprit Saint pour qu’il m’éclaire. M’est alors venue cette petite idée : interviewer les personnes présentes à la soirée, et recueillir leurs réponses. J’ai seulement demandé : « Pour vous, c’est quoi être saint ? C’est quoi les Béatitudes ? » Je ne pouvais pas reprendre ici toutes les réponses, mais, comme vous l’avez entendu, il y a eu quelques pépites. A tel point que certains parmi nous ont peut-être pensé que la première citation était de Saint Augustin, la deuxième du Bienheureux Marcel Callo, la troisième de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et la quatrième, pourquoi pas, de Saint Ignace… A moins que vous n’ayez pensé à d’autres saints ou grands auteurs de la littérature chrétienne ! Figurez-vous qu’en ayant donné ces réponses, vous étiez assez proches de la vérité. Si ce n’est qu’il s’agit de personnes que nous pouvons côtoyer tous les jours.

 

Je crois que cette dernière phrase mérite d’être reprise. Elle semble induire une idée fausse. Si nous disons : « Si ce n’est qu’il s’agit de personnes que nous pouvons côtoyer tous les jours », cela voudrait dire que les saints reconnus par l’Eglise, la communauté céleste, est lointaine. Presque inatteignable… Or, pas du tout ! Au contraire. Les saints sont tout proches. Ils sont présents dans nos vies. Et nous avons raison de les honorer aujourd’hui. Et de les prier régulièrement. Ils nous aident dans nos combats quotidiens. Mes amis, n’ayons pas peur de demander l’aide de celles et ceux qui ont traversé la vie en proclamant que leur amour est en Dieu. Que la source de tout amour est Dieu. Dieu révélé en Jésus-Christ. Les saints ont essayé de mettre le Christ au cœur de leur existence. Il était leur référence, leur ligne de conduite. En tout instant, ils ont essayé de mettre en œuvre les paroles de l’Evangile. Ils ont inventé leur vie en fonction du Christ. Ils ont osé des gestes prophétiques, fraternels, qui les ont parfois fait passer pour des fous… Ils ont cherché à servir les plus humbles, à soigner les malades… Ils voyaient le Christ en chaque personne. En chaque individu. Ces hommes et ces femmes, ces enfants (parce qu’il n’y a pas d’âge pour être reconnu saint, il s’agit plutôt d’une maturité spirituelle), tous ont choisi l’aventure de la foi. Certains en changeant radicalement de vie (et nous pouvons penser, par exemple, à Saint François, le patron de notre paroisse), d’autres en la vivant le plus ordinairement possible, tels Zélie et Louis Martin, les parents de Thérèse de Lisieux, qui viennent d’être canonisés. A savoir aussi que tous ont éprouvé, dans leur chair, la difficulté d’une fidélité absolue au Christ. Ils ont fait l’expérience du péché. Mais ils ont compris qu’ils étaient sauvés par la croix du Christ, par l’amour offert par le Fils de Dieu pour la rémission des péchés. Les saints ne sont pas des hommes et des femmes purs de tout péché, ce sont des humbles qui ont loué Dieu de les avoir libérés des assauts du mal. Leur point commun est leur confiance en Dieu, leur amour du Christ. Un amour si grand que leur seul désir était d’en témoigner, parfois jusqu’au martyre. D’ailleurs, c’est le sens du mot « martyr » qui signifie « témoin » !

 

Bref, lorsque l’une d’entre nous, en l’occurrence une enfant de cinq ans, dit : « Un bonheur, c’est ce qui rend heureux, donc Jésus est un bonheur ! », on comprend bien que la sainteté n’est pas réservée aux autres. Elle nous est proposée. Notre vocation commune est de viser la béatitude. Hier soir, un prophète, qui doit être assis quelque part dans l’assemblée, répondait à mes questions en disant : « Il faut vivre la béat-attitude. » Il commentait son jeu de mot en disant que toutes nos attitudes doivent être reliées à la joie de l’Evangile. Etre béat devant l’œuvre de Dieu. Sachant aussi que la béatitude n’a rien à voir avec la bêtise, le ravissement passif ou la niaiserie. Quand le Christ annonce les Béatitudes, il proclame des actions, des « agirs » : « Heureux ceux qui font œuvre de miséricorde. Heureux les artisans de paix. Heureux les affamés de la justice… » Le saint ne se tourne pas les pouces. En tout instant, il s’inquiète du bonheur du prochain. L’injustice le révolte. Le mal, la guerre, la haine, la souffrance, la misère, la moindre peine le mettent dans un état second, comme si l’Esprit de son baptême prenait totalement possession de son corps et de son intelligence, pour agir et oser un acte d’amour. Le saint ne s’appartient plus. Il est guidé par Dieu, se laisse guider par Dieu. Le saint fait confiance à l’Esprit. Il lui arrive d’avoir peur, mais la peur est vite effacée parce qu’il sait la toute-puissance de Dieu, la toute-puissance de l’amour !

 

Mes amis, les personnes avec qui nous discutions juste à l’instant, pour trouver qui est l’auteur des citations énoncées, nos voisins, sont sur le chemin de la sainteté. Oui, croyez-moi, nos voisins, nos voisines, cheminent vers la sainteté. C’est un chemin difficile. Bien souvent ils, elles, retombent dans des travers, des attitudes qui les éloignent de la béatitude. Mais leur présence ici, ce matin, montre bien que nos voisins s’en remettent à Dieu pour les aider, pour oser recommencer malgré tout, encore, et encore, certains que le sacrifice de l’Eucharistie résume l’œuvre salutaire du Christ. Tous les saints ont fait cette expérience, tous avaient cette certitude : Dieu sauve. Notre voisin leur ressemble. C’est pourquoi je vous propose de poursuivre notre jeu… Demandons à nos voisins, là maintenant : « Et vous, que faites-vous pour vous sanctifier ? » J’ai bien conscience que cette question est assez intime et qu’il est bien compliqué d’y répondre. Mais allons-y quand même. Provoquons la discussion. Demandons : « Et vous, que faites-vous pour vous sanctifier ? » Allez-y !

 

… (Quelques secondes)

 

Et puisque j’ai commencé cette homélie sous la forme du jeu, je vais en garder le style. Je vais interroger le public, ou plutôt l’assemblée, comme pour faire appel à un ami… Vous allez voir que nous allons enrichir le dictionnaire des citations. Je vais demander à quatre personnes au hasard de répondre à cette question. « Et vous, que faites-vous pour vous sanctifier ? »

 

… (Quelques réponses)

 

            Merci à chacun et chacune. Permettez-moi de vous souhaiter une très belle fête de la Toussaint, en l’honneur de votre saint patron, mais aussi pour vous qui, à entendre vos réponses, êtes sur la route de la sainteté. Vraiment, « La sérénité, la joie, la tolérance… Voilà les fruits des Béatitudes ! »… Dixit future Sainte Jeannine !

 

Abbé Xavier

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