Un oui pour la vie…

Mariage Elise et Charles

Elise et Charles,

Longuenesse, le 25 avril 2015

Un oui pour la vie…

 

Et donc vous vous mariez… quelle idée ! Quelle bonne idée ! Elle devrait en séduire quelques-uns. images images  Je parle de l’idée. Et le « quelques-uns » fait référence aux couples. Elise et Charles, on sait que vous avez beaucoup d’humour, mais il faut quand même éviter les malentendus ! Votre idée d’un oui pour la vie, fidèle, véritable, amoureux, oblatif, libre et joyeux, va sûrement éveiller des souhaits d’engagement ou de réengagement parmi les couples qui vous entourent. Et pas seulement les couples. Quelles que soient les situations de vie des personnes, toutes celles et tous ceux qui vont être témoins de ce « oui » retentissant, vont ressentir le grand désir de donner leur vie par et dans l’amour. « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » dit Jésus. Tous, nous voulons engager notre vie pour le bien de nos proches. Merci Elise et Charles de nous rappeler combien le don de soi est la source de notre bonheur.

 

Il s’agit donc d’un oui pour la vie, fidèle, véritable, amoureux, oblatif, libre et joyeux.

 

Je vais reprendre ces mots un à un. Et puis j’ajouterai un petit bout de phrase en guise de conclusion. Voilà pour le plan. Pas d’objection ? Merci !

 

Le premier mot c’est « oui ».

 

Le mot de l’obéissance et de la confiance. Le mot de Marie lorsque l’ange lui demande de devenir la mère du Seigneur. Le mot de l’aventure. Du risque. Il arrive qu’on nous dise : « Je peux te demander un petit service ? » Heureux celles et ceux qui répondent « oui » sans hésiter, sans attendre la fin de la demande. De fait, en osant cette réponse sans condition, on s’expose à un déplacement. Le service peut être tout petit, ou très important. Au moment du « oui », on ne sait rien de ses conséquences : le temps, les efforts, peut-être les ennuis… Le « oui » accordé repose sur la confiance. On devine que l’autre ne va pas aller au-delà de nos capacités. Il (ou elle) nous a jugé apte à réaliser sa demande. Le demandeur nous connaît et sa confiance nous honore. Puissions-nous être prompt à répondre « oui », sans crainte, comme Marie, ou… Non ça je le garde pour la conclusion.

Je termine ce premier paragraphe par ce petit conseil. Elise et Charles, tous les matins, le premier réveillé guette le réveil de l’autre. Et sitôt que son œil s’entrouvre, il lui demande : « Mon amour, je peux te demander un service ? » Ainsi la première parole entendue est « Mon amour » et la première prononcée est « oui ». La suite c’est : « Veux-tu m’épouser ? », et là c’est le deuxième « oui ». Normalement la parole qui suit est un baiser !

 

Le deuxième mot est une suite de mots : « pour la vie ».

 

Il y a deux façons de comprendre ce morceau de phrase. Grand B, petit a. « Pour la vie » signifie pour tout le reste de ma vie. Jusqu’à la fin de mes jours. Aujourd’hui et pour toujours. Jamais je ne reviendrai sur cette parole. Rien ne pourra défaire cet engagement. Il est indélébile. Absolu. Sans retour. Entier. CDI, « I » signifiant « infini » ! Bref pour toujours. Pour les meilleurs moments. Pour les plus difficiles. Parce que la vie justement n’est pas toujours simple. Si elle est toujours belle, elle est aussi souvent rude. Elle est un combat. Il est bon d’être à deux, unis, pour mener la lutte.

Pour la vie c’est aussi, grand B, petit b, pour donner la vie ! Si la vie peut être difficile, elle est toujours un cadeau à vivre et à faire vivre. Elle est le lieu de l’expérience de l’amour. Elise et Charles, puissiez-vous donner la vie. Il ne s’agit pas que de mettre au monde des enfants. Il s’agit de les éduquer, les faire grandir. Leur faire découvrir ce qui est beau autour d’eux. La musique, la nature, l’amitié, la tendresse, la famille… Donner la vie, c’est faire aimer la vie. La naissance aussi est un acte perpétuel. Puissiez-vous éveiller vos enfants à la vie, comme Joseph et Marie pour Jésus. Comme…

Tst tst, je garde cela pour la conclusion, où l’on comprendra que la fécondité dépasse largement l’engagement envers les enfants. Le rayonnement d’une personne se lit souvent à travers son sens de l’accueil et sa générosité, sa manière d’être, et même ses qualités artistiques, ou autres…

 

Le troisième mot, c’est « fidèle ».

 

C’est un mot magnifique. Je ne sais pas pourquoi mais il m’est venu l’image d’un canal. J’ai pensé au canal de Neuffossé, faute de connaître le canal du Midi ! Sur le bord du canal, il y a le chemin de halage. Auparavant, les chevaux tiraient les bateaux pour remonter le courant. La fidélité c’est le chemin. Elle permet d’aller à la source, de remonter le courant. La vie coule, fluide, normale. Nous pourrions facilement nous laisser porter par le flot des évènements routiniers. La fidélité nous tire vers l’idéal, le pourquoi de notre quotidien. Jour après jour, on se souvient du « oui », de l’engagement, pour celui ou celle à qui l’on a promis d’être bon, d’être grand, d’être fort. La grandeur et la force se trouvant dans l’humilité et la douceur. Ce que je suis, ce que je deviens, je le deviens par toi, avec et pour toi. Et, avec toi et par toi, je vais agir pour eux, pour tous. La fidélité à quelqu’un, à une promesse, à un idéal, nous ouvre à l’humain. Et, quel mystère, cette fidélité nous rend particulièrement attentifs à celles et ceux qui souffrent de se sentir fragiles pour durer dans leurs engagements. Après la Pentecôte, les apôtres, les fidèles compagnons du Christ, se sont d’abord souciés de celles et ceux qui se sentaient exclus de la synagogue. Ils étaient fidèles à l’enseignement de leur maître.

Comme lui, ils… Vous l’avez compris je garde cette remarque pour la fin.

 

« Véritable » ou « vérité » est le mot suivant.

 

Je vais faire court. Ne mentez jamais ! Ne vous mentez jamais ! Sauf pour des blagues bien sûr, pour des surprises, des trucs comme ça. Mais pour tout ce qui concerne le travail, la famille, les amis, les services du quotidien, les loisirs… Bref pour tout, qu’il n’y ait jamais la moindre mystification. Pas une once de mensonge, ni envers l’autre, ni envers vous-mêmes. Jamais ! Il y a trop de duperies dans le monde, trop de tricheries, de malversations. A l’instar des évangélistes qui écrivent souvent « En vérité, en vérité… », soyez, soyons des personnes franches, profondément honnêtes.

Vous devinez ce que j’ajouterai dans la conclusion finale.

 

Il me reste « amoureux, libre, oblatif et joyeux ».

 

« Amoureux », ça veut dire capable d’accueillir les beautés du conjoint, sa gentillesse, sa générosité, sa tendresse. Mais aussi, jour après jour, accueillir ses différences et ses manques. Et non, tout n’est pas parfait en Elise. Tout n’est pas parfait en Charles. Accueillir et pardonner. Il arrive que de façon involontaire on ait été indélicat. Apprendre à se dire, sans reproche, avec humour, que la gaffe n’est pas grave, et reprendre le dialogue. Aimer au-delà du sentiment, au-delà du sensuel. Aimer le cœur. Aimer avec le cœur. C’est-à-dire jusqu’à donner sa vie. Les premiers martyrs ont donné la leur par amour de Dieu. Quant à Jésus…

 

« Libre ».

 

Aucune pression. Aucune obligation. C’est votre choix. Il n’y a pas d’amour sans liberté. La force n’est pas l’amour mais l’amour est force… On ne force pas à aimer, on se laisse aimer. Non pas « Tu dois m’aimer », mais « Je veux t’aimer ». La liberté devient volonté. Acte. Saint Augustin, Père de l’Eglise écrivait : « Aime et fais ce que tu veux ! ». Avant lui, Celui dont je parlerai davantage à la fin disait : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne. »

 

« Oblatif ».

 

Le « oui » du mariage, le « oui » d’un engagement est oblatif. La personne s’offre, se donne. En totalité. Cette fois je pense aux enfants. Lorsqu’ils font un dessin, souvent les plus petits se représentent eux-mêmes. Les dessins sont d’ailleurs très ressemblants, on voit même les lunettes ou le collier de perles… Quand le dessin est terminé, tout coloré, avec un grand soleil, l’enfant l’offre à ses parents, ou à Papy, Mamie, ou une personne présente qu’il aime profondément. Il dit son amour. A travers ce dessin offert, il dit combien il se donne lui-même aux personnes en qui il a confiance. Il rend l’amour. Il se rend. Elise et Charles, dessinez-vous et rendez-vous l’un à l’autre, en toute confiance. Rendez-vous ensemble à Dieu, dans l’action de grâce. Cette Eucharistie est comme un premier dessin que vous lui rendez. Faites-lui d’autres jolis portraits de vous. A travers les siècles, les missionnaires ont rendu grâce à Dieu pour l’œuvre de l’Esprit Saint. Ils se sont offerts et ont permis l’esquisse d’un monde meilleur. Ils avaient un modèle pour dessiner mais j’en parlerai dans quelques secondes.

 

Et « joyeux ».

 

Ah oui ! Qu’il y ait de la joie dans ce « oui » ! Du rire. Des bêtises, de l’espièglerie ! De la bonne humeur. Du peps ! De l’entrain. Le monde a tellement besoin de voir des gens heureux. Celles et ceux qui sont fatigués, usés dans leur tête, dans leur corps, dans leur mental, ont besoin de voir des gens rayonnants. Sans aucune prétention, avec beaucoup de finesse, transmettez, transmettons la joie de Pâques ! Christ est ressuscité. Ceux qui croient en cette résurrection ne peuvent pas adhérer à la morosité. Soyez joyeux. Avec tous les croyants d’aujourd’hui, transmettez cette extraordinaire nouvelle : la mort est vaincue, le mal, la violence et la guerre n’auront jamais le dernier mot. L’amour du Christ nous a sauvés.

 

Me voilà donc au dernier paragraphe, la conclusion.

 

Votre « oui pour la vie, fidèle, véritable, amoureux, oblatif, libre et joyeux » est un « oui » comme celui du Christ ! « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » dit Jésus dans ce passage d’Evangile que vous avez choisi. Voilà, avec Marie et Joseph, avec les apôtres et les évangélistes, avec les martyrs, les Pères de l’Eglise et les missionnaires, avec les croyants d’aujourd’hui, osez vivre ce « oui » comme le Christ Jésus l’a vécu. Il a toujours fait la volonté du Père. Serviteur absolu de sa Parole, il est « la Vérité, la Vie et le Chemin ». Librement et fidèlement rendu à Dieu, il donne sa vie pour ses amis. Il fait tout cela, nous dit cet Evangile, pour que notre joie soit parfaite.

 

Je termine avec une question : « Elise et Charles, vous voulez bien nous rendre un service ? »

 

  • ….

 

Merci, je ne doutais pas un instant de votre générosité. Vous avez pris un risque… Mais vous avez bien fait… Pour notre plus grande joie, si vous voulez bien vous échanger un joli baiser !

Abbé Xavier

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