Un vent de liberté

Eglise Saint-Léger Fête de Pentecôte

 

 

Vent de liberté

 

Vous avez entendu comment l’Esprit se manifeste : un violent coup de vent. Les portes sans-titre sans-titre  s’ouvrent. Il y a un fracas. Cela bouge. Les Apôtres, qui étaient enfermés, sont saisis par un vent qui ouvre tout. C’est un appel à la liberté. Un immense appel à la liberté. Cette fameuse liberté que l’on aime tant, que l’on défend, que l’on veut pour soi-même et pour les autres. Un immense appel à la liberté. Ce matin, je vous propose une méditation sur une forme de liberté... Un appel à vivre cette liberté offerte par l’Esprit-Saint. L’Esprit Saint nous libère, entre autre, d’une forme de morale trop sclérosante ! Voilà le sujet.

 

Vous savez que Jésus était très « remonté » contre les pharisiens. La Loi l’avait emporté sur la charité. Tout était codé, ritualisé. Nous autres, chrétiens, il nous arrive d’être très proches de ces pharisiens. Un peu trop souvent, notre éthique nous enferme sur nous-mêmes. Je ne suis pas en train de dire que l’on peut faire n’importe quoi de sa vie. Bien au contraire. L’éthique chrétienne, la morale chrétienne existe, et c’est heureux. Mais il y a une façon de la vivre qui est bonne et une façon de la vivre qui ne l’est pas. Il faudrait quelque fois cesser de se poser 10.000 questions sur nos agirs. A force de mettre la morale en avant, nous sommes devenus des chrétiens inquiets. En perpétuel questionnement. Est-ce que j’ai bien fait, mal fait, assez bien fait ? Est-ce que je n’ai pas vexé, blessé ? Est-ce que j’ai assez pardonné ? Est-ce que j’ai su faire le premier pas ? Est-ce que je suis suffisamment bon, gentil, serviable ? Que ces questions soient posées une fois, c’est souhaitable. Mais quand elles deviennent lancinantes, c’est franchement destructeur. Non à la culpabilité morbide. Ce n’est pas l’Evangile.

 

L’Esprit Saint ne nous demande pas de nous remettre en cause en permanence. Il nous demande d’agir en conscience. De prendre une décision et agir. Et puis, allez, on va de l’avant. On arrête de regarder dans le rétroviseur sans arrêt. Il y a du pragmatisme dans l’œuvre de l’Esprit. Sinon, on fait du « sur place », on tourne en rond dans sa tête, pour ne pas dire dans son cœur, et on a mal au cœur. En fait, quelque part, on se rassure, on se fait plaisir. C’est inconscient. Ce n’est pas volontaire mais c’est ce qu’il se passe. Si on pousse un peu le raisonnement, on pourrait penser qu’on se protège derrière une idole que l’on a fabriquée de manière inconsciente. Une sorte de divinité terrifiante qui nous enferme sur nous-mêmes, qui nous angoisse. Une divinité qui supprime la confiance que le vrai Dieu nous a faite en nous donnant l’Esprit de vie. Nous n’avons pas le droit de gâcher cet Esprit en nous affolant tout seuls. A force de questionnements éthiques, ou soi-disant éthiques, on devient scrupuleux. On devient pharisien. On n’ose plus. On s’affadit. On a peur. A force de vouloir trop bien faire, on ne fait rien.

 

Savez-vous que Jésus préfère un champ dans lequel ont poussé les orties et le blé, plutôt qu’un champ où il n’y a pas un épi ? L’Esprit Saint nous est donné pour que nous osions la vie, quitte à se tromper, mais oser. Evidemment il ne s’agit pas d’être orgueilleux, ou condescendant. Il faudra un jour reconnaître telle ou telle erreur. Nous ne sommes pas parfaits. Nous le savons bien. Mais comme c’est fatigant, pour soi-même et pour les autres, que de se perdre dans des milliards de suppositions pour des problèmes qui pourraient ne pas en être. Arrêtons de ressasser. Vraiment. Dans l’Esprit qui est au fond de notre cœur, agissions malgré l’imperfection. Allez, confiance. Croyons en nous ! Cessons d’avoir peur de notre ombre ! Je sais bien que l’Eglise enseigne une morale, et cette morale est bonne. Mais avant toute chose, soyons des vivants. Profitons de la vie. Bien sûr dans le respect des autres et du monde. Par exemple, non à l’argent à tout prix au risque de mettre l’écologie et l’avenir de la planète en jeu. Vous devinez mon allusion à un certain président. Donc respect bien sûr. Mais libres bon sang ! Ayons du plaisir, de la joie. Sourions. Savoir se faire et faire plaisir. Sans égoïsme et sans complexe. L’Eglise catholique n’est pas une usine à fabriquer des timides, des peureux. Elle donne la vie à des hommes et des femmes joyeux de croquer la vie à pleines dents. Vraiment, vivre.

 

Et puis nous verrons qu’à force de sortir des grands principes, nous serons aussi beaucoup plus conciliants pour celles et ceux qu’il nous arrive de juger comme trop laxistes ou, au contraire, comme trop sévères. D’ailleurs, on se vexera moins sitôt que d’autres auront essayé une parole à notre égard et qu’ils n’auront pas réussi. Vous savez, trop souvent, on se vexe pour rien. Mes amis, ce matin, vous l’aurez compris, c’est un grand vent de liberté qui nous entraîne à sortir de nos frontières intérieures. Toutes ces limites que nous nous sommes fabriquées en vue de devenir des saints. Il s’avère que certaines d’entre elles sont trop jansénistes, trop idéalistes. Il y a des lois qui sont trop lourdes. Nous devenons tristes à force de vouloir bien faire. Il nous faut retrouver la joie de la simplicité. Encore une fois, ne pas faire n’importe quoi, mais être plus souples avec nous-mêmes.

 

Allez, on se lâche ! On lâche prise. On lâche la prise que l’on a sur soi-même, le surmoi qui nous immobilise. On retrouve la joie de se laisser mener par la saveur de l’Evangile. Or l’Evangile n’est pas un code de bonne conduite, c’est d’abord une parole de vie. L’Evangile est une découverte de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu. Il vaut mieux agir de travers en regardant le Christ que de se demander sans arrêt : « Que ferait le Christ ? Que dit l’Eglise ? » et ne rien faire pour être sûr de ne pas déplaire à Dieu. Je crois, moi, que Dieu est en colère quand on se réfugie derrière de mauvaises excuses. Quand on utilise la morale pour se regarder le nombril.

L’Esprit Saint nous invite à sortir de nous-mêmes. C’est un courant d’air ! L’Eglise, pas seulement le bâtiment, ce n’est pas une maison où ça sent le renfermé. C’est ouvert. Si l’Eglise a des choses à dire quant aux questions éthiques, c’est pour que, éclairé de son enseignement, le chrétien essaie un chemin. Le chemin qu’il peut. Nous n’avons pas tous les mêmes capacités mais nous avons tous à essayer, avec douceur envers soi-même et envers les autres. Le chemin n’est pas inaccessible. S’il semble inaccessible, c’est que la morale que l’on s’est faite n’est pas la bonne, parce qu’avec Dieu, il y a toujours un chemin possible. L’Eglise n’est pas là pour mettre un fardeau supplémentaire sur les épaules de celles et ceux qu’elle aime. Soyons libres ! Cessons de nous tourmenter ! Croyons en nous ! Croyons que l’Esprit de notre baptême a mis en nous les réponses. Agissons selon notre conscience. Mais agissons. Vérifions, de temps en temps, en Eglise que nos actions sont pour la paix, l’Evangile nous dit de porter la paix, pour le bien. Demandons pardon pour ce qui n’est pas tout à fait ajusté, mais ne commençons pas par nous excuser d’être pêcheurs, sinon nous ne ferons rien. Nous sommes pécheurs. Et alors ! Dieu nous aime. Essayons. Agissons ! Voilà ce que les Apôtres ont compris au jour de la Pentecôte. Ils se savaient bien fragiles, Pierre et les autres. Et pourtant, ils sont partis. Ils ont osé. Et 2000 ans après, nous sommes ici. Agir et aimer. Tout est là. L’Esprit nous envoie. N’ayons pas peur !

 

C’en est fini d’être prisonnier de soi. Nous sommes citoyens des cieux ! Et ce n’est pas du vent ! Ou plutôt, c’est un vent de liberté.

 

Amen.

Abbé Xavier

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