Théotokos

Homélie du 4ème dimanche de l'Avent

Dimanche 20 décembre 2015

4ème dimanche de l’Avent

Théotokos

 

 

sans-titre sans-titre  Nous voici donc arrivés au quatrième dimanche de l’Avent. La quatrième bougie vient d’être allumée, témoin de notre cheminement vers Noël. Dans un instant, nous allons coller la dernière fenêtre sur ce château, la crèche que nous avons décorée ensemble. Jeudi soir, lors de la veillée de Noël, à chaque coin de ce château, nous ajouterons les tours que les autres communautés de la paroisse ont également décorées. La crèche, qui se veut dans le style des crèches de Cracovie, sera alors terminée et nous pourrons accueillir l’enfant Jésus. Evidemment notre crèche n’est pas aussi jolie que celles que nous pouvons contempler au fond de l’église, mais elle nous permet déjà de nous mettre en communion avec les autres communautés de la paroisse et avec les jeunes qui participeront aux Journées Mondiales de la Jeunesse en Pologne en juillet prochain. J’en profite pour adresser ici mes remerciements aux membres de l’Union Commerciale Lensoise qui ont renouvelé cette exposition en choisissant le thème de la Pologne, justement à cause des JMJ de juillet prochain. Merci beaucoup, et merci pour l’amitié partagée grâce à cette exposition. Au passage, je signale que 3500 personnes sont entrées dans l’église cette semaine, et que beaucoup en ont profité pour prier. Certaines ont même laissé une intention qu’elles ont enrobée d’un papier de couleur. Et ces prières sont là, dans la mangeoire : vous pouvez voir quelques « bonbons » que les gens ont déposés.

 

Juste après cette prise de parole, une fois encore, vous allez être invités à écrire votre prière. Vous connaissez le principe : la prière sur le papier blanc, enrobée dans le papier de couleur, sera reprise lors de la veillée de Noël, et le papier de couleur servira à recouvrir la crèche. Elle sera encore plus colorée, plus joyeuse, plus décorée pour accueillir l’Enfant-Dieu. Tout cela peut sembler bien enfantin. C’est une bonne chose : au dire de Jésus, il faut être comme un enfant pour entrer dans le Royaume de Dieu ! Laissons de côté nos attitudes d’adultes trop sérieux, et osons la simplicité. Avec les enfants, comme des enfants, allons jusqu’au bout de notre projet d’Avent : « Décorons nos maisons pour accueillir le Christ ». Après « la maison Eglise », le premier dimanche de l’Avent, au cours duquel nous redécouvrions les projets paroissiaux : La maison Saint-Benoît de la Grande Résidence, la maison Nicodème aves ses multiples propositions, les maisons Théophile (dont c’est la fête aujourd’hui) : une maison Théophile pour accueillir une famille de réfugiés, et l’autre maison pour continuer à vivre la proximité dans le quartier Saint-Edouard ; après « la maison intérieure », le deuxième dimanche, la maison de notre âme ; après « la maison où nous vivons » ; nous voici arrivés à la dernière étape : « Marie, Maison de Dieu. » Nous serons donc invités à écrire une prière que nous adresserons à Dieu par l’intercession de Marie, celle qui abrite Dieu.

 

« Celle qui abrite Dieu » ! Voilà une phrase bien étonnante ! Dieu n’est-il pas le Tout-Puissant, le Tout-Autre ? Comment une personne pourrait-elle abriter Celui qui est au-delà de tout, au-delà du temps et de tout ce qui existe puisqu’il en est le créateur ? C’est pourtant bien ce qu’annonce la foi chrétienne : Marie est la Mère de Dieu : « Théotokos » finit par affirmer le concile de Constantinople en 381. Je ne vais pas faire un cours de théologie ou d’histoire de l’Eglise, mais il est bon de nous rappeler ce que Saint Cyrille d’Alexandrie a défendu lors de ce concile majeur. L’enjeu des débats était de reconnaître l'unité du Christ Dieu et homme. La question ne portait pas sur le statut de Marie, mais sur la réalité de l'incarnation : Jésus fils de Marie est-il vraiment Dieu ? Si oui, sa mère peut véritablement être appelée « Mère de Dieu ». Refuser le titre de « Théotokos » à Marie reviendrait donc à séparer la divinité de l'humanité de Jésus, ou alors à admettre que la divinité de Jésus est postérieure à sa conception. Ce sera la position d’Arius qui sera considéré comme hérétique. Je n’ai pas souvent l’occasion de le faire, mais j’en profite pour nous inviter à poursuivre nos formations en matière de théologie. Aujourd’hui, face à la montée de tous les fanatismes, il est important de savoir répondre de notre foi avec des arguments solides. Notre diocèse, et notre paroisse, offrent beaucoup de possibilités pour la formation chrétienne, notamment ici à la Maison Nicodème ou à Arras avec l’Année Diocésaine de Formation (ADF) que plusieurs d’entre nous suivent ou ont suivi. Si cela vous intéresse, faites-le savoir, le doyenné vous offrira cette formation à l’Eglise. Accueillir le Royaume comme un enfant n’empêche pas de désirer le vivre avec une foi d’adulte !

 

Revenons à Marie, la Mère de Dieu. Elle est donc « Maison de Dieu » parce qu’en elle « le Verbe s’est fait chair ». Elle n’est pas à l’origine de cette incroyable vocation. Elle la reçoit d’un messager de Dieu. L’ange s’adresse à elle et, confiante, elle accepte un destin dont elle devine déjà l’issue. Elle acquiesce. Elle ose un « oui » qui bouleversera tous ses projets, afin que celui de Dieu puisse se réaliser. Marie se rend disponible. Elle s’oublie pour laisser toute la place à son Maître et Seigneur. Elle accueille le projet de Dieu, elle abrite le projet. Elle accueille la Parole. La porte de son cœur s’est ouverte, et tout son corps devient une maison pour que l’Enfant du Très-Haut puisse grandir et développer sa double nature : divine et humaine !

 

Marie est une femme simple. Pour le coup, elle n’a sans doute pas de grande formation théologique. Elle ne fait pas partie de la caste des savants, des docteurs de la Loi qui ont un savoir sur Dieu. Marie n’a pas étudié. C’est une humble fille de village et l’on peut imaginer que son quotidien se résume aux services que toutes les femmes rendaient à l’époque. En choisissant l’une d’elles, Dieu honore toutes ces femmes humbles si souvent oubliées. Il choisit Myriam. Qu’a-t-elle de plus particulier ? Est-elle plus jolie que les filles du Nord-Pas-de-Calais qui, à en croire la radio ce matin, sont, cette année encore, reconnues les plus distinguées de France ?! Est-elle plus serviable que toutes les autres ? Plus humble ? Plus douce ? Plus souriante et joyeuse ? Est-elle plus sainte que Mère Teresa dont le pape François a annoncé la canonisation l’an prochain ? Sans doute, mais là encore, Marie n’y est pour rien. Dieu l’avait choisie bien avant l’appel de l’ange. Dieu l’avait choisie dès sa conception : elle était conçue sans péché. Par une grâce exceptionnelle, Marie ne fut jamais atteinte par le péché originel. De toute l’histoire de l’humanité, depuis Adam, ce personnage mythique qui raconte notre origine, jusqu’à aujourd’hui, et jusqu’à la fin des temps, elle fut, est et sera la seule à hériter de cette grâce. Comme si Dieu avait déployé toute sa puissance pour créer un être d’exception, la plus sublime de toutes ses créatures. Depuis toujours Marie fait partie du projet de Dieu pour l’humanité. Depuis toujours il s’est réservé une demeure pour que sa Parole puisse s’incarner et se déployer sans être abîmée, sans être dégradée, ternie par le péché, le Satan, le Malin. Marie, avant même sa naissance, écrasait déjà le serpent.

 

Et cette grâce de pureté se déploie dans la vie de cette fille de Sion. Femme parmi les femmes, elle devient un modèle de bonté et d’attention aux autres. Pure, elle ne peut vivre la suspicion envers personne. Le doute ne l’atteint pas. Elle fait confiance. Elle fait confiance à ses parents, Anne et Joachim, et à toutes celles et ceux qui l’entourent. A sa cousine Elisabeth, dont l’enfant qu’elle porte reconnaît déjà le Sauveur dans le sein de la Vierge. Elle fait confiance à son fiancé, Joseph. Elle sait qu’il accueillera le projet de Dieu. Que Dieu lui parlera au cœur. C’est naturellement - parce qu’elle est déjà baignée de nature divine - que Marie accepte de devenir « la Maison de Dieu ». C’est pour cela que nous avons raison de nous adresser à Marie pour toucher le cœur de Dieu. Nos prières sont déposées dans le cœur de la « Maison », tels ces « bonbons » dans la crèche que nous fabriquons.

 

Marie, « Théotokos », nous voulons te prier. Nous te prions pour la paix. Nous te prions pour que la paix advienne partout dans le monde. Nous te prions pour nos enfants et nos adolescents. Nous te prions pour toutes les femmes seules, abandonnées. Nous te prions pour les plus humbles, les personnes sans travail. Nous te prions pour les malades : Chantal, Philippine, Yvette, Michel, Caroline et tous nos amis. Nous te prions pour les exclus, les réfugiés qui, comme toi, ont dû choisir l’exil pour protéger leur enfant. Marie, « Théotokos », toi qui, plus que tous, es aimée de Dieu ; toi qui, plus que tous, aimes Dieu, tu es la plus parfaite des Théophile puisque « Théophile » signifie « aimé de Dieu » ou « aimant Dieu ». Puisqu’aujourd’hui nous fêtons ce saint, nous te confions le projet de notre paroisse. Marie, « Théotokos », prépare nos cœurs à accueillir une famille exilée. Que nous devenions, nous aussi, une maison pour le Christ qui se montre sous les traits des plus démunis. Marie, Mère de Dieu, « Théotokos », fais en sorte que le « projet Théophile » se développe aussi dans le quartier Saint-Edouard. Que la maison du presbytère reste un lieu de partage et d’accueil. Que l’Evangile de ton Fils y soit vécu en lien avec les gens de cette cité. Que l’Eglise, dont tu es la Mère, soit proche des personnes et de leurs réalités. Qu’elle soit à l’écoute de leurs joies et de leurs difficultés. Qu’elle aide chacun à sortir de ses peurs pour vivre une plus grande fraternité. Marie, « Théotokos », entends la prière de tes enfants et demande à Dieu de les exaucer.

 

Marie, « Théotokos », « Maison de Dieu », demande-lui d’exaucer la prière que, maintenant, nous écrivons sur un bout de papier…

 

Abbé Xavier

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