Conférence du Père Michel Castro

tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jésus le Christ

Conférence enregistrée

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Compte rendu

 

Présentation du Père Michel Castro :

Michel Castro, docteur en théologie, professeur à la « Catho » de Lille et aussi prêtre en paroisse. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de théologie.

 

Il se propose aujourd’hui de nous entretenir sur le thème :

« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jésus le Christ »

 

Trois remarques introductives :

-D’abord que vouloir traiter le sujet en un peu plus d’une heure relève de la gageure

-Ensuite que, s’affichant comme chrétien, catholique, enseignant dans une faculté catholique et en tant que prêtre, ses propos auront, évidemment, une « coloration » liée à ce qu’il est. Le même sujet exposé par un historien agnostique serait différent.

-Enfin, pour l’essentiel, les chrétiens croient que Jésus est ressuscité d’entre les morts, qu’il est le Fils éternel de Dieu et sauveur du monde

Voici donc le plan qu’il se propose de suivre dans sa conférence :

  1. Jésus : ce que nous connaissons
  2. Ressuscité : a) comment les disciples en sont-ils venus à croire que leur maître était ressuscité d’entre les morts ? b) Sens de cette résurrection de Jésus.
  3. Jésus Fils de Dieu. a) comment rendre compte de la foi chrétienne en l’Incarnation ? b) conséquences et répercussions de cette foi.
  4. Jésus Sauveur. En quoi consiste notre salut accompli par le Christ ?

 

  • Jésus : que connaissons-nous de Lui ?

La réponse paraît toute simple : ce que nous en disent les Evangiles. En fait, ce n’est pas si simple…Il y a le problème du Jésus de l’Histoire. Tous les témoignages bibliques sur Jésus sont ceux de croyants, alors comment rejoindre « l’évènement Jésus » à travers des textes que d’aucuns pourraient qualifier de « partisans » ?, « colorés » par leurs auteurs.

Depuis le XVIIIème siècle, les théologiens historiens ont essayé d’apporter des réponses.

Dans les années cinquante, les savants ont tenté de mettre au point des critères d’authenticité. Cela remonte ou non à Jésus lui-même. Il y a trois critères importants : La double différence. Si une tradition concernant Jésus ne s’explique ni par les convictions des premières communautés chrétiennes ni celles du monde juif, il y a des chances pour que ce soit authentique. Prenons un exemple : Jésus appelle son Père « Abba » ce qui, dans sa langue, est un terme très affectueux que l’on pourrait presque traduire par « petit papa chéri ». Nulle part en littérature gréco-romaine, a fortiori dans les propos d’un juif pieux, on ne trouverait un tel terme. Il serait considéré comme trop proche, trop intime.

 

Deuxième critère : le critère « d’embarras », là où l’on se trouve devant des récits embarrassants. Par exemple, dans les Evangiles, les récits du baptême de Jésus par Jean Baptiste. Pourquoi le Christ semble-t-il faire ainsi « allégeance » à Jean le Baptiste ? L’insistance sur cette relation des faits prouve que Jésus aurait bien reçu le baptême de conversion mis en œuvre par Jean Baptiste. Autre exemple : Dans Marc 13,32, Jésus avoue qu’il ignore l’heure du Jugement « Quant à la date de ce jour ou à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, personne que le Père. »

Troisième critère : l’attestation multiple, comme lorsque concordent des informations données par des personnes qui ne se connaissaient pas. Jean et Marc ne se connaissaient pas mais ils attestent tous deux que Jésus a chassé les vendeurs du Temple, à Jérusalem

Dans les années 80 ; on se pose des interrogations sur le monde juif dans lequel vivait Jésus, en pensant que, si l’on connaît mieux le monde juif de son époque, on le connaîtra mieux, Lui.

Au terme de ces différentes recherches on aboutit à la constatation que Jésus devient quelqu’un de mieux connu que d’autres personnes de l’Histoire comme Trajan ou Vespasien par exemple.

Que connaissons –nous de Jésus, donc ?

Jésus est un homme qui a autorité, qui pardonne les péchés (ce dont seul Dieu est capable). Ayant chassé d’un homme un esprit impur, les témoins de l’action de Jésus se demandent (Marc 1,27) « Qu’est-cela ? Un enseignement nouveau donné d’autorité ! Même aux esprits impurs, il commande et ils lui obéissent ! » Il met en question le culte du Temple  et annonce sa disparition. N’ayant pas trouvé de fruits sur un figuier au bord de la route, il le maudit. Repassant devant l’arbre avec ses disciples, ils constatent que le figuier est desséché. Jésus veut sans doute leur faire comprendre l’inutilité de cet arbre, semblable à l’inutilité des pratiques cultuelles du Temple

Jésus corrige la loi de Moïse par sa propre parole. Dans l’évangile de Jean, prendre parti pour Jésus c’est prendre parti pour Dieu lui-même. On notera aussi la proximité de Jésus pour tous les brisés de la vie.

Conséquences de tout cela : Jésus se met à dos les autorités de son peuple. Jésus refuse aussi de se présenter comme un messager politique, donc il va décevoir ! (les juifs attendaient un messie qui les aurait débarrassé du joug des romains et leur aurait rendu la souveraineté sur leur pays).

 

  • Le Ressuscité

Comment les disciples en sont-ils arrivés à croire en la résurrection de leur maître ?

Ils y sont parvenus pour trois raisons : c’étaient des juifs fervents croyants en un Dieu libérateur.

Ils avaient vécu avec Jésus qui posait des actes de libération (guérisons etc…)

Ils ont expérimenté eux-mêmes leur propre libération, leur propre salut, en rencontrant le ressuscité. Quelque chose leur est arrivé, qui ne dépend pas d’eux. Ils posent un acte de foi personnel en Jésus Ressuscité. Si l’on se permet un jeu de mots, on peut dire qu’ils expérimentent leur propre re-surrection. En bref le comment de notre question posée en début de paragraphe s’explique par la loi juive, le compagnonnage des disciples avec Jésus et l’expérience pascale de la rencontre du Ressuscité.

Et nous alors ?

Nous pouvons croire en la résurrection de Jésus pour trois motifs :

N’y a-t-il pas quête, désir, attente d’une autre vie, de quelque chose qui débouche sur un ailleurs, autre chose que nous-mêmes ?

Nous bénéficions d’un compagnonnage avec l’Eglise, nos frères et sœurs qui nous parlent de Lui.

 Nous avons aussi une rencontre personnelle avec le Ressuscité dans la prière, l’écoute de la Parole, les sacrements, l’Eucharistie. Dans le récit des pèlerins d’Emmaüs, ceux-ci reconnaissent Jésus au geste de la fraction du pain. C’est celui-ci qui permet la reconnaissance. Il y a aussi rencontre du Ressuscité dans le frère ou la sœur démuni(e).

En bref, nous avons le désir d’un sens à notre vie, nous avons le compagnonnage avec l’Eglise, et notre propre expérience pascale.

Le sens de la résurrection de Jésus, c’est le sceau mis par le Père sur le parcours de Jésus. Rappelons-nous le passage de l’évangile de Luc (23,33) « Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font ». C’est un cri qui est entendu. Le Père lui donne la Vie en plénitude, sans nier son humanité. Le Père approuve sa parole, son attitude, son action.

En quoi cela nous concerne-t-il ?

La Résurrection n’est pas un évènement du passé. Le Ressuscité nous donne l’Esprit pour que nous atteignions une gloire semblable à la sienne qui puisse nous mener au règne de Dieu. Dieu qui veut susciter un homme et une femme qui poursuivent son œuvre ; d’où tous les récits d’envois en mission. C’est la forme actuelle de l’action du Ressuscité. Par sa vie donnée à son Père, ses frères et sœurs, Jésus nous ouvre un chemin et son Père le ratifie pour que nous empruntions ce même chemin, celle d’une vie donnée à notre Père, à nos frères et à nos sœurs.

 

  • Le Fils de Dieu

Donnons trois références, trois témoignages pour rendre compte de l’incarnation, et deux conséquences de celle-ci.

La 1ère référence est celle faite à l’évangile de Jean, et surtout au Prologue de celui-ci (Jean 1,14) « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire » Nous pourrions traduire : il a planté sa tente parmi nous, il est venu « camper » chez nous. C’est bien le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu, qui est Dieu.

La 2nde référence évoque la figure de Saint Cyrille d’Alexandrie (au 5ème siècle), le « leader » du Concile d’Ephèse, si l’on peut dire. Il réfléchit sur le Symbole de Nicée, où il est dit :  « Il descendit du ciel, Il souffrit sa passion, Il fut mis au tombeau etc…Il, Il, » mais qui est ce Il ? C’est le Fils de Dieu en personne. Cyrille précise que le Verbe ne se change pas en chair mais, le Verbe tout en restant Verbe se donne une manière d’exister humaine. Il a une vie, une souffrance, une mort humaines .

La 3ème référence est faite à Karl Rahner, un théologien allemand qui réfléchit sur le Verbe devenu homme et sur les conditions de possibilité de cette incarnation. Il distingue deux conditions : pour que Dieu puisse devenir homme, il faut que l’homme soit en capacité de devenir Dieu, et cela ne s’accomplit qu’en un seul homme : le Christ. C’est une promotion extraordinaire de l’homme. Il fait en l’homme une demeure digne de Dieu. Seconde condition à l’incarnation : que Dieu puisse devenir, sorte de lui- même, et il sera capable de souffrir et de mourir. C’est la souveraine liberté qu’a Dieu de pouvoir sortir de lui-même, c’est le secret de la perfection de Dieu. Epître aux Philippiens 2,6-7. Parlant du Christ Jésus « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes » .

Deux conséquences de la foi en l’incarnation : une conception, une vision du monde fondamentalement optimiste. Le monde, la matière, le travail, l’Histoire, la politique ne sont pas mauvais en soi, même s’il y a péché ; et la foi en l’incarnation entraîne une conception particulière de Dieu lui-même : Dieu fait preuve de sa spiritualité en s’incarnant. Il se révèle Sainteté et Amour en prenant sur lui-même le péché du monde. Il se montre puissance de vie en passant par la mort.

 

  • Jésus Sauveur

En quoi consiste notre salut accompli par le Christ ?

Il est vraisemblable que beaucoup diraient : le Christ vient nous sauver du péché . Ce n’est pas faux, mais le péché de l’homme serait-il alors la raison d’être de l’incarnation ? C’est insuffisant. Le théologien Jean Duns Scot (1265-1308) a été surnommé « docteur subtil », ce qui laisse à penser qu’il était plutôt futé. Il se demande : et si l’homme n’avait pas péché ? (on peut faire de la théologie avec des « si ») Eh bien, dit notre docteur subtil, Dieu se serait incarné quand même, afin de récapituler tout l’univers en lui, pour nous chercher et nous emmener vers le Père ; c’est ce en quoi consiste le salut, la divinisation : être emmené par le Christ pour partager éternellement la Vie de Dieu, et bien sûr, aussi, recevoir le pardon de nos péchés . Aujourd’hui, des théologiens retrouvent l’intuition de Duns Scot, par exemple Jean Noël  Bezançon (auteur de Dieu sauve). Il déclare que le salut c’est beaucoup plus qu’être sauvé du péché, c’est devenir fils, avec le Fils et en lui. Un autre théologien : Joseph Doré, a enseigné la christologie à Paris puis est devenu archevêque de Strasbourg. Il dit que la résurrection des morts est l’annonce de la vie éternelle, du rétablissement de la communication avec Dieu. Enfin Bernard Sesboüé , né en 1929, enseignant à la faculté jésuite de Lyon, puis de Paris. Il est un passionné de l’œcuménisme (il fait partie du groupe des Dombes) et il est membre de la Commission Théologique Internationale . Son dernier ouvrage (2015) s’intitule :  L’homme,  merveille de Dieu (éditeur Salvator). Il nous redit que l’homme est un être fini et aussi un être pécheur. Le salut nous libère de la finitude et du péché. Le salut est une divinisation et aussi une rémission des péchés.

Eléments de bibliographie :

Joseph Doré : Jésus expliqué à tous (Seuil) 150 pages : une merveille ! A lire et à faire lire.

José Antonio Pagola : Jésus . Une approche historique par un grand exégète . Un livre précis et en même temps réel, animé de l’amour de Jésus.

Bernard Sesboüé (a été professeur de Michel Castro) :Croire .C’est une invitation à la foi catholique. Un ouvrage remarquable, qui est aussi un commentaire du Credo . Voir surtout les chapitres 12 à 17 qui sont très intéressants.

Echange avec le public

  • Les scientifiques du XXème siècle ont cherché la réalité de Jésus, d’autres avant eux ont poursuivi le même but.

Oui et non, des chrétiens se sont intéressés à la nature humaine du Christ ; à partir du XIXème siècle, on assiste à la naissance de l’Histoire comme science. Il n’est donc pas étonnant que l’Histoire va s’intéresser à Jésus du point de vue historique.

  • Comment définissez-vous Dieu ? Qu’est-ce que le Verbe ?

Réponse bien difficile. On pourrait donner celle que nous apprenions par cœur dans nos catéchismes. Si l’on se réfère à la lettre de Jean, Dieu est amour. Il est Père, Fils ou Verbe et Esprit (il y a communion d’amour entre les trois). Les chrétiens croient en un Dieu différencié . Jésus est Dieu et homme. Le Fils vient partager notre condition humaine.

  • Qu’est-ce que la Résurrection ?

C’est une vie par- delà la mort humaine, une vie éternellement auprès de Dieu et avec Dieu. Jésus ressuscite avec tout lui-même et nous sommes appelés à ressusciter avec tout nous-mêmes. C’est ce qui est dit au chapitre 15 de la Lettre aux Corinthiens sur la résurrection. Notre conférencier cite alors une anecdote : un monsieur de son entourage avec lequel il parlait de tout cela, et qui s’appelait Deconinck, lui déclare : « Alors je suis Deconinck, j’va mourir Deconinck et ressusciter Deconinck »

  • Le paradis sera-t-il peuplé de vieux ?

Nous serons transformés, transfigurés. Jésus ressuscité n’est pas d’emblée reconnaissable. Ne lisons pas les textes de façon trop terre à terre. Les textes du Nouveau Testament marquent une hésitation concernant le statut du Christ ressuscité. Les textes nés dans la culture hellénistique sont marqués d’un fort dualisme (corps/âme). Il faut sortir de ce dualisme.

 

  • Intérêt d’historien. Que pensez-vous des études scientifiques concernant le saint suaire de Turin ?

Les scientifiques divergent sur la nature du suaire de Turin. Quelle que soit la date de ce tissu, cela ne change rien à la foi en la résurrection de Jésus. Jésus vit éternellement auprès de Dieu.

  • Il y a de grandes zones d’ombre dans la vie de Jésus. On ne connait presque rien de sa vie jusqu’à l’âge de 30 ans. Pourquoi ce déclanchement d’informations à partir de « sa vie publique » ?

Peut-être faudrait-il se méfier de ce que nous saurions sur sa naissance. Les évangiles de Matthieu et de Luc divergent sur les informations. Chez l’un on trouve une référence à Hérode qui meurt en l’an 4 avant Jésus-Christ et dans l’enfance de Jésus par Luc, le recensement se situe en l’an 6 après Jésus –Christ. Les deux évangiles sont très  colorés » par la foi de leur auteur. L’important : ce petit n’est pas comme les autres, il vient de chez Dieu et il est Dieu. Il est vrai que l’on ne connait pas bien la vie cachée de Jésus. On sait que son père était charpentier, donc quelque part constructeur. Jésus a partagé cette amitié .Jésus va adhérer au baptisme mais va quitter ce mouvement pour fonder son propre mouvement . Là où Jean Baptiste fulmine en prêchant un baptême de conversion, Jésus parle d’un Dieu qui n’est pas un Dieu de colère qui va punir mais un Dieu de Pardon.

  • Que savons-nous des évangélistes ? Le plus souvent que Luc est un « intello » et les autres des pêcheurs. Les évangélistes ne sont probablement pas les auteurs de leur évangile .

Fin de la réponse à une autre question :  le partage éternel de la vie de Dieu et avec Dieu :

ce sera sûrement très bien !

Article publié par Michèle Leclercq • Publié • 2084 visites